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AnxiétéPour soi55 min de lecture

L'inquiétude permanente : le trouble anxieux généralisé

S'inquiéter pour le travail, pour la santé des siens, pour l'argent, pour un message sans réponse, et recommencer le lendemain avec un autre sujet. Ce guide explique pourquoi l'inquiétude s'installe et se nourrit d'elle-même, comment distinguer celle qui sert de celle qui tourne à vide, et propose la méthode qui a fait ses preuves : temps d'inquiétude, résolution de problèmes, apprivoisement de l'incertitude.

En bref

Ce guide s'adresse aux adultes qui s'inquiètent presque tous les jours, pour plusieurs domaines à la fois, et qui n'arrivent pas à arrêter. Il décrit ce que la recherche a établi sur ce fonctionnement : l'intolérance à l'incertitude qui en est le moteur, les croyances sur l'utilité de s'inquiéter qui l'entretiennent, et l'évitement discret qu'il organise. Il propose ensuite des outils concrets, semaine après semaine, et dit franchement quand une aide extérieure devient nécessaire.

Thématique
Anxiété
Pour qui
Pour soi
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si l'inquiétude s'accompagne de douleurs dans la poitrine, d'un essoufflement, de malaises ou de tout symptôme physique nouveau, faites-les évaluer par un médecin avant de conclure qu'ils sont anxieux. Si vous pensez à mourir, appelez votre médecin le jour même ou, en cas de danger immédiat, les services d'urgence. N'arrêtez jamais seul un traitement prescrit. Comptez cinquante-cinq minutes de lecture.

1. Avant de commencer

Il est vingt-trois heures. Vous êtes couché, la journée s'est bien passée, et pourtant la machine démarre. Votre fils n'a pas répondu à votre message de dix-huit heures. Vous pensez à un accident, puis vous vous dites que c'est absurde, puis vous y repensez. Vous passez au bilan que votre médecin doit commenter jeudi. Puis à la réorganisation annoncée au travail. Puis à la voiture, qui fait un bruit. Vers une heure du matin, vous n'avez résolu aucun de ces quatre problèmes, mais vous les avez tous examinés en détail.

Le lendemain, quelqu'un vous dit : « ne t'inquiète pas. » Vous savez déjà que cela ne sert à rien.

Trois choses, tout de suite.

S'inquiéter n'est pas un défaut de caractère. C'est une activité mentale, apprise, entretenue par des mécanismes précis, et ces mécanismes se modifient. Ce n'est pas une question de volonté, et ce n'est pas non plus une fatalité.

L'inquiétude excessive est le symptôme d'un trouble fréquent et bien traité. Ce que les cliniciens appellent trouble anxieux généralisé touche une part importante de la population au cours de la vie. Il est souvent repéré tard, parce que les personnes concernées consultent pour des maux de tête, une fatigue, des tensions, un sommeil qui ne vient pas — rarement pour l'inquiétude elle-même, qu'elles considèrent comme leur nature.

Le but n'est pas de ne plus jamais s'inquiéter. L'inquiétude est utile quand elle débouche sur une action. L'objectif est de récupérer le choix : s'en servir quand elle aide, la laisser tomber quand elle tourne à vide.

À qui s'adresse ce guide

À vous si vous vous inquiétez presque tous les jours, pour plusieurs sujets à la fois, et que le sujet change mais pas l'inquiétude.

À vous si vous êtes tendu en permanence, fatigué sans raison claire, irritable, et que votre sommeil en pâtit.

À vous si vous avez besoin d'être rassuré souvent, si vous vérifiez, si vous anticipez tout, et si cela pèse sur vos proches.

À vous si vous accompagnez quelqu'un qui fonctionne ainsi, et que vous ne savez plus quoi répondre.

2. Ce qu'est l'inquiétude permanente

Une chaîne de phrases, pas une image

L'inquiétude est presque toujours verbale. Elle se présente sous forme de phrases enchaînées : « et si… », « il faudrait que… », « ça veut peut-être dire que… ». Elle ressemble à une réflexion, et c'est ce qui la rend si difficile à interrompre : elle a toutes les apparences du travail mental sérieux.

C'est une observation importante, et elle a des conséquences pratiques. Ce qui est dit en mots produit moins de réactions physiques que ce qui est vu en images. Une personne qui s'inquiète en paroles de la maladie d'un proche ressent moins intensément la scène redoutée que si elle se la représentait vraiment. Autrement dit : l'inquiétude est déjà, en elle-même, une façon de garder la peur à distance.

Ce qui la distingue d'un souci ordinaire

Tout le monde se fait du souci. Ce qui caractérise l'inquiétude devenue problématique :

  • Elle est quasi quotidienne et dure depuis des mois.
  • Elle saute d'un sujet à l'autre. Résoudre un problème ne l'arrête pas : un autre prend la place, souvent dans l'heure.
  • Elle est difficile à arrêter volontairement. C'est le point que les personnes concernées décrivent en premier.
  • Elle porte souvent sur des choses peu probables ou déjà sous contrôle.
  • Elle s'accompagne d'une tension physique durable.
  • Elle coûte : du temps, du sommeil, de la concentration, de la patience.

Les thèmes habituels

La famille et la santé des proches. Sa propre santé. Le travail, les erreurs possibles, le jugement des autres. L'argent. Les tâches domestiques et administratives. Les retards, les trajets, les imprévus. Et, chez beaucoup de personnes, une couche supplémentaire : s'inquiéter de choses mineures et s'en vouloir de s'en inquiéter.

Ce que ce n'est pas

Ce n'est pas de l'anticipation raisonnable. Prévoir un budget, prendre une assurance, faire un bilan médical demandé par son médecin sont des actions ; l'inquiétude, elle, n'aboutit à rien.

Ce ne sont pas des obsessions. Dans le trouble obsessionnel, les pensées arrivent par intrusions brutales, souvent absurdes ou choquantes pour la personne elle-même, et s'accompagnent de rituels. L'inquiétude, elle, reste vraisemblable et se présente comme un raisonnement. Si vos pensées ont cette forme intrusive, voir Le TOC : le programme d'exposition en huit étapes.

Ce ne sont pas des attaques de panique. Celles-ci montent en quelques minutes, culminent, et font redouter un malaise immédiat. Voir Les attaques de panique et l'agoraphobie.

Ce ne sont pas des ruminations dépressives, tournées vers le passé et vers soi — « pourquoi je suis comme ça », « pourquoi j'ai dit ça ». L'inquiétude regarde devant. Les deux coexistent souvent : voir Arrêter de trop penser : sortir des ruminations.


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Questions fréquentes

Est-ce que je vais devoir vivre avec ça toute ma vie ? Non. L'anxiété généralisée a tendance à durer si on ne la traite pas, mais elle répond bien aux traitements psychologiques. Beaucoup de personnes conservent un tempérament plutôt soucieux tout en récupérant des journées, un sommeil et une tranquillité normale. L'objectif réaliste n'est pas zéro inquiétude, c'est une inquiétude qui ne décide plus de votre emploi du temps.

Quelle est la différence entre s'inquiéter et ruminer ? L'inquiétude regarde vers l'avant, en « et si », et anticipe des malheurs possibles. La rumination regarde vers l'arrière, en « pourquoi », et rejoue ce qui s'est passé. Les deux sont des formes de pensée répétitive, elles partagent les mêmes mécanismes et coexistent souvent. Voir Arrêter de trop penser : sortir des ruminations.

Est-ce que le temps d'inquiétude ne va pas me faire penser davantage ? C'est la crainte habituelle, et c'est l'inverse qui se produit. En donnant à l'inquiétude un créneau précis, on réduit le temps total qu'elle occupe, et on découvre qu'une bonne partie des sujets s'est évaporée d'ici là. Comptez deux semaines avant de juger.

J'ai fait tous les examens, on ne trouve rien, et je continue à m'inquiéter pour ma santé. Que faire ? Ce schéma est typique de l'anxiété de santé, où les examens rassurent de moins en moins longtemps. Le travail consiste alors à arrêter les vérifications plutôt qu'à chercher une confirmation de plus. Voir La peur d'être malade : l'anxiété de santé.

Est-ce héréditaire ? Une part de la tendance à l'anxiété se transmet, et une autre part s'apprend dans la famille, par l'exemple. Aucune des deux ne détermine votre avenir : ce qui compte pratiquement, c'est ce que vous faites de l'inquiétude quand elle arrive.

Faut-il prendre un traitement ? Cela dépend de la sévérité, de votre préférence, de ce que vous avez déjà essayé et de ce que votre médecin observe. Les recommandations placent les approches psychologiques et certains médicaments en première intention. La décision se prend avec un médecin, et ce guide n'en remplace pas l'avis.

La méditation suffit-elle ? Elle aide, surtout pour la relation aux pensées et pour la tension. Utilisée seule et dans le but de faire partir l'anxiété, elle devient un contrôle de plus et déçoit. Ce qui change les choses en profondeur, c'est de s'exposer à l'incertitude, et cela demande des actions dans la vie réelle.

Mon conjoint me dit que je suis invivable. Est-ce que j'exagère ? L'inquiétude déborde effectivement sur l'entourage : questions répétées, contrôle, refus de certaines sorties, irritabilité. Ce n'est pas un défaut moral, c'est un symptôme. Le contrat de réassurance de la section 19 est souvent le premier changement visible pour un couple.

Je m'inquiète surtout la nuit. Est-ce que je peux faire le temps d'inquiétude au lit ? Non, et c'est important. Le lit doit rester associé au sommeil. Le créneau se place en fin d'après-midi, et la nuit on se contente d'écrire trois mots sur un carnet en reportant au lendemain.

Combien de temps avant de voir un résultat ? Les premiers effets du temps d'inquiétude apparaissent souvent en deux semaines. Pour l'intolérance à l'incertitude, comptez plutôt six à douze semaines de pratique régulière. La régularité pèse plus que la durée des séances.

J'ai peur que si je lâche, il arrive quelque chose à mes enfants : comment faire ? C'est la croyance centrale, et elle est trop importante pour être balayée. Elle se teste doucement, sur des situations mineures, en observant ce qui se passe réellement quand vous ne surveillez pas. Ce que les gens découvrent, c'est que leur inquiétude n'était pas ce qui protégeait leurs enfants — leurs actions l'étaient, et elles continuent.

Est-ce que l'alcool ou le cannabis peuvent m'aider à me détendre le soir ? Ils détendent sur le moment et augmentent l'anxiété ensuite, en plus de désorganiser le sommeil et d'exposer à une dépendance. C'est l'une des associations les plus fréquentes et les plus dommageables. Voir Boire moins, ou arrêter et Le cannabis : faire le point.

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