1. Le programme en un coup d'œil
Indication. Un adulte qui prend chaque jour, ou presque, une benzodiazépine ou un médicament apparenté depuis plusieurs semaines au moins, pour dormir ou pour apaiser son anxiété, et dont l'arrêt a été décidé avec son médecin, ou qui souhaite arrêter et accepte que la diminution soit conduite par lui. Les apparentés sont les somnifères qui n'ont pas la structure chimique des benzodiazépines mais agissent sur les mêmes récepteurs. La Haute Autorité de santé (2015) et le NICE, l'institut britannique qui fixe les bonnes pratiques de soin (National Institute for Health and Care Excellence, 2022), traitent les deux familles ensemble, comme ce manuel ; la recommandation conjointe américaine porte sur les seules benzodiazépines, tout en notant que les apparentés exposent à des risques comparables (Brunner et coll., 2025). L'indication couvre en particulier la prise qui dure depuis des années alors que la raison de départ s'est éteinte, les tentatives d'arrêt qui ont déjà échoué, et la personne âgée (section 30).
Modèle de référence. Une thérapie cognitive et comportementale conduite en parallèle d'une diminution progressive supervisée par le prescripteur. C'est l'association la mieux étayée : ajouter une intervention psychologique à la diminution progressive augmente la proportion de personnes qui arrêtent, par rapport à la diminution seule, au moins dans les premiers mois (Parr et coll., 2009 ; Darker et coll., 2015). La recommandation conjointe américaine demande de proposer ce soutien (Brunner et coll., 2025), et le NICE d'envisager une thérapie cognitive et comportementale de groupe (National Institute for Health and Care Excellence, 2022). Le programme emprunte à trois sources : l'entretien motivationnel pour la décision, la thérapie cognitive et comportementale de l'insomnie et de l'anxiété pour remplacer ce que faisait le comprimé, et la prévention de la rechute pour l'après.
Format. Dix séances individuelles de 60 minutes, la première de 90 minutes, en trois temps. Les séances 1 à 4 préparent l'arrêt, une fois par semaine, avant la première diminution. Les séances 5 à 8 accompagnent la diminution : chacune a lieu dans les jours qui suivent un palier, c'est-à-dire une étape de baisse fixée par le prescripteur. Les séances 9 et 10 couvrent les semaines qui suivent la dernière prise. Trois séances de rappel suivent, à un, trois et six mois après la séance 10. La section 14 détaille ce calendrier et dit sur quoi il repose.
Mécanisme visé. Trois changements, dans cet ordre. Que la personne décide d'arrêter en connaissance de cause, en sachant ce que le médicament lui apporte encore et ce qu'il lui coûte. Qu'elle dispose d'autres moyens de dormir et de faire face à l'anxiété avant que la dose ne baisse. Et qu'elle apprenne à lire les symptômes qui accompagnent la diminution comme l'ajustement transitoire d'un corps habitué, et non comme la preuve qu'elle a besoin du comprimé.
| Séance |
Objet |
Livrable de séance |
| 1 |
Évaluer et sécuriser |
Risques triés, mesures de départ, relevé remis |
| 2 |
Comprendre et décider |
Balance écrite, décision prise, courrier au prescripteur |
| 3 |
Dormir autrement |
Heure de lever fixe et règles du lit écrites |
| 4 |
Le plan de diminution |
Calendrier du prescripteur reporté, signes d'urgence connus |
| 5 |
L'anxiété sans comprimé |
Deux outils pratiqués en séance |
| 6 |
Lire les symptômes de la diminution |
Quatre questions appliquées à une semaine réelle |
| 7 |
Le comprimé, l'envie et les habitudes |
Plan par situation, comprimé laissé à la maison |
| 8 |
Les derniers paliers |
Croyance centrale mise à l'épreuve, fin préparée |
| 9 |
Les premières semaines sans |
Boîtes restantes rapportées, conduite en cas de faux pas écrite |
| 10 |
Bilan et plan pour la suite |
Mesures refaites, plan écrit, rappels datés |
Ce que la personne emporte. Huit fiches imprimables, listées à la section 35 : mon relevé, ma balance, mon plan de diminution, mes nuits, quand ça monte, mes habitudes et mes envies, le coin des proches, mon plan pour la suite.
Ce qui distingue ce programme des autres manuels de ce site. Plusieurs manuels abordent déjà l'arrêt d'un somnifère ou d'un anxiolytique, mais comme une étape d'un traitement qui porte sur autre chose : Traiter l'insomnie chronique de l'adulte : manuel du thérapeute, dans sa séance consacrée aux somnifères et sa section sur l'arrêt des somnifères ; Traiter l'anxiété généralisée de l'adulte : manuel du thérapeute, à propos du patient sous benzodiazépines au long cours ; Trouble panique et agoraphobie : manuel du thérapeute, dans sa section sur la place du médicament et sa séance consacrée au médicament et à la vie quotidienne. Quand le trouble d'origine est actif, ces manuels restent l'indication. Celui-ci est fait pour la situation inverse, où c'est le médicament lui-même qui est devenu le problème : ses séances suivent le calendrier du prescripteur, et il consacre une séance entière à distinguer le sevrage, le rebond et la rechute, parce que cette confusion fait souvent reprendre la dose (section 4).
2. Avant de commencer
Les quatre décisions préalables
L'arrêt est-il décidé avec le prescripteur, ou peut-il l'être ? C'est la condition du programme. Le psychologue ne conduit pas une diminution : il l'accompagne. Si la personne vient seule, la séance 2 prépare avec elle un courrier au médecin, et la séance 4 n'a lieu qu'une fois le plan de diminution établi par lui.
Y a-t-il un risque qui demande une prise en charge médicale spécialisée ? Des doses très élevées, une dépendance à l'alcool, des antécédents de sevrage compliqué ou un trouble psychiatrique sévère relèvent d'une prise en charge spécialisée conjointe, parfois d'un sevrage hospitalier, et un traitement opioïde associé demande une coordination étroite entre les médecins (section 9).
S'agit-il d'une dépendance physique à dose prescrite, ou d'un trouble de l'usage ? La première est l'indication du programme ; le second relève d'abord de l'addictologie, avec ce programme en appui (section 3).
Le trouble pour lequel le médicament a été prescrit est-il encore actif ? Une insomnie chronique, une anxiété généralisée, un trouble panique ou une dépression non traités se traitent d'abord ou en même temps, selon leur manuel propre (section 8). Arrêter le comprimé sans rien mettre à la place, chez une personne dont le trouble est toujours là, prépare la reprise.
Ce que ce programme ne traite pas
Il ne conduit pas le sevrage. La vitesse de diminution, le choix des paliers, l'éventuel changement de médicament avant la diminution et la conduite en cas de symptômes forts appartiennent au prescripteur (section 12).
Il ne traite pas seul un trouble de l'usage. Celui-ci relève d'abord d'un service d'addictologie, que ce programme peut accompagner sans le remplacer (sections 3 et 30).
Comment l'utiliser
Lisez l'ensemble avant la première séance, en particulier les sections 4, 9, 12 et 27 : les définitions du sevrage, du rebond et de la rechute, la sécurité, ce qui appartient au prescripteur, et la manière de lire les symptômes de la diminution.
Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce que vous dites, ce que vous ne dites pas quand c'est utile, les erreurs fréquentes, et le critère de passage.
Deux pièges propres à ce motif de consultation sont à garder en tête dès le départ. Le premier est de parler de dose : la personne vous demandera combien enlever, et quand, et votre réponse est toujours que cela se décide avec le prescripteur. Le second est la morale : la dépendance physique est la conséquence attendue d'une prise régulière (Brunner et coll., 2025), et parler d'addiction ou de faiblesse serait inexact dans la plupart des cas. La section 14 décrit la position du thérapeute qui évite les deux.
3. Quatre situations à ne pas confondre
Les personnes qui prennent une benzodiazépine ou un somnifère apparenté se trouvent dans l'une de quatre situations. Elles n'appellent pas la même conduite.
1. La prise courte ou occasionnelle
Ce que vous observez. Un traitement de quelques jours ou de quelques semaines, ou une prise irrégulière, quelques soirs par mois.
Ce qui oriente. L'absence de prise quotidienne prolongée. La dépendance physique peut s'installer en quelques semaines de prise régulière, mais elle est d'autant moins probable que la prise est courte et irrégulière (Brunner et coll., 2025).
Ce que cela implique. Le prescripteur peut souvent arrêter plus simplement, et une information sur ce qui peut se passer suffit le plus souvent. Une prise occasionnelle qui sert à éviter des situations relève du manuel du trouble anxieux concerné.
2. La dépendance physique à dose prescrite
Ce que vous observez. Une prise quotidienne depuis des mois ou des années, à la dose prescrite, sans augmentation, sans autre source que l'ordonnance. Des symptômes apparaissent quand la personne oublie une prise ou essaie de diminuer, et elle en conclut qu'elle ne peut pas s'en passer.
Ce qui oriente. La prise est conforme, mais elle dure, et l'arrêt provoque des symptômes. La recommandation conjointe publiée en 2025 par dix sociétés savantes américaines, réunies autour de l'American Society of Addiction Medicine, distingue nettement cette dépendance physique, attendue et beaucoup plus fréquente, du trouble de l'usage (Brunner et coll., 2025).
Ce que cela implique. C'est l'indication de ce programme.
3. Le trouble de l'usage
Ce que vous observez. Une perte de contrôle : des doses qui augmentent sans avis médical, des ordonnances obtenues auprès de plusieurs médecins, des comprimés venus d'ailleurs, une prise pour l'effet plutôt que pour dormir ou s'apaiser, des associations avec l'alcool ou d'autres substances, et une poursuite malgré des conséquences nettes.
Ce qui oriente. La perte de contrôle et l'usage hors prescription, et non la seule présence de symptômes à l'arrêt.
Ce que cela implique. Une prise en charge addictologique, qui commence par une évaluation de la dépendance et du type de consommation (Haute Autorité de santé, 2015), et qui peut conduire à un sevrage en milieu hospitalier quand le risque ne peut pas être géré en ambulatoire (Brunner et coll., 2025). Ce programme peut s'y ajouter, avec les adaptations de la section 30.
4. La prescription qui reste justifiée
Ce que vous observez. Un traitement au long cours dont le médecin estime, après réévaluation, que le bénéfice reste supérieur au risque : certaines épilepsies, des soins de fin de vie, certaines anxiétés sévères qui ont résisté aux autres traitements (Brunner et coll., 2025).
Ce qui oriente. Une décision médicale explicite et réfléchie, et non une reconduction automatique de l'ordonnance.
Ce que cela implique. Le programme ne pousse pas à l'arrêt. Une réduction partielle peut être l'objectif, et elle se décide avec le prescripteur (section 30).
Les trois autres choses à avoir écartées
Un trouble anxieux ou dépressif actif et non traité. Chez les consommateurs au long cours suivis en médecine générale, la grande majorité présentent un trouble anxieux ou dépressif actuel : dans un échantillon de plus de quatre mille patients français, 85 % avaient au moins un diagnostic actuel, le plus souvent un épisode dépressif caractérisé ou une anxiété généralisée (Pélissolo et coll., 2007). Il faut le chercher avant de parler d'arrêt.
Une insomnie qui a une autre cause. Une apnée du sommeil, en particulier, se présente comme une insomnie ou une fatigue, et elle augmente les risques du médicament lui-même (Brunner et coll., 2025) ; son dépistage est décrit dans la section sur le diagnostic différentiel de Traiter l'insomnie chronique de l'adulte : manuel du thérapeute.
Des troubles cognitifs. Chez une personne âgée, des oublis et une lenteur peuvent venir du médicament, d'un trouble neurocognitif débutant, ou des deux ; la réponse demande un avis médical (section 30).
Les trois questions du tri
« Depuis quand le prenez-vous, et comment : chaque soir, ou seulement certains jours ? » Elle sépare la prise courte ou irrégulière de la prise quotidienne prolongée.
« Que se passe-t-il quand vous l'oubliez ou que vous essayez d'en prendre moins ? » Elle repère la dépendance physique, et elle fait apparaître ce que la personne a conclu de ses essais précédents.
« Vous arrive-t-il d'en prendre plus que prévu, ou d'en obtenir autrement que par votre ordonnance ? » Elle repère le trouble de l'usage. Posez-la sans soupçon, comme une question de routine : elle se pose à tout le monde.
4. Ce que produit la prise prolongée : tolérance, dépendance, sevrage, rebond, rechute
Cette section donne les mots qui permettent à la personne de comprendre ce qui va lui arriver. Chacune de ces cinq notions appelle une conduite différente.
La tolérance
Avec le temps, le bénéfice du médicament diminue, alors que ses risques persistent ou augmentent (Brunner et coll., 2025). C'est pourquoi le rapport entre bénéfice et risque, favorable sur quelques semaines, n'est pas établi au-delà (Lader, 2011). Beaucoup de personnes le constatent sans le formuler : le comprimé ne fait plus dormir comme au début, mais elles ne peuvent pas s'endormir sans lui.
La dépendance physique
C'est l'adaptation de l'organisme à la présence régulière du médicament : les récepteurs sur lesquels il agit deviennent moins nombreux ou répondent autrement. Elle est la conséquence attendue d'une prise régulière, elle peut s'installer en quelques semaines, et elle varie beaucoup d'une personne à l'autre (Brunner et coll., 2025). Elle ne dit rien du caractère de la personne et elle ne se confond pas avec une addiction.
Le sevrage
Ce sont les symptômes qui apparaissent quand la dose baisse ou s'arrête, parce que l'organisme adapté au médicament doit se réajuster. Ils peuvent apparaître même quand le médicament a été pris aux doses prescrites (Organisation mondiale de la santé, 2022). Les plus fréquents ressemblent à de l'anxiété : nervosité, insomnie, irritabilité, tension et douleurs musculaires, tremblements, sueurs, palpitations, maux de tête, nausées. D'autres sont plus déroutants parce qu'ils sont nouveaux : une sensibilité excessive à la lumière, au bruit ou aux odeurs, des fourmillements, une impression d'irréalité ou d'être détaché de soi, des difficultés de concentration, des cauchemars (Brunner et coll., 2025). Les formes graves, convulsions, confusion, hallucinations, s'observent surtout après l'arrêt brutal de doses élevées ; elles sont une urgence médicale (section 9).
Le rebond
C'est le retour passager du symptôme pour lequel le médicament avait été prescrit, que l'on définit habituellement comme plus marqué qu'avant le traitement (Lerner et Klein, 2019) : quelques nuits plus mauvaises, une anxiété plus vive pendant quelques jours. Les recommandations le distinguent du sevrage et du retour durable du trouble (Brunner et coll., 2025), et la Haute Autorité de santé (2015) demande d'en informer la personne dans les jours qui suivent la dernière prise.
La rechute
C'est le retour durable du trouble d'origine, sans lien de temps avec un palier : une anxiété généralisée ou une insomnie qui se réinstallent et persistent des semaines après la fin de la diminution. Elle appelle une réévaluation et un traitement propre du trouble, pas la reprise automatique du comprimé (Haute Autorité de santé, 2015).
Pourquoi la distinction compte, et pourquoi elle est difficile
Les symptômes de sevrage les plus fréquents ressemblent à ceux du trouble d'origine, et les distinguer est souvent difficile, y compris pour le médecin (Brunner et coll., 2025). Quelques indices orientent pourtant : le moment d'apparition par rapport à une baisse, la nouveauté ou l'intensité inhabituelle du symptôme (National Institute for Health and Care Excellence, 2022), et son évolution quand la diminution marque une pause (Brunner et coll., 2025). La section 27 les transforme en quatre questions que la personne apprend à se poser seule. L'enjeu est concret : lire un symptôme de sevrage comme le retour du trouble conduit à reprendre la dose (section 5).
Les symptômes prolongés
Certaines personnes décrivent des symptômes qui persistent des mois après l'arrêt, parfois davantage : anxiété, troubles du sommeil, symptômes sensoriels ou musculaires. Ashton (1991) les a décrits il y a longtemps, en soulignant qu'ils sont difficiles à définir et à mesurer, et qu'ils ne relèvent pas tous d'un sevrage au sens pharmacologique. La recommandation conjointe en reconnaît l'existence, indique qu'ils tendent à se résoudre avec le temps, que le soutien psychologique peut aider pendant cette période, et déconseille de réintroduire le médicament pour les traiter (Brunner et coll., 2025). Leur fréquence et leurs mécanismes ne sont pas établis. En pratique, on les nomme sans les annoncer comme probables, on les distingue d'une rechute, et l'on ne laisse pas une personne seule avec eux (section 30).
5. Ce qui entretient la prise
La raison de départ, une période d'insomnie, un deuil, une crise d'anxiété, s'est souvent éteinte depuis longtemps. La prise continue pour d'autres raisons, et ce sont elles que le programme vise.
Le soulagement immédiat
Chaque prise soulage, et ce soulagement est rapide : il apaise l'anxiété du soir, il évite l'appréhension de la nuit, et, chez une personne physiquement dépendante, il fait disparaître les premiers signes de manque. Un comportement suivi d'un soulagement rapide se renforce : c'est le mécanisme de toutes les habitudes qui soulagent, et il ne demande aucune faiblesse particulière.
La lecture des symptômes
Une prise oubliée ou une tentative de réduction produit des symptômes de sevrage ou de rebond. La personne les lit comme la preuve qu'elle a besoin du médicament, elle reprend la dose, les symptômes disparaissent, et la conviction se renforce. La recommandation conjointe note que beaucoup de patients font cette lecture, et insiste sur une information claire, tout au long de la diminution, sur ce qui peut se produire (Brunner et coll., 2025). C'est la boucle centrale. Elle se défait en apprenant à lire autrement les symptômes (section 27).
Le comprimé comme sécurité
Le comprimé gardé dans le sac, sur la table de nuit ou dans la boîte à gants rassure même quand il n'est pas pris. Comme toute conduite de sécurité, il empêche de découvrir que l'on aurait fait face sans lui. Trouble panique et agoraphobie : manuel du thérapeute décrit ce mécanisme en détail dans sa section consacrée aux comportements de sécurité ; il s'applique ici tel quel.
Le geste du soir
En clinique, beaucoup de personnes décrivent le comprimé du coucher comme un rituel : le verre d'eau, la boîte, le geste, puis le lit. Le geste semble être devenu à lui seul un signal du coucher. C'est une observation clinique, que les essais n'ont pas mesurée comme telle ; elle explique pourquoi la séance 3 remplace le rituel au lieu de simplement le supprimer.
Les croyances
« Je ne peux pas dormir sans. » « Sans mon traitement, je vais rechuter. » « Je suis quelqu'un de nerveux, j'en aurai toujours besoin. » « Si j'arrête, ce sera terrible. » Ces croyances ont souvent été confirmées par une tentative d'arrêt brutal, vécue seule, qui a produit exactement ce qu'elles prédisaient. Elles se travaillent en les mettant à l'épreuve pendant la diminution, et non en les discutant (séances 2, 6 et 8).
La peur du sevrage
Beaucoup de personnes repoussent l'arrêt parce qu'elles redoutent les symptômes ou le retour de leur trouble (Brunner et coll., 2025). Cette peur est légitime, et elle entretient la prise à elle seule : le fait de ne pas essayer protège de ce qui est redouté. Elle se traite en informant, en préparant, et en donnant à la personne la main sur le rythme, ce que demande aussi la Haute Autorité de santé (2015).
La reconduction de l'ordonnance
Le renouvellement se fait souvent sans que la question de l'arrêt soit posée, alors que la Haute Autorité de santé (2015) demande de se la poser à chaque renouvellement. Le programme remplace cette reconduction par une décision explicite.
Le cercle complet
Une nuit difficile ou une montée d'anxiété appelle le comprimé, qui soulage, et le soulagement renforce la prise. La tolérance réduit l'effet, mais la dépendance s'installe. Une prise oubliée produit des symptômes, lus comme la preuve du besoin ; la croyance se durcit, la peur de l'arrêt grandit, et l'ordonnance se renouvelle.
C'est le schéma que vous dessinez à la séance 2.
Questions fréquentes
La personne me demande combien enlever, et quand. Que répondre ?
Que cela se décide avec son médecin, et que votre rôle est de l'aider à préparer cette conversation, à tenir le plan et à traverser les paliers. Aidez-la à écrire ses questions pour le médecin, et ne donnez aucun avis de dose, même approximatif (section 12).
Elle a déjà arrêté plusieurs fois d'un coup, sans problème. Faut-il vraiment un programme ?
Si la prise était courte ou irrégulière, peut-être pas : une information et l'avis du médecin suffisent souvent (section 3). Si la prise est quotidienne depuis longtemps, l'absence de problème passé ne garantit rien, et un arrêt brutal reste déconseillé (section 9).
Comment savoir si c'est le sevrage ou le retour de son anxiété ?
On ne le sait pas toujours, mais quatre questions orientent : le moment par rapport au dernier palier, la nouveauté ou l'intensité du symptôme, son évolution à dose constante, et les signes d'urgence. Section 27.
Elle a repris un comprimé après l'arrêt. Faut-il tout recommencer ?
Non : c'est un faux pas, pas une rechute. Regardez avec elle la situation qui l'a précédé, reprenez la conduite écrite sur la fiche 8, et revoyez-la plus tôt que prévu si cela se répète (section 29).
Le médecin ne souhaite pas diminuer. Que faire ?
Respecter sa décision, qui peut être fondée (section 3), et lui transmettre ce que la personne souhaite et ce que vous observez. Une décision partagée entre la personne et son médecin reste la condition du programme ; vous ne diminuez pas sans lui.
Elle a 85 ans et prend son somnifère depuis trente ans. Est-ce bien raisonnable de l'arrêter ?
C'est dans cette population que l'arrêt a le plus d'intérêt, à cause des chutes, et que les essais ont obtenu les meilleurs résultats ; la recommandation conjointe propose de diminuer chez la plupart des personnes de 65 ans et plus (Brunner et coll., 2025). La diminution est simplement plus lente, et l'entourage plus présent. Section 30.
Ces médicaments donnent-ils la maladie d'Alzheimer ?
Le lien est débattu : une étude a trouvé une association, une autre ne soutient pas de relation causale (Billioti de Gage et coll., 2014 ; Gray et coll., 2016). Dites-le ainsi, sans vous en servir pour faire peur. Le risque de chute et le risque d'accident de la route sont, eux, bien documentés (section 9).
Le sommeil ne s'améliore pas, un mois après l'arrêt. Est-ce un échec ?
Non : l'amélioration peut demander plusieurs mois (Morin et coll., 2004). Maintenez les règles du sommeil, refaites l'ISI aux rappels, et si l'insomnie persiste à six mois, traitez-la pour elle-même avec Traiter l'insomnie chronique de l'adulte : manuel du thérapeute.
La thérapie sert-elle vraiment, puisque la diminution seule marche aussi ?
La diminution est le pilier, et elle marche souvent seule (Oude Voshaar et coll., 2003). La thérapie ajoute un avantage net à court terme (Darker et coll., 2015), y compris chez les personnes qui prennent un somnifère pour une insomnie (Takaesu et coll., 2019), mais cet avantage s'estompe au-delà de quelques mois (section 11). Ce programme s'adresse donc d'abord à celles chez qui la diminution seule a échoué ou risque d'échouer.