Dépression & humeurPour soi55 min de lectureAccès libre

Après la naissance : baby blues ou dépression post-partum ?

Des larmes au troisième jour, c'est souvent le baby blues, et il passe en quelques jours. Une tristesse, une angoisse ou un vide qui durent des semaines sont autre chose, et cela se soigne. Ce guide aide les jeunes parents et leurs proches à faire la différence, à reconnaître la seule situation qui impose d'agir le jour même, à comprendre les pensées effrayantes qui traversent tant de parents, et à reprendre pied, en commençant par les nuits.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

En bref

Ce guide s'adresse aux mères qui viennent d'accoucher ou qui attendent un enfant, aux pères et aux co-parents, et à l'entourage qui s'inquiète. Il explique en mots simples ce qui distingue le baby blues, la dépression post-partum, l'anxiété et la psychose du post-partum, ce que la recherche a établi sur leur fréquence et leurs traitements, et pourquoi tant de parents se taisent. Il propose ensuite une méthode concrète, semaine après semaine : protéger le sommeil, reprendre pied dans la journée, desserrer les exigences de la « bonne mère », apprivoiser les pensées qui font peur et prendre soin du lien avec le bébé. Il dit enfin clairement quand consulter, vers qui se tourner, et ce qui ne peut pas attendre.

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Thématique
Dépression & humeur · Enfants & parents · Anxiété
Pour qui
Pour soi
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Le programme

L'essentiel en cinq minutes≈ 5 min

Baby blues ou dépression post-partum

Le troisième ou le quatrième jour après la naissance, souvent, quelque chose lâche : vous pleurez pour un rien, vous passez du rire aux larmes, une remarque anodine vous blesse, et vous vous sentez à la fois débordée et heureuse. C'est le baby blues. Il est très fréquent et passe en général dans les deux semaines.

La dépression post-partum est autre chose. Pendant au moins deux semaines, presque tous les jours, l'humeur est basse ou le plaisir a disparu, et d'autres fonctions sont touchées en même temps, comme le sommeil, l'appétit, l'énergie, la concentration ou l'estime de soi. Elle touche environ une mère sur huit et un père sur dix, elle passe souvent inaperçue, et elle peut prendre la forme d'un vide envers le bébé. Elle ne dit rien de l'amour que vous portez à votre enfant, et elle se soigne.

L'anxiété et les pensées qui font peur

On parle peu de l'anxiété après la naissance. Pourtant, une méta-analyse de plus de cent études estime qu'environ 15 % des femmes enceintes et 10 % des mères, dans les six mois qui suivent la naissance, ont un trouble anxieux, et l'anxiété accompagne souvent la dépression.

Beaucoup de parents vivent aussi des pensées effrayantes : l'image du bébé qui glisse des mains dans l'escalier, ou la peur soudaine de le blesser avec un couteau. Vécues avec horreur, ces pensées sont presque universelles et ne sont pas un danger. Ce qui les entretient, c'est de les éviter et de chercher sans cesse à être rassurée. Parlez-en d'abord à un professionnel, avant tout exercice. Si elles s'accompagnent d'une insomnie sans fatigue ou d'une confusion, ou si elles ne vous font pas horreur, consultez le jour même.

Ce qui entretient la dépression, et ce qui la soigne

Avec un nouveau-né, la dépression s'entretient en cercle : les nuits hachées épuisent et abaissent l'humeur, l'humeur basse rend tout plus difficile, chaque difficulté est lue comme une preuve que vous vous y prenez mal, et la culpabilité pousse à en faire plus et à ne rien demander. L'épuisement augmente, et le cercle se resserre. S'y ajoutent souvent les règles non écrites de la « bonne mère » et les pertes que toute naissance entraîne, comme les nuits entières, le temps à soi ou le temps à deux.

Les traitements psychologiques ont fait leurs preuves dans cette période, et la prévention aussi. Dans les formes légères à modérées, on propose le plus souvent en premier une psychothérapie, cognitive et comportementale ou interpersonnelle, ou une auto-assistance guidée par un professionnel. Les médicaments se décident avec le médecin, et l'allaitement n'empêche pas de se soigner.

Reprendre pied, semaine après semaine

Le guide propose un plan de six semaines. La première semaine, vous observez : chaque soir, une ligne suffit, avec votre humeur de 0 à 10, vos heures de sommeil et le plus long moment d'affilée, le moment le plus difficile et un moment un peu meilleur. Vous commencez ensuite par le sommeil, parce que c'est l'une des rares choses qui puissent changer en une semaine. Écrivez un plan de nuit avec des relais nommés, adapté à votre façon de nourrir votre bébé ; lui dort sur le dos, dans son propre lit, jamais sur un canapé avec un adulte.

Dans la journée, n'attendez pas l'envie pour agir : programmez trois petites activités datées par semaine, dont une avec un adulte, et regardez ce qu'elles changent à l'humeur. Écrivez les phrases qui vous rendent coupable, comme « une bonne mère ne se plaint pas », notez à quel point vous y croyez, puis discutez-les. Le lien avec le bébé se construit au fil des soins et des échanges : votre enfant n'a pas besoin d'un parent qui ressent de l'amour à chaque instant, mais de quelqu'un qui lui répond.

Les pères, les co-parents et l'entourage

Une méta-analyse de quarante-trois études estime qu'environ 10 % des pères ont une dépression entre le début de la grossesse et la fin de la première année, et la dépression d'un parent est associée à celle de l'autre. Pour l'entourage, l'aide utile est concrète et datée : garder le bébé un matin pour que la mère dorme, apporter un repas, écouter sans conseiller ni comparer.

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si, dans les semaines qui suivent une naissance, une mère ne dort plus du tout sans se sentir fatiguée, paraît confuse, exaltée ou très agitée, ou exprime des idées étranges au sujet de son bébé, appelez le jour même les services d'urgence de votre pays : il peut s'agir d'une psychose du post-partum, qui est une urgence médicale (voir la section 4). Si vous pensez à mourir, et plus encore si ces pensées incluent votre bébé, parlez-en aujourd'hui à un médecin, à une sage-femme ou à une ligne de prévention du suicide ; en cas de danger immédiat, appelez les services d'urgence. Si les pleurs deviennent insupportables et que la colère monte, posez le bébé sur le dos dans son lit, sortez de la pièce et appelez quelqu'un : un bébé ne doit jamais être secoué. N'arrêtez jamais de vous-même un traitement prescrit, et posez vos questions sur les médicaments et l'allaitement à votre médecin. Comptez cinquante-cinq minutes de lecture.

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Sommaire

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1. Avant de commencer

Il est quatre heures du matin. Le bébé s'est rendormi après la tétée, enfin. Vous devriez dormir aussi. Vous êtes allongée dans le noir, le téléphone à la main, et vous tapez pour la troisième fois de la semaine : « baby blues, combien de temps ». Votre fils a cinq semaines. Tout le monde vous répète qu'il est magnifique, et c'est vrai. Vous, vous avez l'impression de jouer un rôle. Vous pleurez sous la douche pour que personne n'entende.

Peut-être lisez-vous ce guide pour quelqu'un d'autre. Votre compagne ne rit plus et répète qu'elle n'est pas à la hauteur. Ou bien c'est vous, le père, qui rentrez du travail de plus en plus tard sans comprendre pourquoi la maison vous pèse autant.

Trois choses, tout de suite.

Le baby blues dure quelques jours ; ce qui dure plus de deux semaines mérite d'être dit à un professionnel. Les larmes faciles des premiers jours sont très fréquentes et s'effacent d'elles-mêmes. Une tristesse, une angoisse ou un vide qui s'installent ou s'aggravent ne relèvent plus du baby blues, et le reconnaître est la condition pour aller mieux.

Une dépression après une naissance ne dit rien de votre amour pour votre enfant. Elle touche environ une femme sur huit pendant la grossesse ou dans l'année qui suit, et elle concerne aussi les pères. Le « je suis une mauvaise mère » qui tourne en boucle fait partie de la maladie, au même titre que la fatigue. Elle se soigne.

Une seule situation ne peut pas attendre le lendemain : la psychose du post-partum. C'est une perte de contact avec la réalité qui survient après l'accouchement. Elle est rare, elle commence brutalement, le plus souvent dans les deux premières semaines, et la section 4 décrit les signes qui doivent alerter. Prise à temps, elle se soigne bien.

Si des images effrayantes vous traversent l'esprit au sujet de votre bébé, lisez la section 6 sans attendre : ces pensées sont très fréquentes chez les jeunes parents, et elles ne signifient pas ce que vous craignez.

2. Les premiers jours : le baby blues

Ce que c'est

Le troisième ou le quatrième jour, souvent, quelque chose lâche. Vous pleurez devant une publicité pour des couches. Vous passez du rire aux larmes dans la même heure. Une remarque anodine vous blesse pour la journée. Vous vous sentez débordée, à fleur de peau, et en même temps heureuse, ce qui ajoute à la confusion.

C'est le baby blues, ou blues du post-partum, le post-partum désignant la période qui suit l'accouchement. Une méta-analyse, c'est-à-dire une étude qui regroupe les résultats de nombreuses autres, a rassemblé vingt-six études : environ quatre mères sur dix le traversent. Il apparaît en général dans la première semaine, et le NHS, le service public de santé britannique, donne un repère simple : il passe habituellement dans les deux semaines qui suivent la naissance. Personne ne sait exactement pourquoi il survient, au moment où les hormones de la grossesse chutent brutalement et où les nuits sont déjà hachées. Il n'a pas besoin de traitement, et il ne dit rien de vos capacités de mère.

Ce qui aide

Ce n'est pas le moment de bien recevoir, ni de ranger. C'est le moment de dormir dès que quelqu'un peut prendre le bébé, même une heure, et de raccourcir les visites : on peut aimer sa famille et lui demander de revenir la semaine suivante. Dites aussi ce que vous ressentez à la sage-femme, qui sait repérer ce qui n'est pas un baby blues.

Ce qui doit faire penser à autre chose

Le baby blues est bref, il fluctue, et il laisse de la place à des moments de joie. Parlez-en à un professionnel dans les situations suivantes.

  • Les larmes, l'abattement ou l'angoisse durent au-delà de deux semaines, ou s'aggravent au lieu de s'atténuer.
  • Plus rien ne vous fait plaisir, même les jours où vous avez pu dormir.
  • Vous n'arrivez pas à dormir alors que quelqu'un s'occupe du bébé.
  • Des idées de mort vous viennent, et dans ce cas vous en parlez le jour même.

Une insomnie totale sans fatigue, une exaltation, une confusion ou des idées étranges au cinquième jour ne sont pas un baby blues, même si elles surviennent au même moment : elles relèvent de la section 4.

3. La dépression post-partum

Ce que c'est

Un épisode dépressif est un état qui dure : pendant au moins deux semaines, presque tous les jours, l'humeur est basse ou le plaisir a disparu, et d'autres fonctions sont touchées en même temps, comme le sommeil, l'appétit, l'énergie, la concentration ou l'estime de soi. On parle de dépression post-partum quand cet épisode survient après une naissance.

La classification américaine des troubles mentaux, le DSM-5-TR, parle de dépression « avec début lors du péripartum » quand les symptômes ont commencé pendant la grossesse ou dans les quatre semaines qui suivent l'accouchement. Dans la pratique, beaucoup de professionnels, comme les recommandations britanniques, retiennent toute la grossesse et la première année après la naissance : une dépression qui commence au cinquième mois relève pleinement de ce guide.

Une méta-analyse de près de cent études estime qu'environ 12 % des femmes, soit à peu près une sur huit, présentent une dépression pendant la grossesse ou dans l'année qui suit. Elle ne commence pas toujours après la naissance : dans une grande étude américaine, parmi les mères repérées comme déprimées quelques semaines après l'accouchement, un tiers des épisodes avaient commencé pendant la grossesse, et un quart avant elle.

Ce que l'on ressent

Beaucoup de parents décrivent une tristesse, ou plus souvent un vide, l'impression de regarder leur propre vie à travers une vitre. Le plaisir disparaît, y compris devant le premier sourire. La culpabilité se fixe sur votre rôle de parent : « il mériterait une autre mère », « tout le monde y arrive sauf moi ». L'irritabilité passe pour de la mauvaise humeur, l'anxiété devient presque constante, et parfois vient l'idée qu'il vaudrait mieux ne plus être là.

Pourquoi elle passe si souvent inaperçue

D'abord, plusieurs signes de la dépression se confondent avec la vie de tout jeune parent : tout le monde est fatigué et dort mal. Ce qui distingue mieux la dépression, c'est la perte du plaisir, la culpabilité, le désespoir, et l'incapacité à dormir quand on en a enfin l'occasion.

Ensuite, on attend d'une jeune mère qu'elle soit heureuse. Une revue de quarante études montre que beaucoup de femmes n'arrivent pas à dire ce qu'elles ressentent, ou ne reconnaissent pas la dépression à cause d'idées reçues. Certaines y voient la preuve qu'elles ne sont pas faites pour être mères ; d'autres ont peur d'être jugées dangereuses, voire qu'on leur retire leur enfant. Et celles qui souffrent le plus tiennent parfois le mieux en apparence : le bébé est propre, nourri, pesé à l'heure, et personne ne voit ce que cela coûte.

Le vide envers le bébé

Vous vous occupez de votre bébé correctement, et vous ne ressentez pas ce que vous attendiez. L'amour au premier regard est pourtant loin d'être la règle. Dans une étude britannique de 1980, environ quatre mères sur dix qui venaient d'avoir leur premier enfant se souvenaient d'une indifférence la première fois qu'elles l'avaient tenu, et la plupart avaient développé de l'affection pour lui dans la semaine. Ce chiffre est à prendre avec prudence, car l'étude est ancienne et reposait sur des souvenirs, mais il montre que ce flottement des premiers instants n'a rien d'exceptionnel. Dans la dépression, ce vide peut durer. Il s'améliore souvent avec l'humeur, et il se travaille aussi pour lui-même (section 15).

Ce qui augmente le risque

Les travaux de synthèse retrouvent les mêmes facteurs : un antécédent de dépression, d'anxiété ou de trouble bipolaire (une maladie de l'humeur qui alterne des phases de dépression et des phases d'exaltation), un conflit durable avec le partenaire, un soutien insuffisant, et des événements stressants qui s'accumulent. La recommandation américaine sur la prévention y ajoute un revenu faible, et le fait d'être une mère très jeune ou seule. Ces facteurs augmentent le risque ; ils ne décident de rien.

4. La psychose du post-partum : l'urgence

Ce que c'est

Une psychose est un état dans lequel on perd en partie le contact avec la réalité : on peut entendre ou voir des choses que les autres ne perçoivent pas, ce qu'on appelle des hallucinations, ou être absolument convaincu de choses fausses, ce qu'on appelle des idées délirantes. Après une naissance, elle est le plus souvent mêlée à un trouble de l'humeur, une exaltation inhabituelle ou un effondrement dépressif, parfois les deux en alternance.

Elle est rare, et les chiffres varient selon la façon de compter. Une revue menée avec des chercheurs de l'Organisation mondiale de la santé retrouve, selon les études, entre un et deux cas et demi environ pour mille femmes qui accouchent ; si l'on ne compte que les hospitalisations pour une toute première psychose ou phase d'exaltation, on trouve moins d'un cas pour mille naissances. Elle commence brutalement, le plus souvent dans les deux premières semaines, et peut s'aggraver très vite. C'est une urgence parce qu'une mère dans cet état peut se mettre en danger, ou mettre son bébé en danger, sans en avoir conscience.

Les signes

Ils sont souvent remarqués par l'entourage avant de l'être par la mère elle-même.

  • Elle ne dort plus du tout, même quand quelqu'un s'occupe du bébé, et elle ne se sent pas fatiguée.
  • Elle est agitée, parle beaucoup et vite, ou son humeur change d'une heure à l'autre.
  • Elle paraît confuse, comme si elle ne comprenait plus ce qui se passe autour d'elle.
  • Elle exprime des idées étranges, très souvent au sujet du bébé : il serait malade sans que personne ne le voie, échangé, menacé, ou promis à un destin hors du commun.
  • Elle entend des voix ou voit des choses que personne d'autre ne perçoit.
  • Ceux qui la connaissent disent : « ce n'est plus elle ».

Ce qu'il faut faire, le jour même

N'attendez ni la prochaine consultation, ni une nuit de repos.

  1. Appelez les services d'urgence de votre pays, ou conduisez-la aux urgences, accompagnée.
  2. Ne la laissez pas seule, ni seule avec le bébé, tant qu'un médecin ne l'a pas examinée. C'est une protection, pour elle comme pour l'enfant.
  3. Dites aux soignants qu'elle a accouché récemment, et depuis combien de nuits elle ne dort plus.

Au Royaume-Uni, le National Institute for Health and Care Excellence, l'organisme public qui rédige les recommandations médicales, demande qu'une femme chez qui l'on suspecte une psychose du post-partum soit évaluée par une équipe de psychiatrie dans les quatre heures. Le traitement se fait le plus souvent à l'hôpital, et plusieurs pays disposent d'unités mère-bébé, des services de psychiatrie où la mère est hospitalisée avec son enfant.

Elle se soigne

Selon le service public de santé britannique, la plupart des femmes se rétablissent complètement avec un traitement adapté, même si cela demande plusieurs mois. Dans une étude néerlandaise portant sur soixante-quatre femmes hospitalisées pour un premier épisode, presque toutes ont obtenu une rémission complète, c'est-à-dire la disparition des signes de psychose et des troubles graves de l'humeur. Un bilan médical fait partie de la prise en charge, car certaines de ces psychoses ont une cause physique qui se traite, comme une infection ou une maladie de la thyroïde, la glande du cou qui règle une grande partie du fonctionnement du corps.

Qui est le plus exposé

Le risque est plus élevé chez les femmes qui ont un trouble bipolaire ou une schizophrénie, une maladie dans laquelle des épisodes de psychose peuvent revenir, chez celles qui ont déjà fait une psychose du post-partum, et chez celles dont un parent proche, comme la mère ou une sœur, a eu une psychose du post-partum ou un trouble bipolaire. Chez les femmes qui ont un trouble bipolaire ou qui ont déjà fait une psychose du post-partum, une méta-analyse estime qu'environ une sur trois rechute après l'accouchement, et que chez les femmes bipolaires, le risque est nettement plus élevé sans traitement préventif pendant la grossesse. Mais la psychose du post-partum survient aussi chez des femmes sans aucun antécédent.

Si vous êtes dans l'un de ces groupes, la meilleure protection se prépare pendant la grossesse : un plan écrit avec le psychiatre, médecin spécialiste des troubles psychiques, et avec la maternité, qui dit comment votre sommeil sera protégé et quel numéro appeler au moindre doute.

5. L'anxiété après la naissance

On parle beaucoup de dépression, beaucoup moins d'anxiété. Pourtant, une méta-analyse de plus de cent études estime qu'environ 15 % des femmes enceintes, et 10 % des mères dans les six mois qui suivent la naissance, présentent un trouble anxieux, c'est-à-dire une anxiété assez intense et durable pour qu'un professionnel en pose le diagnostic. Anxiété et dépression vont souvent ensemble.

Elle se fixe souvent sur le bébé. Vous vous relevez cinq fois par nuit pour vérifier qu'il respire. Vous tapez ses symptômes sur internet, puis d'autres. Vous ne supportez pas que quelqu'un d'autre le porte. Chez certains parents, elle prend la forme d'attaques de panique : une montée brutale de peur, le cœur qui s'emballe, le souffle court, l'impression de mourir ou de devenir fou, puis tout retombe en quelques minutes.

Un jeune parent est vigilant, et c'est heureux. L'inquiétude devient un problème quand elle occupe des heures, quand elle vous empêche de dormir alors que le bébé dort, quand vous ne pouvez plus le confier à personne, ou quand chaque réponse rassurante ne vous apaise que quelques minutes. Les vérifications et les demandes de réassurance, c'est-à-dire le besoin de se faire rassurer encore et encore, soulagent sur le moment, puis le doute revient, un peu plus fort. Elles se réduisent par étapes, comme le décrit la section 13. Si l'inquiétude porte sur tout, notre programme L'inquiétude permanente : le trouble anxieux généralisé détaille la méthode ; si ce sont des crises de panique, voyez Les attaques de panique et l'agoraphobie.

6. Les pensées qui font peur

Ce qui se passe

Vous descendez l'escalier, votre fille dans les bras, et l'image s'impose : elle vous glisse des mains. Ou vous coupez des légumes, elle est dans son transat, et la pensée surgit : et si je la blessais avec ce couteau ? Vous reposez le couteau, la nausée au ventre. Le soir, vous rangez tous les couteaux dans le tiroir du haut, et vous n'en parlez à personne.

Ce sont des pensées intrusives : des pensées qui surgissent sans qu'on les ait cherchées, qui vont contre ce que l'on veut, et qui choquent précisément pour cette raison.

Elles sont presque universelles

Une étude canadienne a suivi cent femmes jusqu'au troisième mois après la naissance. Toutes ont rapporté des pensées intrusives d'accident arrivant à leur bébé, et près de la moitié des pensées non désirées de lui faire du mal volontairement. Ces dernières étaient plus fréquentes chez les mères très stressées ou qui manquaient de soutien, et l'étude n'a guère trouvé de lien entre elles et des comportements brutaux envers l'enfant. Les pères en ont aussi : dans une petite enquête américaine par courrier, plus de la moitié des quarante pères de nouveau-nés qui avaient répondu en rapportaient.

Les chercheurs qui étudient ces pensées l'expliquent ainsi : devenir parent fait brusquement grandir le sentiment d'être responsable d'un être fragile et précieux, et l'attention portée à tout ce qui pourrait le menacer. Ce changement rend attentif, et il donne aussi un poids énorme aux images de danger qui traversent l'esprit. Plus l'enfant compte, plus elles choquent.

Ce qui en fait un problème

Ce n'est pas la pensée. C'est le sens qu'on lui donne, « si j'y pense, c'est que je pourrais le faire », et ce qu'on fait ensuite pour s'en protéger : éviter le bain, cacher les couteaux, demander sans cesse « tu es sûr que je ne ferais jamais ça ? ». Chacun de ces gestes soulage un instant, et empêche de découvrir que la pensée n'a aucun pouvoir. Elle revient alors plus souvent.

Quand ce cercle prend beaucoup de place, on parle de trouble obsessionnel-compulsif, ou TOC : des pensées non désirées qui reviennent et font peur, les obsessions, et des gestes ou des évitements destinés à les faire taire ou à les annuler, les compulsions. Une méta-analyse montre que ce trouble touche un peu plus de 2 % des mères dans l'année qui suit la naissance, contre environ 1 % des femmes en général, et ses obsessions portent alors typiquement sur un mal fait au bébé.

Faire la différence avec un danger

C'est la question qui terrifie les parents, et c'est celle à laquelle un professionnel sait répondre. Quatre situations très différentes peuvent se ressembler en surface.

La pensée intrusive. Elle surgit, elle vous fait horreur, et vous faites tout pour l'éviter. Ce n'est pas un danger pour votre bébé, c'est une souffrance pour vous, et elle se traite.

L'idée qui ne fait pas horreur. Elle paraît juste ou nécessaire, et s'accompagne souvent d'une insomnie totale, d'une confusion ou de convictions étranges sur le bébé. C'est un signal d'urgence : on la rencontre surtout dans la psychose du post-partum (section 4), parfois dans une dépression très sévère, et il faut consulter le jour même.

Le désespoir qui s'étend au bébé. Dans une dépression sévère, la pensée de mourir peut inclure l'enfant : « je ne peux pas le laisser dans ce monde sans moi ». C'est une urgence absolue, le jour même (section 19).

La colère qui monte. Ce n'est pas une image qui fait horreur, mais une impulsion, quand le bébé hurle depuis une heure : l'envie de le secouer, de le faire taire. C'est un risque réel, et il se prévient. Posez le bébé sur le dos dans son lit, sortez, fermez la porte, calmez-vous une dizaine de minutes en appelant quelqu'un, puis revenez. Le service public de santé britannique le rappelle : cela arrive à beaucoup de parents, et il n'y a pas de honte à demander de l'aide.

La peur qu'on vous retire votre enfant

Elle fait taire beaucoup de parents. Les professionnels formés à la santé mentale périnatale, c'est-à-dire de la période qui entoure la naissance, savent que ces pensées sont fréquentes, et que les personnes qui ont un TOC ne passent pas à l'acte. Les questions qu'ils vous poseront, sur ce que vous ressentez quand la pensée vient, sur ce que vous faites ensuite et sur votre sommeil, servent à faire la différence entre ces situations.

Tous les soignants ne connaissent pas aussi bien ces pensées, et des mères ont déjà été mal comprises. Si vous le craignez, employez les mots « pensées intrusives » et demandez à voir un professionnel spécialisé en santé mentale périnatale. Dire ces pensées, c'est agir en parent qui cherche de l'aide.

7. Ce que dit la recherche, et ce qu'elle n'établit pas

La souffrance psychique se prend au sérieux

En France, l'enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles est un dispositif dans lequel des experts examinent, de façon anonyme, chaque décès de femme survenu pendant la grossesse ou dans l'année qui suit. Son septième rapport, publié en 2024, montre que le suicide et les autres causes psychiatriques sont la première cause de mort maternelle quand on considère toute l'année qui suit la grossesse : 17 % des décès survenus entre 2016 et 2018. Ce chiffre n'est pas là pour effrayer. Il dit que demander de l'aide après une naissance n'est jamais excessif.

Les traitements psychologiques marchent

Les psychothérapies sont des traitements par la parole et par des exercices, menés en séances avec un professionnel formé. Une méta-analyse de quarante-trois études et de plus de six mille participantes conclut qu'elles sont probablement efficaces contre la dépression de la grossesse et du post-partum, avec des effets qui durent au moins six à douze mois, même si les résultats varient beaucoup d'une étude à l'autre.

Deux approches ont été particulièrement étudiées. La thérapie interpersonnelle, une thérapie brève qui relie l'humeur aux relations et aux changements de vie, a été testée chez cent vingt mères déprimées, dont la moitié, tirée au sort, attendait de commencer le traitement : après douze semaines, celles qui l'avaient suivie s'étaient nettement plus souvent rétablies. La thérapie cognitive et comportementale, qui travaille sur ce que l'on fait et ce que l'on se dit, est efficace d'après une revue de quarante essais, pour soigner comme pour prévenir.

Ces traitements n'exigent pas toujours un spécialiste. Dans des villages du Pakistan, un programme inspiré de la thérapie cognitive et comportementale a été confié à des agents de santé de proximité, formés pour l'occasion sans être spécialistes de la santé mentale. Six mois après la naissance, 23 % des mères qui en avaient bénéficié étaient encore déprimées, contre 53 % de celles qui avaient reçu des visites ordinaires.

La prévention marche aussi

Une revue Cochrane, du nom d'un réseau international qui évalue les traitements de façon indépendante, a réuni vingt-huit essais, c'est-à-dire des études qui comparent des groupes tirés au sort, et près de dix-sept mille femmes : les aides psychologiques et le soutien, comme des visites à domicile répétées par une sage-femme ou une infirmière, réduisent le nombre de dépressions après la naissance. Aux États-Unis, l'organisme public chargé des recommandations de prévention conseille d'orienter les femmes à risque, par exemple celles qui ont déjà fait une dépression, vers une psychothérapie dès la grossesse.

Ce que la recherche n'établit pas

Que le traitement change tout à long terme. Dans un essai britannique, trois psychothérapies brèves amélioraient l'humeur plus que le suivi habituel par le médecin quand le bébé avait quatre mois et demi. À neuf mois, cette avance avait disparu, car beaucoup de femmes suivies seulement par leur médecin allaient mieux elles aussi, et le traitement n'a pas empêché de nouveaux épisodes ensuite. Le bénéfice démontré est donc d'aller mieux plus tôt, pendant les premiers mois de votre enfant ; or la durée d'une dépression compte pour l'enfant, comme on le verra plus bas.

Que soigner la dépression suffise à soigner le lien. Dans un essai américain, la thérapie interpersonnelle améliorait l'humeur des mères, mais la relation avec le bébé ne s'améliorait pas d'elle-même. C'est pourquoi la section 15 lui est consacrée.

Que la dépression d'un parent abîme forcément son enfant. Une grande synthèse internationale conclut que les troubles psychiques des parents augmentent le risque de difficultés chez l'enfant, mais que ces difficultés ne sont pas inévitables. Ce qui les module se modifie : la qualité des soins au quotidien, le soutien du partenaire et de l'entourage, et la durée du trouble. C'est une raison de se soigner tôt, pas de se sentir coupable.

8. Ce qui entretient la dépression après une naissance

Avec un nouveau-né, la dépression s'entretient selon un enchaînement que beaucoup de parents reconnaissent.

  1. Les nuits hachées épuisent, et l'épuisement abaisse l'humeur.
  2. L'humeur basse rend tout plus difficile, y compris s'occuper du bébé.
  3. Chaque difficulté est lue comme une preuve : il pleure, donc je m'y prends mal.
  4. La culpabilité pousse à en faire plus et à ne rien demander.
  5. L'épuisement augmente, et le cercle repart, un peu plus serré.

Chaque étape paraît raisonnable. L'ensemble aggrave tout. S'y ajoutent le retrait, quand le bébé devient la seule activité de la journée et que les amis s'éloignent ; l'exigence d'une « bonne mère » toujours disponible et heureuse, que les réseaux sociaux montrent sous son meilleur jour ; et le secret, qui empêche à la fois de recevoir de l'aide et d'entendre quelqu'un contredire les jugements que l'on porte sur soi.

Ce cercle peut être coupé à plusieurs endroits, et les sections suivantes s'y attaquent une par une : les nuits (section 10), les journées (section 11), les exigences (section 12) et l'aide demandée (section 14).

9. Faire le point : une semaine d'observation

Avant de changer quoi que ce soit, regardez où vous en êtes. Pendant sept jours, le soir, notez une seule ligne : votre humeur de 0 à 10, vos heures de sommeil et le plus long moment de sommeil d'affilée, le moment le plus difficile de la journée, et un moment un peu meilleur. Deux minutes suffisent. Par exemple : « Mardi. Humeur 3. Cinq heures de sommeil, deux d'affilée au mieux. Le pire : 18 heures, les pleurs, seule. Un peu mieux : le café au soleil avec Léa. »

Ce relevé fait souvent apparaître le lien entre les nuits et l'humeur, et il montre que l'humeur est moins plate qu'elle ne le paraît de mémoire. Il donnera aussi au professionnel une image précise, bien plus parlante qu'un « ça ne va pas ».

Trois questions pour faire le tri

« Quand j'arrive à dormir, est-ce que le plaisir revient un peu ? » Si oui, l'épuisement pèse lourd, et le plan de nuit peut changer beaucoup. Si rien ne revient, même après une bonne nuit, pensez à une dépression.

« Quand quelqu'un veille sur le bébé, est-ce que je dors ? » Ne pas y arriver à cause des pensées qui tournent oriente vers l'anxiété ou la dépression. Ne plus dormir du tout, sans fatigue, est une urgence (section 4).

« Qu'est-ce qui me fait le plus peur, et qu'est-ce que je fais pour ne pas y penser ? » Si la réponse comporte des évitements et des vérifications, les sections 6 et 13 vous concernent.

Le questionnaire que l'on peut vous proposer

Votre sage-femme ou votre médecin vous proposera peut-être l'échelle de dépression postnatale d'Édimbourg : dix questions sur les sept derniers jours, remplies en cinq minutes environ. Un score élevé n'est pas un diagnostic, c'est une raison d'en parler plus longuement. En France, l'entretien postnatal précoce, un rendez-vous obligatoire consacré à votre moral et à vos besoins, a lieu entre la quatrième et la huitième semaine après l'accouchement avec une sage-femme ou un médecin : apportez-y votre relevé. Ailleurs, la visite de contrôle après l'accouchement joue souvent ce rôle.

10. Le sommeil d'abord : le plan de nuit

Pourquoi commencer par là

Le manque de sommeil abaisse l'humeur, augmente l'anxiété et l'irritabilité, et rend plus difficile tout ce que propose la suite de ce guide. Dans une étude norvégienne menée auprès de près de trois mille mères, un mauvais sommeil était associé à la dépression même en tenant compte des autres facteurs de risque, sans pour autant tout expliquer. C'est aussi l'une des rares choses qui puissent changer en une semaine. Chez les personnes qui ont un trouble bipolaire, le manque de sommeil peut en outre déclencher une phase d'exaltation, comme le rapportaient de nombreux participants d'une grande étude britannique : pour elles, protéger les nuits est une mesure de prévention à part entière.

« Dormez quand le bébé dort » ne marche pas quand l'esprit tourne. Il faut un plan écrit, et quelqu'un pour le tenir avec vous.

Le plan, étape par étape

  1. Reconstituez les trois dernières nuits, heure par heure : quand le bébé s'est réveillé, qui s'est levé, ce qui vous a empêchée de vous rendormir. Cette image exacte montre à quels moments un relais serait possible.
  2. Nommez les relais : le partenaire d'abord, puis un parent, une amie, une aide à domicile, un service de soutien aux familles. Pour chacun, demandez-vous ce qui vous retient de le solliciter.
  3. Écrivez un bloc protégé de plusieurs heures d'affilée, au moins trois nuits par semaine, pendant lequel quelqu'un d'autre s'occupe du bébé et vous ne l'entendez pas : une autre pièce, la porte fermée, des bouchons d'oreilles. Pendant ce temps, le bébé dort dans son propre lit, sur le dos, dans la pièce où dort la personne qui veille sur lui. Par exemple : « Vendredi et dimanche, Thomas prend les réveils de 22 heures à 3 heures, avec le berceau près de lui ; je dors dans le bureau. »
  4. Réglez l'alimentation selon votre choix : du lait tiré à l'avance, un biberon, ou une seule tétée pendant le bloc, le relais vous apportant le bébé puis le reprenant. C'est le plan qui s'adapte à votre façon de nourrir votre enfant, et non l'inverse. Si vous allaitez et souhaitez continuer, parlez du plan à votre sage-femme : dans les premières semaines, les tétées de nuit aident à installer la production de lait, et des biberons de lait infantile peuvent la diminuer. Elle vous aidera à trouver un équilibre, par exemple en tirant votre lait une fois pendant le bloc.
  5. Reportez les ruminations, ces pensées qui tournent en boucle sans rien résoudre. Si vous restez éveillée à ressasser, notez en quelques mots ce qui tourne, et reprenez-le le lendemain, à une heure choisie à l'avance, quand vous aurez l'esprit plus clair.
  6. Ajoutez une pause de jour : une heure où quelqu'un prend le bébé et où vous vous reposez. Elle est souvent plus facile à obtenir qu'une nuit entière.

Les obstacles

« Il ne se calme qu'avec moi. » C'est une prédiction, et elle se teste : confiez-le une nuit, puis deux, et regardez ce qui s'est réellement passé. « Si je dors, il va lui arriver quelque chose. » C'est l'anxiété qui parle, et elle se travaille (section 13). « Mon compagnon travaille. » Le plan doit aussi protéger son sommeil : alternez, utilisez les nuits du week-end, cherchez un second relais. « J'ai honte de dormir pendant qu'un autre s'en occupe. » Un parent qui se repose n'abandonne pas son enfant : il se met en état de s'en occuper.

Deux précautions

Les méthodes habituelles contre l'insomnie ne s'appliquent pas telles quelles à un parent de nouveau-né. L'une d'elles, la restriction du temps passé au lit, consiste à réduire volontairement ce temps pour consolider le sommeil ; les chercheurs qui l'ont utilisée à cette période l'ont adaptée, en comptant le temps passé à s'occuper du bébé la nuit. Ne l'essayez pas seule. Notre programme Retrouver le sommeil : le programme Psychotip® servira plutôt plus tard, si une insomnie persiste une fois que le bébé fait ses nuits.

Et ne vous endormez jamais avec le bébé sur un canapé ou dans un fauteuil : l'Académie américaine de pédiatrie les juge extrêmement dangereux pour lui. Si vous risquez de vous endormir en le nourrissant, faites-le plutôt dans votre lit, sans oreiller ni couverture près de lui, puis recouchez-le dans son propre lit : s'endormir avec lui reste déconseillé, mais c'est moins dangereux qu'un canapé. Le danger augmente quand l'adulte est épuisé, a bu de l'alcool ou a pris un médicament qui rend somnolent, comme certains antidépresseurs. Ces règles valent aussi pour la personne qui prend le relais. Elles sont détaillées dans Le sommeil de l'enfant et de l'adolescent : le guide des parents.

11. Reprendre pied dans la journée

Dans la dépression, l'envie disparaît la première. Si vous attendez d'avoir envie de sortir pour sortir, vous attendrez longtemps. La méthode appelée activation comportementale, une des techniques de la thérapie cognitive et comportementale, inverse l'ordre : on fait un tout petit peu, à heure fixe, sans attendre l'envie, et l'on regarde ce que cela change à l'humeur.

  1. Faites la liste de ce qui a disparu depuis la grossesse : les gens que vous voyiez, les sorties, le mouvement, et ce qui faisait que vous vous sentiez vous-même, comme lire, chanter ou nager.
  2. Choisissez trois activités pour la semaine, petites, précises et datées, dont au moins une avec un adulte. Certaines se font avec le bébé, d'autres demandent de le confier, et les deux comptent. Par exemple : la poussette jusqu'au parc mardi matin, un appel à une amie jeudi à 14 heures, vingt minutes seule au café samedi pendant que votre compagnon garde le bébé.
  3. Prévoyez une version réduite : si le bébé n'a pas dormi, la promenade devient dix minutes sur le trottoir. Elle évite le tout ou rien, qui transforme chaque imprévu en échec.
  4. Notez après chaque activité le plaisir que vous y avez pris et le sentiment d'avoir accompli quelque chose, de 0 à 10. Ce chiffre noté sur le moment corrige l'impression grise qu'une humeur basse laisse de la semaine.

Les lieux d'accueil parents-enfants et les groupes de jeunes parents offrent un contact avec des gens qui vivent la même chose. En France, les centres de protection maternelle et infantile, ou PMI, des services publics et gratuits de prévention pour les familles et les jeunes enfants, peuvent vous indiquer ceux de votre quartier. Ce n'est pas une obligation : un appel à une amie compte autant.

Une activité non faite n'est pas un échec : elle était trop grande. Divisez-la par trois, et reprogrammez-la. Notre programme Activation comportementale : combattre la dépression détaille cette méthode.

12. La « bonne mère » : examiner ses propres règles

Beaucoup de parents déprimés vivent sous un règlement qu'ils n'ont jamais écrit. Écrivez-le, pour pouvoir le discuter.

  1. Relevez vos phrases, mot pour mot, quand vous vous sentez coupable : « une bonne mère ne se plaint pas », « si je demande de l'aide, c'est que je n'y arrive pas », « je devrais être heureuse ». Notez à quel point vous croyez chacune, de 0 à 100.
  2. Cherchez d'où elles viennent : une mère qui ne se plaignait jamais, des photos de parents radieux, une remarque à la maternité. Il ne s'agit d'accuser personne, mais de voir que ces règles ont été apprises, et peuvent donc être réexaminées.
  3. Examinez la plus lourde. Qui, parmi les parents que vous connaissez vraiment, l'applique ? Que vous coûte-t-elle ? Et que diriez-vous à votre meilleure amie si elle vous racontait exactement votre semaine ?
  4. Distinguez la responsabilité de la culpabilité. Être responsable de son enfant, c'est répondre à ses besoins du mieux qu'on peut. Se sentir coupable de tout ce qui lui arrive, un rhume, une nuit agitée, des pleurs, est autre chose : cela pousse seulement à en faire plus et à ne rien demander.
  5. Écrivez une règle plus juste, que vous puissiez croire : « un bébé a besoin d'un parent suffisamment présent, pas d'un parent parfait ». Mieux vaut une phrase modeste que vous croyez à moitié qu'une affirmation généreuse que vous rejetez.
  6. Testez-la. Faites cette semaine une chose que l'ancienne règle interdit : demander de l'aide, refuser une visite, laisser le bébé en sécurité dans son lit le temps d'une douche. Notez ce qui se passe réellement.

Les parents qui ont l'air d'y arriver, surtout sur les écrans, ne montrent que ce qui se photographie. L'allaitement, lui, est souvent au cœur de la culpabilité, quel que soit le choix. Allaiter ou non est votre décision, et elle ne mesure ni votre amour ni votre valeur.

Les pères ont leurs règles aussi, comme « je dois tenir, c'est elle qui a accouché ». Elles se travaillent de la même façon, et Le perfectionnisme : exigeant sans s'épuiser peut aider à aller plus loin.

13. Les pensées qui font peur : ce qui aide

Avant toute chose

Parlez-en d'abord à un professionnel, qui pourra confirmer qu'il s'agit de pensées intrusives, et ne commencez les exercices ci-dessous qu'après cet avis. Si ces pensées s'accompagnent d'une insomnie sans fatigue, d'une confusion, ou si elles ne vous font pas horreur, ce n'est pas le moment d'un exercice : consultez le jour même.

Le principe

Le traitement consiste à cesser peu à peu d'éviter, de vérifier et de demander à être rassurée, pour que votre cerveau constate par lui-même que la pensée n'a aucun pouvoir. Cette démarche s'appelle l'exposition : affronter progressivement, en sécurité, ce que l'on évite. C'est le cœur de la thérapie cognitive et comportementale du TOC.

Étape par étape

  1. Nommez la pensée quand elle vient : « c'est une pensée intrusive, elle me fait horreur parce que je tiens à mon bébé ». Ne cherchez pas à la chasser : vouloir s'en débarrasser oblige à la surveiller, et ce que l'on surveille revient.
  2. Faites la liste de vos évitements et de vos vérifications : le bain que vous ne donnez plus, les couteaux rangés en hauteur, les recherches sur internet, les « tu es sûr ? » posés à votre compagnon.
  3. Rangez-les du plus facile au plus difficile à reprendre. Par exemple : donner le bain avec votre compagnon dans la pièce voisine, puis seule ; cuisiner avec le bébé dans son transat ; rester seule une heure avec lui, puis un après-midi.
  4. Reprenez le premier échelon plusieurs fois dans la semaine, en laissant venir la pensée sans chercher à l'annuler. Notez votre peur au début et à la fin, de 0 à 10.
  5. Passez à l'échelon suivant quand la peur a nettement baissé, ou quand vous avez constaté que ce que vous redoutiez ne s'est pas produit.
  6. Réduisez la réassurance avec l'accord de votre compagnon : il répond une fois, avec douceur, puis ne répond plus à la même question. Ce n'est pas de la froideur, c'est une partie du traitement.

On ne s'expose qu'à des soins ordinaires, ceux qu'un parent sans ces pensées ferait naturellement, jamais à ce qui serait dangereux pour le bébé. Quand la gêne reste légère, les recommandations britanniques sur le TOC prévoient ce travail par étapes, avec des documents d'auto-assistance et quelques séances avec un professionnel : gardez le contact avec celui qui vous a reçue. Si les pensées occupent plusieurs heures par jour, ou si vous n'avancez pas, demandez une thérapie cognitive et comportementale avec exposition : dans un essai britannique, une forme intensive de cette thérapie a nettement réduit les symptômes de mères atteintes de TOC après une naissance. Notre programme Le TOC : le programme d'exposition en huit étapes décrit la méthode en détail.

14. Ce qui a changé, et l'aide à demander

Une transition, avec ses pertes

La thérapie interpersonnelle parle de transition de rôle, c'est-à-dire du passage d'une place dans la vie à une autre : une naissance fait gagner beaucoup, et fait aussi perdre des nuits entières, du temps à soi, une place au travail, du temps à deux, un corps qu'on reconnaissait. Ignorer ces pertes parce que l'événement est heureux nourrit la culpabilité. On a le droit de regretter sa vie d'avant et d'aimer son enfant.

Prenez une feuille. Écrivez ce que vous avez perdu, sans le relativiser. Écrivez ce que vous avez gagné, y compris les compétences que vous ne remarquez plus : reconnaître ses pleurs de faim, le calmer, tenir une journée avec peu de sommeil. Puis choisissez une chose à reprendre sous une autre forme, et datez-la : une amitié entretenue par un message, la piscine un samedi sur deux.

Demander, précisément

« Aide-moi davantage » ne change rien. « Peux-tu prendre le bébé samedi de 14 heures à 17 heures ? » change un samedi. Une demande précise dit quoi, quand et combien de temps ; elle est plus facile à accepter, et plus difficile à oublier. Avec votre partenaire, écrivez ensemble qui fait quoi, et quand : les nuits, les repas, les courses. Si les disputes se multiplient, Se disputer moins, se parler mieux propose une méthode.

Aux visiteurs, vous pouvez demander de venir moins longtemps et plus souvent, d'apporter un plat plutôt qu'un cadeau, ou de garder le bébé pendant que vous dormez. Aux conseils non demandés, vous pouvez dire merci et n'en rien faire. Si dire non vous coûte, Dire non : l'affirmation de soi peut aider.

15. Le lien avec le bébé

Si vous ne ressentez pas ce que vous attendiez, vous n'êtes ni seule ni anormale. Le lien se construit au fil des soins et des échanges, et la dépression peut l'engourdir un temps. Votre bébé n'a pas besoin d'un parent qui ressent de l'amour à chaque instant. Il a besoin qu'on lui réponde, et vous le faites probablement déjà.

  1. Observez votre bébé plutôt que vous-même. Au lieu de vous demander si vous vous y prenez bien, regardez ce qu'il fait : ce qu'il fixe, comment il réagit quand vous lui parlez, comment il montre qu'il en a assez, en détournant la tête.
  2. Relevez les moments qui vont déjà bien, même brefs : un regard pendant la tétée, un sourire au change, un moment où il s'est calmé dans vos bras. La dépression les efface de la mémoire ; notez-en un chaque soir.
  3. Programmez deux moments partagés par jour, courts et sans objectif : chanter, lui parler face à face, le bain. Vous suivez ce qu'il regarde et ce qu'il fait, au lieu de lui proposer des activités.
  4. Relisez les pleurs. Un parent déprimé les entend comme un reproche. Un bébé qui pleure communique, il ne juge pas. Une méta-analyse d'études où des parents notaient chaque jour les pleurs et l'agitation de leur bébé montre qu'ils sont les plus abondants dans les six premières semaines, autour de deux heures par jour en moyenne, et qu'ils diminuent nettement vers deux à trois mois. À cet âge, beaucoup de pleurs sont donc la norme, et non la preuve que vous vous y prenez mal.

Si vous ressentez un rejet ou une colère persistants envers votre bébé, ou si la relation ne s'améliore pas avec votre humeur, parlez-en. Il existe des accompagnements centrés sur la relation parent-bébé qui s'appuient parfois sur de courtes vidéos d'un moment partagé, regardées ensuite avec un professionnel pour repérer ce que le bébé exprime et ce qui marche déjà. Dans un essai canadien, trois séances de ce type, guidées par une infirmière, ont amélioré la qualité des échanges entre des mères déprimées et leur bébé. Y recourir n'est pas un échec, c'est une aide de plus.

16. Quand l'accouchement a été difficile

Pour certaines femmes, l'accouchement reste coincé. Les images reviennent sans prévenir, les cauchemars aussi. Vous évitez de passer devant la maternité, vous changez de sujet quand on en parle, vous sursautez au moindre bruit. C'est le trouble de stress post-traumatique, qui peut suivre tout événement vécu comme une menace pour sa vie ou celle d'un proche. Il touche environ 4 % des femmes après une naissance, et près d'une sur cinq dans les groupes à risque.

Une méta-analyse a montré que, pendant l'accouchement, ce qui est le plus fortement lié à ce trouble est la façon dont il a été vécu, plus encore que les interventions comme une césarienne ou des forceps ; le manque de soutien compte aussi. Un accouchement simple sur le plan médical peut donc être traumatique, et les recommandations britanniques le disent explicitement. Ce trouble s'accompagne aussi très souvent d'une dépression.

Raconter son accouchement en détail en une seule séance pour « évacuer » n'a pas montré d'effet préventif, et les recommandations britanniques le déconseillent. Ce qui aide d'abord, c'est de comprendre : vous pouvez demander à la maternité de relire avec vous ce qui s'est passé, pourquoi une césarienne en urgence a été décidée, pourquoi le bébé a été emmené. Si le stress post-traumatique est installé, il se traite par une thérapie cognitive et comportementale centrée sur le traumatisme, qui revient pas à pas sur le souvenir avec le thérapeute, ou par l'EMDR, une thérapie qui associe le rappel du souvenir à des mouvements des yeux guidés par le thérapeute. Notre programme Comprendre le trauma et la fenêtre de tolérance explique ces mécanismes.

Le partenaire qui a assisté à la scène a parfois cru perdre sa compagne ou son enfant : il peut en garder des traces, lui aussi.

17. Les pères et les co-parents

Une méta-analyse de quarante-trois études estime qu'environ 10 % des pères présentent une dépression entre le début de la grossesse et la fin de la première année, avec des taux plus élevés entre trois et six mois après la naissance. La dépression d'un parent est associée à celle de l'autre : quand la mère va mal, demandez aussi comment va le père, et inversement.

Chez les hommes, la dépression se voit mal. Dans une grande enquête américaine sur les hommes en général, ceux-ci rapportaient plus souvent que les femmes des colères, des prises de risque et des consommations d'alcool ou de drogues. Elle ne portait pas sur les jeunes pères, et l'on ignore si leur dépression prend souvent cette forme ; elle invite seulement à ne pas attendre des larmes pour s'inquiéter. Un père qui devient irritable, rentre de plus en plus tard, boit davantage le soir ou se retire dans un silence que sa compagne prend pour de l'indifférence mérite qu'on lui demande comment il va. L'échelle d'Édimbourg a été validée chez les pères, avec un seuil d'alerte plus bas que chez les mères.

On appelle co-parents les adultes qui élèvent l'enfant sans l'avoir porté, comme la mère qui n'a pas accouché dans un couple de femmes ou le parent qui adopte. Comme le parent qui élève seul, ils vivent la même transition, parfois avec moins de reconnaissance, et ont été peu étudiés. Une étude américaine a trouvé chez des mères adoptives des symptômes dépressifs comparables à ceux de mères qui venaient d'accoucher, et élever seul son enfant fait partie des facteurs de risque retenus par la recommandation américaine : ces parents ne sont pas à l'abri.

Si vous êtes le partenaire, prenez votre part des nuits, mais protégez aussi les vôtres, par exemple en alternant les nuits de garde plutôt qu'en vous levant tous les deux. Dites aussi à quelqu'un comment vous allez, vous : la méthode de ce guide vous concerne aussi. Et si vous allez mal tous les deux, faites appel à d'autres adultes pour que le bébé soit entouré, le temps de vous soigner.

18. Les traitements : psychothérapies, médicaments, allaitement

Les psychothérapies

Elles sont le plus souvent proposées en premier dans les formes légères à modérées. La thérapie cognitive et comportementale, avec ses exercices entre les séances, a inspiré les sections 10 à 13 ; la thérapie interpersonnelle, qui travaille sur la transition, les conflits et le soutien, a inspiré la section 14. Pour les formes peu intenses existe aussi l'auto-assistance guidée : des documents de travail accompagnés de quelques échanges brefs avec un professionnel.

Vous pouvez demander à venir avec votre bébé, ce que beaucoup de professionnels acceptent, et certains proposent des séances à distance. Les recommandations britanniques demandent qu'une psychothérapie commence dans le mois qui suit l'évaluation, parce que l'enfant grandit pendant que l'on attend.

Les médicaments

Ce guide ne prescrit rien et ne recommande aucune molécule. Quelques repères aident à en parler avec le médecin.

La décision lui appartient, idéalement à un psychiatre qui connaît la périnatalité, en lien avec la sage-femme, l'obstétricien, médecin qui suit la grossesse et l'accouchement, et le pédiatre. Les études de qualité sur les médicaments pendant la grossesse et l'allaitement restent peu nombreuses, et chaque décision repose sur une balance individuelle.

Ne pas traiter n'est pas une option sans risque. Une dépression sévère non soignée a ses propres conséquences, pour la mère comme pour l'enfant, et c'est souvent la moitié de la balance qui manque dans l'esprit des parents.

Certains antidépresseurs sont utilisés pendant la grossesse et l'allaitement. Dans les formes modérées à sévères, les recommandations britanniques proposent une psychothérapie, un médicament, ou les deux associés quand l'un ne suffit pas. Ces dernières années, des médicaments conçus spécifiquement pour la dépression du post-partum ont aussi été autorisés dans certains pays, dont l'Union européenne en 2025. Ils ne sont pas disponibles partout, celui qu'a autorisé l'Union européenne n'est pas recommandé pendant l'allaitement, et leur place se discute avec le psychiatre.

N'arrêtez jamais brutalement un traitement en découvrant une grossesse : un arrêt brutal peut provoquer des symptômes de sevrage et une rechute. Appelez votre médecin : si un arrêt est décidé, il se fait progressivement.

L'allaitement

Les psychothérapies sont entièrement compatibles avec l'allaitement, et pour un médicament, le médecin connaît les options compatibles. L'allaitement ne devrait être ni une raison de renoncer à un traitement nécessaire, ni une raison d'arrêter d'allaiter si vous souhaitez continuer.

19. Les idées de mort

Elles se disent, le jour même

Penser que ce serait plus simple de ne plus être là, que l'enfant serait mieux sans vous : ces pensées font partie de beaucoup de dépressions. Elles ne signifient pas qu'un geste est imminent, mais que la souffrance est forte, et qu'il ne faut pas rester seule avec elles. Dites-les le jour même à votre médecin, à votre sage-femme, à un proche, ou à une ligne de prévention du suicide. Une ligne de prévention du suicide existe dans la plupart des pays, souvent gratuite et joignable jour et nuit : cherchez dès maintenant celle de votre pays et notez son numéro. En cas de danger immédiat, appelez les services d'urgence.

Si ces pensées incluent votre bébé, si vous pensez qu'il ne pourrait pas vivre sans vous ou que vous devriez partir ensemble, c'est une urgence absolue : appelez les services d'urgence maintenant, et ne restez pas seule avec lui en attendant.

Ce qui protège

Ne restez pas seule dans les moments les plus difficiles, en particulier la nuit. Confiez à quelqu'un ce qui pourrait servir à vous faire du mal, y compris les médicaments, dont vous ne gardez que de petites quantités : éloigner ces moyens fait partie des mesures de prévention les mieux étayées, parce que cela met du temps entre une impulsion et un geste. Et écrivez un plan de sécurité, de préférence avec un professionnel : une feuille gardée sur le téléphone, qui se lit dans l'ordre quand la crise monte.

  1. J'écris mes signaux d'alerte, ce que je pense, ressens ou fais quand la crise approche.
  2. J'écris ce que je peux faire seule pour faire baisser la pression.
  3. Je note les personnes et les lieux qui me changent les idées.
  4. Je note les personnes à qui je peux dire que ça ne va pas, avec leur numéro.
  5. Je note les professionnels et les numéros d'urgence.
  6. J'indique ce qui a été mis à distance chez moi, et qui le garde.

Dans une étude américaine, ce plan, associé à quelques appels de suivi, était lié à une baisse nette des comportements suicidaires.

En parler ne fait pas de mal

La crainte de « donner des idées » retient beaucoup de proches. Une revue des études conclut que poser la question du suicide n'augmente pas les idées suicidaires, et pourrait même les réduire. Si vous vous inquiétez pour un jeune parent de votre entourage, Quand un proche parle de mourir : demander, sécuriser, accompagner détaille ce qu'il faut faire.

20. Pour l'entourage

Ce qui aide est concret et daté : « je passe mardi à 10 heures, je garde le bébé deux heures et tu dors ». Prenez une nuit ou une matinée, apportez un repas, faites les courses sans attendre qu'on vous le demande. Écoutez sans conseiller ni comparer, venez moins longtemps et plus souvent, et dites simplement que vous voyez qu'elle fait de son mieux.

Ce qui n'aide pas, ce sont les phrases comme « profite, ça passe si vite » ou « tu as un beau bébé en bonne santé, c'est le principal », et les remarques sur l'allaitement, le poids ou l'accouchement. Même prononcées avec affection, elles ajoutent la culpabilité de ne pas se réjouir à une souffrance qui en déborde déjà.

Pour ouvrir la conversation, choisissez un moment calme, et parlez de ce que vous observez : « Je te trouve épuisée et triste depuis plusieurs semaines. Ça arrive à beaucoup de parents, et ça se soigne. Tu veux qu'on en parle à la sage-femme ensemble ? » Proposez de prendre le rendez-vous, et d'y aller avec elle. Notre programme Aider un proche déprimé développe cette démarche.

Une mère qui ne dort plus du tout sans être fatiguée, qui tient des propos étranges ou confus, qui parle de mourir ou d'emmener le bébé avec elle : dans ces situations, n'attendez pas qu'elle soit d'accord pour consulter, appelez les services d'urgence.

21. Les situations particulières

Un bébé prématuré ou hospitalisé. La peur pour sa vie, la séparation, un lien qui se construit à travers une couveuse s'ajoutent aux nuits hachées, pour les deux parents. Parlez-en à l'équipe de néonatologie, le service qui soigne les nouveau-nés malades ou prématurés, et demandez si un psychologue peut vous recevoir.

Un deuil périnatal. Une fausse couche, une interruption de grossesse pour raison médicale, la mort d'un bébé avant ou peu après la naissance : ces pertes sont souvent minimisées par l'entourage. Un deuil n'est pas une dépression, même s'il peut s'en accompagner. Quand le bébé est mort avant ou peu après la naissance, les recommandations britanniques demandent que l'on discute avec les parents, sans rien imposer, de la possibilité de le voir, de le tenir, ou d'en garder une photo et des souvenirs. Notre programme Le deuil : comprendre, traverser, et savoir quand demander de l'aide peut accompagner ce chemin.

Des violences dans le couple. Votre sécurité et celle de votre enfant passent avant tout le reste. Parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin, seule à seule, et renseignez-vous auprès des lignes d'écoute spécialisées de votre pays. Emprise et contrôle : reconnaître et en sortir vous aidera à y voir clair.

Une naissance après une longue attente. Après une assistance médicale à la procréation, c'est-à-dire des traitements contre l'infertilité comme la fécondation in vitro, certains parents se disent qu'ils n'ont pas le droit de se plaindre. Cette règle se travaille comme celles de la section 12. Et des jumeaux rendent le plan de nuit très difficile à tenir sans aide extérieure : organisez-la dès la grossesse.

Loin de chez soi. L'exil et une famille restée loin privent des relais habituels : cherchez tôt d'autres relais, comme un groupe de parents ou une association. Si vous parlez mal la langue du pays, demandez un interprète professionnel plutôt que votre conjoint ou un proche, comme le préconisent les recommandations britanniques : vous pourrez parler librement.

L'alcool et le cannabis. Boire ou fumer le soir pour décompresser apaise sur le moment, ne soigne rien, et rend les nuits avec le bébé moins sûres. Boire moins, ou arrêter propose une méthode.

22. Quand consulter, et vers qui

Quand

  • Les larmes, l'abattement ou l'angoisse durent depuis plus de deux semaines, ou s'aggravent.
  • Plus rien ne vous fait plaisir, ou vous vous sentez vide envers votre bébé depuis des semaines.
  • Vous n'arrivez pas à dormir quand vous en avez la possibilité.
  • L'inquiétude, les vérifications ou des pensées qui font peur occupent vos journées ou vous font éviter des soins ordinaires.
  • Vous pensez à mourir : parlez-en le jour même.
  • Une mère de votre entourage présente les signes de la section 4 : elle doit être vue aux urgences le jour même.

Vers qui

La sage-femme connaît cette période mieux que personne. Votre médecin traitant peut évaluer, prescrire si nécessaire et orienter ; il peut aussi rechercher une anémie, c'est-à-dire un manque de globules rouges, ou un trouble de la thyroïde, qui fatiguent et abattent : selon une méta-analyse, environ une femme sur douze présente une anomalie thyroïdienne après l'accouchement. Le médecin qui suit votre bébé voit les parents régulièrement, et peut entendre ce que vous lui direz de vous. Un psychologue formé à la thérapie cognitive et comportementale ou interpersonnelle peut vous accompagner. Un psychiatre, médecin spécialiste des troubles psychiques, s'impose en cas de dépression sévère, de trouble bipolaire, d'antécédent de psychose ou de questions sur les médicaments. En France, les centres de PMI reçoivent aussi les parents ; ailleurs, la maternité vous indiquera les services de santé maternelle et infantile de votre région.

Ce qu'on peut dire

« Depuis la naissance, je n'arrive plus à me réjouir de rien, et je me sens une mauvaise mère tout le temps. Je voudrais savoir si c'est une dépression. »

« J'ai des pensées horribles au sujet de mon bébé, qui me font peur. Je n'ai jamais osé en parler. »

Apportez votre relevé de la section 9 : dix lignes écrites valent une demi-heure d'explications hésitantes.

23. Six semaines, pas à pas

Ce plan n'est pas un traitement, mais un cadre pour les semaines qui viennent, seule ou en parallèle d'un suivi. Chaque tâche renvoie à la section où l'exercice est expliqué. S'il est trop lourd, ne faites chaque semaine que la première tâche qui vous concerne. Les règles de sécurité de la semaine 1 valent pendant les six semaines. Le plan est écrit au féminin, mais les pères et les co-parents le suivent de la même façon (section 17).

Semaine 1 — Observer et parler

Avant de changer quoi que ce soit, vous regardez où vous en êtes, et vous cessez de porter cela seule. Le relevé du soir fait souvent apparaître le lien entre les nuits et l'humeur, et il donnera au professionnel une image bien plus parlante qu'un « ça ne va pas » (section 9). Les trois dernières tâches ne sont pas des exercices : ce sont les règles de sécurité de tout le plan.

  • Chaque soir, notez en une seule ligne votre humeur de 0 à 10, vos heures de sommeil et votre plus long moment de sommeil d'affilée, le moment le plus difficile de la journée et un moment un peu meilleur : deux minutes suffisent, et vous continuerez ce relevé pendant les six semaines (section 9).
  • Dites ce que vous vivez à une personne de confiance, votre partenaire, une amie ou un parent : le secret empêche à la fois de recevoir de l'aide et d'entendre quelqu'un contredire les jugements que vous portez sur vous (section 8).
  • Parlez-en aussi à un professionnel, votre sage-femme, votre médecin ou le médecin qui suit votre bébé, en lui montrant votre relevé ; si les mots manquent, dites simplement : « Depuis la naissance, je n'arrive plus à me réjouir de rien, et je me sens une mauvaise mère tout le temps. Je voudrais savoir si c'est une dépression. » (section 22).
  • Si vous pensez à mourir, dites-le le jour même à votre médecin, à votre sage-femme, à un proche ou à une ligne de prévention du suicide ; si ces pensées incluent votre bébé, appelez maintenant les services d'urgence de votre pays, et ne restez pas seule avec lui en attendant (section 19).
  • Appelez le jour même les services d'urgence, ou faites-les appeler par un proche, si vous ne dormez plus du tout sans vous sentir fatiguée, si vous vous sentez confuse, exaltée ou très agitée, ou si une idée au sujet du bébé vous paraît juste au lieu de vous faire horreur (sections 4 et 6).
  • Si les pleurs deviennent insupportables et que la colère monte, posez le bébé sur le dos dans son lit, sortez de la pièce, fermez la porte et calmez-vous une dizaine de minutes en appelant quelqu'un avant de revenir : un bébé ne doit jamais être secoué (section 6).

Semaine 2 — Les nuits

Le manque de sommeil abaisse l'humeur et augmente l'anxiété, et c'est l'une des rares choses qui puissent changer en une semaine. « Dormez quand le bébé dort » ne marche pas quand l'esprit tourne : il faut un plan écrit, et quelqu'un pour le tenir avec vous (section 10). Le but de la semaine est d'obtenir trois nuits avec un bloc protégé, ce que votre relevé du soir montrera.

  • Avec votre relais, reconstituez les trois dernières nuits, heure par heure : quand le bébé s'est réveillé, qui s'est levé, et ce qui vous a empêchée de vous rendormir, car cette image montre à quels moments un relais est possible (section 10).
  • À partir de cette image, écrivez ensemble vos blocs protégés : au moins trois nuits par semaine, plusieurs heures d'affilée pendant lesquelles votre relais s'occupe du bébé et où vous dormez sans l'entendre, dans une autre pièce, porte fermée. Par exemple : « Vendredi et dimanche, Thomas prend les réveils de 22 heures à 3 heures ; je dors dans le bureau. » (section 10).
  • Si votre partenaire ne peut pas tout prendre, nommez d'autres relais, comme un parent, une amie, une aide à domicile ou un service de soutien aux familles, et demandez-vous pour chacun ce qui vous retient de le solliciter (section 10).
  • Décidez comment le bébé sera nourri pendant le bloc, selon votre choix : du lait tiré à l'avance, un biberon, ou une seule tétée pour laquelle le relais vous l'apporte puis le reprend ; si vous allaitez et souhaitez continuer, parlez du plan à votre sage-femme (section 10).
  • Pendant le bloc, le bébé dort sur le dos dans son propre lit, dans la pièce de celui qui veille, et personne ne s'endort jamais avec lui sur un canapé ou dans un fauteuil : si le sommeil vous guette pendant une tétée, faites-la dans votre lit, sans oreiller ni couverture près de lui, puis recouchez-le (section 10).

Semaine 3 — Les journées

Dans la dépression, l'envie disparaît la première : si vous attendez d'avoir envie de sortir pour sortir, vous attendrez longtemps. La méthode, appelée activation comportementale, inverse l'ordre : on fait un tout petit peu, à heure fixe, sans attendre l'envie, et l'on regarde ce que cela change à l'humeur (section 11).

  • Choisissez trois petites activités pour la semaine, précises et datées, dont au moins une avec un adulte, parmi ce qui a disparu depuis la grossesse, comme les gens que vous voyiez, les sorties, le mouvement ou ce qui vous faisait vous sentir vous-même. Par exemple : la poussette jusqu'au parc mardi matin, un appel à une amie jeudi à 14 heures (section 11).
  • Prévoyez pour chacune une version réduite, à faire si le bébé n'a pas dormi : la promenade devient dix minutes sur le trottoir, ce qui évite le tout ou rien qui transforme chaque imprévu en échec (section 11).
  • Après chaque activité, notez de 0 à 10 le plaisir que vous y avez pris et le sentiment d'avoir accompli quelque chose, car ce chiffre noté sur le moment corrige l'impression grise qu'une humeur basse laisse de la semaine (section 11).
  • Si une activité n'a pas été faite, ne la comptez pas comme un échec : elle était trop grande, alors divisez-la par trois et reprogrammez-la à un autre jour (section 11).

Semaine 4 — Les règles de la « bonne mère »

Beaucoup de parents déprimés vivent sous un règlement qu'ils n'ont jamais écrit. Cette semaine, vous l'écrivez pour pouvoir le discuter, puis vous mettez une règle plus juste à l'épreuve des faits (section 12).

  • Quand vous vous sentez coupable, relevez mot pour mot la phrase qui vous vient, comme « une bonne mère ne se plaint pas », « si je demande de l'aide, c'est que je n'y arrive pas » ou, pour un père, « je dois tenir, c'est elle qui a accouché », et notez de 0 à 100 à quel point vous y croyez (section 12).
  • Examinez la phrase qui pèse le plus lourd avec trois questions : qui, parmi les parents que vous connaissez vraiment, l'applique ? Que vous coûte-t-elle ? Que diriez-vous à votre meilleure amie si elle vous racontait exactement votre semaine ? (section 12).
  • Écrivez à sa place une règle plus juste, que vous puissiez croire, par exemple « un bébé a besoin d'un parent suffisamment présent, pas d'un parent parfait » : mieux vaut une phrase modeste que vous croyez à moitié qu'une affirmation généreuse que vous rejetez (section 12).
  • Testez cette nouvelle règle en faisant cette semaine une chose que l'ancienne interdit, comme demander de l'aide, refuser une visite ou laisser le bébé en sécurité dans son lit le temps d'une douche, puis notez ce qui s'est réellement passé (section 12).

Semaine 5 — Les peurs et les demandes

Cette semaine a deux chemins. Si des pensées intrusives au sujet du bébé vous occupent, c'est-à-dire des pensées ou des images qui surgissent sans que vous les cherchiez, vont contre ce que vous voulez et vous font horreur pour cette raison (section 6), faites les quatre premières tâches : on passe à l'échelon suivant quand la peur a nettement baissé, ou quand on a constaté que ce que l'on redoutait ne s'est pas produit (section 13). Sinon, faites les deux dernières, qui viennent de la section 14.

  • Avant tout exercice sur ces pensées, faites confirmer par un professionnel qu'il s'agit bien de pensées intrusives, et ne commencez qu'avec son accord ; si elles s'accompagnent d'une insomnie sans fatigue ou d'une confusion, ou si elles ne vous font pas horreur, ce n'est pas le moment d'un exercice : consultez le jour même (section 13).
  • Avec son accord, faites la liste de ce que vous évitez et vérifiez, comme le bain que vous ne donnez plus, les couteaux rangés en hauteur ou les « tu es sûr ? » posés à votre compagnon, puis rangez ces gestes du plus facile au plus difficile à reprendre (section 13).
  • Reprenez le premier échelon plusieurs fois dans la semaine, en laissant venir la pensée sans chercher à l'annuler, et notez votre peur au début et à la fin, de 0 à 10 ; on ne reprend que des soins ordinaires, jamais ce qui serait dangereux pour le bébé (section 13).
  • Avec l'accord de votre compagnon ou de votre compagne, réduisez la réassurance : quand vous demandez encore « tu es sûr que je ne ferais jamais ça ? », il ou elle répond une fois, avec douceur, puis ne répond plus à la même question ; ce n'est pas de la froideur, c'est une partie du traitement (section 13).
  • Faites l'exercice « Une transition, avec ses pertes » : sur une feuille, écrivez ce que la naissance vous a fait perdre, sans le relativiser, puis ce qu'elle vous a fait gagner, y compris des compétences comme calmer votre bébé, et choisissez une chose à reprendre sous une autre forme, à une date fixée (section 14).
  • Faites deux demandes précises, qui disent quoi, quand et combien de temps, par exemple « Peux-tu prendre le bébé samedi de 14 heures à 17 heures ? », car « aide-moi davantage » ne change rien (section 14).

Semaine 6 — Le lien et le bilan

Votre bébé n'a pas besoin d'un parent qui ressent de l'amour à chaque instant : il a besoin qu'on lui réponde, et vous le faites probablement déjà (section 15). La fin de la semaine sert à mesurer le chemin parcouru et à préparer la suite.

  • Programmez deux moments partagés par jour avec votre bébé, courts et sans objectif, comme chanter, lui parler face à face ou le bain, en suivant ce qu'il regarde et ce qu'il fait plutôt qu'en lui proposant des activités (section 15).
  • Relisez vos relevés du soir depuis la semaine 1 et regardez ce qui a bougé : l'humeur, le plus long moment de sommeil d'affilée, les moments un peu meilleurs (section 9).
  • Si votre humeur n'a pas nettement remonté depuis la semaine 1, prenez rendez-vous avec votre médecin ou votre sage-femme en apportant vos relevés : ce n'est pas un échec personnel, c'est l'information qui permet de vérifier le diagnostic et de discuter des traitements (sections 18 et 22).
  • Si vous avez commencé l'échelle de la semaine 5, continuez à reprendre chaque échelon plusieurs fois dans la semaine et passez au suivant quand la peur a nettement baissé ; si les pensées occupent plusieurs heures par jour ou si vous n'avancez pas, demandez une thérapie cognitive et comportementale avec exposition (section 13).
  • Écrivez vos signaux personnels dans l'ordre où ils sont venus, par exemple le sommeil qui se dégrade, puis le retrait, puis la culpabilité, et notez en face de chacun ce que vous ferez s'il revient.
  • Si vous ressentez un rejet ou une colère persistants envers votre bébé, ou si la relation ne s'améliore pas avec votre humeur, parlez-en à un professionnel : il existe des accompagnements centrés sur la relation parent-bébé, et y recourir n'est pas un échec (section 15).

Après les six semaines

Si rien n'a bougé, ce n'est pas un échec personnel, c'est une information à apporter en consultation, avec vos relevés : le médecin vérifiera le diagnostic, cherchera une cause physique et discutera avec vous des traitements.

Enfin, un épisode après une naissance augmente le risque lors d'une grossesse suivante, sans le rendre certain. Prévenez votre sage-femme ou votre médecin dès le début de la grossesse, et organisez les relais avant la naissance.

24. Questions fréquentes

Le baby blues peut-il se transformer en dépression ? Le plus souvent, il passe en quelques jours, mais il compte parmi les facteurs qui augmentent le risque de dépression ensuite. Si la tristesse, l'angoisse ou le vide persistent au-delà de deux semaines, ou s'aggravent, ce n'est plus un baby blues : parlez-en. Mieux vaut consulter pour rien que laisser une dépression s'installer.

Je n'ai pas ressenti d'amour immédiat pour mon bébé. Est-ce grave ? Non. Beaucoup de mères se souviennent d'une indifférence au premier contact, et l'affection est venue chez la plupart dans les jours qui ont suivi. Si ce vide dure des semaines, il peut faire partie d'une dépression, et il se soigne.

Peut-on faire une dépression post-partum plusieurs mois après la naissance ? Oui. Les professionnels considèrent toute la première année, et une part des dépressions commence même pendant la grossesse. Chez les pères, les taux sont les plus élevés entre trois et six mois après la naissance. Et si, au fil des mois, c'est surtout l'épuisement d'être parent qui s'installe, notre guide Le burn-out parental : quand être parent épuise explique comment le distinguer d'une dépression, et comment rééquilibrer ce qui vous épuise et ce qui vous aide.

J'ai des images de faire du mal à mon bébé. Suis-je dangereuse ? Les pensées qui vous font horreur et que vous cherchez à éviter sont presque universelles chez les jeunes parents, et les études ne montrent pas qu'elles conduisent à des gestes. Parlez-en à un professionnel, qui vérifiera qu'il s'agit bien de pensées intrusives. Une idée qui ne vous fait pas horreur, ou qui vous paraît juste, est en revanche une urgence.

Si je dis ce que je ressens, va-t-on me retirer mon enfant ? Une dépression ou des pensées intrusives ne sont pas, en elles-mêmes, une raison de vous séparer de votre enfant, et les professionnels de la santé mentale périnatale savent qu'elles sont fréquentes. Leurs questions servent à comprendre de quoi il s'agit. Même quand une hospitalisation est nécessaire, des unités mère-bébé permettent, dans plusieurs pays, de soigner la mère avec son enfant.

Dois-je arrêter d'allaiter pour me soigner ? Non, pas forcément. Les psychothérapies sont compatibles avec l'allaitement, et certains médicaments aussi : le médecin connaît les options.

La dépression post-partum vient-elle des hormones ? Personne ne le sait complètement. La naissance s'accompagne de bouleversements hormonaux, mais les facteurs les mieux établis sont les antécédents de dépression ou d'anxiété, le manque de soutien, les conflits dans le couple et les événements stressants.

Mon compagnon est irritable, rentre tard et boit plus qu'avant. Peut-il être déprimé ? C'est possible. Environ un père sur dix présente une dépression autour de la naissance, et chez les hommes, la dépression peut se manifester par de la colère, du retrait ou de l'alcool plutôt que par des larmes. Proposez-lui d'en parler à son médecin.

Mon bébé va-t-il souffrir de ma dépression ? Elle augmente le risque de difficultés chez l'enfant, mais ces difficultés ne sont pas inévitables. Ce qui compte, et qui se modifie, c'est d'être soigné, entouré, et de ne pas laisser durer le trouble.

Est-ce que ça recommencera à la prochaine grossesse ? Le risque est plus élevé après un premier épisode, mais rien n'est écrit, et cela se prépare. En cas de trouble bipolaire ou d'antécédent de psychose du post-partum, le plan s'écrit avec le psychiatre, si possible avant la conception.

25. À retenir

  • Le baby blues est très fréquent, survient dans les premiers jours et passe en général dans les deux semaines.
  • Une tristesse, une angoisse ou un vide qui durent au-delà de deux semaines, ou s'aggravent, méritent d'être dits à un professionnel.
  • La dépression après une naissance touche environ une mère sur huit et un père sur dix ; elle ne dit rien de l'amour que l'on porte à son enfant.
  • La psychose du post-partum est rare et brutale : une mère qui ne dort plus du tout sans fatigue, confuse ou aux idées étranges, doit être vue aux urgences le jour même.
  • Les pensées effrayantes au sujet du bébé, vécues avec horreur, sont presque universelles et ne sont pas un danger ; les éviter et chercher à être rassuré les entretiennent.
  • Le sommeil se protège par un plan écrit, avec des relais nommés, adapté à votre façon de nourrir votre bébé ; lui dort sur le dos dans son propre lit, jamais sur un canapé avec un adulte.
  • On n'attend pas l'envie pour agir : on programme trois petites activités datées par semaine, dont une avec un adulte.
  • Les règles de la « bonne mère » se discutent, et le lien avec le bébé se construit, sans culpabilité.
  • Les psychothérapies ont fait leurs preuves dans cette période ; les médicaments se décident avec le médecin, et l'allaitement n'empêche pas de se soigner.
  • Les idées de mort se disent le jour même ; si elles incluent le bébé, c'est une urgence absolue.

26. Sources et fondements

Ce guide est un texte original rédigé pour Psychotip. Il s'appuie sur des travaux publiés, sans reprendre le matériel d'aucun programme propriétaire. Il ne reproduit aucune liste de critères diagnostiques, ne nomme aucun médicament et ne décrit aucun moyen de se faire du mal.

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