Le perfectionnisme : exigeant sans s'épuiser
Relire cinq fois un mail de deux lignes, repousser un dossier parce qu'il ne sera pas parfait, ne retenir que les deux points perdus sur vingt. Ce guide distingue l'exigence qui aide du perfectionnisme qui fait souffrir, explique pourquoi la barre remonte chaque fois qu'on l'atteint, et propose une méthode évaluée : repérer ses règles, tester le « assez bien », élargir ce qui fait sa valeur et répondre autrement à l'autocritique.
En bref
Ce guide s'adresse aux adultes dont les exigences envers eux-mêmes sont devenues une source d'épuisement, d'angoisse ou d'évitement, au travail, dans les études, à la maison ou dans le rapport au corps. Il s'appuie sur le modèle du perfectionnisme clinique décrit en 2002 par Roz Shafran, Zafra Cooper et Christopher Fairburn, et sur les essais de thérapie cognitive et comportementale qui en sont issus. Il propose des exercices à commencer dès cette semaine, dit ce que la recherche établit et ce qu'elle laisse ouvert, et indique quand il vaut mieux se faire aider.
- Thématique
- Estime de soi · Anxiété
- Pour qui
- Pour soi
- Langues
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Le programme
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Questions fréquentes
Comment savoir si je suis perfectionniste ou simplement exigeant ? Regardez moins la hauteur de vos objectifs que ce qui se passe autour. Si vous savez vous arrêter quand c'est bien, si une erreur vous contrarie sans vous obséder, si vos réussites vous font plaisir, vous êtes exigeant. Si votre valeur semble se jouer à chaque tâche, si la moindre erreur vous hante et si la barre remonte dès que vous l'atteignez, c'est du perfectionnisme au sens de ce guide.
Le perfectionnisme est-il une maladie ? Non. C'est une manière de fonctionner, présente à des degrés variables, qui devient un problème quand elle fait souffrir ou gêne la vie. Il accompagne souvent l'anxiété, la dépression, les troubles alimentaires ou l'épuisement, et le travailler peut aider à les réduire.
Si je deviens moins exigeant, mes résultats vont-ils baisser ? Probablement moins que vous ne le craignez, et parfois pas du tout. La recherche ne trouve pas de lien clair entre perfectionnisme et performance au travail, et des étudiants qui visaient l'excellence ont obtenu de meilleures notes que ceux qui visaient la perfection. Vous n'avez d'ailleurs pas à renoncer à votre exigence : le travail porte sur ce qui l'accompagne. Pour savoir ce qu'il en est dans votre cas, testez, avec les expériences de la section 9.
Être dur avec moi-même, n'est-ce pas ce qui me fait progresser ? C'est ce qu'on croit, et les expériences disent plutôt l'inverse : après un échec, des étudiants invités à ne pas être trop durs avec eux-mêmes ont fait davantage d'efforts pour s'améliorer. L'autocritique punit l'erreur ; elle n'apprend pas à l'éviter.
L'autocompassion, ce n'est pas se trouver des excuses ? Non. Elle consiste à reconnaître une erreur sans vous condamner en tant que personne, à vous rappeler que tout le monde se trompe, et à regarder ce qui s'est passé sans le dramatiser ni le nier. Elle n'empêche pas d'assumer ses responsabilités. Elle rend plus facile de le faire.
Est-ce que je peux faire ce travail seul ? En partie. Dans les essais, des programmes d'autothérapie, sur papier ou en ligne, ont réduit le perfectionnisme, à condition que les exercices soient réellement faits. Dans un essai, le face à face apportait davantage, notamment sur l'anxiété et le moral ; une méta-analyse n'a pas trouvé d'écart net entre les deux formats. Un accompagnement reste préférable quand le perfectionnisme s'accompagne d'anxiété, de déprime ou d'un trouble alimentaire.
Combien de temps faut-il pour que ça change ? Les programmes évalués durent en général deux à trois mois. En pratique, les premiers effets se font souvent sentir dès les premières expériences, parce qu'elles libèrent du temps et démentent des prédictions. Le changement de fond, celui de ce qui fonde votre valeur à vos propres yeux, demande plus longtemps.
Mon enfant est très perfectionniste. Que faire ? Évitez de le rassurer en boucle ou de reprendre ses devoirs avec lui jusqu'à ce qu'ils soient parfaits. Intéressez-vous à ce qu'il a essayé et compris plus qu'à la note, et parlez de vos propres erreurs. Si la peur de l'échec le fait pleurer, l'empêche de dormir ou d'aller à l'école, parlez-en à son médecin.
Je suis plus exigeant avec les autres qu'avec moi. Ce guide me concerne-t-il ? Oui. Le perfectionnisme tourné vers les autres repose sur des règles du même type, et il se paie en relations. Écrivez votre règle, mesurez son coût pour vous et pour eux, et testez ce qui se passe quand vous laissez les autres faire à leur manière.
Et si une expérience tourne mal ? C'est une information. Regardez ce qui s'est réellement passé, ce que cela vous a coûté et comment vous y avez fait face. Souvent, la conséquence est plus petite que prévu. Si elle a été importante, l'expérience était sans doute trop haute sur l'échelle : redescendez d'un cran et reprenez.
Existe-t-il un médicament contre le perfectionnisme ? Non. Si une dépression, un trouble anxieux ou un trouble alimentaire l'accompagnent, un traitement peut se discuter avec un médecin, pour ce trouble-là.