S'arracher les cheveux, se gratter la peau : reprendre la main
La main qui monte dans les cheveux pendant une série, les quarante minutes passées devant le miroir à creuser un bouton, puis la honte. Ce guide explique pourquoi on s'arrache les cheveux ou on se gratte la peau sans pouvoir s'arrêter, pourquoi la volonté n'y suffit pas, et comment la méthode d'inversion des habitudes et l'aménagement de votre environnement permettent, pas à pas, de reprendre la main.
Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre
En bref
Ce guide s'adresse aux personnes qui s'arrachent les cheveux, les sourcils ou les cils, qui grattent, pincent ou creusent leur peau, ou qui se rongent les ongles jusqu'à s'abîmer, et qui n'arrivent pas à s'arrêter malgré leurs efforts. Il explique ce que sont la trichotillomanie et la dermatillomanie, ce que le geste apporte sur le moment, ce qui l'entretient, et ce que la recherche a établi sur leur traitement. Il propose ensuite une méthode concrète, étape par étape, fondée sur la méthode d'inversion des habitudes et le contrôle des déclencheurs, avec des exercices à commencer dès cette semaine. Il dit aussi quand une plaie ou une complication doit être vue par un médecin, et comment sortir de la honte qui accompagne si souvent ces gestes.
- Thématique
- TOC · Émotions
- Pour qui
- Pour soi
- Langues
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Le programme
Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si une plaie devient rouge, chaude et gonflée, si elle suinte du pus ou si vous avez de la fièvre, voyez un médecin le jour même : c'est peut-être une infection. Si vous avalez vos cheveux ou leur racine et que vous avez mal au ventre, que vous vomissez ou que vous perdez du poids sans raison, consultez sans attendre, car des cheveux avalés peuvent former une masse qui bloque l'estomac (voir la section 6). Si vous pensez à mourir, ou s'il vous arrive de vous blesser volontairement pour vous faire mal, parlez-en le jour même à votre médecin, à un proche ou à une ligne de prévention du suicide (souvent gratuite et joignable jour et nuit : renseignez-vous dès maintenant sur celle de votre pays) ; en cas de danger immédiat, appelez les services d'urgence de votre pays. Comptez cinquante minutes de lecture.
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Ce que contient la suite
- 3. Ce que ce n'est pas
- 4. Pourquoi le geste revient
- 5. Ce que dit la recherche
- 6. D'abord, ce qui demande un médecin
- 7. Étape 1 : observer avant d'agir
- 8. Étape 2 : voir venir le geste
- 9. Étape 3 : la carte de vos déclencheurs
- 10. Étape 4 : la réponse concurrente
- 11. Étape 5 : le contrôle des déclencheurs
- 12. Étape 6 : quand le geste répond à une émotion
- 13. Étape 7 : laisser passer l'envie
- 14. Étape 8 : la honte, le camouflage et ce que vous évitez
- 15. Les écarts, les rechutes et la suite
- 16. Huit semaines, pas à pas
- 17. Situations particulières
- 18. Les médicaments : ce qu'on sait
- 19. Quand consulter, et vers qui
- 20. Questions fréquentes
- 21. À retenir
- 22. Sources et fondements
Questions fréquentes
Est-ce que je peux m'en sortir seul, avec ce guide ? C'est possible : dans un essai, des manuels d'auto-assistance suivis seul ont apporté un bénéfice modéré. Pratiquez alors les exercices chaque jour, dans l'ordre proposé. Si le trouble est sévère, si vous avalez vos cheveux, si vous êtes bloqué après huit semaines ou si d'autres difficultés pèsent lourd, un thérapeute formé à cette méthode vous sera nettement plus utile.
Pourquoi est-ce que je ne m'en rends même pas compte ? Parce qu'un geste répété des milliers de fois dans les mêmes lieux devient en partie automatique. C'est le fonctionnement normal d'une habitude, et c'est pourquoi la méthode commence par apprendre à le voir venir.
Est-ce que c'est un TOC ? Non, même si les deux troubles sont classés côte à côte. Dans le TOC, le geste sert à empêcher un malheur redouté ; ici, il apporte une sensation, un apaisement ou une occupation. Certaines personnes ont les deux, et chacun se traite avec ses outils (section 17).
Est-ce que mes cheveux vont repousser ? En général, oui : l'arrachage ne détruit pas la racine dans la plupart des cas, et les cheveux repoussent quand le geste cesse, mais lentement, sur plusieurs mois. Après de longues années d'arrachage, la repousse peut rester incomplète. C'est pourquoi on juge les progrès sur le relevé des épisodes, et non dans le miroir. Si la repousse vous inquiète, un dermatologue peut examiner votre cuir chevelu.
J'ai déjà tout essayé. Pourquoi cette méthode marcherait-elle ? Parce que les tentatives habituelles reposent sur la volonté et l'interdiction, qui visent le geste et non ce qui l'amène. Cette méthode rend le geste visible, lui oppose une réponse et des barrières, et cherche d'autres façons d'obtenir ce qu'il vous apportait. Et dans une grande enquête auprès de près de dix-sept cents personnes qui s'arrachaient les cheveux, le traitement le plus souvent reçu était un médicament, avant la thérapie comportementale : il est possible que vous ne l'ayez jamais essayée.
L'élastique qu'on fait claquer sur le poignet, est-ce une bonne idée ? Ce n'est pas conseillé. Aucune étude n'a montré que cela aide, et une punition risque d'ajouter de la honte, une émotion pénible que le geste vient justement apaiser. Un bracelet que vous sentez simplement au poignet peut en revanche servir de rappel, à condition de ne jamais faire mal.
Les gants, les pansements et les bonnets, n'est-ce pas une façon de fuir le problème ? Non. Ces barrières ralentissent un geste réel et vous laissent le temps de le voir venir ; elles se retirent progressivement quand le geste est devenu rare. En revanche, un camouflage qui vous fait renoncer à des activités, comme la piscine ou le coiffeur, se travaille à l'étape 8.
Le geste est passé de mes cheveux à ma peau. Est-ce que j'ai empiré ? Cela arrive, et c'est plus probable quand on a posé des barrières sans travailler l'attention et ce que le geste apporte. C'est la même habitude qui a trouvé un autre chemin. Appliquez la même méthode au nouveau geste, en commençant par le relevé et les signes avant-coureurs.
Les compléments vendus sur internet peuvent-ils m'aider ? Un complément dérivé d'un acide aminé a donné des résultats encourageants chez l'adulte dans deux essais, mais aucun bénéfice chez l'enfant dans un troisième. D'autres compléments, testés dans de petits essais, n'ont pas fait nettement mieux qu'un placebo. Ce sont des substances actives, et aucune ne remplace le travail sur le geste : parlez-en à votre médecin avant d'en prendre.
Est-ce que ça revient ? Souvent, par moments, surtout dans les périodes de fatigue, de stress ou d'ennui. Un écart n'efface pas ce que vous avez appris. Ce qui compte, c'est de reprendre vos outils le jour même, et de garder quelques barrières et une semaine de relevé par mois même quand tout va bien.