AnxiétéPour un proche55 min de lecture

Mon enfant ne veut plus aller à l'école

Des maux de ventre chaque matin, des supplications à la porte, puis des journées entières à la maison : le refus scolaire épuise les familles, et il s'aggrave quand on attend. Ce guide aide les parents à comprendre ce que leur enfant évite, à vérifier d'abord qu'il n'est ni harcelé, ni déprimé, ni en difficulté d'apprentissage, puis à construire avec l'école un retour par petites étapes, en commençant par le matin.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

En bref

Ce guide s'adresse aux parents d'un enfant ou d'un adolescent qui a de plus en plus de mal à aller à l'école, ou qui n'y va plus du tout. Il explique ce qu'est le refus scolaire, comment le distinguer d'une école buissonnière, et pourquoi rester à la maison soulage sur le moment et aggrave ensuite. Il décrit ce que la recherche a établi, en disant aussi ses limites, puis propose une méthode concrète : chercher ce que l'enfant évite, construire le retour avec l'établissement, organiser les matins et avancer par paliers jusqu'aux journées complètes. Il dit enfin quand consulter, et vers qui.

Thématique
Anxiété · Enfants & parents
Pour qui
Pour un proche
Langues
FR · EN · DE · IT · ES · ZH · AR

Français · English · Deutsch · Italiano · Español · 中文 · العربية

Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si votre enfant parle de mourir, dit qu'il voudrait disparaître, se fait du mal ou vous paraît dans une détresse inhabituelle, ne le laissez pas seul et demandez de l'aide le jour même ; en cas de danger immédiat, appelez les services d'urgence de votre pays. S'il est frappé, menacé, racketté ou harcelé, sa protection passe avant tout projet de retour à l'école (section 5). Une fièvre, une perte de poids, des vomissements répétés, une douleur qui le réveille la nuit ou des symptômes qui persistent pendant les week-ends et les vacances demandent un avis médical rapide (section 11). Et si votre enfant ne va plus du tout à l'école depuis plusieurs jours, prenez rendez-vous chez son médecin dès maintenant, sans attendre la fin de cette lecture. Comptez cinquante-cinq minutes de lecture.

L'avertissement du début des ressources est masqué.

1. Avant de commencer

C'est lundi, il est sept heures quarante. Votre fille de onze ans est assise au bord de son lit, à moitié habillée, et elle a mal au ventre, comme toute la semaine dernière. Elle pleure, elle vous supplie de la laisser à la maison « juste aujourd'hui », elle promet d'y aller demain. Vous devez partir travailler dans dix minutes. À huit heures moins cinq, vous appelez le collège pour dire qu'elle est malade. Une heure plus tard, elle mange, elle se détend, elle va mieux. Et le soir, quand vous parlez du lendemain, le ventre recommence.

Chez vous, ce sont peut-être plutôt des retards qui s'accumulent, des appels de l'infirmerie pour que vous veniez le chercher, un enfant qui manque tous les mardis, ou un adolescent qui ne se lève plus et dit que l'école « ne sert à rien ». Ou bien il n'y est pas allé depuis trois mois, et vous ne savez plus par quel bout reprendre.

Trois choses, tout de suite.

Ce n'est ni un caprice ni de la paresse. Le mal de ventre est réel, la peur aussi. Un enfant qui refuse l'école de cette façon voudrait souvent y aller, et n'y arrive pas. Le croire n'empêche pas d'agir : c'est même ce qui rend l'action possible, parce qu'un enfant qui se sent accusé de mentir se ferme.

Avant de parler de retour, on vérifie que l'école n'est pas dangereuse pour lui. Un enfant harcelé, menacé ou humilié n'a pas besoin qu'on l'aide à affronter sa peur : il a besoin qu'on le protège. Cette question passe avant toutes les autres.

Attendre qu'il aille mieux pour qu'il y retourne marche rarement. C'est l'idée la plus naturelle, et celle qui coûte le plus cher. En général, chaque semaine passée à la maison rend la suivante plus facile à passer à la maison, et le retour plus difficile. C'est en retournant à l'école que la peur a le plus de chances de baisser, par petits morceaux choisis avec lui et préparés avec l'école. C'est ce que ce guide vous aide à construire.

2. De quoi parle-t-on ?

Un comportement, pas une maladie

On parle de refus scolaire, ou de refus scolaire anxieux, quand un enfant ou un adolescent a de grandes difficultés à aller à l'école, ou à y rester toute la journée, à cause d'une détresse émotionnelle : la peur, l'angoisse, parfois une tristesse profonde. L'expression « phobie scolaire », très employée en France, désigne la même réalité, mais elle induit en erreur : elle laisse croire que l'enfant a peur de l'école comme on a peur des araignées, alors que ce qu'il redoute se trouve souvent ailleurs, dans la séparation d'avec vous, dans le regard des autres ou dans un moment précis de la journée.

Ce n'est pas un diagnostic. Les deux grandes classifications des troubles psychiques qu'utilisent les médecins ne contiennent aucune catégorie de ce nom. C'est un comportement, qui peut accompagner plusieurs troubles, ou aucun. On ne soigne donc pas « une phobie scolaire » : on cherche ce qui, chez cet enfant-là, rend l'école inaccessible.

Les chercheurs le reconnaissent à quelques traits : l'enfant est en détresse quand il faut partir, il reste à la maison et ses parents savent où il est, il n'a pas de conduites graves de transgression comme voler ou fuguer, et ses parents ont essayé de le faire aller à l'école. Ce dernier point mérite d'être dit, car ces parents se sentent souvent jugés laxistes alors qu'ils se battent chaque matin.

Il commence souvent à bas bruit

Le refus scolaire commence rarement par une absence totale. Les retards du matin deviennent plus fréquents, les passages à l'infirmerie se multiplient, les absences se concentrent sur le jour de la piscine ou du contrôle, ou l'enfant est présent mais ne parle plus et reste seul à la récréation. Une équipe de chercheurs a décrit en 2019 ces signes débutants, et propose que l'école et la famille apprennent à les repérer ensemble, parce qu'un refus scolaire une fois installé est parfois difficile à traiter.

Fréquent, et lié à certains moments

Les revues de la littérature estiment qu'il touche environ un à deux élèves sur cent, un chiffre qui varie selon la définition retenue par chaque étude : dans un collège de six cents élèves, plusieurs familles vivent donc chaque matin ce que vous vivez. Il apparaît volontiers lors des transitions : l'entrée à l'école, le passage dans le secondaire, un changement d'établissement, la rentrée, le retour après une longue maladie. Une étude australienne portant sur près de deux cents adolescents reçus pour un refus scolaire dans un service de psychiatrie a trouvé qu'il commençait le plus souvent dans les deux premières années du secondaire. Un déménagement, un deuil ou une humiliation en classe déclenchent parfois les choses ; parfois, on ne trouve rien. Pour en sortir, ce qui compte surtout est ce qui entretient le problème aujourd'hui.


La suite est réservée aux membres

Créez votre accès pour lire ce programme en entier, ainsi que toutes les autres ressources.

Essai gratuit de 7 jours, puis 9.99 $US par mois. Sans engagement, résiliable en un clic.

Ce que contient la suite

  • 3. Il a peur, ou il sèche ? Quatre situations à distinguer
  • 4. Ce que votre enfant redoute peut-être
  • 5. Trois choses à chercher d'abord
  • 6. Pourquoi rester à la maison entretient la peur
  • 7. À quoi sert le fait de rester : chercher la piste
  • 8. Ce que dit la recherche, et ce qu'elle n'établit pas
  • 9. La première semaine
  • 10. Parler avec votre enfant
  • 11. Les maux de ventre du matin
  • 12. Construire le retour avec l'école
  • 13. L'échelle du retour : avancer par paliers
  • 14. Le matin, décidé la veille
  • 15. Les jours où il ne part pas
  • 16. Ce que la maison a changé sans le vouloir
  • 17. Les pensées, le regard des autres et le retard
  • 18. Selon l'âge
  • 19. Quand le refus dure depuis des mois
  • 20. Obstacles et rechutes
  • 21. Les traitements
  • 22. Quand consulter, et vers qui
  • 23. Questions fréquentes
  • 24. À retenir
  • 25. Sources et fondements

Questions fréquentes

Comment savoir s'il a vraiment peur ou s'il fait du cinéma ? Regardez la détresse du matin, le soulagement immédiat quand la décision de rester est prise, et la différence entre les jours d'école et les vacances. Un enfant qui refuse l'école par anxiété ne se cache pas, et ses plaintes suivent le calendrier scolaire. Même si une part de confort s'est ajoutée avec le temps, la peur du début reste à traiter.

Faut-il le forcer à y aller ? Ni le forcer d'un coup, ni le laisser à la maison en attendant qu'il soit prêt. Le retour se construit par étapes choisies avec lui, annoncées à l'avance, assez petites pour être tenues. Ce qui distingue cette démarche d'une contrainte, c'est la préparation, la progression et l'accord sur les étapes.

Il dit qu'il ira lundi. Dois-je le croire ? C'est souvent une promesse sincère, faite pour arrêter une conversation pénible, et que la peur du lundi matin balaiera. Ne la refusez pas : remplacez-la par une étape précise, datée, plus petite que celle qu'il propose.

Il va mieux dès qu'il est à la maison. N'est-ce pas la preuve qu'il doit y rester ? C'est au contraire la signature du problème. Le soulagement qui suit la décision de rester est réel, et c'est lui qui entretient la peur, en apprenant au cerveau que l'école était dangereuse et que la maison est la solution.

Faut-il changer d'école ? Oui s'il y est harcelé et que la situation n'est pas réglée, ou si l'établissement refuse tout aménagement. Sinon, rarement : sans travail sur l'évitement, la même peur risque de se reproduire ailleurs, avec en plus un groupe inconnu à affronter.

Combien de temps avant que ça s'améliore ? Dans les essais, la présence à l'école progressait souvent dès les premières semaines de traitement. La peur peut mettre plus longtemps à baisser : dans deux essais, elle continuait de diminuer dans les mois qui suivaient. Le savoir évite de conclure à l'échec quand votre enfant retourne en classe en ayant encore peur.

Mon adolescent ne veut voir personne. Que faire ? Consultez pour vous. Dans un essai sur le refus scolaire, chez des enfants de sept à quatorze ans, former les seuls parents et enseignants, sans voir l'enfant, a fait progresser la présence autant que les autres formules. Une grande part du travail se fait à la maison et avec l'école. Proposez-lui de venir plus tard, sans en faire une condition.

Faut-il un médicament ? Pas en premier. Aucun médicament n'est reconnu pour traiter le refus scolaire lui-même, et les rares essais donnent des résultats discordants (section 8). La question se pose quand une dépression ou une anxiété très sévère accompagne le refus, et la décision revient au médecin.

Il a seize ans et l'école n'est plus obligatoire. Faut-il laisser tomber ? Les règles varient selon les pays. En France, l'instruction est obligatoire de trois à seize ans, et depuis 2020, chaque jeune de seize à dix-huit ans doit être en études, en apprentissage, en formation, en emploi, en service civique ou accompagné vers l'une de ces solutions. Mais la question devient surtout celle de son projet : un diplôme, une formation, un apprentissage. Un adolescent qui reste chez lui des mois s'isole, et le travail par étapes vaut aussi pour reprendre une formation.

Est-ce de ma faute ? Non. Les causes du refus scolaire sont multiples, et les gestes que vous avez faits pour épargner votre enfant sont ceux que ferait n'importe quel parent qui le voit souffrir. Ce qui compte n'est pas de savoir qui a causé le problème, mais que vous êtes parmi les mieux placés pour qu'il s'arrête.

refus scolairephobie scolairerefus scolaire anxieuxabsentéismeanxiété de séparationanxiété socialeharcèlementdépressionparentsécoleretour à l'école

À découvrir aussi

Avec votre accord, nous utilisons Google Analytics pour savoir quelles pages sont lues et améliorer le site. Google dépose alors des cookies de mesure. Rien n'est utilisé à des fins publicitaires. En savoir plus