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Entendre des voix : comprendre et faire face

Entendre une voix que personne d'autre n'entend est plus fréquent qu'on ne le croit, et cela ne signifie pas automatiquement ce que l'on redoute. Ce guide explique ce que la recherche a établi, pourquoi certaines personnes en souffrent beaucoup et d'autres très peu, quelles stratégies aident au quotidien, et pourquoi un avis médical est toujours la première étape.

En bref

Ce guide s'adresse aux adultes qui entendent des voix — qu'un diagnostic ait été posé ou non — et à leurs proches. Il décrit ce que la recherche a montré : le phénomène existe dans la population générale, chez des personnes sans aucun trouble ; ses causes sont multiples ; et ce qui détermine la souffrance n'est pas tant le contenu des voix que ce que l'on croit à leur sujet. Il propose des stratégies d'adaptation concrètes, dit quand il faut consulter en urgence, et rappelle une règle absolue : on ne modifie ni n'arrête jamais seul un traitement prescrit.

Thématique
Psychoses
Pour qui
Pour soi
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Entendre des voix justifie toujours un avis médical : voir les sections 9 et 24. Consultez en urgence si les voix ordonnent de vous faire du mal ou de faire du mal à quelqu'un, si elles s'accompagnent d'une confusion, d'une fièvre ou d'un changement brutal de l'état général, ou si vous pensez à mourir : voir la section 20, et en cas de danger immédiat, appelez les services d'urgence. N'arrêtez jamais seul un traitement qui vous a été prescrit, et n'en modifiez pas les doses : parlez-en au psychiatre ou au médecin qui vous suit. Comptez cinquante minutes de lecture.

1. Avant de commencer

Cela a peut-être commencé par votre prénom, prononcé une fois, dans une pièce vide. Ou par un commentaire, pendant que vous faisiez la vaisselle, sur ce que vous étiez en train de faire. Depuis, vous vérifiez si quelqu'un a parlé, vous mettez de la musique pour couvrir, et vous n'en avez parlé à personne, parce que vous savez ce que les gens pensent de ceux qui entendent des voix.

Trois choses, tout de suite.

Vous n'êtes pas seul, et de loin. Les enquêtes menées en population générale montrent qu'une proportion non négligeable de personnes ont entendu une voix au moins une fois dans leur vie, sans jamais consulter et sans que cela affecte leur existence. Entendre une voix est un phénomène humain, pas une anomalie rare.

Entendre une voix ne dit pas, à soi seul, de quoi il s'agit. Cela peut accompagner un trouble psychotique. Cela peut aussi survenir après une nuit blanche, dans un deuil, sous l'effet d'une substance, au cours d'une fièvre, dans les suites d'un traumatisme, ou dans des situations tout à fait bénignes. C'est pourquoi la première étape n'est pas de conclure, mais de faire évaluer.

Ce qui fait souffrir peut se travailler. C'est le résultat le plus utile de la recherche sur ce sujet : la détresse dépend beaucoup moins de la présence des voix que de ce que l'on croit à leur sujet — leur pouvoir, leur intention, ce qu'il faudrait faire d'elles. Ces croyances-là peuvent changer, et la vie devient alors très différente, même quand les voix restent.

À qui s'adresse ce guide

À vous si vous entendez des voix, depuis longtemps ou depuis peu.

À vous si vous avez reçu un diagnostic et si vous cherchez à comprendre et à agir, en complément de votre suivi.

À vous si vous n'avez jamais consulté, par peur du regard ou de l'hôpital.

À vous si un proche entend des voix et que vous ne savez pas quoi faire ni quoi dire.

2. Ce que c'est qu'entendre une voix

Une expérience, plusieurs formes

Le mot « voix » recouvre des expériences très différentes d'une personne à l'autre.

  • Le nombre : une seule voix, ou plusieurs, parfois qui se parlent entre elles.
  • La localisation : à l'extérieur, comme si quelqu'un était dans la pièce ou derrière la porte ; ou à l'intérieur de la tête, tout en restant distincte de ses propres pensées.
  • La clarté : parfois nette comme une conversation, parfois un murmure indistinct ou un brouhaha.
  • L'identité : inconnue, ou reconnue — un proche décédé, un parent, quelqu'un du passé.
  • Le contenu : des commentaires sur ce que l'on fait, des insultes, des reproches, des ordres, des conversations, parfois des paroles neutres ou même encourageantes.
  • La fréquence : quelques fois par an ou en permanence.
  • Le déclenchement : au calme, le soir, dans le bruit, en public, sous le stress, au moment de s'endormir.

Ce que ce n'est pas

Ce n'est pas la voix intérieure ordinaire, celle avec laquelle tout le monde se parle en silence. La différence tenue par la plupart des personnes concernées est le sentiment que la voix ne vient pas d'elles : elle ne se commande pas, elle surprend, elle dit des choses qu'on n'aurait pas pensées.

Ce n'est pas de l'imagination au sens où l'on choisirait ce que l'on entend. L'expérience est réellement perçue.

Ce n'est pas nécessairement de la folie, et c'est l'objet de la section suivante.

Les autres perceptions

Certaines personnes voient, sentent ou ressentent des choses que les autres ne perçoivent pas. Les mêmes principes s'appliquent, et les mêmes précautions : faire évaluer, ne pas rester seul avec.

Ce que cela coûte

La souffrance vient rarement du son lui-même. Elle vient du contenu quand il est hostile, de l'épuisement d'une présence permanente, de la difficulté à se concentrer, de la peur d'être découvert, et de l'isolement que le secret impose. Ces quatre dimensions se travaillent, séparément.


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Questions fréquentes

Est-ce que je deviens fou ? C'est la première question de presque tout le monde, et elle mérite une réponse claire : entendre une voix ne signifie pas cela. Le phénomène existe dans la population générale chez des personnes sans aucun trouble, et il a des causes très variées, dont certaines banales et transitoires. Ce qui compte est de faire évaluer.

Est-ce que j'ai forcément une schizophrénie ? Non. C'est une cause possible parmi d'autres : manque de sommeil, deuil, substances, causes médicales, traumatisme, dépression sévère, entre autres. Seul un examen permet de le dire.

Est-ce que les voix vont disparaître ? Chez certaines personnes, oui, en particulier quand une cause réversible est retrouvée et traitée. Chez d'autres, elles persistent et deviennent beaucoup moins envahissantes. Les deux issues sont des améliorations, et le travail proposé ici vise d'abord la détresse et la vie quotidienne.

Dois-je répondre aux voix ? Vous n'êtes jamais obligé de leur obéir. Certaines personnes trouvent utile de leur adresser une phrase brève et ferme ; d'autres préfèrent ne pas engager d'échange. Ce qui compte est de ne pas se soumettre et de ne pas se laisser entraîner dans une dispute sans fin.

Que faire si une voix me dit de me faire du mal ? Ne lui obéissez pas, ne restez pas seul, et consultez sans attendre : c'est une urgence. Appelez votre médecin le jour même, ou les services d'urgence en cas de danger immédiat.

Le cannabis peut-il être en cause ? Oui. La relation entre cannabis et risque psychotique est établie, particulièrement pour une consommation fréquente de produits concentrés. Chez une personne qui entend déjà des voix, il aggrave généralement les symptômes. L'arrêt est la mesure la plus utile.

Je vais mieux, puis-je arrêter mon traitement ? Non, pas seul. C'est la cause la plus fréquente de rechute, et l'amélioration est souvent l'effet du traitement lui-même. Si vous souhaitez le diminuer ou l'arrêter, c'est une discussion à avoir avec le psychiatre, et cela se prépare et se surveille.

Les médicaments vont-ils me transformer en zombie ? Les effets indésirables existent, ils sont variables selon les molécules et les personnes, et ils ne sont pas à subir en silence. Beaucoup peuvent être réduits par un ajustement ou un changement. Dites-les, ne les endurez pas.

Dois-je le dire à mon employeur ? Rien ne vous y oblige. Vous pouvez demander des aménagements sans détailler. Un médecin du travail, là où il existe, peut vous aider. Parlez-en librement à vos soignants, choisissez pour le reste.

Est-ce que je peux travailler et avoir une vie normale ? Oui. Beaucoup de personnes travaillent, étudient, vivent en couple, élèvent des enfants. Les dispositifs de soutien à l'emploi améliorent nettement l'accès au travail, et le travail lui-même est souvent protecteur.

Mon proche refuse de consulter. Que faire ? Restez présent, n'affrontez pas le contenu des voix, exprimez votre inquiétude en parlant de ce que vous observez, proposez une consultation chez le médecin traitant plutôt qu'un psychiatre si c'est plus acceptable, et demandez conseil pour vous-même. En cas de danger immédiat, appelez les secours.

Pourquoi les voix sont-elles pires le soir ? Souvent parce que la fatigue s'accumule, que l'activité diminue, que le silence s'installe et que l'attention est moins occupée. C'est une régularité très fréquente, et elle indique directement quoi faire : prévoir des activités et un fond sonore aux moments à risque, et soigner le sommeil.

Les groupes d'entendeurs de voix, est-ce que ça vaut la peine ? Beaucoup de personnes y trouvent un soulagement important : parler sans être jugé, échanger des stratégies, sortir de l'isolement. Ce n'est pas un traitement et cela ne remplace pas le suivi médical, mais cela s'y ajoute très bien.

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