Le deuil : comprendre, traverser, et savoir quand demander de l'aide
Les cinq étapes n'existent pas, l'absence d'effondrement n'est pas de la froideur, et la plupart des gens n'ont pas besoin de thérapie — mais une personne sur dix reste bloquée, et il existe pour elle un traitement dont l'efficacité est démontrée.
Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre
En bref
Ce texte s'adresse à une personne endeuillée et à ceux qui l'entourent. Il expose ce que la recherche a réellement établi sur le deuil — y compris que les modèles les plus célèbres ne tiennent pas —, décrit les trajectoires observées, propose un cheminement en sept temps, et distingue clairement le deuil, qui n'est pas une maladie, du deuil prolongé, qui est un trouble reconnu et qui se traite. Il dit aussi ce qui n'aide pas, et pourquoi proposer une thérapie à tous les endeuillés est une mauvaise idée.
- Thématique
- Deuil
- Pour qui
- Pour tous
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Le programme
Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si vous avez des idées suicidaires, si vous pensez à rejoindre la personne morte, si vous ne voyez plus de raison de continuer, parlez-en le jour même à votre médecin ou à une ligne de prévention du suicide, et prévenez un proche ; en cas de danger immédiat, appelez les services d'urgence de votre pays. Le risque suicidaire est plus élevé après un deuil, en particulier dans les premiers mois. Dans les jours et les semaines qui suivent un décès, ne suspendez pas vos soins habituels, et traitez une douleur inhabituelle dans la poitrine comme une urgence médicale, pas comme du chagrin (voir la section 5). Le deuil n'est pas une maladie, et la très grande majorité des personnes endeuillées n'ont besoin ni de diagnostic ni de traitement. Une minorité, en revanche, reste durablement empêchée de vivre : la section 8 explique comment le reconnaître et ce qui existe alors. Comptez quarante-cinq minutes de lecture.
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Ce que contient la suite
- 3. Les cinq étapes n'existent pas
- 4. Ce que montrent les études de suivi
- 5. Ce que le deuil fait au corps et à la tête
- 6. Le mouvement de va-et-vient
- 7. Ce qui rend un deuil plus difficile
- 8. Quand le deuil se bloque
- 9. Traverser : les sept temps
- 10. Temps 1 — Les premières semaines
- 11. Temps 2 — Laisser venir les vagues
- 12. Temps 3 — Revenir vers ce que l'on évite
- 13. Temps 4 — Raconter ce qui s'est passé
- 14. Temps 5 — Le lien qui continue
- 15. Temps 6 — Reconstruire le quotidien
- 16. Temps 7 — Les dates, les repères, la suite
- 17. La mort soudaine, violente, le suicide
- 18. Selon le lien perdu
- 19. Les deuils que personne ne reconnaît
- 20. Les enfants et les adolescents
- 21. La culpabilité, la colère, le soulagement
- 22. Pour les proches : quoi dire, quoi ne pas dire
- 23. Ce qui n'aide pas
- 24. Ce que vous pouvez attendre, et quand consulter
- 25. Questions fréquentes
- 26. À retenir
- 27. Sources et fondements
Questions fréquentes
Combien de temps est-ce que ça dure ? Il n'y a pas de durée normale. Ce qui compte n'est pas la durée mais le mouvement : est-ce que quelque chose change, même lentement ? Un deuil douloureux qui évolue n'est pas un deuil bloqué.
Est-ce que je dois « faire mon deuil » ? Cette expression suggère une tâche à accomplir et une fin à atteindre. Ni l'une ni l'autre ne correspondent à ce qu'on observe. Vous n'avez rien à accomplir ; vous avez à traverser, et à ne pas vous couper de votre vie pendant ce temps.
Je n'arrive pas à pleurer. Est-ce grave ? Non. Les personnes qui pleurent peu ne vont pas plus mal ensuite. L'idée d'une douleur qui « ressortirait » si elle n'est pas exprimée n'est pas soutenue par les données.
Est-ce que je peux garder ses affaires, sa chambre, son numéro dans mon téléphone ? Oui, sans délai imposé. La seule question utile est celle de la section 14 : est-ce que cela me permet de vivre, ou est-ce que cela m'en empêche ? Une chambre maintenue exactement en l'état pendant des années fait partie des signaux d'un deuil qui se fige (section 12).
Je lui parle. Je le sens présent. Est-ce normal ? Oui, c'est très fréquent, y compris les impressions sensorielles : entendre sa voix, apercevoir sa silhouette. Ce n'est pas un signe de trouble.
Puis-je refaire ma vie ? Oui, et il n'y a pas de délai convenable. Une nouvelle relation n'annule pas la précédente, et la culpabilité qui accompagne cette étape est presque universelle.
Faut-il aller voir un psy après un décès ? Pas systématiquement, et c'est important : les données ne soutiennent pas une prise en charge généralisée. Elles soutiennent en revanche très clairement une prise en charge chez les personnes dont le deuil reste bloqué. La section 24 donne les critères.
Est-ce que je vais oublier son visage ? C'est une peur très fréquente, et elle explique une part des évitements : on n'ose pas regarder les photos de crainte d'abîmer le souvenir. Ce qui se passe est l'inverse : les souvenirs regardés et racontés se conservent mieux que ceux qu'on enferme.
Comment savoir si c'est une dépression, et pas seulement le deuil ? Dans le deuil, la douleur arrive par vagues, déclenchées par ce qui rappelle la personne, et des moments de plaisir ou de chaleur restent possibles entre elles. Dans une dépression, la tristesse devient continue et s'étend à tout, plus rien ne fait envie, et l'on se juge sans valeur bien au-delà de la perte. Les deux peuvent coexister, et une dépression qui s'installe après un décès se soigne avec le même sérieux que les autres : la section 24 donne les repères.
Les antidépresseurs ou les somnifères peuvent-ils m'aider ? Pas pour le deuil lui-même : dans l'essai qui l'a vérifié, un antidépresseur n'a pas réduit les symptômes de deuil, ni seul ni ajouté à la psychothérapie. Il garde en revanche sa place si une dépression caractérisée s'y ajoute. Un somnifère peut aider à traverser quelques nuits, avec un médecin, mais pris pendant des mois il crée ses propres problèmes. Ces décisions se prennent avec votre médecin, et un traitement en cours ne s'arrête jamais seul.
Je n'ai pas pu lui dire au revoir. Est-ce que je m'en remettrai ? Le plus souvent, oui, même si cette absence peut rendre le deuil plus difficile : les circonstances de la mort et le manque de préparation font partie des facteurs que les études associent à un deuil qui se complique. Ce qui n'a pas pu être dit peut l'être autrement, dans la lettre du temps 5 (section 14), et un rituel peut se faire plus tard, à quelques-uns (section 10). Si cette scène manquée revient sans cesse, ou si vous évitez tout ce qui s'y rapporte, parlez-en à un professionnel.
Faut-il emmener un enfant aux obsèques ? Le plus souvent, oui, s'il le souhaite. L'Académie américaine de pédiatrie recommande de l'y inviter sans l'y obliger, après lui avoir expliqué simplement ce qu'il verra et entendra, et de le confier pendant la cérémonie à un adulte qu'il connaît bien et qui est moins touché par le deuil, pour qu'il puisse sortir s'il en a besoin. Un enfant tenu à l'écart imagine souvent pire que la réalité, et il peut en garder du ressentiment. Notre guide Accompagner un enfant ou un adolescent en deuil explique comment le préparer.
Les fiches à télécharger
Les exercices de ce programme, en PDF à imprimer. Réservés aux membres.
- 01Les premières semainesTemps 1 — tenir. Rien d'autre.
- 02Laisser venir les vaguesTemps 2 — à partir de quelques semaines, et pour longtemps.
- 03Revenir vers ce que j'éviteTemps 3 — le levier le plus puissant quand le deuil se fige. Accompagné si c'est le cas.
- 04Raconter ce qui s'est passéTemps 4 — seulement si le souvenir de la mort revient sans cesse, ou s'il est soigneusement évité. De préférence accompagné.
- 05Le lien qui continueTemps 5 — le lien ne se rompt pas, et ce n'est pas pathologique.
- 06Reconstruire le quotidienTemps 6 — le versant le moins spectaculaire, et l'un des plus décisifs.
- 07La culpabilité, la colère, le soulagementTrois émotions dont on parle peu, et qui bloquent beaucoup de deuils.
- 08Les dates, et quand consulterTemps 7 — anticiper plutôt que subir. Et savoir quand le deuil se bloque.
Toutes les fiches en un seul fichier, avec sommaire.