Traiter l'anxiété généralisée de l'adulte : manuel du thérapeute
Un protocole de quatorze séances, séance par séance, qui cible l'inquiétude elle-même : intolérance de l'incertitude, croyances sur l'utilité de l'inquiétude, journal des issues, exposition en imagination, comportements de recherche de certitude. Critères diagnostiques, évaluation, erreurs fréquentes, fiches à remettre au patient et références complètes.
Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre
- Thématique
- Anxiété
- Pour qui
- Pour les praticiens
- Langues
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Le programme
Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une capacité à poser un diagnostic et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits : reportez-vous aux manuels originaux pour la lettre du texte.
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Ce programme est réservé aux praticiens
Il s'adresse aux professionnels de la santé mentale et demande le dépôt d'un justificatif professionnel, puis un abonnement professionnel.
Ce que contient la suite
- 6. Les critères de la CIM-11, reformulés
- 7. Diagnostic différentiel
- 8. Comorbidités et ce qu'elles changent
- 9. Évaluer avant de traiter
- 10. Ce que dit la recherche
- 11. Les objectifs de la thérapie
- 12. Le cadre du programme
- 13. Séance 1 — Évaluer, mesurer, poser le cadre
- 14. Séance 2 — La formulation individualisée
- 15. Séance 3 — Réel ou hypothétique, et le report de l'inquiétude
- 16. Séance 4 — L'entraînement à la détente
- 17. Séance 5 — Ce que l'inquiétude est censée apporter
- 18. Séance 6 — Le journal des issues
- 19. Séance 7 — L'intolérance de l'incertitude
- 20. Séance 8 — La résolution de problèmes
- 21. Séance 9 — Le scénario redouté, en imagination
- 22. Séance 10 — L'inquiétude jugée incontrôlable, ou dangereuse
- 23. Séance 11 — Les comportements de recherche de certitude
- 24. Séance 12 — L'émotion évitée, et la question du contraste
- 25. Séance 13 — Généraliser, et ce qui reste
- 26. Séance 14 — Le plan personnel et la prévention de la rechute
- 27. Les deux séances de rappel
- 28. Les formes qui demandent un aménagement
- 29. Quand ça ne suffit pas
- 30. L'entourage
- 31. Les fiches à remettre au patient
- 32. La fidélité au protocole
- 33. Conclusion
- 34. Questions fréquentes
- 35. Références
Questions fréquentes
Le patient dit qu'il a toujours été comme ça, et que c'est son caractère. Que répondre ?
Ne le contredisez pas de front : il a probablement raison sur l'ancienneté. Déplacez la question. « Vous avez peut-être toujours été attentif et prévoyant, et cela ne changera pas. Ce dont nous parlons, c'est du temps que cela vous prend aujourd'hui, et du fait que vous dormez mal. » Puis mesurez le temps quotidien d'inquiétude : le chiffre fait plus que tout argument, parce qu'il transforme un trait de caractère en quantité.
Comment empêcher la séance de devenir une revue des inquiétudes de la semaine ?
Par l'ordre du jour, écrit et annoncé. Et par une phrase, à utiliser sans embarras quand la séance dérive : « nous sommes en train de faire ensemble exactement ce que nous voulons réduire. » Accordez au sujet urgent un temps borné et nommé — dix minutes — et tenez la borne. Si un sujet revient trois semaines de suite, appliquez-lui le tri de la séance 3 : s'il s'agit d'un problème réel, traitez-le en six étapes ; s'il s'agit d'une hypothèse, il relève du créneau.
Que faire quand le report de l'inquiétude ne marche pas et que le patient dit qu'il ne peut pas attendre ?
Vérifiez d'abord ce qu'il fait. Le plus souvent, il essaie de ne pas y penser, ce qui est une suppression et non un report. Reprenez la distinction : la consigne n'est pas d'écarter la pensée, c'est de remettre à plus tard le fait de s'en occuper. Vérifiez ensuite que le créneau est réellement utilisé : un report sans créneau tenu devient un évitement et cesse de fonctionner en deux semaines.
Faut-il vraiment garder le créneau d'inquiétude jusqu'à la fin ?
Oui pendant tout le programme, puis en usage libre. C'est l'outil que les patients conservent le plus longtemps, souvent des années, et qu'ils rouvrent d'eux-mêmes au premier signe de rechute.
Que répondre au patient qui s'inquiète pour ses enfants et qui dit qu'une bonne mère s'inquiète ?
Ne discutez pas la valeur qu'il défend, le souci de ses enfants : vous perdriez, et à raison. Déplacez sur deux terrains. Les effets : que voit l'enfant, qu'apprend-il d'un parent qui appelle quatre fois, quel rapport au risque cela lui donne. Et les comportements : les appels, les interdictions, les vérifications se traitent sans avoir à trancher la question de ce qu'est une bonne mère.
Que faire quand l'inquiétude porte sur un problème objectivement grave — un proche malade, un emploi menacé, des dettes ?
Ne traitez pas cela comme un symptôme. Une part de cette inquiétude est justifiée, et le patient le sait ; le nier vous fait perdre sa confiance. Faites le tri finement : ce qui relève d'une action possible se traite en résolution de problèmes, et parfois par une aide concrète, sociale ou juridique, qui n'est pas de votre ressort mais que vous pouvez orienter. Ce qui relève de l'hypothèse — l'issue de la maladie, l'avenir dans trois ans — se laisse. C'est souvent le travail le plus délicat de ce programme. Quand l'inquiétude porte sur la crise climatique et environnementale, le manuel Éco-anxiété : manuel du thérapeute aide à situer le cas : si le climat n'est qu'un des sujets d'inquiétude, c'est ce programme qui s'applique ; si la détresse se concentre sur lui, ce manuel propose un travail qui ne conteste pas la réalité de la menace.
La relaxation, oui ou non ?
Oui, en une séance, comme outil somatique, avec sa règle d'usage. Elle réduit la tension musculaire, qui est le symptôme le plus pénible et le plus spécifique, et elle donne au patient une prise concrète dès le premier mois. Non comme cœur du traitement : un patient détendu qui s'inquiète autant n'est pas traité, et la relaxation devient facilement un comportement de sécurité.
Faut-il faire l'exposition en imagination chez tous les patients ?
Chez tous ceux qui ont une inquiétude dominante avec un noyau identifiable (séance 9, étape 2) — c'est-à-dire la grande majorité. C'est la séance la plus souvent omise, parce qu'elle est désagréable pour le thérapeute autant que pour le patient, et c'est celle qui manque le plus quand le résultat est partiel. Les exceptions : une décompensation dépressive en cours, ou un patient qui n'a pas encore d'alliance suffisante — dans ce cas, différez, ne supprimez pas.
Le patient dit que son inquiétude est incontrôlable. Comment le contredire sans le braquer ?
Ne le contredisez pas : montrez-lui ses propres données. Il a reporté des dizaines d'inquiétudes au créneau depuis la séance 3. Posez la question et laissez-le répondre : « une chose que vous pouvez remettre à cinq heures, est-ce qu'elle est hors de contrôle ? » Puis faites l'expérience d'inquiétude délibérée : presque personne ne parvient à perdre le contrôle sur commande, et cette découverte-là est la sienne.
Que répondre au patient qui craint que l'inquiétude le rende malade ou fou ?
Donnez l'information une fois, factuellement : l'inquiétude fatigue, tend le corps et abîme le sommeil ; elle ne rend pas fou. Puis passez à l'expérience, qui est plus forte : « cela fait vingt ans que le test est en cours. Où en est-il ? » Et surtout, ne redonnez pas l'information chaque semaine : elle deviendrait la réassurance du patient, exécutée par vous.
Combien de temps faut-il pour voir un changement ?
Le tri et le créneau produisent souvent un effet dans les deux à trois semaines, et c'est ce qui soutient l'engagement. Le changement des croyances est plus lent et demande le journal des issues, tenu au moins quatre semaines, en pratique de la séance 6 à la fin du programme. Prévenez le patient de ce calendrier en séance 1 : il évite le découragement du deuxième mois.
Faut-il ajouter un médicament ?
La thérapie et le médicament sont des options de première intention équivalentes selon le NICE, et l'association n'a pas montré de supériorité franche. Elle se justifie par la sévérité, par une dépression associée, ou quand le patient est trop symptomatique pour entrer dans le travail. Un point important : les benzodiazépines prises à la demande sont un comportement de sécurité et entravent l'apprentissage ; elles se traitent en séance 11 par une règle d'usage convenue avec le prescripteur, et la réduction d'un traitement pris régulièrement se planifie avec lui, après la séance 12.
Que faire quand le patient va mieux, qu'un événement de vie survient et que tout revient ?
C'est le scénario de rechute le plus fréquent, et il ne signifie pas que le traitement a échoué. Un deuil, une naissance, un diagnostic, une perte d'emploi réactivent le mécanisme chez quelqu'un qui a toutes les compétences pour le traiter. Trois à quatre séances ciblées suffisent en général. Prévenez-en le patient en séance 14 : un patient prévenu revient tôt, un patient surpris revient au point de départ.
Quatorze séances suffisent-elles ?
Chez une majorité de patients, oui, avec les deux rappels. Si l'amélioration est partielle à la séance 14, prolongez de quatre à six séances ciblées, en nommant ce qui reste, plutôt que de reconduire un programme entier. Si vous ne disposez que de huit séances, gardez intactes les séances 1 à 3, 5 à 7, 9 et 14, et intégrez à la séance 7 l'inventaire et les trois règles de la séance 11, qui visent la même cible. Aucune version abrégée de ce programme n'a été évaluée. Ce choix couvre les trois causes d'échec de la section 9, et il garde l'intolérance de l'incertitude, qui médie le changement (Bomyea et coll., 2015), ainsi que l'exposition en imagination. Vous renoncez en revanche à la détente (séance 4), à la résolution de problèmes (séance 8), au travail sur l'incontrôlabilité et le danger (séance 10), dont le report de la séance 3 fournit déjà une partie : il montre que l'inquiétude se contrôle. Vous renoncez aussi à la séance 13 et à la séance sur le contraste (séance 12). C'est le seul cas où l'on se passe de cette dernière, parce que l'apport propre du travail centré sur l'émotion, ajouté à la thérapie cognitive et comportementale, n'a pas été démontré (Newman et coll., 2011). Faites-le en sachant ce que vous laissez de côté.
Peut-on mener ce programme en groupe ?
Oui, et les résultats en groupe sont honorables. Le tri, le créneau, la résolution de problèmes et le travail sur les croyances s'y prêtent bien. L'exposition en imagination et les expériences de non-vérification demandent une individualisation que le groupe permet mal : un format mixte est le meilleur compromis.
Que faire quand le patient remplit toutes ses fiches, fait tout, et que rien ne change ?
Deux hypothèses. Soit les expériences sont trop faciles — regardez les cotations d'anxiété, elles vous le diront : si rien n'a dépassé 40 sur 100, rien n'a été testé. Soit le patient exécute sans croire, parce que les croyances positives sont intactes : retournez à la séance 5. Une troisième hypothèse, plus rare et à ne pas écarter : la situation de vie du patient est réellement mauvaise, et ce dont il a besoin n'est pas là.
Les fiches à télécharger
Les exercices de ce programme, en PDF à imprimer. Réservés aux membres.
- 01Ce qui m'occupe l'espritTrois fois par jour, à heures fixes, pendant la première semaine.
- 02Un problème, ou une hypothèseLe tri, et le créneau. À utiliser tout le long du suivi.
- 03Ce que je prévois, ce qui arriveLa fiche la plus importante. À photocopier, et à tenir jusqu'à la fin.
- 04La détenteUne semaine d'entraînement, puis en usage courant.
- 05Résoudre un problèmeUne fiche par problème. Trente minutes, chronomètre en vue.
- 06Ne pas vérifierTrois renoncements par semaine, avec une prévision écrite avant.
- 07Mon planÀ écrire vous-même, à la dernière séance.
Toutes les fiches en un seul fichier, avec sommaire.