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Attention & concentrationPour soi50 min de lecture

Arrêter de remettre à plus tard : la procrastination

Le dossier ouvert puis refermé, le mail lu quatre fois sans réponse, l'enveloppe posée sur le meuble de l'entrée depuis trois semaines. La procrastination n'est ni de la paresse ni un simple défaut d'organisation : c'est une façon d'échapper tout de suite au malaise qu'une tâche provoque, et de le payer plus tard. Ce guide explique ce mécanisme et propose une méthode pas à pas, pour les études comme pour le travail.

En bref

Ce guide s'adresse aux adultes et aux étudiants qui repoussent ce qui compte pour eux et qui en souffrent. Il s'appuie sur ce que la recherche a établi : la procrastination est d'abord un problème de régulation des émotions à court terme, que la culpabilité entretient et que l'on peut défaire. Il propose une méthode concrète, à commencer dès cette semaine : rendre la tâche petite et claire, décider à l'avance du moment où l'on s'y mettra, travailler par blocs courts, préparer son environnement, accueillir l'inconfort, se pardonner les écarts et suivre ses progrès. Il aide aussi à reconnaître ce qui peut ressembler à de la procrastination ou la produire : un trouble de l'attention, une dépression, une anxiété, un épuisement.

Thématique
Attention & concentration · Estime de soi
Pour qui
Pour soi
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si vous pensez à mourir, si l'idée de disparaître vous traverse quand vous regardez tout ce qui s'est accumulé, parlez-en le jour même à votre médecin, à un proche ou à une ligne de prévention du suicide ; en cas de danger immédiat, appelez les services d'urgence de votre pays. Consultez aussi sans attendre si ce que vous repoussez est un soin (un symptôme qui vous inquiète, un examen prescrit, un traitement à renouveler), ou si des courriers non ouverts vous exposent à une conséquence grave et proche, comme une coupure, une expulsion ou une procédure : dans ces cas, la priorité n'est pas de comprendre pourquoi vous repoussez, c'est de vous faire aider pour agir aujourd'hui. Comptez cinquante minutes de lecture.

1. Avant de commencer

Il est vingt et une heures. Le mémoire est à rendre dans dix jours. Vous avez ouvert le fichier à quatorze heures, relu le titre, corrigé une virgule dans l'introduction, puis vérifié vos messages « juste une seconde ». Vous avez rangé le bureau. Vous avez cherché un meilleur modèle de plan. Vous avez regardé une vidéo sur la procrastination, jusqu'au bout. Vous vous étiez promis de commencer pour de bon à dix-sept heures, puis après le dîner. Il est vingt et une heures, vous êtes épuisé comme après une journée de travail, et vous n'avez pas écrit une ligne.

Ou bien c'est une enveloppe des impôts posée sur le meuble de l'entrée depuis trois semaines. Le mail d'un client ouvert quatre fois sans réponse. Le dentiste que vous appelez « demain » depuis le printemps.

Le retard n'est pas le pire. Le pire, c'est ce que vous vous dites le soir : que vous êtes paresseux, que vous ne changerez pas, que les autres y arrivent très bien.

Trois choses, tout de suite.

La procrastination n'est pas de la paresse. La personne paresseuse ne veut pas faire la chose, et s'en accommode. Vous, vous voulez la faire, vous savez que la repousser vous coûtera, et vous la repoussez quand même. C'est cet écart entre l'intention et l'action que la recherche appelle procrastination. Il ne veut pas dire que vous manquez de bonne volonté : dans les études, les personnes qui procrastinent ont en général l'intention de travailler autant que les autres. C'est le passage à l'acte qui décroche.

Vous n'évitez pas tant la tâche que ce qu'elle vous fait ressentir. Ennui, doute, peur de mal faire, confusion, agacement : ouvrir le fichier déclenche un petit malaise, et faire autre chose le dissipe en quelques secondes. Les psychologues Fuschia Sirois et Timothy Pychyl décrivent la procrastination comme une façon de réparer son humeur dans l'instant, aux dépens de la personne que l'on sera demain. C'est pour cette raison qu'un nouvel agenda suffit rarement.

Se le reprocher durement entretient le problème. La culpabilité ajoute du malaise à une tâche déjà pénible, donc une raison de plus de l'éviter. Dans une étude canadienne, les étudiants qui s'étaient pardonné d'avoir repoussé leurs révisions ont moins procrastiné avant l'examen suivant. Se pardonner n'est pas se laisser aller : c'est ce qui permet de s'y remettre.

À qui s'adresse ce guide

À vous si vous êtes étudiant et que vos révisions, vos dossiers ou votre mémoire se font toujours dans la panique de la dernière nuit.

À vous si, au travail, un rapport, un appel ou un mail délicat peut attendre des semaines pendant que vous faites tout le reste.

À vous si les courriers, les papiers ou les rendez-vous médicaux s'accumulent chez vous et que vous avez honte d'en parler.

À vous si vous vous demandez si un trouble de l'attention, une dépression, une anxiété ou un épuisement pourraient être en jeu : la section 7 aide à faire la part des choses.

2. Ce qu'est la procrastination, et ce qu'elle n'est pas

Une définition précise

Dans la recherche, procrastiner ne veut pas dire simplement faire plus tard. Piers Steel, auteur en 2007 de la méta-analyse qui fait référence sur le sujet, la définit par trois éléments réunis : vous retardez volontairement une action, cette action est celle que vous aviez l'intention de faire, et vous vous attendez à être perdant à cause de ce retard. Retirez l'un de ces éléments, et il ne s'agit plus de procrastination.

Remettre à plus tard n'est pas toujours procrastiner

Attendre une information qui manque, repousser une tâche secondaire parce qu'une autre est plus urgente, aller dormir plutôt que finir un dossier à deux heures du matin : ce sont des décisions, et souvent de bonnes décisions. Le retard ne pose problème que lorsqu'il est inutile, contraire à ce que vous aviez décidé, et coûteux.

Un problème d'organisation ? Pas seulement

« Il faut que je m'organise mieux » est la première conclusion de presque tout le monde. L'organisation compte : en moyenne, les personnes les plus organisées procrastinent moins. Mais elle ne suffit pas. Beaucoup de personnes qui procrastinent savent planifier : elles font des listes, des plannings en couleur, des rétroplannings impeccables. Le plan existe. C'est son exécution qui échoue, au moment précis où il faudrait commencer. Et beaucoup sont très efficaces sur tout ce qui n'est pas la tâche redoutée : jamais la cuisine n'est aussi propre que la veille d'un examen.

Les formes qu'elle prend

  • Dans les études : les révisions commencées trois jours avant l'examen, le plan du mémoire refait six fois, le dossier déposé à 23 h 58.
  • Au travail : le rapport trimestriel, la note de frais, la réponse au client mécontent.
  • Dans les papiers : la déclaration d'impôts, le courrier de la banque qu'on n'ouvre pas, l'abonnement jamais résilié.
  • Dans la santé : le dentiste, la prise de sang prescrite, le dépistage.
  • Dans les relations : la conversation difficile, le message de condoléances jamais envoyé.
  • Le soir : l'heure du coucher repoussée devant un écran alors que rien n'empêchait d'aller dormir. Les chercheurs parlent de procrastination du coucher.

Un problème très répandu

La synthèse de Steel rapporte des estimations selon lesquelles la grande majorité des étudiants procrastinent, et près de la moitié de façon régulière et gênante ; chez les adultes, la procrastination chronique concernerait entre 15 et 20 % des personnes. Une enquête allemande représentative, publiée en 2016 par Manfred Beutel et ses collègues, l'a trouvée plus marquée chez les 14-29 ans, et associée à davantage de stress, de symptômes dépressifs et anxieux, de fatigue, et à une satisfaction de vie plus basse. Vous êtes loin d'être seul.


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Questions fréquentes

Suis-je simplement paresseux ? Très probablement pas. La paresse est un manque d'envie assumé, qui ne fait pas souffrir. Si vous voulez faire la tâche, si vous savez que la repousser vous coûtera et si vous vous en voulez le soir, vous êtes face à un problème de régulation des émotions, pas à un défaut de caractère.

Pourquoi est-ce que j'arrive à tout faire, sauf ce qui compte ? Parce que ce qui compte est souvent ce qui provoque le plus de malaise : c'est évalué, c'est important, c'est flou. Faire le ménage à la place du dossier n'est pas un hasard : c'est une échappatoire qui a l'avantage de paraître utile.

Je travaille mieux dans l'urgence. Pourquoi changer ? Parce que les études ne le confirment pas : les étudiants qui procrastinent ont en moyenne des résultats un peu moins bons, et finissent le semestre plus stressés et plus souvent malades. L'urgence fait commencer, pas mieux travailler.

Faut-il attendre d'être motivé pour commencer ? Non. Pour une tâche pénible, la motivation vient le plus souvent après le début. Commencez par une action minuscule, avec le droit d'arrêter au bout de dix minutes, et regardez ce qui se passe.

Une application ou un nouvel agenda peuvent-ils régler le problème ? Ils peuvent aider à bloquer les distractions ou à minuter les blocs. Mais ils ont rarement été évalués pour eux-mêmes, et ils agissent surtout sur la planification, qui n'est qu'une partie du problème. Un outil simple suffit ; le travail se joue au moment du démarrage.

Comment savoir si c'est un trouble de l'attention ? Les indices sont l'ancienneté (dès l'enfance), l'étendue (tous les domaines de la vie, y compris ce que vous aimez) et des signes qui dépassent la procrastination, comme les oublis et les objets perdus. Seul un professionnel formé peut poser ce diagnostic. TDAH adulte : organiser son quotidien décrit ce qui aide dans ce cas.

La procrastination est-elle un trouble psychique ? Non. Elle n'est pas reconnue comme un trouble dans les classifications des troubles mentaux. C'est un comportement, parfois très gênant, qui peut exister seul ou accompagner un autre trouble, et qui justifie une aide quand il fait beaucoup souffrir.

Existe-t-il un médicament contre la procrastination ? Non. Quand un trouble de l'attention ou une dépression est diagnostiqué, un traitement de ce trouble peut être discuté avec le médecin. La procrastination elle-même se travaille par les méthodes décrites ici.

Se pardonner, n'est-ce pas se donner une excuse pour recommencer ? Non. L'excuse nie la responsabilité ; le pardon la reconnaît, puis tourne la page. Les données disponibles vont plutôt dans le sens inverse de cette crainte : les étudiants qui s'étaient pardonné un premier écart ont moins procrastiné la fois suivante, et la dureté envers soi va de pair avec davantage de stress.

J'ai tellement de retard que je ne sais plus par où reprendre. Que faire ? Faites l'inventaire, repérez ce qui a une conséquence grave et proche, et commencez par cela seulement. Si un retard vous expose à une conséquence immédiate (un loyer, une procédure, une date d'examen), demandez de l'aide dès aujourd'hui, à un proche, à un travailleur social ou à l'établissement concerné : contacter les gens tôt ouvre souvent plus de solutions qu'on ne le craint.

Une thérapie peut-elle vraiment aider ? Oui, pour une partie des personnes. Dans les essais, la thérapie cognitive et comportementale réduit la procrastination, souvent de façon modérée, avec des bénéfices qui peuvent se maintenir à un an. Dans le premier essai en ligne, un quart à deux cinquièmes des participants, selon la mesure, y ont trouvé une amélioration nette. Ce n'est pas une baguette magique, mais un travail accompagné qui augmente les chances de réussir.

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