Arrêter de remettre à plus tard : la procrastination
Le dossier ouvert puis refermé, le mail lu quatre fois sans réponse, l'enveloppe posée sur le meuble de l'entrée depuis trois semaines. La procrastination n'est ni de la paresse ni un simple défaut d'organisation : c'est une façon d'échapper tout de suite au malaise qu'une tâche provoque, et de le payer plus tard. Ce guide explique ce mécanisme et propose une méthode pas à pas, pour les études comme pour le travail.
En bref
Ce guide s'adresse aux adultes et aux étudiants qui repoussent ce qui compte pour eux et qui en souffrent. Il s'appuie sur ce que la recherche a établi : la procrastination est d'abord un problème de régulation des émotions à court terme, que la culpabilité entretient et que l'on peut défaire. Il propose une méthode concrète, à commencer dès cette semaine : rendre la tâche petite et claire, décider à l'avance du moment où l'on s'y mettra, travailler par blocs courts, préparer son environnement, accueillir l'inconfort, se pardonner les écarts et suivre ses progrès. Il aide aussi à reconnaître ce qui peut ressembler à de la procrastination ou la produire : un trouble de l'attention, une dépression, une anxiété, un épuisement.
- Thématique
- Attention & concentration · Estime de soi
- Pour qui
- Pour soi
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Questions fréquentes
Suis-je simplement paresseux ? Très probablement pas. La paresse est un manque d'envie assumé, qui ne fait pas souffrir. Si vous voulez faire la tâche, si vous savez que la repousser vous coûtera et si vous vous en voulez le soir, vous êtes face à un problème de régulation des émotions, pas à un défaut de caractère.
Pourquoi est-ce que j'arrive à tout faire, sauf ce qui compte ? Parce que ce qui compte est souvent ce qui provoque le plus de malaise : c'est évalué, c'est important, c'est flou. Faire le ménage à la place du dossier n'est pas un hasard : c'est une échappatoire qui a l'avantage de paraître utile.
Je travaille mieux dans l'urgence. Pourquoi changer ? Parce que les études ne le confirment pas : les étudiants qui procrastinent ont en moyenne des résultats un peu moins bons, et finissent le semestre plus stressés et plus souvent malades. L'urgence fait commencer, pas mieux travailler.
Faut-il attendre d'être motivé pour commencer ? Non. Pour une tâche pénible, la motivation vient le plus souvent après le début. Commencez par une action minuscule, avec le droit d'arrêter au bout de dix minutes, et regardez ce qui se passe.
Une application ou un nouvel agenda peuvent-ils régler le problème ? Ils peuvent aider à bloquer les distractions ou à minuter les blocs. Mais ils ont rarement été évalués pour eux-mêmes, et ils agissent surtout sur la planification, qui n'est qu'une partie du problème. Un outil simple suffit ; le travail se joue au moment du démarrage.
Comment savoir si c'est un trouble de l'attention ? Les indices sont l'ancienneté (dès l'enfance), l'étendue (tous les domaines de la vie, y compris ce que vous aimez) et des signes qui dépassent la procrastination, comme les oublis et les objets perdus. Seul un professionnel formé peut poser ce diagnostic. TDAH adulte : organiser son quotidien décrit ce qui aide dans ce cas.
La procrastination est-elle un trouble psychique ? Non. Elle n'est pas reconnue comme un trouble dans les classifications des troubles mentaux. C'est un comportement, parfois très gênant, qui peut exister seul ou accompagner un autre trouble, et qui justifie une aide quand il fait beaucoup souffrir.
Existe-t-il un médicament contre la procrastination ? Non. Quand un trouble de l'attention ou une dépression est diagnostiqué, un traitement de ce trouble peut être discuté avec le médecin. La procrastination elle-même se travaille par les méthodes décrites ici.
Se pardonner, n'est-ce pas se donner une excuse pour recommencer ? Non. L'excuse nie la responsabilité ; le pardon la reconnaît, puis tourne la page. Les données disponibles vont plutôt dans le sens inverse de cette crainte : les étudiants qui s'étaient pardonné un premier écart ont moins procrastiné la fois suivante, et la dureté envers soi va de pair avec davantage de stress.
J'ai tellement de retard que je ne sais plus par où reprendre. Que faire ? Faites l'inventaire, repérez ce qui a une conséquence grave et proche, et commencez par cela seulement. Si un retard vous expose à une conséquence immédiate (un loyer, une procédure, une date d'examen), demandez de l'aide dès aujourd'hui, à un proche, à un travailleur social ou à l'établissement concerné : contacter les gens tôt ouvre souvent plus de solutions qu'on ne le craint.
Une thérapie peut-elle vraiment aider ? Oui, pour une partie des personnes. Dans les essais, la thérapie cognitive et comportementale réduit la procrastination, souvent de façon modérée, avec des bénéfices qui peuvent se maintenir à un an. Dans le premier essai en ligne, un quart à deux cinquièmes des participants, selon la mesure, y ont trouvé une amélioration nette. Ce n'est pas une baguette magique, mais un travail accompagné qui augmente les chances de réussir.