Dépression & humeurPour un proche50 min de lecture

La dépression de l'enfant et de l'adolescent : guide des parents

Il claque les portes, ne voit plus ses amis et dort jusqu'à quatorze heures le samedi ; elle a mal au ventre tous les matins et répète qu'elle est nulle. Ce guide aide à reconnaître une dépression derrière l'irritabilité ou le repli, à poser la question du suicide sans détour et à protéger la maison. Il décrit les soins qui ont fait leurs preuves, ce que l'on sait honnêtement des médicaments chez le jeune, et une méthode en sept étapes que vous pouvez commencer dès cette semaine.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

En bref

Ce guide s'adresse aux parents d'un enfant de six à douze ans environ ou d'un adolescent de douze à dix-sept ans qui va mal, que la dépression ait déjà été diagnostiquée ou que vous la redoutiez seulement, ainsi qu'aux adultes qui élèvent cet enfant avec vous. Il s'appuie sur les recommandations britanniques et françaises et sur les grandes études pour expliquer comment la dépression se montre à chaque âge, combien de jeunes elle touche, ce qui la favorise et ce qui l'entretient, et ce que valent les psychothérapies et les médicaments. Il donne ensuite les gestes de sécurité face au risque suicidaire, une méthode en sept étapes pour la vie de tous les jours, un plan sur six semaines et des repères pour consulter au bon moment et prévenir les rechutes. Il parle enfin de ce que vous traversez vous-même, et de la raison pour laquelle prendre soin de vous aide aussi votre enfant.

Thématique
Dépression & humeur · Enfants & parents
Pour qui
Pour un proche
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Appelez immédiatement les services d'urgence de votre pays, et restez avec votre enfant, s'il vient de faire une tentative de suicide, même sans gravité apparente, s'il a avalé des médicaments ou un produit dangereux, s'il dit qu'il va passer à l'acte, ou s'il a un projet précis et un moyen à portée de main. S'il dit penser à mourir sans qu'aucune de ces situations soit présente, ne le laissez pas seul, mettez sous clé les médicaments de la maison et demandez un avis le jour même à son médecin ou à la ligne de prévention du suicide de votre pays, sur laquelle vous pouvez vous renseigner dès maintenant (section 7). Une exaltation inhabituelle, avec une énergie débordante et très peu de sommeil sans fatigue, doit aussi faire consulter rapidement (section 13). Aucun médicament ne se commence, ne se modifie ni ne s'arrête sans le médecin qui le prescrit. Comptez cinquante minutes de lecture.

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1. Avant de commencer

Il est quatorze heures, un samedi. La porte de Léna est fermée depuis la veille au soir. Quand vous frappez pour le déjeuner, la réponse tient en deux mots : « Laisse-moi. » Depuis la rentrée, votre fille de quinze ans a quitté le handball sans explication, ses notes glissent d'un trimestre à l'autre, et la moindre question finit en dispute. Elle rit encore parfois au téléphone avec une amie, et c'est ce qui vous fait douter : est-ce l'adolescence, de la paresse, ou autre chose ?

Ou bien c'est Noé, neuf ans, qui a mal au ventre tous les matins avant l'école. Le médecin n'a rien trouvé. Il ne touche plus à ses jeux de construction, pleure pour un crayon cassé, et il vous a dit hier soir, sans lever les yeux : « De toute façon, je suis nul, personne ne m'aime. »

Vous vous demandez si vous exagérez, ou si au contraire vous avez trop attendu. Vous vous demandez aussi, sans oser le formuler, si c'est de votre faute.

Trois choses, tout de suite.

Chez un jeune, la dépression ressemble souvent moins à de la tristesse qu'à de l'irritabilité, du repli et une perte d'envie. Les classifications médicales le reconnaissent : chez l'enfant et l'adolescent, une humeur irritable peut tenir lieu d'humeur triste. C'est l'une des raisons pour lesquelles tant de dépressions passent pour de la mauvaise humeur, de l'insolence ou une crise d'adolescence.

Ce n'est ni de la paresse, ni un caprice, ni une faute de votre part : c'est une maladie, et elle se soigne. Dans une étude américaine qui a suivi pendant cinq ans des adolescents traités pour une dépression, la quasi-totalité d'entre eux s'en étaient remis. Les parents ont une place dans les soins qui marchent, et ce guide vous dit laquelle.

Si vous vous demandez s'il pense à mourir, posez-lui la question, directement : cela ne lui donnera pas l'idée. Les études menées auprès de milliers d'adolescents concordent sur ce point. Et dans une grande étude américaine, la moitié des parents dont l'adolescent disait avoir déjà pensé à se tuer l'ignoraient : on ne le devine pas, on le demande.

2. Ce qu'est la dépression chez un jeune

Une maladie, pas un mauvais moment

Le mot « déprime » sert à tout, et c'est un problème. Les médecins parlent d'épisode dépressif caractérisé quand plusieurs changements s'installent ensemble pendant au moins deux semaines, presque tous les jours et la plus grande partie de la journée. Au centre, il y a une humeur triste, vide ou, chez le jeune, irritable, ou bien une perte d'intérêt et de plaisir pour presque tout. S'y ajoutent d'autres signes qui touchent le sommeil, l'appétit, l'énergie, la concentration, l'image de soi, et parfois des pensées de mort. Ces changements tranchent avec ce qu'était le jeune avant, et ils retentissent sur sa vie à l'école, avec ses amis et en famille. Ce résumé reformule en langage courant les critères du manuel diagnostique de l'Association américaine de psychiatrie, le DSM-5-TR, qu'utilisent les médecins de nombreux pays.

Ce manuel décrit aussi une forme plus discrète, le trouble dépressif persistant : une humeur basse ou irritable la plupart des jours depuis au moins un an chez l'enfant et l'adolescent, au lieu de deux ans chez l'adulte. Elle passe d'autant plus facilement pour un trait de caractère : « il a toujours été un peu sombre ».

Ce que vous pouvez voir

Beaucoup de jeunes déprimés ne se disent pas tristes : ils sont à bout, agacés par tout, prompts à exploser. La Haute Autorité de santé, l'autorité publique qui publie en France les recommandations de soins, le souligne dans sa recommandation de 2014 sur la dépression de l'adolescent : l'irritabilité et l'agitation attirent volontiers des réactions agacées ou hostiles plutôt que compréhensives, et la maladie passe alors inaperçue. Le plaisir disparaît, ce que les soignants appellent l'anhédonie : le sport abandonné, la musique qui ne dit plus rien, le jeu délaissé chez le plus jeune. Le sommeil se dérègle, l'appétit change, la fatigue est là dès le matin, et les maux de ventre ou de tête reviennent les jours d'école. Les pensées s'assombrissent : « je suis nul », « personne ne m'aime », « ça ne changera jamais ». C'est l'ensemble de ces signes, leur durée et le changement par rapport à avant qui comptent.

Morosité ordinaire, chagrin ou dépression

La recommandation française met côte à côte ce qui est ordinaire à l'adolescence et ce qui évoque une dépression, et trois critères s'en dégagent.

La durée. La morosité ordinaire va et vient au fil des jours. La dépression s'installe, presque tous les jours, depuis au moins deux semaines, et souvent depuis bien plus longtemps quand les parents commencent à s'inquiéter.

L'envahissement. La tristesse ordinaire a un objet, une mauvaise note ou une dispute, et elle cède devant une bonne nouvelle. La dépression déborde sur tout : le sommeil, l'appétit, les loisirs, les relations, l'image de soi.

Le retentissement. L'adolescent maussade continue d'aller en cours et de voir ses amis. Le jeune déprimé décroche : il abandonne ses activités, s'isole, manque l'école, et tout lui coûte un effort.

Le chagrin qui suit un décès, une rupture ou un déménagement n'est pas une dépression, même quand il est intense, mais une dépression peut s'y ajouter ; une dévalorisation de soi qui s'installe doit alerter. Accompagner un enfant ou un adolescent en deuil aide à faire la différence après un décès.

Pourquoi on passe à côté

La Haute Autorité de santé décrit plusieurs pièges : on confond la dépression avec la crise d'adolescence, les signes changent d'un jour à l'autre, et l'humeur reste capable de s'éclairer. Un adolescent déprimé peut rire avec ses amis le samedi soir et rester prostré le dimanche, ou sembler épuisé devant ses devoirs et retrouver de l'énergie pour un jeu, ce que la recommandation appelle une apparence de « paresse sélective ». Les adolescents sont aussi, selon elle, la classe d'âge qui demande le moins d'aide quand elle va mal ; ils disent rarement ce qu'ils ressentent, mais le reconnaissent souvent quand un adulte s'y intéresse vraiment.


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Ce que contient la suite

  • 3. Une dépression qui change de visage avec l'âge
  • 4. Combien de jeunes sont touchés
  • 5. D'où elle vient : ce qui augmente le risque, ce qui protège
  • 6. Ce qui entretient la dépression
  • 7. Le risque suicidaire : savoir, demander, protéger
  • 8. Les soins qui ont fait leurs preuves
  • 9. Les médicaments : ce que l'on sait chez le jeune
  • 10. Vers qui se tourner, et comment le dire
  • 11. Ce que vous pouvez faire : une méthode en sept étapes
  • 12. Six semaines, pas à pas
  • 13. Les situations particulières
  • 14. Les rechutes : les reconnaître et les prévenir
  • 15. Questions fréquentes
  • 16. À retenir
  • 17. Sources et fondements

Questions fréquentes

Comment savoir si c'est une dépression ou la crise d'adolescence ? Regardez la durée, l'envahissement et le retentissement : une dépression dure au moins deux semaines, presque tous les jours, déborde sur le sommeil et les loisirs, et le fait décrocher de l'école ou de ses amis. En cas de doute, consultez.

Il rit avec ses amis le soir. Peut-il être déprimé quand même ? Oui. L'humeur d'un adolescent déprimé reste souvent capable de s'éclairer, et la recommandation française cite ce trait parmi les raisons pour lesquelles la dépression passe inaperçue.

Lui demander s'il pense au suicide, n'est-ce pas risquer de lui donner l'idée ? Non. Un essai mené dans des lycées américains, une revue des études publiées et la Haute Autorité de santé concluent que poser la question ne fait naître ni les idées ni le passage à l'acte. La poser lui montre que ce sujet peut se dire avec vous.

Est-ce de notre faute ? Non. La dépression naît de plusieurs facteurs qui se combinent, dont beaucoup échappent aux parents, comme l'hérédité ou le harcèlement. Les critiques ou les conflits à la maison peuvent peser, mais ils se changent : ce que vous faites maintenant compte bien plus que ce que vous auriez pu faire autrement.

Faut-il lui confisquer son téléphone ? Pas comme mesure principale : cela coupe aussi ses liens avec ses amis et pousse aux comptes cachés. Le téléphone hors de la chambre la nuit, pour toute la famille, et une conversation sans jugement sur ce qu'il voit en ligne sont plus utiles.

Il refuse de voir un psychologue. Que faire ? Consultez seul pour être conseillé, proposez une étape plus petite comme le médecin de famille, et laissez-lui choisir ce qui peut l'être. En cas de danger immédiat, son refus ne vous empêche pas d'appeler les secours.

Les antidépresseurs sont-ils dangereux pour un adolescent ? Ils augmentent légèrement le risque d'idées et de gestes suicidaires, sans qu'aucun suicide ait eu lieu dans les essais, ce qui justifie une surveillance rapprochée, surtout au début du traitement. Une dépression non soignée comporte aussi un risque. Ils se réservent aux formes modérées à sévères, avec une psychothérapie, et la décision se prend avec le médecin.

Faut-il l'arrêter de l'école ? Rarement de façon complète. Un allègement temporaire et un adulte référent aident, alors qu'un retrait prolongé rend le retour de plus en plus difficile.

Moi aussi, je suis déprimé. Est-ce que cela change quelque chose pour mon enfant ? Oui, et c'est une raison de vous faire soigner : dans une étude américaine, les troubles des enfants diminuaient quand la dépression de leur mère guérissait sous traitement.

Il va mieux. Peut-on arrêter les soins ? Pas sans en parler aux soignants. Les rechutes sont fréquentes, le NICE prévoit un suivi régulier pendant un an après la rémission, et un médicament s'arrête progressivement, avec le médecin.

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