Un proche atteint de trouble bipolaire : comprendre et accompagner
Votre conjoint, votre enfant ou votre parent a traversé une période où il ne dormait plus et dépensait sans compter, puis des mois où il ne se levait plus, et l'on vous a parlé de trouble bipolaire. Ce guide explique ce qu'est cette maladie, ce que la recherche a montré sur le rôle des familles, et ce que vous pouvez faire concrètement : repérer les premiers signes d'un épisode, écrire un plan à l'avance, parler d'une façon qui apaise, réagir pendant une phase haute ou basse, et tenir vous-même dans la durée.
Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre
En bref
Ce guide s'adresse aux proches d'une personne atteinte de trouble bipolaire : conjoint, parent, enfant devenu adulte, frère ou sœur, ami. Il part de ce que la recherche a établi : le traitement de fond est médicamenteux, les épisodes s'annoncent souvent par des signes que l'entourage peut apprendre à reconnaître, le sommeil et la régularité des journées pèsent sur les rechutes, et les programmes qui informent et soutiennent les familles réduisent les récidives. Il propose une méthode pas à pas, dit ce qu'il faut faire quand la sécurité est en jeu, et accorde une large place à votre propre santé.
- Thématique
- Dépression & humeur
- Pour qui
- Pour un proche
- Langues
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Le programme
Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si votre proche parle de mourir ou de se faire du mal, s'il a commencé à agir, s'il est très agité ou menaçant, ou s'il tient des propos sans lien avec la réalité, restez avec lui si vous pouvez le faire sans danger et appelez les services d'urgence de votre pays. Plusieurs nuits presque sans sommeil avec une énergie inhabituelle, ou un abattement profond qui s'installe en quelques jours, justifient de joindre le psychiatre ou le médecin le jour même. Chez une personne qui prend un régulateur de l'humeur dont le taux doit être vérifié par des prises de sang régulières, des vomissements, une diarrhée, de forts tremblements, une démarche instable, des difficultés à parler ou une confusion demandent un avis médical en urgence (voir la section 6). Ne conseillez jamais à votre proche d'arrêter ou de modifier seul un traitement prescrit. Comptez cinquante minutes de lecture.
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Ce que contient la suite
- 3. Ce que vous voyez, et ce que cela veut dire
- 4. Ce que dit la recherche
- 5. Pourquoi un épisode se déclenche
- 6. Le traitement médicamenteux : ce qu'un proche doit savoir
- 7. Les autres soins, et ceux qui vous sont destinés
- 8. Faire le point : observer avant d'agir
- 9. Les signes précoces : construire la liste à deux
- 10. Le plan écrit à l'avance
- 11. Parler pour apaiser
- 12. Pendant une phase haute
- 13. Pendant une phase basse
- 14. Le risque suicidaire
- 15. Alcool, cannabis et autres produits
- 16. Les rythmes de la vie commune
- 17. Les situations particulières
- 18. Prendre soin de vous
- 19. Quand consulter, et quoi dire
- 20. Huit semaines, pas à pas
- 21. Questions fréquentes
- 22. À retenir
- 23. Sources et fondements
Questions fréquentes
Est-ce que le trouble bipolaire se guérit ? On ne le guérit pas au sens où il disparaîtrait définitivement, mais on le stabilise, parfois pendant de très longues périodes. Avec un traitement suivi, une vie régulière et un plan en place, beaucoup de personnes travaillent, ont une famille et des projets. L'objectif réaliste est d'avoir moins d'épisodes, plus courts, repérés plus tôt.
Est-ce de ma faute, ou de celle de notre famille ? Non. La maladie a une forte composante héréditaire et biologique, et aucune éducation ni aucun conflit ne la crée. Le climat familial peut influencer les rechutes, comme d'autres facteurs de stress, et c'est plutôt une bonne nouvelle : c'est un facteur sur lequel vous pouvez agir.
Il va bien depuis deux ans et veut arrêter son traitement. Que dire ? Ne tranchez pas à sa place et ne vous y opposez pas frontalement. Écoutez ce que le traitement lui coûte, rappelez ce que dit sa propre courbe sur les arrêts passés, et proposez-lui d'en parler d'abord au psychiatre. Si un arrêt est décidé, il se fait progressivement et sous surveillance, jamais seul et brutalement.
Comment savoir si c'est une bonne journée ou le début d'une phase haute ? Par la liste et le seuil construits ensemble, pas par l'impression du moment. Un signe isolé après une nuit courte pour une raison évidente n'est pas une alerte. Plusieurs signes de la liste pendant plusieurs jours, avec un sommeil qui se réduit sans fatigue, en sont une.
Il refuse de reconnaître qu'il est malade. Que puis-je faire ? Parlez de ce qu'il reconnaît : les nuits sans sommeil, les dettes, les disputes, la fatigue des dépressions. L'étiquette importe moins que ces faits. Faites-vous aider vous-même, préparez ce que vous ferez en cas de crise, et proposez le plan après le prochain épisode.
Puis-je appeler son psychiatre sans son accord ? Oui, pour lui transmettre ce que vous observez : le secret médical l'empêche de vous répondre sur le fond, pas de vous écouter, et votre information peut changer la consultation. Dites-le à votre proche plutôt que d'agir en cachette, et prévoyez ces circonstances dans le plan.
Il dit qu'il regrette ses phases hautes. Est-ce grave ? C'est fréquent et compréhensible : ces périodes s'accompagnent souvent d'énergie, de confiance et de créativité. Il vaut mieux l'entendre que le nier, puis mettre ce regret en balance, avec lui, avec ce que les épisodes ont coûté, et en parler au psychiatre.
Est-ce que mes enfants vont l'avoir ? Leur risque est plus élevé que celui de la population générale, mais la grande majorité des enfants d'un parent bipolaire ne développent pas ce trouble. Ce qui les aide aujourd'hui, c'est une explication simple et vraie, un quotidien stable et un parent soigné.
Je vis dans la peur de la prochaine crise. Est-ce normal ? Oui, c'est l'une des expériences les plus fréquentes chez les proches, surtout après une hospitalisation. Le plan écrit aide souvent, parce qu'il remplace une vigilance diffuse par une conduite précise. Si la peur reste envahissante, parlez-en à un psychologue ou à un groupe de proches.
Ai-je le droit de partir, ou de mettre fin à la relation ? Oui. Accompagner quelqu'un n'oblige personne à se sacrifier, et certaines relations ne survivent pas à la maladie ou à la violence qu'elle a parfois entraînée. Si vous êtes en danger, votre sécurité passe avant tout le reste : partez sans attendre et demandez de l'aide. Sinon, faites-le de préférence en dehors d'un épisode, dites votre décision sans rendre votre proche responsable de sa maladie, prévenez son psychiatre si le risque suicidaire vous inquiète, et faites-vous aider vous-même.