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S'arracher les cheveux, se gratter la peau : reprendre la main

La main qui monte dans les cheveux pendant une série, les quarante minutes passées devant le miroir à creuser un bouton, puis la honte. Ce guide explique pourquoi on s'arrache les cheveux ou on se gratte la peau sans pouvoir s'arrêter, pourquoi la volonté n'y suffit pas, et comment la méthode d'inversion des habitudes et l'aménagement de votre environnement permettent, pas à pas, de reprendre la main.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

En bref

Ce guide s'adresse aux personnes qui s'arrachent les cheveux, les sourcils ou les cils, qui grattent, pincent ou creusent leur peau, ou qui se rongent les ongles jusqu'à s'abîmer, et qui n'arrivent pas à s'arrêter malgré leurs efforts. Il explique ce que sont la trichotillomanie et la dermatillomanie, ce que le geste apporte sur le moment, ce qui l'entretient, et ce que la recherche a établi sur leur traitement. Il propose ensuite une méthode concrète, étape par étape, fondée sur la méthode d'inversion des habitudes et le contrôle des déclencheurs, avec des exercices à commencer dès cette semaine. Il dit aussi quand une plaie ou une complication doit être vue par un médecin, et comment sortir de la honte qui accompagne si souvent ces gestes.

Thématique
TOC · Émotions
Pour qui
Pour soi
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si une plaie devient rouge, chaude et gonflée, si elle suinte du pus ou si vous avez de la fièvre, voyez un médecin le jour même : c'est peut-être une infection. Si vous avalez vos cheveux ou leur racine et que vous avez mal au ventre, que vous vomissez ou que vous perdez du poids sans raison, consultez sans attendre, car des cheveux avalés peuvent former une masse qui bloque l'estomac (voir la section 6). Si vous pensez à mourir, ou s'il vous arrive de vous blesser volontairement pour vous faire mal, parlez-en le jour même à votre médecin, à un proche ou à une ligne de prévention du suicide (souvent gratuite et joignable jour et nuit : renseignez-vous dès maintenant sur celle de votre pays) ; en cas de danger immédiat, appelez les services d'urgence de votre pays. Comptez cinquante minutes de lecture.

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1. Avant de commencer

Il est onze heures du soir. Vous êtes sur le canapé, un épisode de série vient de commencer, et votre main gauche est montée dans vos cheveux sans que vous l'ayez décidé. Les doigts cherchent. Ils trouvent ce cheveu un peu plus rêche que les autres, le font rouler, tirent d'un coup sec. C'est un petit soulagement, presque rien. Puis un autre. Quand le générique de fin arrive, vous découvrez sur le coussin une poignée de cheveux, et la honte vous tombe dessus d'un seul coup.

Ou bien c'est la salle de bains. Vous vouliez seulement vous brosser les dents. Une petite bosse sur le menton a accroché votre regard dans le miroir, puis vos doigts, et quarante minutes plus tard vous êtes encore penché vers la glace, le visage marqué. Demain, il faudra du maquillage, ou une explication.

Beaucoup de personnes qui vivent cela n'en ont jamais parlé à personne, pas même à leur médecin. Une phrase comme celle-ci, donnée ici en exemple, résume ce que beaucoup ressentent : « Je suis capable de tenir un budget et de diriger une équipe, et je ne suis pas capable de laisser mes sourcils tranquilles. »

Trois choses, tout de suite.

Ce que vous vivez porte un nom, et c'est fréquent. S'arracher les cheveux de façon répétée s'appelle la trichotillomanie ; se gratter, se pincer ou se creuser la peau s'appelle la dermatillomanie. Chacun de ces deux troubles touche environ deux personnes sur cent. Dans une salle de cinquante personnes, il y a donc probablement quelqu'un qui le fait aussi, et qui le cache aussi.

Ce n'est pas un manque de volonté. Une partie, souvent importante, des épisodes commence sans que la personne s'en rende compte : la main est partie pendant qu'elle lisait, qu'elle conduisait ou qu'elle s'endormait. On ne peut pas résister par la volonté à un geste qu'on ne voit pas venir. C'est l'une des raisons pour lesquelles les promesses d'arrêter échouent si souvent, et cela ne dit rien de votre caractère.

Il existe une méthode qui marche, et elle ne vous demande pas de lutter plus fort. Elle s'appelle la méthode d'inversion des habitudes. Elle vous apprend à voir venir le geste, à occuper vos mains autrement au bon moment, et à aménager les lieux où le geste se produit. C'est le traitement le mieux étudié de ces troubles, et ce guide le décrit étape par étape.

2. Ce que vous vivez porte un nom

La trichotillomanie

Le mot vient du grec et signifie à peu près « la manie de tirer les cheveux ». Il désigne le fait de s'arracher de façon répétée ses propres cheveux ou poils, au point d'en perdre, même si cela ne se voit pas toujours, alors qu'on a essayé plusieurs fois de s'arrêter, et que cela cause une souffrance ou une gêne dans la vie de tous les jours. Le cuir chevelu est le plus souvent touché, mais les sourcils, les cils, la barbe et les poils du corps peuvent l'être aussi.

Autour de l'arrachage, il y a souvent un rituel dont on parle encore moins. Les doigts cherchent le cheveu qui « n'est pas comme les autres », plus épais ou plus rêche, le font rouler, examinent la racine, la passent sur les lèvres, et il arrive qu'on l'avale. Ces détails sont fréquents, et le dernier compte pour votre santé (section 6).

La dermatillomanie

Ce mot désigne le fait de se gratter, de se pincer, de presser ou de creuser sa propre peau de façon répétée, au point de laisser des plaies, malgré des tentatives répétées pour s'arrêter, et avec une souffrance ou une gêne dans la vie. Le visage est le plus souvent touché, mais les doigts, les cuticules (la petite peau à la base de l'ongle), les bras ou le dos le sont aussi. Le geste démarre le plus souvent sur une irrégularité, comme un bouton, une croûte ou une petite bosse sentie sous le doigt, et il vise à rendre la peau lisse. Mais il y a toujours une imperfection suivante, et c'est ainsi que les épisodes durent.

Une même famille de gestes

Les spécialistes regroupent ces deux troubles, avec quelques gestes voisins, sous le nom de comportements répétitifs centrés sur le corps : des gestes répétés, dirigés vers son propre corps, qui l'abîment et qu'on n'arrive pas à arrêter. Se ronger les ongles, ce que les médecins appellent l'onychophagie, en fait partie, tout comme mordre l'intérieur des joues ou les lèvres. Ces gestes vont souvent ensemble, et la trichotillomanie et la dermatillomanie se rencontrent chez la même personne plus souvent que le hasard ne le voudrait. La méthode de ce guide s'applique à chacun d'eux.

Vous n'êtes pas seul

Une enquête publiée en 2020 auprès de plus de dix mille adultes représentatifs de la population des États-Unis a trouvé qu'environ 1,7 % d'entre eux avaient une trichotillomanie, dans la même proportion chez les hommes et chez les femmes, même si les personnes qui consultent sont surtout des femmes. Pour la dermatillomanie, les études menées dans la population générale trouvent des chiffres compris entre 1,4 et 5,4 %.

Ces gestes commencent le plus souvent à l'adolescence, parfois plus tôt. Sans traitement, ils durent souvent des années, avec des périodes plus calmes et d'autres plus difficiles. Ce n'est pas une fatalité pour autant : dans la même enquête américaine, environ une personne sur quatre qui avait eu une trichotillomanie au cours de sa vie n'en avait plus, sans avoir jamais été traitée. Ces gestes s'accompagnent fréquemment d'anxiété ou de dépression. Et peu de gens demandent de l'aide : dans une série de soixante personnes qui se grattaient la peau, peu avaient déjà cherché un traitement pour ce geste, alors qu'elles y passaient en moyenne plus d'une heure et demie par jour.


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Ce que contient la suite

  • 3. Ce que ce n'est pas
  • 4. Pourquoi le geste revient
  • 5. Ce que dit la recherche
  • 6. D'abord, ce qui demande un médecin
  • 7. Étape 1 : observer avant d'agir
  • 8. Étape 2 : voir venir le geste
  • 9. Étape 3 : la carte de vos déclencheurs
  • 10. Étape 4 : la réponse concurrente
  • 11. Étape 5 : le contrôle des déclencheurs
  • 12. Étape 6 : quand le geste répond à une émotion
  • 13. Étape 7 : laisser passer l'envie
  • 14. Étape 8 : la honte, le camouflage et ce que vous évitez
  • 15. Les écarts, les rechutes et la suite
  • 16. Huit semaines, pas à pas
  • 17. Situations particulières
  • 18. Les médicaments : ce qu'on sait
  • 19. Quand consulter, et vers qui
  • 20. Questions fréquentes
  • 21. À retenir
  • 22. Sources et fondements

Questions fréquentes

Est-ce que je peux m'en sortir seul, avec ce guide ? C'est possible : dans un essai, des manuels d'auto-assistance suivis seul ont apporté un bénéfice modéré. Pratiquez alors les exercices chaque jour, dans l'ordre proposé. Si le trouble est sévère, si vous avalez vos cheveux, si vous êtes bloqué après huit semaines ou si d'autres difficultés pèsent lourd, un thérapeute formé à cette méthode vous sera nettement plus utile.

Pourquoi est-ce que je ne m'en rends même pas compte ? Parce qu'un geste répété des milliers de fois dans les mêmes lieux devient en partie automatique. C'est le fonctionnement normal d'une habitude, et c'est pourquoi la méthode commence par apprendre à le voir venir.

Est-ce que c'est un TOC ? Non, même si les deux troubles sont classés côte à côte. Dans le TOC, le geste sert à empêcher un malheur redouté ; ici, il apporte une sensation, un apaisement ou une occupation. Certaines personnes ont les deux, et chacun se traite avec ses outils (section 17).

Est-ce que mes cheveux vont repousser ? En général, oui : l'arrachage ne détruit pas la racine dans la plupart des cas, et les cheveux repoussent quand le geste cesse, mais lentement, sur plusieurs mois. Après de longues années d'arrachage, la repousse peut rester incomplète. C'est pourquoi on juge les progrès sur le relevé des épisodes, et non dans le miroir. Si la repousse vous inquiète, un dermatologue peut examiner votre cuir chevelu.

J'ai déjà tout essayé. Pourquoi cette méthode marcherait-elle ? Parce que les tentatives habituelles reposent sur la volonté et l'interdiction, qui visent le geste et non ce qui l'amène. Cette méthode rend le geste visible, lui oppose une réponse et des barrières, et cherche d'autres façons d'obtenir ce qu'il vous apportait. Et dans une grande enquête auprès de près de dix-sept cents personnes qui s'arrachaient les cheveux, le traitement le plus souvent reçu était un médicament, avant la thérapie comportementale : il est possible que vous ne l'ayez jamais essayée.

L'élastique qu'on fait claquer sur le poignet, est-ce une bonne idée ? Ce n'est pas conseillé. Aucune étude n'a montré que cela aide, et une punition risque d'ajouter de la honte, une émotion pénible que le geste vient justement apaiser. Un bracelet que vous sentez simplement au poignet peut en revanche servir de rappel, à condition de ne jamais faire mal.

Les gants, les pansements et les bonnets, n'est-ce pas une façon de fuir le problème ? Non. Ces barrières ralentissent un geste réel et vous laissent le temps de le voir venir ; elles se retirent progressivement quand le geste est devenu rare. En revanche, un camouflage qui vous fait renoncer à des activités, comme la piscine ou le coiffeur, se travaille à l'étape 8.

Le geste est passé de mes cheveux à ma peau. Est-ce que j'ai empiré ? Cela arrive, et c'est plus probable quand on a posé des barrières sans travailler l'attention et ce que le geste apporte. C'est la même habitude qui a trouvé un autre chemin. Appliquez la même méthode au nouveau geste, en commençant par le relevé et les signes avant-coureurs.

Les compléments vendus sur internet peuvent-ils m'aider ? Un complément dérivé d'un acide aminé a donné des résultats encourageants chez l'adulte dans deux essais, mais aucun bénéfice chez l'enfant dans un troisième. D'autres compléments, testés dans de petits essais, n'ont pas fait nettement mieux qu'un placebo. Ce sont des substances actives, et aucune ne remplace le travail sur le geste : parlez-en à votre médecin avant d'en prendre.

Est-ce que ça revient ? Souvent, par moments, surtout dans les périodes de fatigue, de stress ou d'ennui. Un écart n'efface pas ce que vous avez appris. Ce qui compte, c'est de reprendre vos outils le jour même, et de garder quelques barrières et une semaine de relevé par mois même quand tout va bien.

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