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Chagrin d'amour : se remettre d'une rupture

Une rupture peut faire aussi mal qu'un deuil : on ne dort plus, on relit les messages, on guette les réseaux de l'autre, on se demande sans fin ce qu'on a raté. Ce guide explique pourquoi cela fait si mal, ce qui prolonge la douleur et ce qui l'apaise, et propose un chemin concret, semaine après semaine, pour retrouver qui l'on est.

En bref

Ce guide s'adresse aux personnes qui viennent de vivre une rupture amoureuse, ou qui n'arrivent pas à s'en remettre des mois après, qu'elles aient été quittées, qu'elles aient décidé de partir ou que la séparation ait été commune. Il s'appuie sur les études qui ont suivi des personnes jour après jour après une rupture : comment la tristesse évolue réellement, pourquoi le manque de l'autre ressemble à un sevrage, ce que fait la surveillance de l'ex sur les réseaux, ce qui aide à retrouver une image claire de soi. Il propose des règles simples pour les premiers jours, pour le contact avec l'ex et pour les pensées qui tournent, et dit quand un chagrin d'amour mérite l'aide d'un professionnel.

Thématique
Couple
Pour qui
Pour soi
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas un accompagnement. Si vous pensez à mourir ou à vous faire du mal, appelez votre médecin le jour même, ou les services d'urgence de votre pays en cas de danger immédiat : une rupture est l'un des événements qui précèdent le plus souvent une crise suicidaire, en particulier chez les jeunes, et cette douleur-là se soigne. Si votre ex vous menace, vous suit, vous harcèle, ou si vous aviez peur de lui ou d'elle pendant la relation, lisez notre programme Emprise et contrôle : reconnaître et en sortir et contactez une ligne d'aide spécialisée de votre pays. Comptez trente-cinq minutes de lecture.

1. Avant de commencer

Il y a quelques jours, ou quelques semaines, quelqu'un est sorti de votre vie. Un message, une conversation dans la cuisine, un silence qui s'est installé jusqu'à ce que l'un des deux dise le mot. Depuis, le téléphone est devenu un objet dangereux. Vous vous réveillez à quatre heures du matin avec la même question. Vous relisez les anciens messages pour y trouver le moment où tout a basculé. Vos amis vous disent que vous méritez mieux, et cela ne change rien.

Ou bien la rupture date de plusieurs mois, et vous vous en voulez de ne pas « être passé à autre chose ».

Trois choses, tout de suite.

La douleur d'une rupture est réelle, et elle n'est pas proportionnelle à la durée de la relation. Une histoire de quatre mois peut laisser plus de dégâts qu'un mariage de dix ans. Ce qui compte, c'est la place que la personne occupait dans vos journées, vos projets et l'idée que vous vous faisiez de vous-même.

Elle diminue, même si vous ne le croyez pas. Les personnes suivies après une rupture surestiment presque toutes la durée et l'intensité de la souffrance à venir. La tristesse baisse, par à-coups, avec des jours très mauvais au milieu de jours meilleurs.

Certaines choses la prolongent, d'autres l'apaisent, et vous avez prise sur beaucoup d'entre elles. Ce guide ne vous demande pas d'arrêter d'aimer quelqu'un du jour au lendemain. Il vous aide à ne plus entretenir, sans le vouloir, ce qui vous maintient au fond.

À qui s'adresse ce guide

À vous si vous avez été quitté, si la séparation a été décidée à deux, ou si vous êtes parti et que la tristesse vous surprend.

À vous si la rupture est récente, ou si elle date de plusieurs mois et que vous n'arrivez pas à tourner la page.

Il vaut quels que soient votre âge, votre sexe, votre orientation, que vous ayez vécu ensemble ou non, que la relation ait duré trois mois ou quinze ans. Si vous étiez marié ou si vous avez des enfants ensemble, notre programme Divorcer : traverser la séparation pour soi traite en plus la procédure, l'argent et la coparentalité.

Si vous êtes parent et que c'est votre adolescent qui traverse une rupture, lisez la section 16.

Ce que ce guide n'est pas

Il ne vous apprendra pas à « récupérer votre ex ». La section 14 parle honnêtement de l'envie de revenir, sans la condamner, mais ce n'est pas l'objet de ce guide.

Il ne vous demande pas de haïr la personne, ni de faire comme si elle n'avait pas compté.

Il ne remplace pas une aide quand la tristesse devient une dépression. La section 17 explique comment faire la différence.

Comment il est construit

Les sections 2 à 4 expliquent ce qui se passe en vous et ce que la recherche a montré. Les sections 5 à 13 sont le cœur pratique : les premiers jours, le contact avec l'ex, les réseaux, les pensées qui tournent, l'image de soi, le quotidien, les souvenirs, les émotions difficiles, et le bilan de la relation. Les sections 14 à 16 traitent de l'envie de revenir, des nouvelles rencontres et des situations particulières. Les sections 17 à 20 disent quand consulter, répondent aux questions fréquentes et résument l'essentiel.

Vous n'avez pas besoin de tout lire aujourd'hui. Si la rupture date d'hier, lisez les sections 5 et 6, et revenez au reste dans quelques jours.

2. Pourquoi une rupture fait si mal

Le manque, au sens propre

Quand on est amoureux, la personne aimée devient une source majeure de récompense : sa voix, ses messages, sa présence activent les systèmes du cerveau qui nous poussent à rechercher ce qui nous fait du bien. Quand elle disparaît, ces systèmes ne s'éteignent pas. Chez des personnes récemment quittées et encore très amoureuses, les images cérébrales montrent une activité dans des régions liées à la motivation et au manque, proches de celles qu'on observe dans l'envie irrépressible d'une substance.

C'est ce qui explique l'envie presque physique d'écrire, d'appeler, de passer devant chez l'autre. Ce n'est pas un manque de dignité. C'est un système de recherche de récompense qui cherche sa récompense. Et comme dans tout manque, chaque contact soulage quelques minutes et relance l'envie pour des heures.

Une partie de soi qui s'en va

Dans une relation, les identités se mêlent. On a pris des habitudes communes, des amis communs, des goûts de l'autre, une manière de se voir à travers ses yeux. On disait « nous » pour parler de ses week-ends et de ses projets.

Après la rupture, beaucoup de gens disent : « je ne sais plus qui je suis ». Les études le confirment : une rupture brouille la clarté de l'image de soi, et plus ce brouillard est épais, plus la détresse est forte. Se remettre d'une rupture, c'est donc aussi reconstruire une réponse à la question « qui suis-je, seul ? ». La section 9 y est consacrée.

La question sans fin

« Pourquoi ? » « Qu'est-ce que j'ai fait ? » « Est-ce qu'il ou elle m'a aimé ? » « Qu'est-ce que l'autre a de plus que moi ? »

Ces questions reviennent parce que l'esprit cherche à donner du sens à une perte, et à éviter qu'elle se reproduise. Mais elles portent souvent sur des choses que vous ne saurez jamais avec certitude : ce que l'autre ressentait vraiment, ce qui se serait passé si. L'esprit tourne alors sans avancer. C'est la rumination, et elle entretient la tristesse bien plus qu'elle ne l'éclaire. La section 8 propose de quoi en sortir.

Le rejet et l'humiliation

Être quitté, c'est aussi être choisi contre. Même quand la rupture est faite avec délicatesse, elle touche la question de sa valeur : « je n'étais pas assez ». Si l'autre est déjà avec quelqu'un, si les amis savaient avant vous, si la rupture a eu lieu par message, l'humiliation s'ajoute au chagrin. La honte pousse à se cacher, à ne pas en parler, ce qui prive du soutien dont on aurait le plus besoin.

Un deuil d'une vie future

On ne perd pas seulement une personne. On perd l'appartement qu'on allait chercher, le voyage de l'été, les enfants qu'on imaginait, la vieillesse à deux. Ces pertes-là sont invisibles pour l'entourage, qui ne comprend pas toujours pourquoi une histoire « pas si longue » fait autant de dégâts.


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Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour se remettre d'une rupture ? Il n'y a pas de durée normale. Les formules qui circulent, comme « la moitié de la durée de la relation », ne reposent sur aucune étude. Ce que l'on sait, c'est que la tristesse diminue en moyenne au fil des semaines et des mois, par à-coups, et qu'on surestime presque toujours sa durée au moment du choc. Si, après plusieurs mois, rien ne bouge, c'est un signal pour demander de l'aide, pas une preuve que vous êtes anormal.

Est-ce normal de penser à l'autre tout le temps ? Oui, au début. Les pensées envahissantes sont une réaction attendue à la perte d'une personne importante. Elles deviennent un problème quand elles ne diminuent pas avec le temps, et surtout quand elles sont entretenues par des vérifications, des contacts et de la rumination.

Dois-je bloquer mon ex ? Ce n'est pas obligatoire. Masquer ses publications suffit à beaucoup de gens. Bloquer devient utile si vous n'arrivez pas à vous empêcher de regarder ou d'écrire, ou si l'autre vous écrit sans respecter votre demande. Ce n'est pas un geste agressif, c'est un geste de protection.

Il ou elle me dit qu'on peut rester amis. Est-ce possible ? Parfois, plus tard. Presque jamais dans les semaines qui suivent. Une amitié immédiate entretient souvent l'espoir et empêche la tristesse de redescendre. Vous pouvez répondre : « Peut-être un jour. Pour l'instant, j'ai besoin de distance. »

J'ai supplié, j'ai envoyé des messages que je regrette. Est-ce que j'ai tout gâché ? Presque tout le monde fait des choses dont il n'est pas fier pendant une rupture. Ce ne sont pas des révélations sur votre valeur. Ce qui compte maintenant, c'est ce que vous faites à partir d'aujourd'hui : arrêter les contacts, prendre soin de vous, en parler à quelqu'un.

Est-ce que je vais retrouver quelqu'un ? Personne ne peut vous le promettre. Ce que l'on sait, c'est que la conviction de ne jamais retrouver personne, si fréquente après une rupture, est une prévision faite au pire moment, et que ces prévisions-là sont très souvent trop sombres.

Et si c'était la personne de ma vie ? C'est une pensée très fréquente, et elle rend la rupture encore plus douloureuse. Une relation qui ne pouvait pas continuer, pour une raison ou pour une autre, n'était pas la relation de votre vie telle que vous la vivrez. On peut avoir aimé très fort quelqu'un avec qui la vie commune n'était pas possible.

Mon ex est déjà avec quelqu'un d'autre. Est-ce qu'il ou elle me trompait ? Pas nécessairement. Celui qui part a souvent commencé à se détacher bien avant la rupture, ce qui explique qu'il ou elle puisse s'engager ailleurs vite. Parfois, en effet, la nouvelle relation avait commencé avant. Vous ne le saurez peut-être jamais avec certitude, et chercher à le savoir entretient souvent la rumination plus qu'elle ne soulage.

Un chagrin d'amour peut-il rendre malade ? Il peut s'accompagner de troubles du sommeil, de pertes d'appétit, de fatigue, et parfois d'une dépression. Les douleurs dans la poitrine sont fréquentes dans les moments d'angoisse, mais une douleur thoracique inhabituelle doit toujours être examinée par un médecin, et non attribuée d'office au chagrin.

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