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Dépression & humeurPour un proche30 min de lecture

Quand un proche parle de mourir : demander, sécuriser, accompagner

Une phrase lâchée un soir, un message inquiétant, un silence qui pèse : quand quelqu'un qu'on aime évoque la mort, on ne sait plus quoi dire ni quoi faire. Ce guide explique comment poser la question directement, comment évaluer l'urgence, comment mettre les moyens dangereux à distance, comment construire un plan de sécurité, et comment accompagner dans les semaines qui suivent.

En bref

Ce guide s'adresse aux personnes dont un proche a parlé de mourir, ou dont le comportement fait craindre un passage à l'acte : un conjoint, un parent, un enfant devenu adulte, un ami, un collègue. Il repose sur ce qui a été établi par la recherche : poser la question n'induit pas l'idée, éloigner les moyens dangereux sauve des vies, un plan de sécurité écrit réduit le risque, et les contacts réguliers dans les semaines qui suivent une crise comptent. Il dit aussi ce qu'il ne faut pas faire, et comment tenir soi-même.

Thématique
Dépression & humeur
Pour qui
Pour un proche
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. S'il y a un danger immédiat — la personne a un moyen à portée de main, a commencé à agir, ou ne peut plus se mettre en sécurité —, appelez les services d'urgence de votre pays et ne la laissez pas seule. En dehors de l'urgence immédiate, une ligne de prévention du suicide, un service de crise, un médecin ou des urgences psychiatriques peuvent être contactés le jour même : voir la section 11. Comptez trente minutes de lecture.

1. Avant de commencer

« De toute façon, sans moi ce serait mieux. » La phrase est passée vite, presque en riant. Ou bien c'était un message, tard le soir. Ou une personne qui range ses affaires, qui remercie étrangement, qui paraît soudain apaisée après des semaines sombres.

Vous ne savez pas si vous exagérez. Vous avez peur de dire ce qu'il ne faut pas. Vous avez peur de « lui donner l'idée ».

Trois choses, tout de suite.

Demander ne donne pas l'idée. C'est la crainte la plus répandue, et les études qui l'ont examinée ne la confirment pas. Poser la question clairement soulage le plus souvent.

La crise n'est pas un état permanent. Le moment de danger le plus aigu dure souvent des heures ou des jours. Gagner du temps, c'est déjà agir.

Ce que vous faites compte, et n'est pas de la responsabilité d'un seul. Vous n'êtes pas soignant, vous n'êtes pas de garde vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Votre rôle est d'écouter, de sécuriser et de relier à de l'aide.

À qui s'adresse ce guide

À vous si un proche a parlé de mourir, même une fois, même à demi-mot.

À vous si vous vivez avec quelqu'un qui va très mal et que vous redoutez le pire.

À vous si une crise vient d'avoir lieu et que vous ne savez pas comment accompagner la suite.

Ce que ce guide n'est pas

Ce n'est pas un outil d'évaluation clinique. L'évaluation du risque revient à un professionnel, et ce guide vous aide à l'obtenir.

Il ne décrit aucun moyen de se donner la mort, volontairement : cette information ne protège personne.

Comment il est construit

Partie I — Comprendre (sections 2 à 4). Ce que sont les idées suicidaires, les signes d'alerte, et ce que dit la recherche.

Partie II — Agir maintenant (sections 5 à 10). Demander, écouter, évaluer l'urgence, éloigner les moyens dangereux, construire un plan de sécurité, obtenir de l'aide.

Partie III — Dans la durée (sections 11 à 14). Les semaines qui suivent, les situations particulières, ce qu'il ne faut pas faire, et prendre soin de soi.

Partie IV — Aller plus loin (sections 15 à 19). Le deuil après un suicide, quand consulter, questions fréquentes, ce qu'il faut retenir et les sources.

2. Ce que sont les idées suicidaires

Elles sont fréquentes

Penser à mourir, souhaiter ne plus être là, imaginer disparaître : ces pensées traversent beaucoup de gens à un moment de leur vie, souvent sans passage à l'acte. Leur présence n'annonce pas l'irréparable, mais elle signale une souffrance qui demande de l'attention.

Elles vont rarement sans ambivalence

La plupart des personnes qui pensent au suicide ne veulent pas mourir : elles veulent que cela s'arrête. C'est cette ambivalence qui rend l'aide possible. Une part d'elles cherche une issue, et c'est à cette part que l'on s'adresse.

Ce qui les alimente

Les travaux sur les conduites suicidaires décrivent trois éléments qui reviennent souvent : le sentiment de ne plus appartenir à personne, celui d'être un fardeau pour les autres, et le sentiment d'être piégé, sans issue possible. Une personne qui exprime l'un de ces trois vécus mérite qu'on l'écoute sérieusement.

Ce n'est pas du chantage

« Il dit ça pour manipuler » est une interprétation dangereuse. Même lorsqu'une parole vise à obtenir quelque chose, elle dit une détresse réelle, et le risque existe. On répond à la détresse, pas à la stratégie supposée.

La crise a un pic

Beaucoup de passages à l'acte surviennent dans une fenêtre courte, parfois moins d'une heure après la décision. C'est précisément pour cela que rendre les moyens moins accessibles change les issues.


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Questions fréquentes

Est-ce que je risque de lui donner l'idée en posant la question ? Non. C'est la crainte la plus fréquente, et les études qui l'ont examinée ne montrent pas d'augmentation des idées suicidaires après avoir posé la question. Le plus souvent, la personne se sent soulagée qu'on ose.

Et si je pose mal la question ? Une question maladroite mais sincère vaut mieux que le silence. Ce qui compte, c'est d'être direct, calme et disponible pour écouter la réponse.

Il m'a dit oui. Est-ce que je dois appeler les secours tout de suite ? Pas systématiquement. Appelez immédiatement si un moyen est à portée de main, si l'acte a commencé, si la personne est très agitée ou fortement alcoolisée avec des idées précises, ou si elle ne peut pas se mettre en sécurité. Sinon, organisez une aide le jour même et sécurisez le domicile.

Elle refuse de consulter. Que faire ? Maintenez le lien, sécurisez ce qui peut l'être, proposez des étapes plus petites comme un rendez-vous chez le médecin traitant, et consultez vous-même pour être guidé. En cas de danger grave, appelez les secours même sans son accord.

Dois-je lui promettre de ne rien dire ? Non, et il vaut mieux l'annoncer avant : « je ne garderai pas ça pour moi si tu es en danger ». Le secret vous isole tous les deux.

Faut-il enlever les médicaments de la maison ? Oui, ne gardez que de petites quantités, et confiez le reste. S'il y a une arme à feu, sortez-la du domicile : c'est la mesure la plus déterminante. Ce n'est pas une punition, c'est du temps gagné.

Comment savoir si ça va mieux ? Le sommeil, l'appétit, les contacts avec les autres et la capacité à se projeter sont de meilleurs indicateurs que « il dit que ça va ». Méfiez-vous d'un apaisement soudain et complet après une période très sombre.

Je suis épuisé, je n'y arrive plus. C'est un signal, pas un échec. Passez le relais à d'autres proches, dites-le au professionnel qui suit la personne, et consultez pour vous. Un accompagnement qui dure suppose que vous teniez aussi.

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