PsychosesPour un proche50 min de lecture

Un proche atteint de schizophrénie : comprendre et accompagner

Votre fils, votre sœur ou votre conjoint vit avec une schizophrénie, et vous ne savez plus s'il faut le contredire, le rassurer, insister sur le traitement ou vous taire. Ce guide explique ce que vit la personne, ce que la recherche a montré sur le rôle des familles, comment parler pour apaiser, repérer tôt une rechute et préparer un plan à l'avance. Il parle aussi de vous, de votre fatigue et de l'aide à laquelle vous avez droit.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

En bref

Ce guide s'adresse aux proches d'une personne atteinte de schizophrénie : parents, conjoints, frères et sœurs, enfants devenus adultes, amis. Il part de résultats solides : les familles qui reçoivent une information et un soutien organisés voient diminuer les rechutes et les hospitalisations, le traitement réduit nettement le risque de rechute, et les proches aidés vont eux-mêmes mieux. Il propose des façons de parler qui font baisser la tension, une méthode pour repérer les signes précoces et écrire un plan de crise avec la personne, des repères sur les médicaments, le cannabis et le risque suicidaire, et un plan de huit semaines pour commencer.

Thématique
Psychoses
Pour qui
Pour un proche
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si votre proche parle de mourir ou de se faire du mal, contactez le jour même son équipe ou son médecin. Appelez les services d'urgence de votre pays si un geste a commencé, s'il dit ne plus pouvoir se mettre en sécurité, si des voix lui ordonnent de se faire du mal ou de faire du mal à quelqu'un, s'il se met en danger, s'il ne mange plus et ne boit plus, ou si vous craignez pour votre sécurité ou pour celle d'un enfant. Une forte fièvre accompagnée d'une raideur des muscles et d'une confusion, chez une personne qui prend un médicament contre la psychose, est aussi une urgence médicale. Si les signes d'une rechute reviennent, prévenez rapidement l'équipe qui le suit ou son médecin (sections 11 et 15). Ne conseillez jamais à votre proche d'arrêter ou de modifier seul un traitement prescrit. Comptez cinquante minutes de lecture.

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1. Avant de commencer

Votre fils a vingt-trois ans. Depuis des semaines, il ne sortait presque plus de sa chambre. Il avait scotché du papier sur la fenêtre, et un soir, très calmement, il vous a expliqué que les voisins enregistraient vos conversations. Puis il y a eu les urgences, l'hôpital, et un mot prononcé dans un couloir par un médecin pressé : schizophrénie. Vous êtes rentrés avec une ordonnance, une date de rendez-vous, et aucune idée de ce qu'il fallait dire au dîner.

C'est peut-être votre sœur ou votre mari, et le diagnostic date peut-être de dix ans. Les questions restent les mêmes : qu'est-ce que j'ai fait, qu'est-ce que je dois faire, et combien de temps je vais tenir.

Trois choses, tout de suite.

Vous n'avez pas causé cette maladie. La schizophrénie ne vient ni d'une mauvaise éducation, ni d'un manque d'amour, ni d'une dispute de trop. Elle naît de la rencontre entre une fragilité propre à la personne, en grande partie héritée, et des facteurs extérieurs, comme le stress ou une forte consommation de cannabis. L'idée que des parents, et surtout des mères, pouvaient la provoquer a été répandue en psychiatrie de la fin des années 1940 au début des années 1970. La recherche ne l'a jamais confirmée, et cette idée qui désignait des coupables a sans doute fait beaucoup de mal aux familles.

Ce que vous faites au quotidien compte, et cela s'apprend. De nombreux essais l'ont montré : quand les familles reçoivent une information et un soutien organisés, les rechutes et les hospitalisations diminuent. Il ne s'agit pas de devenir soignant, mais d'apprendre une façon de parler, de repérer et de prévoir qui rend la vie plus calme pour tout le monde.

Vous avez le droit d'être aidé, vous aussi. Les proches portent une charge lourde, souvent pendant des années, et on leur demande rarement comment ils vont. Les programmes conçus pour eux réduisent leur détresse. Ce guide parle de vous autant que de votre proche.

2. La schizophrénie, en mots simples

Une maladie de la perception, de la pensée et de l'élan

La schizophrénie modifie la façon dont une personne perçoit le monde, organise ses pensées et trouve l'énergie d'agir. Par périodes, elle provoque ce que les médecins appellent une psychose : un état dans lequel la personne perd en partie le contact avec la réalité que partagent les autres, et croit ou perçoit des choses que rien ne confirme.

Ce qui s'ajoute à l'expérience habituelle

Les idées délirantes sont des convictions fermes, que les preuves contraires n'ébranlent pas, et que l'entourage ne partage pas. Les plus fréquentes sont des idées de persécution, comme se croire surveillé ou empoisonné, ou l'impression qu'un regard dans la rue ou une chanson à la radio contient un message personnel.

Les hallucinations sont des perceptions sans objet : entendre, voir ou sentir quelque chose qui n'est pas là. Dans la schizophrénie, ce sont surtout des voix, qui commentent, critiquent, insultent ou donnent des ordres. Notre programme Entendre des voix : comprendre et faire face leur est consacré.

Les médecins appellent ces deux phénomènes les symptômes positifs. Le mot ne veut pas dire qu'ils sont bons : il signifie qu'ils s'ajoutent à l'expérience ordinaire.

Ce qui se désorganise et ce qui se perd

La pensée peut devenir difficile à suivre, et le comportement peut perdre son fil : on parle de désorganisation. Les symptômes négatifs, eux, portent ce nom parce qu'ils retirent quelque chose : l'élan, l'initiative, le plaisir qu'on attend d'une activité, l'envie de voir des gens, l'expression des émotions sur le visage. Ce sont souvent eux qui pèsent le plus sur la vie quotidienne, et ceux que l'entourage comprend le moins, parce qu'ils ressemblent à de la paresse, ce qu'ils ne sont pas.

Beaucoup de personnes ont enfin des difficultés cognitives, c'est-à-dire des difficultés dans les opérations mentales de tous les jours : se concentrer, retenir une consigne, organiser sa journée. Elles ne signifient pas que la personne est moins intelligente, mais elles expliquent pourquoi la liste de courses dictée dans le couloir est oubliée en arrivant au magasin.

La schizophrénie n'est pas, enfin, un dédoublement de la personnalité, ni une déficience intellectuelle, ni une maladie qui rend violent (section 5). Ce guide fait partie d'une série de trois guides pour les proches, construits de la même façon : si un trouble bipolaire ou un trouble borderline concerne votre proche ou un autre membre de votre famille, Un proche atteint de trouble bipolaire : comprendre et accompagner et Un proche avec un trouble borderline : comprendre et aider expliquent chacun de ces troubles et ce que vous pouvez faire au quotidien.

Qui est touché, et comment elle commence

Selon l'Organisation mondiale de la santé, environ une personne sur trois cents vit avec une schizophrénie. La maladie commence le plus souvent à la fin de l'adolescence ou dans la vingtaine, un peu plus tôt chez les hommes. Elle est souvent précédée de plusieurs semaines ou mois de changements, que les médecins appellent la phase prodromique : le jeune se replie, ses résultats baissent, son sommeil se dérègle, il devient irritable ou méfiant. Beaucoup de familles ont d'abord pensé à une crise d'adolescence : ces signes sont difficiles à lire, même pour des professionnels, et il n'y a pas lieu de vous le reprocher.

Des parcours très différents

Certaines personnes ne connaissent que quelques épisodes, séparés par de longues périodes où elles vont bien ; d'autres gardent des symptômes durables. Vous lirez des chiffres qui semblent se contredire : c'est qu'ils ne mesurent pas la même chose. L'Organisation mondiale de la santé indique qu'au moins une personne sur trois voit ses symptômes disparaître complètement, et ce chiffre ne regarde que les symptômes. Une synthèse de cinquante études, publiée en 2013, exigeait bien plus : une nette amélioration des symptômes et de la vie sociale, comme le travail ou les amitiés, dont au moins l'une durait depuis deux ans ou plus. Avec cette définition, environ une personne sur sept était rétablie. Entre les deux se trouvent toutes celles qui vont mieux sans aller parfaitement bien, et qui construisent une vie qui leur convient.


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Ce que contient la suite

  • 3. Ce que vit votre proche
  • 4. Ce que vivent les proches
  • 5. Ce que dit la recherche, et ce qu'elle n'établit pas
  • 6. La psychoéducation familiale
  • 7. Faire le point avant d'agir
  • 8. La communication qui apaise
  • 9. Quand il ne se pense pas malade
  • 10. Les soins : ce qu'un proche a besoin de savoir
  • 11. Les signes précoces de rechute
  • 12. Le plan prévu à l'avance
  • 13. Le cannabis, l'alcool et le tabac
  • 14. Le risque suicidaire
  • 15. La crise, l'hospitalisation et l'après
  • 16. La vie de tous les jours
  • 17. Prendre soin de vous
  • 18. Les situations particulières
  • 19. Huit semaines, pas à pas
  • 20. Quand consulter, et vers qui
  • 21. Questions fréquentes
  • 22. À retenir
  • 23. Sources et fondements

Questions fréquentes

Est-ce que c'est notre faute ? Non. La schizophrénie naît d'une vulnérabilité en grande partie héritée, qui rencontre d'autres facteurs, et aucune façon d'élever un enfant ne la provoque. Le climat familial peut influencer les rechutes, mais il s'améliore quand la famille est aidée.

Faut-il lui dire que ses idées sont fausses ? Pas sous forme de débat, qui renforce la conviction. Reconnaissez son émotion, dites brièvement que vous voyez les choses autrement, puis revenez à ce que vous pouvez faire ensemble.

Il refuse son traitement. Que puis-je faire ? Écoutez d'abord ses raisons, souvent des effets indésirables ou la honte, et encouragez-le à les dire au psychiatre. Partez de ce qu'il veut pour sa vie plutôt que du diagnostic (section 9).

Est-il dangereux ? Dans la grande majorité des cas, non, et les personnes atteintes sont bien plus souvent victimes que les autres (section 5). Si vous vous sentez menacé, mettez-vous à l'abri et appelez les secours.

Va-t-il guérir ? Les parcours sont très variés : au moins une personne sur trois voit ses symptômes disparaître, et beaucoup d'autres vont nettement mieux. Un traitement poursuivi, l'arrêt du cannabis et une famille aidée réduisent le risque de rechute.

Mes autres enfants risquent-ils de tomber malades ? Leur risque est plus élevé que dans la population générale, mais la grande majorité ne développera jamais la maladie (section 18). Une forte consommation de cannabis étant associée à un risque accru de psychose, les aider à l'éviter, surtout à l'adolescence, est une précaution utile, tout comme leur permettre de parler de ce qu'ils vivent.

Comment savoir si c'est une rechute ou une mauvaise journée ? Une mauvaise journée passe. Un début de rechute dure plusieurs jours et ressemble aux débuts des rechutes précédentes (section 11). En cas de doute, appelez son référent : ce n'est jamais un dérangement inutile.

Il passe ses journées au lit. Est-ce de la paresse ? Non : le manque d'élan fait partie de la maladie (section 3). Parlez-en au médecin, car une dépression ou la somnolence due au traitement peuvent l'aggraver, et proposez de petites activités faites avec vous (section 16).

Peut-on l'hospitaliser contre son gré ? Dans la plupart des pays, oui, dans des conditions strictes que décrit la section 15. En cas de danger immédiat, appeler les secours est toujours légitime.

Que dire à la famille, aux amis, aux voisins ? Ce que votre proche accepte qu'on dise, de préférence décidé avec lui. Une phrase simple suffit souvent : « Il a une maladie qui se soigne, il est suivi, et ce qui l'aide le plus, c'est qu'on continue à le traiter normalement. »

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