Enfants & parentsPour un proche50 min de lecture

Mon adolescent se fait du mal : comprendre l'automutilation et l'aider

Des marques sur un avant-bras, des manches longues en plein été, un mouchoir taché au fond d'une poubelle : découvrir que son enfant se blesse bouleverse. Ce guide explique à quoi sert ce geste, ce qu'il dit du risque suicidaire et pourquoi il faut toujours poser la question. Il décrit ensuite ce qu'il faut faire : réagir sans punir ni promettre le secret, reconnaître les urgences, sécuriser la maison sans la transformer en prison, et trouver les soins qui ont fait leurs preuves.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

En bref

Ce guide s'adresse aux parents, et plus largement aux adultes qui élèvent un adolescent, qui ont découvert ou soupçonnent qu'il se fait du mal. Il s'appuie sur la recommandation britannique de référence sur l'automutilation, publiée en 2022, et sur les travaux de recherche les plus solides : combien de jeunes sont concernés, à quoi sert le geste, comment il se relie au suicide, ce qui aide et ce qui aggrave. Il propose une conduite à tenir pour les premières heures, une manière de parler du suicide sans détour, des mesures de sécurité réalistes et un plan pour les quatre premières semaines. Il aborde aussi l'école, les réseaux sociaux, les frères et sœurs, et ce que vous traversez vous-même.

Thématique
Enfants & parents · Émotions · Dépression & humeur
Pour qui
Pour un proche
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Appelez immédiatement les services d'urgence si votre adolescent a avalé plus de médicaments que la dose prévue, ou un produit dangereux, même s'il dit aller bien : certains effets n'apparaissent qu'après plusieurs heures. Appelez-les aussi pour une plaie qui saigne beaucoup malgré une pression ferme, une plaie profonde ou une brûlure étendue, s'il vient de se faire du mal en voulant mourir, s'il dit qu'il va passer à l'acte, s'il a un projet précis ou un moyen à portée de main, s'il est confus ou très somnolent, ou si vous ne pouvez pas assurer sa sécurité : restez alors avec lui. S'il dit penser au suicide sans qu'aucune de ces situations soit présente, demandez un avis le jour même (section 9). Si vous hésitez, appelez les secours : c'est à eux de juger. Notez dès maintenant le numéro des services d'urgence de votre pays et celui de sa ligne de prévention du suicide, souvent gratuite et joignable jour et nuit, qui répond aussi aux parents ; dans certains pays, on peut la joindre par texto. La section 8 détaille ces situations. Comptez cinquante minutes de lecture.

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1. Avant de commencer

C'est un soir de juin. Il fait chaud, et votre fille de quatorze ans porte encore son sweat à capuche. En lui tendant un verre, vous voyez la manche remonter : des marques sur l'avant-bras, certaines récentes, d'autres plus anciennes. Elle tire la manche d'un geste sec, dit que c'est le chat de sa copine, et quitte la pièce.

Ou bien c'est votre fils, quinze ans, qui rentre pour la troisième fois du mois avec le dos de la main abîmé, « contre un mur, en rigolant ». Ou c'est l'infirmière du collège qui vous appelle un mardi matin, d'une voix trop douce.

Vous avez eu peur, puis de la colère, puis honte de cette colère. Vous vous demandez s'il veut mourir, et si c'est de votre faute.

Trois choses, tout de suite.

Le plus souvent, ce geste n'est pas une tentative de suicide : c'est une façon d'apaiser une douleur intérieure devenue insupportable. La plupart des adolescents qui se blessent décrivent un soulagement rapide d'une émotion qu'ils ne supportaient plus. Ce n'est pas un caprice, et le mot de manipulation ne lui convient pas : ces gestes restent souvent cachés, surtout aux adultes.

Ce n'est pas pour autant un geste sans gravité, et le risque suicidaire se vérifie toujours. L'automutilation est l'un des facteurs de risque de suicide les plus nets que l'on connaisse, c'est-à-dire l'un des éléments qui, à l'échelle d'un grand nombre de jeunes, annoncent le plus clairement un risque accru, même quand l'adolescent ne veut pas mourir au moment où il se blesse. Personne ne peut deviner ce qu'il pense en regardant une blessure : on lui pose donc la question, et la poser ne donne pas l'idée.

Votre réaction des premiers jours compte, et ce qui aide n'est pas ce que dicte la peur. La peur pousse à punir, à fouiller ou à promettre de ne rien dire. Ce qui aide est plus simple et plus difficile : soigner la blessure, parler sans juger, ne pas promettre le secret, sécuriser la maison et chercher de l'aide.

2. Ce que l'on appelle automutilation

Une définition simple

On parle d'automutilation quand une personne se fait du mal volontairement, directement, sur son propre corps : elle se coupe, se brûle, se frappe, se griffe jusqu'à se blesser, ou empêche une plaie de cicatriser. Le psychologue américain Matthew Nock, dans une revue de référence publiée en 2010, réserve ce mot aux blessures infligées sans intention de mourir, qui sont la forme la plus fréquente.

La recommandation britannique de 2022, rédigée par le National Institute for Health and Care Excellence, l'institut qui établit au Royaume-Uni les recommandations de bonne pratique et que l'on désigne par son sigle NICE, emploie un sens plus large : toute blessure ou intoxication volontaire, quelle que soit l'intention apparente. Ce guide suit ce choix, parce qu'au moment de la découverte on ne connaît pas encore l'intention.

Ce qui n'en est pas

Un piercing ou un tatouage n'est pas une automutilation, et les conduites à risque n'en sont pas au sens strict, même si elles peuvent signaler la même détresse. S'arracher les cheveux ou se gratter la peau par habitude, pour calmer une tension et non pour se faire mal, est un autre problème, auquel est consacré notre guide S'arracher les cheveux, se gratter la peau : reprendre la main. Enfin, chez certains enfants autistes ou présentant une déficience intellectuelle, des gestes répétitifs comme se taper la tête relèvent d'une évaluation spécialisée ; la recommandation du NICE les exclut d'ailleurs de son champ.

Un comportement, pas une maladie

L'automutilation n'est pas un diagnostic. C'est un comportement, qui peut accompagner une dépression, un trouble anxieux, les suites d'un traumatisme ou un trouble alimentaire, ou survenir dans une période de détresse sans autre trouble. Une étude australienne qui a suivi près de deux mille adolescents jusqu'à l'âge adulte a montré que ceux qui présentaient des symptômes dépressifs ou anxieux avaient un risque près de quatre fois plus élevé de commencer à se faire du mal. Chercher ce qui se passe en dessous fait donc partie du soin.


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Ce que contient la suite

  • 3. Une conduite fréquente, et le plus souvent cachée
  • 4. À quoi sert le geste
  • 5. Le lien avec le suicide, dit avec exactitude
  • 6. Ce que dit la recherche, et ce qu'elle n'établit pas
  • 7. Ce qui entretient le problème
  • 8. Le jour où vous découvrez : les premières heures
  • 9. Poser la question du suicide
  • 10. Sécuriser la maison sans en faire une prison
  • 11. Ne pas surveiller au point d'écraser l'intimité
  • 12. Les semaines qui suivent : parler, comprendre, remplacer
  • 13. Les soins : vers qui se tourner, et ce qui marche
  • 14. L'école
  • 15. Les réseaux sociaux, les amis et la contagion
  • 16. Les frères et sœurs
  • 17. Vos propres émotions, et comment tenir
  • 18. Les situations particulières
  • 19. Quand consulter, et vers qui
  • 20. Les quatre premières semaines, pas à pas
  • 21. Questions fréquentes
  • 22. À retenir
  • 23. Sources et fondements

Questions fréquentes

Mon adolescent dit que ce n'est rien, qu'il gère. Dois-je le croire ? Croyez-le quand il décrit ce qu'il ressent, mais ne le laissez pas décider seul de la suite : beaucoup d'adolescents minimisent, par honte ou pour vous protéger. Un geste contre soi justifie un avis médical dans les jours qui viennent, et la question du suicide se pose même s'il dit gérer.

Est-ce qu'il fait ça pour attirer l'attention ? Rarement au sens où on l'entend. Ces gestes sont souvent cachés, surtout aux adultes, et la raison la plus fréquente est de faire baisser une émotion insupportable. Quand un geste sert aussi à montrer une détresse, cette détresse est réelle.

Est-ce que lui parler du suicide ne risque pas de lui donner l'idée ? Non. Les études qui ont examiné cette question, dont un essai mené dans des lycées américains, ne trouvent aucune augmentation des idées suicidaires chez les jeunes à qui l'on pose la question.

Faut-il aller aux urgences à chaque fois ? Pas pour chaque blessure superficielle, mais toujours dans les situations de la section 8, en particulier après une tentative de suicide, même si la blessure paraît légère, et pour toute prise de médicaments en excès, même s'il dit aller bien. Sinon, un avis médical dans les jours qui suivent suffit, ou le jour même s'il dit penser au suicide.

Faut-il lui demander de me montrer ses bras régulièrement ? Non. Les inspections humilient et apprennent à cacher. Convenez plutôt d'un moment par semaine pour faire le point, et demandez-lui de vous montrer une blessure quand il y en a une, pour qu'elle soit soignée.

Dois-je lui confisquer son téléphone ? Pas comme mesure principale, parce que cela coupe aussi ses liens avec ses amis et pousse aux comptes cachés. Le téléphone hors de la chambre la nuit et une conversation sans jugement sur ce qu'il voit en ligne sont plus utiles.

Est-ce que c'est de ma faute ? L'automutilation naît le plus souvent de plusieurs facteurs qui se combinent, et chercher un coupable n'aide ni vous ni votre enfant. Votre rôle porte sur la suite : sécuriser, réagir calmement, rester disponible et soutenir les soins.

Combien de temps cela va-t-il durer ? On ne peut pas le prédire pour un adolescent en particulier. La plupart des automutilations de l'adolescence cessent avec le temps, et leur fréquence baisse nettement à la fin de l'adolescence. Un nouveau geste pendant les soins est fréquent, même avec le meilleur traitement, et ne signifie pas que tout est perdu.

Il refuse de voir un psychologue. Que faire ? Consultez seul pour être conseillé, gardez le lien, proposez une étape plus petite, comme le médecin de famille qu'il connaît déjà, et laissez-lui choisir ce qui peut l'être. Maintenez la sécurité de la maison. En cas de danger immédiat, son refus ne vous empêche pas d'appeler les secours.

Ses amis se font du mal aussi. Est-ce contagieux ? Il existe bien des phénomènes de contagion à l'adolescence, dans un groupe d'amis ou un établissement. Il ne s'agit pas de couper ces amitiés, mais d'en parler avec lui, de l'encourager à alerter un adulte si un ami est en danger, et de rester attentif.

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