Enfants & parentsPour un proche80 min de lecture

Quand un parent a un trouble psychique : accompagner l'enfant et l'adolescent

Une mère qui ne se lève plus, un père hospitalisé, un parent qui boit ou qui entend des voix : beaucoup d'enfants grandissent auprès d'un parent qui a un trouble psychique, et la plupart d'entre eux ne développeront pas sa maladie. Ce guide explique ce que vit l'enfant, ce que la recherche a établi sur le risque et sur ce qui le protège, et comment lui parler de la maladie selon son âge, traverser une hospitalisation, éviter qu'il devienne l'aidant de la famille et préserver sa vie d'enfant. Il propose un plan de huit semaines et dit quand demander de l'aide.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

En bref

Dépression, trouble bipolaire, schizophrénie, troubles anxieux, trouble borderline, alcool ou drogues, troubles après une naissance : quand un parent est malade, l'enfant voit, imagine et se tait souvent. Ce guide part de ce que la recherche a montré : le risque pour l'enfant est augmenté sans être un destin, les protections s'additionnent, comprendre ce qui arrive aide l'enfant à ne pas porter seul sa culpabilité et ses peurs, et soigner le parent aide aussi l'enfant. Il donne des mots pour expliquer la maladie au petit enfant, à l'écolier et à l'adolescent, décrit ce qu'il faut prévoir avant une hospitalisation ou une crise, aide à reconnaître l'enfant qui porte trop, et consacre une section au parent malade lui-même, puis une autre à l'autre parent et aux proches. Il présente enfin les aides qui ont été évaluées, les signes qui doivent alerter et les situations où la sécurité de l'enfant passe avant tout.

Thématique
Enfants & parents · Dépression & humeur · Psychoses
Pour qui
Pour un proche
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si un parent parle de mourir ou de faire du mal à son enfant, s'il a commencé à se faire du mal, ou s'il tient sur son enfant des propos sans lien avec la réalité, mettez d'abord l'enfant à l'abri, puis appelez les services d'urgence de votre pays. Si c'est l'enfant ou l'adolescent qui parle de mourir ou se fait du mal, ne le laissez pas seul et demandez de l'aide le jour même ; une ligne de prévention du suicide peut aussi vous conseiller, et il est utile de vous renseigner dès maintenant sur celle de votre pays. Si vous pensez qu'un enfant est maltraité ou gravement négligé, contactez les services de protection de l'enfance de votre pays. Ce guide ne recommande aucun médicament et ne remplace pas l'avis des soignants du parent ni de ceux de l'enfant. Comptez une heure de lecture.

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1. Avant de commencer

Depuis la rentrée, la mère de Léa, cinq ans, reste couchée presque toute la journée. C'est une voisine qui emmène Léa à l'école le matin, et le soir, sa mère pleure parfois dans la cuisine en croyant que personne ne la voit. Personne n'a rien expliqué à Léa. Elle a fini par trouver seule une explication : sa maman est triste parce qu'elle-même a été méchante avec son petit frère. Depuis, elle range sa chambre sans qu'on le lui demande, ne fait plus de bruit et ne réclame plus d'histoire le soir. À l'école, sa maîtresse trouve qu'elle est devenue très sage.

Le père de Hugo, quinze ans, a une schizophrénie. Il a été hospitalisé deux fois, et Hugo reconnaît mieux que personne les jours où il va mal : il ferme les volets, parle à voix basse de voisins qui l'espionneraient et ne dort plus. Ces jours-là, Hugo fait les courses, prépare le repas de sa petite sœur et vérifie que son père a pris son traitement. Il n'en a parlé à aucun de ses amis, et il ne les invite plus. Il a lu sur internet que la maladie était héréditaire, et chaque fois qu'il dort mal, il se demande si elle est en train de commencer chez lui.

Dans ces deux histoires, l'enfant a compris qu'il se passait quelque chose de grave, personne ne lui a dit quoi, et il a trouvé seul ses réponses : la culpabilité pour Léa, la responsabilité et la peur pour Hugo. Les adultes qui les entourent pourraient changer beaucoup de choses sans être des spécialistes : le père de Léa, la grand-mère de Hugo, une enseignante, et le parent malade lui-même quand il va mieux. Si vous êtes ce parent, la section 9 vous parle directement.

Trois choses, tout de suite.

Un enfant dont le parent a un trouble psychique n'est pas condamné à aller mal. Son risque d'avoir lui-même des difficultés est plus élevé que celui des autres enfants, et il faut le prendre au sérieux. Mais ce risque n'est pas un destin : beaucoup de ces enfants vont bien, et la plupart ne développeront pas la maladie de leur parent (section 3).

Ce qui protège un enfant est en grande partie entre les mains des adultes qui l'entourent. Comprendre ce qui arrive à son parent avec des mots adaptés à son âge, pouvoir compter sur au moins un adulte stable, garder ses habitudes, son école, ses amis et ses activités, et voir son parent soigné : ces protections sont connues, plusieurs d'entre elles s'additionnent, et aucune ne demande d'être un spécialiste (section 4).

Ce n'est la faute de personne, et surtout pas celle de l'enfant. C'est la première chose qu'un enfant a besoin d'entendre, et souvent celle qu'on oublie de lui dire. Le silence ne le protège pas : il le laisse seul avec ce qu'il imagine, et ce qu'il imagine est souvent plus lourd que la réalité (section 5).

2. Ce que vit un enfant quand un parent est malade

Un enfant ne voit pas un diagnostic. Il voit un parent qui change, une maison qui change, et des adultes qui parlent à voix basse. Comprendre ce qu'il perçoit, ce qu'il en conclut et ce qu'il garde pour lui est le point de départ de tout ce qui suit.

Ce qu'il voit

Selon la maladie et le moment, l'enfant voit un parent qui reste au lit et ne joue plus, un parent irritable qui crie pour un rien puis s'en veut, un parent qui ne dort plus et se lance dans des projets démesurés, un parent qui a peur de choses que personne d'autre ne voit, ou un parent dont l'humeur change le soir, après avoir bu. Il voit aussi ce qui change autour de lui : les repas qui se décalent, une ambulance un soir, des grands-parents qui s'installent, l'autre parent épuisé.

En pratique, les enfants remarquent souvent ces changements bien plus tôt que les adultes ne le pensent. La méta-synthèse publiée par Dam et Hall en 2016, qui rassemble vingt-deux études qualitatives sur la vie d'enfants dont un parent a un trouble psychique sévère, décrit des enfants inquiets, qui se sentent responsables de leur parent et restent attentifs à ce qu'il traverse.

Ce qu'il imagine

Quand personne n'explique, l'enfant comble le silence avec ses propres explications. Dans une étude canadienne menée par Mordoch auprès d'enfants de six à seize ans vivant avec un parent atteint de dépression, de trouble bipolaire ou de schizophrénie, les enfants comprenaient mal la maladie et avaient reçu peu d'explications factuelles, ce qui leur causait une souffrance que l'on aurait pu leur éviter. Quelques pensées reviennent très souvent.

« C'est de ma faute. » En pratique, c'est une idée très fréquente chez les jeunes enfants, qui se croient facilement à l'origine de ce qui arrive autour d'eux : ils ont été désobéissants, ils ont fait trop de bruit, ils ont pensé quelque chose de méchant un jour de colère. Parmi les programmes de prévention les mieux étudiés, ceux du psychiatre américain William Beardslee font de la diminution de cette culpabilité l'un de leurs objectifs explicites.

« Mon parent va mourir. » Dans l'étude de Mordoch, c'était la peur principale des plus jeunes. Un parent qui ne se lève plus ou qui part en ambulance peut sembler, aux yeux d'un enfant, sur le point de disparaître.

« Je vais devenir comme lui. » Les plus âgés craignaient aussi de tomber malades à leur tour. En pratique, certains petits se demandent même si la maladie s'attrape, comme un rhume, en embrassant leur parent.

« Il ne m'aime plus. » Un parent replié sur lui-même, qui ne répond plus ou qui s'emporte, peut donner à l'enfant l'impression qu'il a cessé de compter pour lui.

« C'est à moi de le guérir. » Certains enfants pensent que s'ils sont assez sages, assez drôles ou assez présents, leur parent ira mieux, et ils s'y emploient jusqu'à s'épuiser.

Ce qu'il n'ose pas demander

Beaucoup d'enfants se taisent, et leur silence ne veut pas dire qu'ils vont bien. La méta-synthèse de Dam et Hall montre qu'ils ont souvent honte quand leur parent se comporte différemment, qu'ils cachent leur vie familiale par peur d'être jugés ou harcelés, et qu'ils font passer leurs propres besoins après ceux de leur parent. Une revue de trente-deux études, publiée par Dobener et ses collègues en 2022, montre que la stigmatisation, c'est-à-dire le regard négatif porté sur les troubles psychiques, atteint aussi ces enfants « par association » : ils subissent des moqueries ou les redoutent, et finissent parfois par croire eux-mêmes que leur famille est honteuse.

S'y ajoute une peur plus secrète. Le guide Think child, think parent, think family du SCIE, l'organisme britannique de référence en travail social, observe que les enfants hésitent à parler parce qu'ils craignent d'être séparés de leur famille, et que les parents hésitent à demander de l'aide parce qu'ils craignent de perdre la garde de leurs enfants. Cette double peur entretient le silence de toute la famille ; la section 9 explique pourquoi demander du soutien protège, au contraire, le lien entre l'enfant et son parent. Enfin, les cliniciens rencontrent souvent des enfants qui ont le sentiment que parler de la maladie reviendrait à trahir un parent qu'ils aiment et défendent : c'est une raison de plus pour en parler sans jamais accabler la personne.

Deux façons de faire face

Les enfants interrogés par Mordoch et Hall en 2008 décrivent deux façons de s'adapter, souvent utilisées tour à tour. La première consiste à surveiller leur parent et à ajuster leur comportement au sien, pour garder le lien malgré la maladie. La seconde consiste à se ménager une distance protectrice, dehors, chez des amis ou dans leurs activités, pour ne pas être envahis. Les deux sont compréhensibles. Une étude de Fraser et Pakenham, publiée en 2009 auprès d'adolescents de douze à dix-sept ans, apporte une nuance utile : les jeunes qui se sentaient reliés aux autres s'adaptaient mieux, alors que ceux qui faisaient face surtout par l'évitement ou en se désengageant s'adaptaient moins bien. On peut en retenir qu'une distance qui préserve une vie à soi aide l'enfant ; une fuite qui le coupe de tout le monde ne l'aide pas.


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Ce que contient la suite

  • 3. Ce que dit la recherche
  • 4. Ce qui protège un enfant
  • 5. Parler de la maladie à l'enfant
  • 6. Quand le parent est hospitalisé ou en crise
  • 7. Quand l'enfant devient l'aidant
  • 8. Garder une vie d'enfant
  • 9. Si vous êtes le parent qui a un trouble
  • 10. Si vous êtes l'autre parent, un grand-parent ou un proche
  • 11. L'école et les autres adultes
  • 12. Les signes qu'un enfant va mal, et comment réagir
  • 13. Les situations particulières
  • 14. Les aides qui ont été évaluées
  • 15. Quand demander de l'aide, et à qui
  • 16. Huit semaines, pas à pas
  • 17. Questions fréquentes
  • 18. À retenir
  • 19. Sources et fondements

Questions fréquentes

Va-t-il avoir la même maladie que son parent ? Son risque est plus élevé que celui des autres enfants, mais la plupart des enfants de parents malades ne développent pas la maladie de leur parent. Quand ils ont des difficultés, ce sont souvent des troubles anxieux ou dépressifs, qui se soignent. Ce qui l'aide aujourd'hui, c'est de comprendre, d'être entouré et d'avoir une vie à lui.

Il est trop petit pour comprendre. Faut-il vraiment lui en parler ? Oui, avec des mots à sa mesure. Même très jeune, il perçoit les changements, et s'il ne reçoit pas d'explication, il en invente une, souvent fondée sur sa propre culpabilité. Quelques phrases simples, répétées, suffisent.

Faut-il l'emmener voir son parent à l'hôpital ? Cela dépend de son âge, de son envie, de l'état du parent et des lieux, et aucune règle ne vaut pour tous. Préparez la visite, gardez-la courte, faites-le accompagner par un adulte qu'il connaît, et ne le forcez jamais (section 6).

Si je parle de mes enfants à mon psychiatre, risque-t-on de me les retirer ? Cette crainte est fréquente et compréhensible, et la section 9 y répond en détail. Le guide britannique du SCIE demande aux professionnels d'expliquer aux parents que repérer un besoin de soutien doit servir à éviter les mesures de protection de l'enfance, et non à les déclencher. Personne ne peut promettre qu'aucune mesure ne sera jamais prise, car les soignants doivent agir si un enfant est en danger, et ces situations sont décrites à la section 13. En dehors d'elles, parler tôt de vos enfants à votre équipe sert surtout à mettre un soutien en place.

Mon adolescent m'aide beaucoup, et il dit qu'il aime ça. Est-ce un problème ? Pas nécessairement : aider peut rendre fier et rapprocher. Ce qui compte, c'est qu'il garde son école, ses amis, son sommeil et ses loisirs, que son aide soit reconnue, et qu'il ne porte pas des responsabilités d'adulte comme le traitement ou la sécurité de son parent (section 7).

Doit-il voir un psychologue ? Pas par principe. Beaucoup d'enfants vont bien avec des adultes qui leur expliquent et les entourent. Un psychologue est utile si des signes durent plusieurs semaines, si l'enfant a vécu une crise marquante ou s'il porte trop de choses. Un programme familial, quand il existe, peut aussi aider un enfant qui va bien, puisqu'il vise justement à prévenir les difficultés.

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