1. Le programme en un coup d'œil
Indication. Le programme s'adresse à un adulte qui présente un épuisement professionnel, c'est-à-dire un épuisement durable attribué à son travail, accompagné d'une mise à distance de ce travail et d'un sentiment d'efficacité diminué, qu'il soit en arrêt de travail ou encore à son poste. Il suppose que le tri de la section 3 a été fait : un épisode dépressif caractérisé au premier plan, un risque suicidaire aigu ou une cause somatique non explorée passent avant lui.
Modèle de référence. Le programme repose sur une thérapie cognitive et comportementale centrée sur le travail, c'est-à-dire une thérapie dont toutes les composantes sont rapportées à la situation de travail et qui a le retour au travail pour but explicite (Slater et coll., 2023). Il emprunte au modèle exigences-ressources, qui explique l'épuisement par des exigences élevées et durables et le désengagement par le manque de ressources (Demerouti et coll., 2001), à l'analyse des six domaines de la vie au travail de Maslach et Leiter (2016), et aux travaux sur la récupération, qui décrivent ce qui permet de se refaire hors du travail (Sonnentag et Fritz, 2007). La section 6 présente ces modèles.
Format. Dix séances individuelles de 50 minutes, la première de 75 minutes, sur environ quatre mois : les cinq premières sont hebdomadaires, les cinq suivantes ont lieu toutes les deux semaines, pour accompagner une reprise qui se fait par étapes. Trois séances de rappel suivent, à un, trois et six mois. Ce format se situe dans la fourchette des interventions évaluées (section 14).
Mécanisme visé. Le programme ne cherche pas à rendre la personne plus résistante à un travail qui l'épuise. Il vise quatre changements : qu'elle récupère réellement, ce que le repos passif ne fait pas ; qu'elle comprenne ce qui, dans son travail et dans sa façon de travailler, a produit l'épuisement ; qu'elle reprenne le travail, ou le réorganise, par étapes et avec les bons interlocuteurs ; et qu'elle sache repérer et arrêter la prochaine dérive.
| Séance |
Objet |
Livrable de séance |
| 1 |
Évaluer, trier, relier aux médecins |
Tri fait, risque évalué, mesures de départ, carnet remis |
| 2 |
Comprendre son épuisement |
Cercle personnel dessiné, rôle de chacun posé |
| 3 |
Récupérer pour de vrai |
Plan de récupération écrit, heure de lever fixée |
| 4 |
Le travail à la loupe |
Six domaines analysés, contact avec le médecin du travail programmé |
| 5 |
Les règles qui épuisent |
Deux règles cotées, une expérience programmée |
| 6 |
Préparer la reprise |
Plan de reprise par étapes, mesures intermédiaires |
| 7 |
Dire, demander, refuser |
Un échange préparé, une demande faite ou datée |
| 8 |
La reprise, pas à pas |
Plan ajusté sur les chiffres, rituel de fin de journée installé |
| 9 |
Rester, changer ou partir |
Une décision ou une démarche datée |
| 10 |
Bilan et prévention de la rechute |
Mesures refaites, plan pour la suite écrit |
Ce que la personne emporte. Huit fiches imprimables, listées à la section 35, dont un carnet quotidien, un plan de reprise par paliers, une fiche pour les proches et un plan pour la suite.
Ce qui distingue ce programme des autres manuels de ce site. Trois choses. Il commence par un tri plus large que les autres, parce que le mot « burn-out » est souvent posé avant tout examen et qu'il peut cacher une dépression qui ne sera pas traitée comme telle. Il fait entrer le travail dans la thérapie dès la séance 4, avec un plan de reprise écrit et l'articulation avec le médecin traitant et le médecin du travail (dispositif du droit français ; ailleurs, l'équivalent local), qui est le médecin chargé de la santé des salariés en lien avec leur poste. Et il distingue sans cesse ce qui dépend de la personne de ce qui dépend de son organisation, pour ne lui faire porter ni tout ni rien.
2. Avant de commencer
Les cinq décisions préalables
Est-ce un épisode dépressif caractérisé ? C'est la question la plus importante du manuel. L'épuisement et la dépression se recouvrent largement (section 7), et un épisode dépressif caractérisé étiqueté « burn-out » risque de ne recevoir ni le traitement ni la surveillance qu'il demande. S'il est présent et au premier plan, il se traite d'abord avec Traiter la dépression de l'adulte : manuel du thérapeute ; le travail sur la reprise peut s'y articuler ensuite (section 8).
Y a-t-il un risque suicidaire ? La Haute Autorité de santé demande qu'il soit particulièrement évalué dans cette indication (Haute Autorité de Santé, 2017). Il se cherche à la séance 1, puis à chaque point de mesure (section 9).
Une cause somatique a-t-elle été cherchée ? Une fatigue durable a beaucoup de causes médicales, et le bilan relève du médecin. Si personne ne l'a fait, la personne le demande avant la séance 2 (section 3).
Quelle est la situation de travail aujourd'hui ? En arrêt ou à son poste, depuis combien de temps, avec quelle perspective de reprise, et avec quel danger éventuel : un harcèlement, des violences ou une menace qui continuent ne se traitent pas comme une surcharge (section 9).
Qui sont les médecins ? Vous notez le nom du médecin traitant et du médecin du travail, ou du service de santé au travail, et vous convenez avec la personne de ce que vous pourrez leur transmettre. L'arrêt, sa durée et sa fin sont des décisions médicales, et le programme se mène en lien avec ceux qui les prennent (section 14).
Ce que ce programme ne traite pas
Il ne traite pas seul un épisode dépressif caractérisé, qui passe d'abord par son protocole, comme le dit la première décision.
Il ne traite pas l'organisation du travail. Les recommandations françaises excluent l'action sur l'organisation de leur champ tout en la disant indispensable à la prévention (Haute Autorité de Santé, 2017). Ce programme aide la personne à utiliser les leviers qui existent ; il ne remplace ni le médecin du travail, ni les représentants du personnel, ni une démarche de prévention dans l'entreprise.
Il ne traite pas un trouble de stress post-traumatique consécutif à un évènement grave survenu au travail, une agression ou un accident par exemple. Celui-ci relève de Trouble de stress post-traumatique de l'adulte : manuel du thérapeute.
Il ne traite pas l'épuisement qui ne vient pas du travail. La définition de l'Organisation mondiale de la santé réserve le terme au contexte professionnel (section 7), même si beaucoup d'outils de ce manuel s'appliquent ailleurs. L'épuisement d'un parent relève du programme grand public Le burn-out parental : quand être parent épuise ; l'épuisement autistique est décrit dans Autisme de l'adulte : manuel du thérapeute (section 8).
Il ne règle pas un litige. Un conflit avec l'employeur, une procédure de licenciement ou de reconnaissance en maladie professionnelle (dispositif du droit français ; ailleurs, l'équivalent local) se mènent avec des interlocuteurs juridiques et syndicaux ; vous accompagnez la personne, vous n'êtes ni son avocat ni son expert (section 30).
Comment l'utiliser
Lisez l'ensemble avant la première séance, en particulier les sections 3, 7, 9 et 26 : le tri, le débat avec la dépression, la sécurité et la reprise progressive. Ce sont les quatre endroits où une erreur coûte le plus.
Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce que vous dites, les erreurs fréquentes, et le critère de passage.
Trois avertissements propres à cette indication.
Le mot « burn-out » arrive souvent avant vous. La personne l'a lu, un collègue l'a dit, parfois un médecin l'a écrit. Il soulage, parce qu'il dit que le travail y est pour quelque chose, et il enferme, parce qu'il peut faire manquer une dépression. Vous ne le contestez pas d'emblée ; vous faites le tri, puis vous dites ce que vous avez trouvé.
Le premier piège est de faire porter à la personne ce qui relève du travail. Beaucoup de ces personnes ont tenu pendant des mois une charge que personne n'aurait tenue. Leur apprendre à mieux gérer leur stress sans jamais regarder la charge revient à leur dire que le problème vient d'elles. La séance 4 est faite pour éviter cela.
Le piège symétrique est de tout attribuer au travail. Une part de l'épuisement tient souvent à des règles personnelles — tout faire parfaitement, ne jamais refuser, ne jamais décevoir — qui ont rencontré un travail qui les exploitait. Ignorer cette part laisse la personne sans prise sur la prochaine fois. La séance 5 en traite.
3. Cinq tableaux à ne pas confondre
Cinq situations se présentent avec la même plainte, « je n'en peux plus de mon travail », et elles n'appellent pas la même conduite.
1. La fatigue d'une période chargée
Ce que vous observez. Une fatigue nette, un sommeil écourté, une irritabilité, pendant une période de travail intense dont la fin est connue : un bouclage, une saison, un remplacement.
Ce qui oriente. La fatigue se répare avec un week-end ou quelques jours de congé, l'intérêt pour le travail est intact, et il n'y a ni cynisme ni sentiment d'incompétence.
Ce que cela implique. Aucun programme n'est nécessaire : une information sur la récupération suffit, avec une réévaluation si la période se prolonge ou si la fatigue ne cède plus au repos.
2. L'épuisement professionnel
Ce que vous observez. Un épuisement qui ne se répare plus par le repos ordinaire, une mise à distance du travail, souvent sous forme de cynisme ou d'irritabilité envers les collègues, les usagers ou les clients, et un sentiment de ne plus être efficace, installés depuis des mois (section 4).
Ce qui oriente. La plainte reste centrée sur le travail. Le plaisir est conservé, au moins par moments, dans les activités qui n'ont rien à voir avec lui, l'estime de soi hors du travail tient à peu près, et l'humeur remonte quand la personne est réellement éloignée de son poste, même si l'épuisement physique, lui, met des semaines à céder.
Ce que cela implique. C'est le programme décrit ici.
3. L'épisode dépressif caractérisé
Ce que vous observez. Une humeur dépressive ou une perte d'intérêt qui touchent toute la vie et pas seulement le travail, avec d'autres manifestations : sommeil, appétit, culpabilité, dévalorisation, idées de mort.
Ce qui oriente. L'anhédonie est globale : la personne ne retrouve de plaisir ni en congé, ni avec ses proches, ni dans ce qu'elle aimait. La dévalorisation porte sur elle-même tout entière, pas sur sa seule compétence au travail. Et le désespoir s'étend à l'avenir en général. C'est la différence que retiennent ceux qui séparent les deux tableaux : le burn-out est lié au travail et à une situation, la dépression déborde tout contexte (Maslach et Leiter, 2016).
Ce que cela implique. On traite la dépression d'abord, avec Traiter la dépression de l'adulte : manuel du thérapeute. Le travail sur la reprise s'ajoute ensuite, ou en parallèle quand l'état le permet (section 8).
4. Le trouble de l'adaptation
Ce que vous observez. Une détresse et une difficulté de fonctionnement apparues dans les semaines qui suivent un changement identifiable au travail — une réorganisation, un nouveau responsable, un conflit, l'annonce d'une suppression de poste —, avec une préoccupation envahissante pour cet évènement.
Ce qui oriente. Le point de départ est un évènement daté plutôt qu'une usure de plusieurs mois, et la préoccupation pour ce facteur domine le tableau. La frontière avec l'épuisement est floue, et plusieurs essais sur la reprise incluent indistinctement les deux (section 11).
Ce que cela implique. Un programme bref, centré sur la résolution de problèmes, convient ; le présent manuel convient aussi quand le travail est au cœur du tableau. La classification internationale exclut d'ailleurs le burn-out quand le tableau répond à un trouble de l'adaptation (section 7).
5. Le trouble anxieux ou le traumatisme
Ce que vous observez. Soit une inquiétude envahissante qui déborde le travail, soit des attaques de panique, soit des reviviscences d'un évènement précis survenu au travail.
Ce qui oriente. L'anxiété porte sur bien d'autres domaines que le travail, ou le tableau s'organise autour de la peur des sensations, ou autour d'un souvenir qui revient.
Ce que cela implique. Le protocole correspondant s'applique : Traiter l'anxiété généralisée de l'adulte : manuel du thérapeute, Trouble panique et agoraphobie : manuel du thérapeute, ou Trouble de stress post-traumatique de l'adulte : manuel du thérapeute.
Les causes somatiques à avoir écartées
Une fatigue durable, des troubles de la concentration et un sommeil perturbé peuvent venir d'une affection médicale : une anémie, un trouble de la thyroïde, un diabète, un syndrome d'apnées du sommeil, une infection prolongée, une maladie inflammatoire, un effet de médicament. La Haute Autorité de santé demande un bilan somatique dans la démarche diagnostique (Haute Autorité de Santé, 2017). Vous ne le faites pas ; vous vérifiez qu'il a été fait, et vous le demandez s'il ne l'a pas été.
Les quatre questions du tri
Ces quatre questions sont des repères d'entretien propres à ce manuel. Aucune n'a été validée comme test : elles orientent l'entretien, et un épisode dépressif se confirme à l'entretien complet et au questionnaire de dépression (section 10).
« Quand vous êtes loin du travail depuis plusieurs jours, est-ce que vous retrouvez du plaisir à quelque chose ? » Elle traduit en question la distinction décrite plus haut pour l'épisode dépressif, que reprennent aussi Parker et Tavella (2021). Une réponse positive rassure sans exclure une dépression, puisque les deux coexistent souvent (section 7).
« Ce que vous pensez de vous-même, est-ce que cela concerne votre travail, ou toute votre personne ? » Elle sépare le sentiment d'incompétence professionnelle de la dévalorisation globale.
« Est-ce qu'il vous arrive de penser que vous préféreriez ne plus être là, ou de penser à mourir ? » Elle ouvre l'évaluation du risque suicidaire, qui se fait chez tout le monde (section 9).
« Qu'est-ce qui s'est passé au travail, et depuis quand ? » Elle sépare l'usure lente de l'évènement daté, et elle fait apparaître un éventuel harcèlement ou une violence.
4. Les dimensions de l'épuisement
L'épuisement
Ce que vous observez. Une fatigue physique et psychique qui est déjà là au réveil, que le week-end ne répare plus, et qui s'aggrave à la seule pensée du travail. Beaucoup de personnes décrivent une sensation d'être vidées, de ne plus avoir de réserve, et de devoir puiser dans un effort de volonté pour les tâches les plus simples.
Ce qu'il faut préciser. Demandez sa durée, son évolution pendant les congés, et ce qui le soulage. C'est la dimension centrale : beaucoup d'auteurs en font le cœur du burn-out, et c'est aussi celle qui se rapproche le plus de la dépression (Bianchi et coll., 2021 ; section 7).
La distance mentale
Ce que vous observez. Un détachement, du cynisme, une irritabilité envers les collègues, les usagers, les patients, les élèves ou les clients, un sentiment que le travail n'a plus de sens, et souvent une honte de ce détachement chez des personnes qui avaient choisi leur métier pour s'occuper des autres.
Ce qu'il faut savoir. Cette distance est à la fois un symptôme et une tentative de protection : on se retire de ce qui coûte trop. Elle se travaille sans reproche, en cherchant ce qu'elle protège.
L'efficacité réduite
Ce que vous observez. Le sentiment de ne plus être compétent, de ne plus rien accomplir, et souvent une baisse réelle de la performance, qui nourrit le sentiment.
Ce qu'il faut préciser. Distinguez la part de la baisse réelle et la part de l'interprétation. « Je ne sais plus rien faire » peut être une conclusion globale tirée de trois dossiers en retard.
Les altérations cognitives et émotionnelles
Ce que vous observez. Des troubles de la concentration et de la mémoire, une difficulté à prendre des décisions, des oublis inhabituels, et une régulation émotionnelle diminuée : des larmes ou des colères inattendues, une hypersensibilité au bruit et aux sollicitations.
Ce qu'il faut savoir. Les études cliniques retrouvent des atteintes de la mémoire et des fonctions exécutives chez les personnes qui ont un épuisement sévère (Grossi et coll., 2015). Ces plaintes inquiètent beaucoup la personne, qui craint une maladie neurologique ; les nommer comme une conséquence connue de l'épuisement soulage, et elles comptent pour doser la reprise (section 26). Le Burnout Assessment Tool en a fait deux dimensions à part entière (Schaufeli et coll., 2020).
Les manifestations associées
Ce que vous observez. Des troubles du sommeil, très fréquents, des douleurs musculaires, des maux de tête, des troubles digestifs, une anxiété, une tristesse, et parfois des consommations accrues d'alcool, de tabac ou de médicaments pour tenir ou pour dormir. La Haute Autorité de santé les décrit comme émotionnelles, cognitives, comportementales, motivationnelles et physiques, d'installation souvent insidieuse (Haute Autorité de Santé, 2017).
Ce qui compte en pratique. Le sommeil passe en premier, parce qu'il est à la fois une conséquence et un facteur d'entretien de l'épuisement (section 5).
5. Ce qui entretient l'épuisement
L'épuisement ne vient pas d'un seul facteur, et il ne se maintient pas par la seule faute du travail ni par la seule faute de la personne. Six mécanismes se renforcent, et le traitement les vise tous.
Des exigences qui dépassent durablement les ressources
C'est le point de départ. Dans le modèle exigences-ressources, les exigences du travail — la charge, la pression du temps, les exigences émotionnelles — sont surtout liées à l'épuisement, et le manque de ressources — l'autonomie, le soutien, la reconnaissance — surtout au désengagement (Demerouti et coll., 2001). Maslach et Leiter (2016) décrivent six domaines où un décalage durable entre la personne et son travail rend le burn-out plus probable : la charge, le contrôle, la reconnaissance, le collectif, l'équité et les valeurs.
Ce que cela implique. Une partie de la solution est dans le travail lui-même. C'est la raison de la séance 4.
Une récupération qui ne se fait plus
L'effort ne fatigue pas durablement s'il est suivi d'une récupération. Sonnentag et Fritz (2007) en décrivent quatre ressorts : se détacher mentalement du travail, se détendre, faire quelque chose qui demande un apprentissage ou un défi, et décider soi-même de son temps. Chez la personne épuisée, les quatre se sont éteints : elle pense au travail le soir, elle ne se détend plus, elle a abandonné ce qui la stimulait, et son temps libre est occupé par ce qui n'a pas été fait.
Le détachement impossible et la rumination
Ne pas pouvoir cesser de penser au travail est un mécanisme bien documenté : dans une méta-analyse de 86 publications, le détachement psychologique était associé à moins d'épuisement et à un meilleur sommeil (Wendsche et Lohmann-Haislah, 2017). Ces données sont corrélationnelles, mais elles concordent avec ce que décrivent les personnes : les courriels du soir, la liste des tâches qui tourne la nuit, le dimanche soir déjà gâché par le lundi.
Le sommeil
Un sommeil écourté et fragmenté réduit la récupération, aggrave la fatigue et les troubles de la concentration, et rend la journée suivante plus coûteuse. La revue de Grossi et coll. (2015) conclut que les troubles du sommeil sont à la fois une cause et un facteur d'entretien de l'épuisement sévère.
Des règles personnelles qui ne laissent pas de limite
« Je dois tout faire parfaitement. » « Si je refuse, on me trouvera incompétent. » « Je ne peux pas laisser tomber l'équipe. » Ces règles ne causent pas l'épuisement à elles seules, mais elles empêchent de poser des limites quand la charge monte. Dans une méta-analyse de 43 études, les préoccupations perfectionnistes — la peur de l'erreur, le sentiment que les attentes des autres sont impossibles à satisfaire — étaient nettement associées au burn-out, alors que la simple recherche de l'excellence ne l'était pas ou l'était négativement (Hill et Curran, 2016). La nuance compte : on ne demande pas à la personne de cesser de bien travailler, on travaille la peur qui l'empêche de s'arrêter.
Le retrait, puis l'évitement
À force d'épuisement, la personne se retire : elle voit moins ses amis, abandonne le sport, ne fait plus que travailler et récupérer mal. Puis, une fois arrêtée, le travail lui-même devient un objet d'évitement : ne plus ouvrir sa messagerie, ne plus passer devant le bâtiment, redouter un appel d'un collègue. Le soulagement est immédiat, et l'appréhension grandit d'autant. Un arrêt prolongé sans plan de reprise peut installer cet évitement dans la durée (section 26).
Le cercle complet
Mis bout à bout, ces mécanismes forment un cercle. Des exigences élevées et des ressources faibles fatiguent ; les règles personnelles empêchent de poser des limites, et la charge augmente encore. La récupération ne se fait plus, la fatigue devient épuisement, et l'efficacité baisse, ce qui demande plus d'effort pour le même résultat. Puis viennent le retrait et, une fois l'arrêt prescrit, l'évitement du travail.
C'est le schéma que vous dessinez avec la personne à la séance 2, sur la fiche 2.