Devise

Retour aux ressources
Dépression & humeurPour un proche55 min de lecture

Aider un proche déprimé

Quelqu'un que vous aimez ne se lève plus, ne répond plus, refuse tout ce que vous proposez — et vous ne savez plus si vous devez insister ou vous taire. Ce guide dit ce qui aide réellement, ce qui aggrave sans qu'on le veuille, comment parler des idées suicidaires, comment amener quelqu'un aux soins sans le forcer, et comment tenir soi-même sans y laisser sa santé.

En bref

Ce guide s'adresse aux proches d'une personne déprimée : conjoint, parent, enfant devenu adulte, ami, collègue. Il part de ce que la recherche a établi : poser directement la question du suicide n'augmente pas le risque, les critiques répétées favorisent la rechute, l'aide concrète vaut mieux que les encouragements, et l'accompagnement aux soins compte plus que le conseil de consulter. Il décrit aussi ce qui épuise les proches, comment se répartir la charge, et quand appeler à l'aide sans attendre.

Thématique
Dépression & humeur
Pour qui
Pour un proche
Langues
FR · EN · DE · IT · ES · ZH · AR

Français · English · Deutsch · Italiano · Español · 中文 · العربية

Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si votre proche est en danger immédiat — il a commencé à agir, il ne peut plus se mettre en sécurité, il est très agité ou fortement alcoolisé avec des intentions précises —, restez avec lui, éloignez ce qui est dangereux et appelez les services d'urgence de votre pays. En dehors de l'urgence immédiate, une ligne de prévention du suicide, le médecin traitant ou un service de crise peuvent être contactés le jour même : voir les sections 13 et 14. Ne conseillez jamais à votre proche d'arrêter ou de modifier seul un traitement prescrit. Comptez cinquante-cinq minutes de lecture.

1. Avant de commencer

Il est six heures du soir, les volets sont encore fermés. Vous avez fait les courses, rangé la cuisine, prévenu son travail. Vous avez proposé une marche, un film, un week-end chez ses parents, un rendez-vous chez le médecin. Il a dit non à tout, gentiment, ou pas gentiment. Vous avez fini par dire ce que vous vous étiez juré de ne pas dire : « tu pourrais faire un effort. » Et maintenant vous vous en voulez, vous êtes en colère, et vous êtes fatigué comme vous ne l'avez jamais été.

Trois choses, tout de suite.

Vous n'êtes pas responsable de sa guérison. Vous ne pouvez pas soigner une dépression par votre présence, votre patience ou votre amour. Ce que vous pouvez faire est différent, et c'est considérable : maintenir un lien, rendre des choses possibles, et relier à des soins qui, eux, fonctionnent.

Ce qu'il refuse n'est pas dirigé contre vous. La dépression éteint l'envie avant d'éteindre l'affection. Un « non » répété est un symptôme, pas un verdict sur la relation.

Votre propre état fait partie de l'équation. Les proches de personnes déprimées présentent plus souvent que les autres de la fatigue, de l'anxiété, de l'insomnie et des symptômes dépressifs. Tenir dans la durée suppose de s'occuper aussi de soi, et ce guide y consacre une section entière.

À qui s'adresse ce guide

À vous si vous vivez avec quelqu'un qui va mal depuis des semaines et que vous ne savez plus quoi dire.

À vous si vous êtes le parent d'un jeune adulte déprimé, ou l'enfant adulte d'un parent qui s'enfonce.

À vous si un ami ou un collègue vous inquiète et que vous vous demandez si c'est votre rôle.

À vous si votre proche a déjà un traitement et que vous voulez comprendre ce qui se joue, et ce que vous pouvez faire.

2. La dépression vue de l'extérieur

Ce que vous voyez, et ce que cela veut dire

Vous voyez quelqu'un qui ne fait plus rien, qui reste au lit, qui refuse les invitations, qui ne répond plus aux messages, qui s'irrite pour rien, qui pleure ou qui ne pleure plus du tout. De l'extérieur, cela ressemble à de la paresse, à du désintérêt, parfois à de la mauvaise volonté.

De l'intérieur, c'est autre chose. Voici la traduction des comportements que vous observez.

  • « Il ne fait rien. » L'envie a disparu. Ce n'est pas qu'il choisit le canapé plutôt que la promenade : c'est qu'aucune option ne présente d'attrait, y compris celles qu'il adorait.
  • « Il refuse tout ce que je propose. » Chaque proposition est évaluée à travers un filtre de fatigue et d'anticipation négative. Dire oui engage à une dépense d'énergie qu'il n'est pas sûr d'avoir.
  • « Il dort tout le temps » ou « il ne dort plus ». Le sommeil est l'une des fonctions les plus touchées. Le sommeil long ne repose pas.
  • « Il est agressif. » L'irritabilité est une manifestation fréquente, surtout chez les hommes et les adolescents. Le seuil de tolérance au bruit, aux demandes et aux imprévus s'effondre.
  • « Il ne m'écoute pas. » La concentration et la mémoire immédiate sont atteintes. Il n'a souvent pas retenu la conversation d'hier.
  • « Il dit qu'il est nul. » Le jugement dévalorisant sur soi est un symptôme, au même titre que la fatigue. Ce n'est pas une opinion à débattre, c'est un signe de la maladie.
  • « Il ne se lave plus. » L'hygiène demande une série de décisions et de gestes que le ralentissement rend coûteux.

Ce qu'il ne peut pas faire pour vous rassurer

Il ne peut pas vous promettre que ça ira mieux demain, ni vous expliquer pourquoi il va mal, ni vous dire ce dont il a besoin — le plus souvent, il ne le sait pas. Lui demander ces trois choses ajoute une tâche à quelqu'un qui n'y arrive plus.

Une maladie qui se soigne

C'est le message à garder en tête quand vous doutez. La dépression fait partie des troubles les mieux traités : plusieurs psychothérapies structurées et plusieurs traitements médicamenteux ont fait la preuve de leur efficacité, et l'association des deux fait mieux dans les formes sévères. Ce qui manque, la plupart du temps, ce n'est pas le traitement : c'est le chemin jusqu'à lui. Ce chemin, vous pouvez y contribuer.

Pour comprendre en détail ce que vit votre proche, notre programme Comprendre la dépression est le complément direct de celui-ci ; beaucoup de proches le lisent en premier.


La suite est réservée aux membres

Créez votre accès pour lire ce programme en entier, ainsi que toutes les autres ressources.

Questions fréquentes

Est-ce que je risque de lui donner l'idée si je parle du suicide ? Non. C'est la crainte la plus fréquente, et les études qui l'ont testée ne montrent pas d'augmentation des idées suicidaires après avoir posé la question. Le plus souvent, la personne est soulagée qu'on ose. Posez-la directement et calmement : « est-ce que tu penses au suicide ? »

Jusqu'où dois-je insister pour qu'il consulte ? Insistez sur la proposition, pas sur la personne : reproposez régulièrement, en changeant la forme et en abaissant la marche — le médecin traitant plutôt qu'un spécialiste, une seule consultation plutôt qu'un parcours, vous qui l'accompagnez plutôt que lui qui organise. Évitez les ultimatums, qui sont rarement tenus et qui abîment durablement.

Est-ce que je dois le laisser dormir ou le pousser à se lever ? Ni l'un ni l'autre sous forme de consigne. Proposez une raison de se lever, courte et partagée : un café ensemble, une course, un trajet. Un lever à peu près régulier aide réellement, mais il s'obtient par des invitations, pas par des injonctions.

Il refuse toutes mes propositions. Dois-je arrêter d'en faire ? Non, mais changez de format : plus petit, avec vous, à une heure précise, et plutôt en fin de journée qu'au réveil. Un refus sur trois est normal. Ce qui use, ce n'est pas le refus, c'est de le commenter.

Je fais tout à sa place. Est-ce que c'est une erreur ? C'est le piège le plus fréquent. Faire à la place soulage l'instant, vous épuise, et retire à votre proche les occasions d'agir, alors que l'action est justement ce qui le sortira de l'épisode. La règle : faire avec, plutôt que faire à la place, et laisser ce qu'il peut encore assumer.

Est-ce que je peux appeler son médecin sans son accord ? Oui, vous pouvez transmettre ce que vous observez. Le secret médical empêchera le professionnel de vous répondre, mais il peut vous écouter ou lire votre courrier, et cette information change souvent la consultation. Dites-le à votre proche plutôt que de le faire en cachette, quand c'est possible.

Il va mieux et veut arrêter son traitement. Que faire ? Ne tranchez pas à sa place et ne vous y opposez pas frontalement : renvoyez au prescripteur. Un traitement se poursuit en général plusieurs mois après l'amélioration, et son arrêt se fait progressivement, par paliers, avec le médecin. « Dis-le-lui et demande comment on s'y prend » est la bonne réponse.

Que dire aux enfants ? La vérité, avec des mots simples et adaptés à leur âge, en trois messages : ce qu'est la maladie, que ce n'est pas de leur faute, et que des adultes s'en occupent. Protégez leur quotidien, laissez-les continuer leurs activités, et ne les mettez jamais en position de surveiller ou de consoler un parent.

Je suis en colère contre lui, est-ce que c'est monstrueux ? Non, c'est fréquent et compréhensible. La colère est la réaction habituelle à l'épuisement et à l'impuissance. Elle devient nuisible seulement quand elle est niée : nommez-la à quelqu'un d'extérieur, régulièrement, et elle sortira beaucoup moins chez vous.

Est-ce que je peux partir en week-end pendant qu'il va mal ? Oui, sauf s'il existe un risque immédiat, auquel cas vous organisez une présence. Vous avez besoin de souffler pour tenir ; les proches qui s'interdisent tout finissent par s'effondrer ou par devenir durs, et les deux sont pires pour tout le monde.

Il me dit des choses très dures. Dois-je tout encaisser ? Non. L'irritabilité fait partie de la maladie, et vous n'êtes pas tenu d'absorber des insultes quotidiennes. Ne répondez pas sur le moment, revenez plus tard sur le fond, et dites ce que vous ne pouvez pas encaisser. En cas de violence ou de menaces, mettez-vous à l'abri et appelez de l'aide.

Combien de temps cela va-t-il durer ? Cela dépend de la sévérité et de la rapidité de la prise en charge. Avec un traitement adapté, l'amélioration est en général nettement plus rapide que sans. Ce que vous pouvez influencer, c'est le délai avant les soins — et c'est l'un des rares facteurs qui compte vraiment.

dépressionproche aidantentourageécouteidées suicidairesépuisementaccompagnementfamille

À découvrir aussi