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CouplePour soi40 min de lecture

Se disputer moins, se parler mieux

Les mêmes disputes qui reviennent, les mots qui dépassent la pensée, l'un qui insiste pendant que l'autre se ferme. Ce guide explique ce que la recherche a observé chez les couples qui s'en sortent, comment repérer votre propre cycle, commencer une discussion autrement, faire une pause utile, réparer, et vivre avec les désaccords qui ne se résoudront pas.

En bref

Ce guide s'adresse aux couples dont les désaccords tournent mal : disputes qui dégénèrent, silences qui durent des jours, sujets qu'on n'ose plus aborder. Il peut être lu à deux, mais aussi seul : changer sa propre part suffit souvent à modifier le cycle. Il s'appuie sur des décennies d'observation de couples et sur les thérapies de couple évaluées. Il ne concerne pas les relations où l'un des partenaires a peur de l'autre : dans ce cas, la question n'est pas la communication mais la sécurité, et le guide dit comment faire la différence.

Thématique
Couple
Pour qui
Pour soi
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une thérapie de couple. Il concerne les désaccords entre deux partenaires qui peuvent chacun dire non sans avoir peur de l'autre. Si vous avez peur de votre partenaire, s'il y a des coups, des menaces, des objets cassés, si l'on vous empêche de voir vos proches ou de disposer de votre argent, il ne s'agit plus de disputes : lisez la section 15 et notre programme Emprise et contrôle : reconnaître et en sortir, et contactez une ligne d'aide spécialisée de votre pays ou, en cas de danger immédiat, les services d'urgence. Si vous pensez à mourir ou à vous faire du mal, appelez votre médecin le jour même. Comptez quarante minutes de lecture.

1. Avant de commencer

C'est parti d'une remarque sur la vaisselle. Vingt minutes plus tard, vous parliez de sa mère, de vos vacances d'il y a trois ans, et de ce qu'il ou elle « fait toujours ». L'un a claqué une porte, l'autre s'est enfermé dans le silence. Le lendemain, personne ne se souvenait vraiment de la raison de départ, mais tout le monde était épuisé.

Ou bien, chez vous, on ne se dispute plus. On évite. Il y a des sujets qu'on n'aborde pas, une distance qui s'est installée, et l'impression de vivre en colocation.

Trois choses, tout de suite.

Se disputer n'est pas le problème. Tous les couples ont des désaccords, y compris ceux qui durent et qui vont bien. Ce que la recherche distingue, ce n'est pas la présence de conflits, c'est la manière dont ils se déroulent et dont on en sort.

Beaucoup de désaccords ne se résoudront jamais, et ce n'est pas grave. Les couples qui vont bien ne les ont pas réglés : ils ont appris à en parler sans se blesser, et à vivre avec.

Vous pouvez changer le cycle même seul. Une dispute se joue à deux, mais il suffit que l'un des deux change sa part pour que la suite ne soit plus la même.

À qui s'adresse ce guide

Aux couples qui se disputent souvent, fort, ou toujours sur les mêmes sujets.

Aux couples qui ne se disputent plus, mais qui évitent, et s'éloignent.

À l'un des partenaires seul, si l'autre ne veut pas ou pas encore s'y mettre.

Il vaut quels que soient le sexe et l'orientation des partenaires, leur âge et la durée de la relation.

Ce que ce guide n'est pas

Ce n'est pas une méthode pour gagner les disputes, ni pour convaincre l'autre qu'il a tort.

Ce n'est pas un guide pour les relations où l'un des partenaires domine, surveille, menace ou fait peur. Les techniques de communication n'y ont pas leur place, et peuvent même être retournées contre la personne qui les applique.

Comment l'utiliser

Lisez-le en entier une fois. Puis choisissez une chose à changer — la manière de commencer une discussion, la pause, la réparation — et tenez-la trois semaines. Les couples qui essaient de tout appliquer d'un coup se disputent souvent… sur la bonne manière d'appliquer la méthode.

2. Ce que dit la recherche

Ce qui a été observé

Des chercheurs, dont John Gottman et Robert Levenson, ont filmé des centaines de couples pendant qu'ils discutaient d'un désaccord, en mesurant parfois leur rythme cardiaque, puis les ont suivis pendant des années. Plusieurs résultats sont solides.

Quatre attitudes pendant les conflits sont associées à la séparation : la critique qui vise la personne plutôt que le comportement, le mépris, la défensive, et le retrait silencieux qui ferme toute discussion. Le mépris — moquerie, sarcasme, dégoût, yeux levés au ciel — est la plus corrosive. La section 7 les détaille, avec ce qui les remplace.

Les couples stables ne sont pas ceux qui n'ont pas de moments négatifs, mais ceux chez qui, pendant un conflit, les échanges positifs — humour, intérêt, tendresse, reconnaissance — restent nettement plus nombreux que les négatifs.

La manière de commencer compte énormément. Une discussion qui démarre par une attaque se termine le plus souvent mal ; les premières minutes permettent souvent de prédire la fin.

Les tentatives de réparation — un mot d'humour, un geste, « attends, je m'y prends mal » — et le fait qu'elles soient acceptées distinguent les couples qui vont bien.

La plupart des désaccords durables ne se résolvent pas. Dans les couples suivis, une majorité des sujets de conflit étaient des problèmes perpétuels, liés à des différences de personnalité ou de besoins. Les couples satisfaits en avaient autant que les autres ; ils en parlaient autrement.

Le schéma demande-retrait

Andrew Christensen et ses collègues ont décrit un schéma très fréquent : l'un des partenaires demande, critique, insiste ; l'autre évite, se défend, se tait ou s'en va. Plus l'un poursuit, plus l'autre se retire ; plus l'autre se retire, plus le premier poursuit. Ce schéma est associé à l'insatisfaction, et il s'entretient tout seul.

Le stress qui vient d'ailleurs

Les travaux de Guy Bodenmann, de Lisa Neff et de Benjamin Karney montrent que le stress extérieur au couple — travail, argent, enfants en bas âge, maladie — se déverse dans la relation : on devient plus irritable, plus critique, moins attentif, et les mêmes différences deviennent insupportables. La satisfaction conjugale baisse aussi, en moyenne, après l'arrivée d'un premier enfant.

Ce qui aide

Les thérapies de couple sont efficaces. Les synthèses d'études montrent qu'elles améliorent nettement la satisfaction, en moyenne, par rapport à l'absence de traitement. Plusieurs approches ont fait leurs preuves, notamment la thérapie comportementale intégrative de couple et la thérapie centrée sur les émotions.

Un programme en ligne fondé sur la thérapie comportementale intégrative, évalué dans un essai contrôlé, a amélioré la satisfaction de couples en difficulté.

Même une intervention très brève peut aider. Dans une étude, des couples mariés invités trois fois par an à réécrire leur dernier désaccord du point de vue d'un observateur neutre, bienveillant envers les deux, ont vu leur satisfaction se maintenir sur l'année, alors qu'elle déclinait chez les autres.

Les idées reçues

« Les couples heureux ne se disputent pas. » Faux. Ils se disputent, et réparent.

« Il faut vider son sac. » Crier, taper sur un coussin ou ressasser sa colère ne la fait pas baisser : les études sur le défoulement montrent qu'il l'entretient plutôt.

« Il ne faut jamais se coucher fâchés. » Rien ne l'établit. Une discussion menée épuisé, à une heure du matin, a toutes les chances de mal finir. Mieux vaut convenir de reprendre le lendemain.

« Si on s'aimait vraiment, on se comprendrait sans parler. » Personne ne lit dans les pensées. Attendre que l'autre devine est une source majeure de déception.

« Il suffit d'apprendre à bien communiquer. » Les techniques aident, mais elles ne suffisent pas quand le problème est une différence profonde. L'acceptation compte autant que le changement.


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Questions fréquentes

Est-ce grave de se disputer souvent ? Pas forcément. Certains couples sont plus expressifs que d'autres, et vont bien. Ce qui compte, c'est la présence de mépris, l'absence de réparation, et la place qui reste pour la tendresse et l'intérêt en dehors des conflits.

Mon partenaire se ferme dès que j'aborde un sujet. Que faire ? Le retrait est souvent une réaction au sentiment d'être attaqué ou submergé. Essayez de commencer plus doucement, par une demande précise, à un moment choisi, et proposez une durée limitée. Convenez aussi, à froid, de la règle de la pause annoncée avec retour.

On se dispute toujours pour la même chose. Est-ce qu'on est incompatibles ? Probablement pas. La plupart des couples ont des problèmes perpétuels. La question n'est pas de les faire disparaître, mais d'arriver à en parler sans se blesser et à trouver des arrangements vivables.

Est-ce qu'on peut vraiment changer après des années ? Oui. Les thérapies de couple évaluées obtiennent des améliorations chez des couples en difficulté depuis longtemps. Plus les rancœurs sont anciennes, plus cela demande de temps et souvent d'aide.

Faut-il tout se dire ? Il faut pouvoir se dire ce qui compte. Mais tout dire, sans filtre, au moment où cela vient, n'est pas de l'honnêteté : c'est souvent de la critique. Choisir le moment et la manière n'est pas de l'hypocrisie.

Mon partenaire crie, moi jamais. Est-ce que c'est lui le problème ? Crier abîme, et il est légitime de demander que cela cesse. Mais regardez aussi ce qui se passe avant : un silence, une porte fermée, une remarque froide peuvent faire partie du même cycle. Si en revanche vous avez peur quand il crie, lisez la section 15.

On ne se dispute plus du tout, mais on ne se parle plus non plus. Est-ce mieux ? Pas nécessairement. L'évitement préserve la paix, mais il laisse s'accumuler les rancœurs et s'installer la distance. Revenir vers les sujets difficiles, doucement, avec une méthode, ou avec un thérapeute, est souvent nécessaire.

Les disputes devant les enfants vont-elles les traumatiser ? Les désaccords calmes et suivis de réconciliation ne leur font pas de mal. Ce qui les fragilise, ce sont les conflits fréquents, hostiles, non résolus, ou qui les concernent. Montrez-leur la réparation.

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