Enfants & parentsPour soi55 min de lecture

Le burn-out parental : quand être parent épuise

Vous criez plus que vous ne le voudriez, vous comptez les heures avant le coucher, et le repos ne suffit plus à vous remettre sur pied. Ce guide explique ce qu'est le burn-out parental, comment le distinguer d'une dépression, et comment rééquilibrer pas à pas la balance entre ce qui vous épuise et ce qui vous aide. Il dit aussi franchement ce qui peut arriver quand l'épuisement devient extrême, et où demander de l'aide tout de suite.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

En bref

Ce guide s'adresse aux parents qui s'épuisent dans leur rôle, quel que soit l'âge de leurs enfants, ainsi qu'à leur entourage. Il s'appuie sur les travaux d'Isabelle Roskam, de Moïra Mikolajczak et des équipes qui les ont suivies : ce qui définit le burn-out parental, ce qui le distingue de la dépression et du burn-out professionnel, comment il s'installe, et ce que montrent les premières études de traitement. Il propose ensuite une méthode concrète, sur huit semaines, pour récupérer de l'énergie, alléger la charge, demander de l'aide, retrouver le lien avec ses enfants et se parler autrement. Il dit enfin clairement quand consulter, et quoi faire si vous avez peur de perdre le contrôle.

Thématique
Enfants & parents · Stress & burnout
Pour qui
Pour soi
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si vous avez peur de faire du mal à votre enfant, si vous avez eu envers lui un geste violent qui vous a effrayé, ou si vous pensez à disparaître ou à mourir, demandez de l'aide aujourd'hui même : à votre médecin, à un proche ou à une ligne d'écoute, et, en cas de danger immédiat, aux services d'urgence de votre pays. La section 7 explique précisément quoi faire et qui appeler. Si un bébé a été secoué, même une seule fois et même brièvement, appelez immédiatement les services d'urgence : le cerveau peut être atteint alors que les signes restent discrets, comme des vomissements, un refus de manger ou un bébé qui sourit moins. Une fatigue intense qui dure mérite aussi un examen médical, parce que plusieurs maladies courantes peuvent l'expliquer ou l'aggraver (voir la section 3). Comptez cinquante-cinq minutes de lecture.

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1. Avant de commencer

Il est dix-neuf heures. Les pâtes débordent, le petit refuse de mettre son pyjama, la grande réclame de l'aide pour un exposé dont vous entendez parler pour la première fois, et le téléphone sonne. Vous vous entendez crier, avec une voix que vous ne vous connaissiez pas il y a deux ans. Plus tard, quand tout le monde dort, vous restez assis dans la cuisine sans allumer la lumière. Ce matin déjà, vous êtes resté dix minutes dans la voiture garée devant l'école, sans parvenir à en sortir.

Vous aimez vos enfants, et c'est précisément pour cela que la phrase qui vous traverse vous fait si peur : « je n'en peux plus d'être parent ». Vous ne l'avez dite à personne. Vous vous répétez que les autres y arrivent, que vous êtes trop faible, que vous n'étiez peut-être pas fait pour ça.

Trois choses, tout de suite.

Ce que vous vivez porte un nom, et ce n'est pas un manque d'amour. Le burn-out parental est un épuisement lié au rôle de parent, décrit et mesuré par la recherche depuis une dizaine d'années. Il touche souvent des parents très exigeants envers eux-mêmes, qui ont longtemps tenu en donnant plus qu'ils ne recevaient. On ne s'épuise pas parce qu'on aime mal ses enfants : on s'épuise parce que la charge a dépassé, trop longtemps, ce qui permettait de la porter.

On n'en sort pas en faisant plus d'efforts, mais en rétablissant un équilibre. Les chercheuses qui ont le plus étudié ce sujet décrivent le burn-out parental comme une balance qui penche durablement du mauvais côté, avec d'un côté ce qui pèse et de l'autre ce qui aide. On peut agir sur les deux plateaux, et il n'est pas nécessaire de tout changer pour que la balance se redresse.

Quand l'épuisement devient extrême, il peut faire déraper les gestes, et c'est une raison de demander de l'aide tout de suite, pas de se cacher. Les études montrent qu'un parent à bout crie davantage, se ferme à ses enfants, et a parfois des gestes qu'il regrette amèrement. Le dire n'a pas pour but de vous accuser. C'est la raison pour laquelle cet état mérite d'être pris au sérieux. Et ces dérapages diminuent quand l'épuisement est soigné.

2. Ce qu'est le burn-out parental

Une fatigue d'un genre particulier

Tous les parents sont fatigués, et la plupart traversent les nuits hachées, les fièvres de l'hiver et les disputes du matin sans s'effondrer. Ce qui caractérise le burn-out parental, ce n'est pas la quantité de fatigue, c'est sa nature. Elle ne se répare plus avec une bonne nuit ou un week-end de répit. Elle est là dès le réveil. Et elle est liée au rôle de parent : la simple pensée de la routine du soir suffit à vous vider.

Le mot anglais burn-out, qui évoque un feu qui s'éteint faute de combustible, vient du monde du travail. Des chercheurs suédois ont d'abord décrit un épuisement comparable chez des parents d'enfants atteints de maladies chroniques. Puis, à partir de 2017, Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak, chercheuses en psychologie à l'Université catholique de Louvain, en Belgique, ont montré qu'il touchait aussi des parents d'enfants en bonne santé, et ont construit les questionnaires qui permettent de le mesurer. Ce guide s'appuie surtout sur leurs travaux et sur ceux des équipes qui les ont suivies.

Quatre manifestations qui vont ensemble

Ces chercheuses décrivent le burn-out parental à travers quatre manifestations, qui n'ont de sens que lorsqu'elles sont présentes ensemble, souvent, et depuis un certain temps.

La première est l'épuisement dans le rôle de parent. Vous avez le sentiment d'avoir donné tout ce que vous aviez, et le moindre imprévu, une chaussure introuvable ou un verre renversé, vous paraît insurmontable.

La deuxième est la distance émotionnelle avec les enfants. Pour économiser ce qui vous reste, vous faites le minimum : vous nourrissez, vous lavez, vous emmenez à l'école, mais vous n'écoutez plus vraiment ce qu'ils racontent et vous n'avez plus d'élan pour jouer ou câliner. Ce retrait n'est pas de l'indifférence. C'est un mécanisme de survie, que le parent remarque souvent avec effroi.

La troisième est la saturation, le sentiment d'en avoir assez d'être parent. Ce qui vous donnait de la joie n'en donne plus, vous ne supportez plus le bruit ni les demandes, et vous comptez les heures avant le coucher.

La quatrième est le contraste avec le parent que vous étiez. Vous qui étiez patient, vous hurlez. Vous qui aimiez préparer les anniversaires, vous les redoutez. Vous avez honte de la personne que vous êtes devenu, et cette honte est souvent la partie la plus douloureuse de l'ensemble.

Aucune de ces manifestations ne suffit à elle seule : un parent peut en avoir assez un soir de vacances pluvieuses sans être en burn-out. C'est leur réunion, leur fréquence et leur durée qui comptent. Et si vous avez eu ces dernières semaines des paroles ou des gestes envers vos enfants qui vous ont fait peur, ou si vous pensez à disparaître, lisez la section 7 avant toutes les autres.

Un état réel, sans être un diagnostic officiel

Le burn-out parental ne figure pas dans les classifications médicales, ces listes officielles de maladies qui servent aux médecins pour poser un diagnostic. Même le burn-out professionnel n'y est pas classé comme une maladie : l'Organisation mondiale de la santé le décrit comme un phénomène lié au travail, et précise que ce terme ne devrait pas servir pour d'autres domaines de la vie. Cela ne rend pas le burn-out parental imaginaire : il se mesure de façon fiable, il se distingue de la dépression, et il laisse des traces dans le corps (section 6). Votre médecin cherchera surtout si une dépression, une anxiété ou une maladie physique s'y ajoutent, car chacune se traite de façon précise.

Combien de parents sont concernés

La première étude belge, publiée en 2017, aboutissait à des estimations très différentes selon la façon de compter, entre un et treize pour cent des parents environ, et ses auteures reconnaissaient qu'aucune méthode n'était encore satisfaisante. Une enquête menée ensuite auprès de plus de dix-sept mille parents de quarante-deux pays a montré des écarts considérables : le burn-out parental était bien plus fréquent dans les pays occidentaux qui valorisent l'indépendance et la réussite individuelle, comme les États-Unis, la France ou la Belgique, que dans les pays où l'éducation des enfants est partagée par la famille élargie. Aux États-Unis, environ huit parents sur cent étaient concernés ; au Pakistan, en Équateur ou en Chine, moins de deux sur cent.

Vous n'êtes donc pas seul, même si personne n'en parle à la sortie de l'école. Et le burn-out parental ne dépend pas seulement de la personne : il dépend aussi de la façon dont une société partage, ou laisse reposer sur les seuls parents, la tâche d'élever les enfants.


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Ce que contient la suite

  • 3. Faire la différence : fatigue, dépression, burn-out au travail
  • 4. Comment on en arrive là : une balance qui penche
  • 5. Comment il s'installe
  • 6. Ce que dit la recherche, et ce qu'elle n'établit pas
  • 7. Quand l'épuisement fait déraper : en parler franchement
  • 8. Faire le point : une semaine pour observer
  • 9. Premier chantier : récupérer de l'énergie
  • 10. Deuxième chantier : alléger ce qui pèse
  • 11. Troisième chantier : demander et accepter de l'aide
  • 12. Quatrième chantier : retrouver le lien avec ses enfants
  • 13. Cinquième chantier : changer la façon dont vous vous parlez
  • 14. Un plan de huit semaines
  • 15. Les obstacles et les rechutes
  • 16. Les situations particulières
  • 17. Quand et vers qui consulter
  • 18. Questions fréquentes
  • 19. À retenir
  • 20. Sources et fondements

Questions fréquentes

Le burn-out parental, est-ce que ça existe vraiment ? Oui. Ce n'est pas un diagnostic officiel, mais c'est un état décrit, mesuré et étudié par la recherche dans des dizaines de pays. Il se distingue de la dépression et du burn-out professionnel, il laisse des traces mesurables dans le corps, et il a des conséquences propres sur les parents et sur les enfants.

Est-ce que cela veut dire que je n'aime pas mes enfants ? Non. Le burn-out parental touche souvent des parents très exigeants envers eux-mêmes, qui ont trop longtemps donné plus qu'ils ne recevaient. La distance que vous ressentez protège ce qui vous reste d'énergie, et ne traduit pas une absence d'amour. Elle recule quand l'énergie revient et que le lien est patiemment retissé.

Comment savoir si c'est un burn-out parental ou une dépression ? Dans le burn-out parental, l'épuisement et la perte de plaisir restent, au moins au début, concentrés sur la vie de parent. Dans la dépression, plus rien ne fait plaisir nulle part, et la personne se juge sans valeur. Les deux se recouvrent souvent, et seul un professionnel peut faire la part des choses. Si des idées de mort sont présentes, consultez le jour même.

Mon conjoint me répond que tous les parents sont fatigués. Que lui dire ? Que c'est vrai, et que vous vivez autre chose : une fatigue que le repos ne répare plus, une distance avec les enfants, le sentiment de ne plus vous reconnaître. Vous pouvez lui faire lire ce guide ou lui proposer de vous accompagner chez le médecin. Plutôt que de chercher à le convaincre, demandez-lui une aide précise, pour un jour précis.

Est-ce que je dois m'inquiéter pour mes enfants ? L'épuisement extrême augmente le risque de cris, de négligence et parfois de gestes violents, et c'est pour cette raison qu'il mérite d'être soigné. Ce risque diminue quand le burn-out diminue. Si vous avez peur de faire du mal à votre enfant, demandez de l'aide aujourd'hui même, comme l'explique la section 7.

J'ai déjà frappé mon enfant. Si j'en parle, risque-t-on de me le retirer ? C'est une peur qui retient beaucoup de parents, et elle se comprend. Personne ne peut promettre à l'avance ce qui sera décidé, parce que la sécurité de l'enfant passe en premier. Mais les professionnels de l'enfance savent qu'un parent épuisé peut avoir un geste qu'il regrette, et leur objectif est d'abord que cela cesse. En France, quand une situation est transmise aux services de protection de l'enfance, ceux-ci commencent par évaluer la situation avec la famille et proposer l'aide qui convient, et cette aide peut suffire. Un parent qui demande lui-même de l'aide montre qu'il cherche à protéger son enfant, et cette démarche compte. Si votre enfant est blessé, le faire soigner passe avant tout le reste.

Un parent qui ne travaille pas à l'extérieur peut-il être concerné ? Oui. Le burn-out parental ne dépend pas d'un emploi, il est lié au rôle de parent. Un parent au foyer peut tout à fait être touché, surtout s'il n'a jamais de pause ni de relais, et que ce qu'il fait reste invisible aux yeux des autres.

Faut-il prendre des médicaments ? À notre connaissance, aucune étude n'a évalué un médicament contre le burn-out parental lui-même : les traitements étudiés sont des accompagnements psychologiques. Si l'épuisement s'accompagne d'une dépression, d'un trouble anxieux ou d'une insomnie sévère, un médecin peut proposer un traitement adapté, en plus d'un accompagnement psychologique. C'est une décision à prendre avec lui, jamais seul.

Combien de temps faut-il pour s'en sortir ? Cela dépend de la profondeur de l'épuisement et de ce qui peut changer autour de vous. Plusieurs des programmes étudiés durent huit semaines, et les améliorations se voient dès la fin du programme et tiennent encore trois mois plus tard. Les études qui décrivent comment le burn-out progresse invitent à agir tôt, avant que la distance avec les enfants ne s'installe.

J'ai pensé à partir et à tout laisser. Est-ce que je suis un monstre ? Non. Ces idées de fuite sont fréquentes dans le burn-out parental, et la recherche les a bien décrites. Elles sont un signal d'épuisement, et non un projet ni un trait de caractère. Confiez-les à un professionnel, et si elles se transforment en pensées de mort, demandez de l'aide le jour même.

Mes enfants vont-ils en garder des séquelles ? La recherche ne permet pas encore de mesurer les effets à long terme du burn-out parental sur les enfants. Ce que l'on peut dire, c'est que les enfants ont besoin de parents suffisamment disponibles, pas de parents parfaits. Une période d'épuisement reconnue, soignée, et ponctuée de réparations après les moments difficiles n'a pas le même effet qu'une souffrance tue qui s'éternise. En cherchant de l'aide, vous êtes déjà en train de les protéger.

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