CouplePour les praticiens135 min de lecture

Jalousie maladive : manuel du thérapeute

Un protocole de douze séances individuelles, avec une rencontre du partenaire seul et une séance conjointe optionnelle, pour l'adulte dont la jalousie, sans être délirante, envahit la vie et la relation : soupçons qui tournent, vérifications du téléphone et des réseaux, interrogatoires, demandes de réassurance sans fin. La jalousie n'est pas un diagnostic : le manuel distingue une jalousie ordinaire, une jalousie excessive qui est son indication, et les situations qui relèvent d'autres manuels — délire de jalousie, TOC centré sur la relation, trouble de la personnalité, alcool, maladie neurologique. Il place la sécurité au premier plan, parce que la jalousie est un facteur de risque majeur de violences conjugales et de contrôle coercitif. Faute d'essais suffisants, il assemble des composantes éprouvées ailleurs — prévention de la réponse sur les vérifications, travail sur la rumination, restructuration, régulation émotionnelle, communication de couple — et le dit.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

Thématique
Couple · Émotions
Pour qui
Pour les praticiens
Langues
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Le programme

Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une pratique de la thérapie cognitive et comportementale, une connaissance du repérage des violences conjugales, et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique et légale. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits : reportez-vous aux manuels originaux pour la lettre du texte. Il n'est pas destiné aux personnes concernées. Si une personne est en danger immédiat, appelez les services d'urgence de votre pays. Si vous êtes vous-même victime de violences ou si vous pensez au suicide, contactez les services d'urgence ou une ligne d'écoute de votre pays.

L'avertissement du début des ressources est masqué.

1. Le programme en un coup d'œil

Indication. Le programme s'adresse à l'adulte dont la jalousie, excessive mais sans conviction délirante, envahit la vie et la relation : des soupçons reviennent plusieurs fois par jour ou prennent des heures, la personne vérifie — téléphone, messages, réseaux sociaux, localisation, relevés bancaires —, interroge et demande sans cesse à être rassurée, et elle en souffre beaucoup ; elle reconnaît au moins par moments que sa jalousie est excessive, et elle demande de l'aide pour elle. Le programme ne s'adresse ni à la jalousie ordinaire, qui n'appelle pas de traitement, ni aux situations qui relèvent d'un autre manuel ou d'un autre dispositif (section 4).

Ce qui passe avant l'indication. La sécurité passe avant l'indication. Avant de décider s'il faut traiter la jalousie, vous cherchez si elle s'accompagne de violences, de menaces, de contrôle coercitif — interdire, surveiller, isoler, punir — et si le partenaire a peur (section 3). La réponse peut suspendre ou remplacer le programme.

Modèle de référence. Il n'existe pas de traitement de référence de la jalousie excessive, et les études publiées sont peu nombreuses et petites (section 12). Le programme assemble donc des composantes dont l'efficacité est établie dans d'autres indications, et il le dit : la prévention de la réponse sur les vérifications et la réassurance, reprise du traitement du trouble obsessionnel-compulsif ; le travail sur la rumination, repris du traitement de l'inquiétude ; la restructuration cognitive des interprétations, cœur des rares études sur la jalousie (Bishay et coll., 1989 ; Dolan et Bishay, 1996) ; la régulation des émotions ; et quelques outils de communication de couple (section 7).

Format. Le programme compte douze séances individuelles, hebdomadaires, de 50 à 60 minutes. La séance 2 est une rencontre du partenaire seul, proposée systématiquement, qui sert d'abord à sa sécurité. La séance 10 est une séance conjointe optionnelle, qui n'a lieu que si des conditions écrites sont réunies (section 31) ; sinon, elle se fait en individuel. Trois séances de rappel suivent, à un, trois et six mois. La section 15 justifie ce total.

Mécanisme visé. Le programme ne cherche pas à obtenir la certitude que le partenaire est fidèle, qui n'existe dans aucune relation ; il vise quatre changements : que les comportements de contrôle cessent, immédiatement ; que les vérifications et les demandes de réassurance diminuent jusqu'à disparaître ; que les soupçons et les ruminations cessent de prendre des heures ; et que la personne puisse ressentir la jalousie, la peur et la colère sans agir sous leur dictée.

Séance Objet Livrable de séance
1 Évaluer, trier, sécuriser Violence recherchée, situation tranchée, engagement de sécurité écrit, mesures de départ
2 Le partenaire, seul Peur et violence recherchées, ressources remises, fiche 8 donnée
3 Comprendre le cercle Cercle dessiné, objectifs écrits
4 Les vérifications et la réassurance Inventaire et hiérarchie écrits
5 Laisser passer l'envie Premier palier de prévention de la réponse tenu
6 Les pensées jalouses Deux interprétations examinées
7 La rumination et le doute Moment fixe installé, phrase de recul écrite
8 Point d'étape, et l'émotion qui monte Mesures refaites, plan de pause écrit
9 Ce qu'il y a dessous Scénario redouté travaillé, croyance centrale nommée
10 À deux, sous conditions Accords écrits, ou séance individuelle sur la communication
11 Une vie à soi Activités et liens hors du couple programmés
12 Bilan, plan, rechute Mesures refaites, plan écrit

Ce que la personne emporte. La personne emporte neuf fiches imprimables, listées à la section 38 : mon relevé de jalousie, mon cercle et mon engagement, mes vérifications et mes questions, laisser passer l'envie, examiner une pensée, quand l'émotion monte, ma vie à moi, pour le partenaire, mon plan pour la suite.

Ce qui distingue ce programme des autres manuels de ce site. Il commence par la sécurité, avant même le tri. Il refuse de traiter le contrôle comme un symptôme : les vérifications que la personne s'impose se réduisent par paliers, mais la surveillance, les interdictions et les menaces qu'elle impose à l'autre s'arrêtent tout de suite. Et il donne au partenaire une place précise : reçu pour sa sécurité et pour être informé, jamais chargé de rassurer, de prouver ou de surveiller le traitement.

2. Avant de commencer

Les cinq décisions préalables

Quelqu'un est-il en danger ? C'est la première question, et elle se pose avant les autres, à la séance 1 et de nouveau à la séance 2 avec le partenaire seul (section 3). Une violence, une peur installée, un contrôle coercitif changent tout le reste.

La jalousie est-elle délirante ? Une conviction absolue, inébranlable, appuyée sur des « preuves » étranges, relève d'un avis psychiatrique et de Trouble délirant : manuel du thérapeute, pas de ce programme (sections 4 et 9).

Y a-t-il une cause à traiter d'abord ? L'alcool, les stimulants, une maladie neurologique, un médicament, une dépression, un trouble psychotique : une jalousie nouvelle chez une personne qui ne l'avait jamais été, surtout après cinquante ans, impose une évaluation médicale avant toute psychothérapie (section 9).

Faut-il traiter ? Une jalousie ordinaire, proportionnée à un évènement, qui se calme quand la situation s'éclaire, n'est pas une indication (section 4).

Et les soupçons ont-ils une base ? Une infidélité découverte, des mensonges répétés, une relation ambiguë avec un tiers existent. Évaluer la plausibilité fait partie du travail, et la conduite change quand les soupçons reposent sur des faits (section 33).

Ce que ce programme ne traite pas

Il ne traite pas le contrôle coercitif. Une personne qui surveille, isole, humilie, menace ou frappe son partenaire relève d'un dispositif pour auteurs de violences conjugales, là où il en existe, avec la protection de la victime au premier plan (section 3). Un travail sur la jalousie peut venir en complément, jamais à la place. Colère et trouble explosif intermittent : manuel du thérapeute décrit, à sa section 3, un raisonnement identique pour la colère.

Il ne traite pas ce qui relève d'un autre manuel : le délire de jalousie (Trouble délirant : manuel du thérapeute), un trouble obsessionnel-compulsif plus large (Traiter le trouble obsessionnel-compulsif de l'adulte : manuel du thérapeute), une jalousie inscrite dans une personnalité limite ou paranoïaque (Personnalité limite (borderline) : manuel du thérapeute, Personnalité paranoïaque : manuel du thérapeute), ni une détresse conjugale globale sans violence, pour laquelle Thérapie de couple : manuel du thérapeute est souvent plus adapté.

Il ne s'adresse pas au mineur. Chez l'adolescent, la jalousie croise la question des violences dans les premières relations amoureuses, qui demande un cadre propre, avec les parents et parfois les services de protection de l'enfance.

Comment l'utiliser

Lisez l'ensemble avant la première séance, en particulier les sections 3, 4, 7 et 15 — la sécurité, le tri, le modèle et le cadre —, puis les sections 29 à 32 avant les séances qui les mobilisent. Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce que vous dites, ce que vous ne dites pas, les erreurs fréquentes, et le critère de passage.

Deux avertissements propres à ce motif de consultation.

La dérive qui guette le plus est l'enquête. La séance peut se passer à examiner les indices de la semaine — ce message, ce retard, cette photo. La personne vous demande votre avis, vous le donnez, elle est soulagée une heure, et vous êtes devenu une source de réassurance de plus. L'ordre du jour est votre protection, et l'on ne statue jamais en séance sur la fidélité du partenaire (section 15).

Et la personne en face de vous est parfois dangereuse pour quelqu'un qui n'est pas là. Sa souffrance, souvent sincère, attire la compassion ; elle ne dispense pas de poser les questions sur la violence et le contrôle, ni de recevoir le partenaire seul. La plupart des patients jaloux ne sont violents envers personne ; vous ne le saurez qu'en le demandant.

3. Avant tout : la violence, le contrôle et le danger

Pourquoi cette section est placée ici

Cette section est placée ici parce qu'elle est la seule qui puisse suspendre le programme, et parce que la jalousie est au cœur de nombreuses violences conjugales. Dans une étude cas-témoins menée dans onze villes américaines, qui comparait 220 femmes tuées par leur partenaire à 343 femmes victimes de violences conjugales mais vivantes, le risque de meurtre était multiplié par neuf environ quand un partenaire très contrôlant se trouvait séparé de la victime après une vie commune (rapport de cotes ajusté de 8,98), et par un peu moins de trois quand il était très contrôlant sans séparation ; il était multiplié par près de cinq quand l'épisode le plus grave avait été déclenché par la jalousie de l'auteur ou par le départ de la victime pour un autre partenaire (rapport de cotes ajusté de 4,91) (Campbell et coll., 2003). Une méta-analyse de dix-sept études sur les meurtres de femmes par leur partenaire range parmi les facteurs les plus fortement associés l'accès de l'auteur à une arme à feu, une strangulation non mortelle antérieure, un viol antérieur de la victime, des menaces avec une arme, les comportements de contrôle et les menaces de faire du mal (Spencer et Stith, 2020). Et l'une des vingt questions de l'outil d'évaluation du danger de Campbell demande si le partenaire est « violemment et constamment jaloux » (Campbell et coll., 2009).

Ces chiffres portent sur des femmes déjà victimes de violences, et presque tous sur des auteurs masculins. Ils ne disent pas que la jalousie rend violent ; la plupart des personnes jalouses ne le sont pas. Ils disent que, lorsqu'elle coexiste avec du contrôle, des menaces ou des violences, elle est un signal de danger.

Ce que ce manuel n'est pas

Il n'est pas un programme pour auteurs de violences conjugales. Ces programmes travaillent la responsabilité, le contrôle et le respect ; ils s'inscrivent souvent dans une réponse judiciaire, et même eux obtiennent des effets modestes sur la récidive (Babcock et coll., 2004, 2024).

Et un travail sur la jalousie peut aggraver une situation de contrôle, en rassurant la victime à tort (« il se soigne ») ou en donnant à l'auteur un vocabulaire pour déplacer la responsabilité (« c'est ma jalousie maladive, ce n'est pas moi »). La sociologie décrit sous le nom de contrôle coercitif un ensemble de moyens — surveillance, isolement, humiliation, menaces, contrôle de l'argent, contrainte sexuelle — qui privent une personne de sa liberté dans la vie quotidienne, avec ou sans coups (Stark, 2007). La jalousie en est souvent la justification affichée. Johnson (2008) distingue cette violence de contrôle, qui tend à s'aggraver avec le temps, d'une violence situationnelle, faite de conflits qui dégénèrent sans que l'un cherche à dominer l'autre. Ce qui sépare les deux n'est pas l'intensité de la jalousie : c'est le contrôle, avec la peur et la perte de liberté qu'il impose à l'autre.

Comment on repère, du côté du patient

On pose les questions directement, à la séance 1, à tout le monde. Pas « êtes-vous violent ? », qui obtient toujours « non », mais des questions sur des comportements : « Quand la jalousie monte, vous est-il arrivé de bloquer la porte, de prendre son téléphone de force, de le ou la bousculer, de le secouer, de lui serrer le cou, même brièvement ? De casser un objet ? De menacer, de vous faire du mal, de lui faire du mal ou de faire du mal à quelqu'un qu'il fréquente ? »

On cherche le contrôle, qui ne se montre pas dans le récit des crises. « Consultez-vous son téléphone sans son accord ? Connaissez-vous ses codes ? Avez-vous installé une localisation à son insu ? Peut-il ou elle voir ses amis, sortir, dépenser, sans vous en rendre compte ? A-t-il ou a-t-elle renoncé à quelque chose à cause de votre jalousie ? »

On pose la question de la peur. « Est-ce que votre partenaire a déjà eu peur de vous ? » C'est la question la plus utile, et elle tranche souvent.

On cherche les signes de danger élevé : une strangulation, même une fois ; une arme accessible ou des menaces avec une arme ; des menaces de mort ; des violences qui s'aggravent ou deviennent plus fréquentes ; une séparation récente, annoncée ou redoutée ; un harcèlement, un suivi, une surveillance après une séparation ; des violences pendant une grossesse ; des rapports sexuels imposés ; des menaces de suicide si l'autre part ; une consommation d'alcool ou de stimulants associée aux crises.

On cherche les enfants : leur âge, leur présence pendant les crises, leur peur. Une méta-analyse retrouve chez les enfants exposés à la violence entre leurs parents des difficultés plus marquées que chez les enfants non exposés, qui ne diffèrent pas significativement de celles des enfants physiquement maltraités (Kitzmann et coll., 2003).

On cherche les antécédents : interventions de la police, plaintes, mesures de protection, procédures en cours, violences dans des relations précédentes.

Comment on repère, du côté du partenaire

On le voit seul, toujours, et on lui demande, dans l'autre sens, ce qu'on demande au patient. La personne qui vit avec le patient sait si elle a peur, et elle ne le dira jamais devant lui. On ne rencontre jamais le couple ensemble avant d'avoir vu chacun seul. C'est l'objet de la séance 2 (section 17).

Si le patient refuse cette rencontre, on le note, on n'en fait pas une condition absolue, et l'on revient à la question de la peur avec plus de précision : un refus répété, accompagné d'une inquiétude sur ce que le partenaire pourrait dire, est une information clinique. Si le partenaire ne souhaite pas venir, on lui fait parvenir, par un canal sûr et sans passer par le patient si possible, la fiche 8 et les coordonnées d'une ligne d'aide.

Ce que l'on décide ensuite

Aucune violence, aucune peur, aucun contrôle imposé à l'autre. Le programme se déroule tel qu'il est décrit.

Des comportements de surveillance, sans violence ni peur installée. Le patient lit des messages ou consulte une localisation, mais le partenaire n'a pas peur, circule librement et le confirme seul. C'est l'indication la plus fréquente de ce programme, à une condition : ce qui empiète sur la liberté de l'autre cesse dès la séance 1, par un engagement écrit (section 15). Seuls les comportements tournés vers soi se réduisent par paliers.

Des gestes violents isolés, dans un contexte de conflit, sans contrôle ni peur installée. Le programme est possible à quatre conditions : le fait est nommé comme une violence, et non comme une manifestation de la jalousie ; un engagement explicite est pris — ni violence physique, ni menace, ni destruction, ni surveillance pendant le programme ; la séance conjointe n'a pas lieu ; et la situation est revérifiée avec le partenaire seul à la séance 8 et avant la séance 12.

Un contrôle coercitif, une peur installée, des violences répétées. Ce n'est pas ce programme. On oriente vers un dispositif pour auteurs de violences, on s'assure que le partenaire a reçu les coordonnées de dispositifs d'aide, et on dit au patient pourquoi : « ce que vous me décrivez n'est plus seulement de la jalousie ; c'est une violence, et elle se traite autrement ».

Des signes de danger élevé. La conduite devient une conduite d'urgence : protection du partenaire et des enfants, dispositifs spécialisés, et, selon la situation et la loi de votre pays, services d'urgence ou autorités judiciaires. La section 32 détaille les obligations et les possibilités de signalement que l'on retrouve dans la plupart des pays.

Toutes les configurations

La violence de contrôle est le plus souvent exercée par des hommes sur des femmes, et les formes les plus graves touchent surtout des femmes (Johnson, 2008). Elle existe aussi dans les couples de même sexe, et des femmes peuvent l'exercer. La jalousie excessive, elle, se rencontre chez les hommes comme chez les femmes. Les questions de repérage et la conduite sont les mêmes pour tous.

4. Quatre situations à ne pas confondre, et celles qui relèvent d'ailleurs

Les mêmes mots — « je suis maladivement jaloux », « ma jalousie détruit mon couple » — recouvrent des situations qui n'appellent pas la même conduite. La littérature parle de jalousie morbide, pathologique, maladive, obsessionnelle ou délirante, sans vocabulaire stabilisé (Kingham et Gordon, 2004). Ce manuel pose le tri en quatre situations, puis énumère celles qui relèvent d'un autre manuel.

1. Une jalousie ordinaire

Ce que vous observez. La jalousie surgit dans une situation précise — un flirt appuyé à une soirée, un ancien partenaire qui réapparaît, un collègue très présent —, elle fait souffrir, elle pousse parfois à poser une question ou à en parler, et elle se calme quand la situation s'éclaire. La personne dort, travaille et laisse l'autre vivre.

Ce qui oriente. La jalousie reste proportionnée à un évènement réel, elle garde de la souplesse, et elle s'apaise quand la situation se clarifie. Pfeiffer et Wong (1989) distinguent trois dimensions de la jalousie : les pensées soupçonneuses, la réaction émotionnelle à une menace réelle, et les comportements de vérification. La réaction émotionnelle à une menace réelle — être blessé en apprenant que son partenaire en désire un autre — est une réponse attendue. Ce sont les deux autres dimensions qui font problème quand elles deviennent envahissantes.

Ce que cela implique. Il n'y a pas de protocole à appliquer. Une séance, parfois deux, suffisent pour écouter, dire que l'émotion est compréhensible, regarder avec la personne ce qu'elle en fait, et laisser la porte ouverte.

2. Une jalousie excessive, non délirante, qui envahit la vie et la relation

Ce que vous observez. Des soupçons reviennent plusieurs fois par jour, déclenchés par des indices minimes — un retard, un sourire, un « j'aime », un mot de passe changé —, et se développent en scénarios complets. La personne vérifie, repose les mêmes questions, exige des serments, mène des interrogatoires, souvent la nuit. Elle est soulagée quelques minutes, puis le doute revient : « il a peut-être effacé ». Elle a honte après les crises, et la crise suivante arrive quand même.

Ce qui oriente. La personne reconnaît, au moins par moments, que sa jalousie est excessive, et sa conviction fluctue avec les circonstances. Et le cercle soupçon-vérification-soulagement-doute prend du temps, en heures, avec une détresse et un retentissement. Tarrier et ses collaborateurs (1990) décrivent ce tableau comme une interprétation systématiquement biaisée d'évènements ambigus ; Ecker (2012) le rattache au spectre obsessionnel-compulsif, parce que les vérifications et la réassurance y jouent le rôle des rituels.

Ce que cela implique. C'est l'indication de ce programme, après la section 3.

3. Une jalousie qui contrôle

Ce que vous observez. La jalousie ne reste pas une souffrance intérieure et des questions : elle s'impose à l'autre par des règles, une surveillance et des sanctions. La personne interdit des amis, une famille, un travail, des vêtements. Elle exige des codes, installe une localisation. Elle punit par des scènes, des silences, la privation d'argent. Elle menace. L'autre vit dans la peur, ou organise sa vie pour éviter les crises.

Ce qui oriente. Vous recherchez le contrôle et la peur selon la section 3, et vous les faites confirmer par le partenaire vu seul.

Ce que cela implique. Ce n'est plus l'indication de ce programme, mais celle d'un dispositif pour auteurs de violences, avec la protection de la victime au premier plan (section 3). La frontière entre la deuxième et la troisième situation n'est pas toujours nette : c'est pourquoi l'arrêt immédiat de tout ce qui empiète sur la liberté de l'autre est une condition du programme.

4. Une conviction délirante

Ce que vous observez. La personne a la certitude absolue d'être trompée, et aucun élément ne peut l'ébranler ; elle s'appuie sur des « preuves » étranges — une tache sur un drap, un objet déplacé, une voiture garée devant la maison, un code dans une conversation — ; elle décrit parfois un amant imaginé qui entre la nuit, des traces sur le corps du partenaire, des voisins complices. La personne ne demande pas d'aide pour sa jalousie : elle demande qu'on l'aide à prouver.

Ce qui oriente. La personne n'a aucun doute, même par moments ; ses preuves sont d'une nature étrange ; et d'autres signes psychotiques ou neurologiques peuvent être présents. Le syndrome d'Othello, du nom du personnage de Shakespeare, désigne ce délire de jalousie.

Ce que la recherche en dit. Parmi 14 309 patients hospitalisés en psychiatrie à Munich entre 2000 et 2008, 72 présentaient un délire de jalousie (0,5 %), avec une fréquence plus élevée dans la schizophrénie et les autres psychoses (1,3 %) ; un sur cinq était agressif à l'admission, contre 6,2 % de l'ensemble des patients (Soyka et Schmidt, 2011).

Ce que cela implique. Demandez un avis psychiatrique rapide, évaluez le danger pour le partenaire, et reportez-vous à Trouble délirant : manuel du thérapeute, dont les sections 9, 33 et 34 traitent spécifiquement de la jalousie.

Les autres situations qui relèvent d'ailleurs

Cinq autres situations se repèrent au même moment, et la section 9 en donne les critères : un trouble obsessionnel-compulsif centré sur la relation, où le doute porte sur ses propres sentiments plutôt que sur la fidélité de l'autre, ou dont la jalousie n'est qu'un thème parmi d'autres ; une jalousie inscrite dans un trouble de la personnalité, limite ou paranoïaque ; une jalousie liée à l'alcool ou aux stimulants ; une jalousie apparue avec une maladie neurologique, une démence ou un médicament, souvent tard dans la vie ; et une infidélité réelle (section 33). Chacune relève de son manuel ou d'une évaluation médicale, et la sécurité du partenaire s'y évalue de la même façon.

Les trois questions du tri

« Quand vous êtes calme, à distance d'une crise, à quel point êtes-vous sûr qu'il vous trompe, de 0 à 100 ? » Elle isole la conviction délirante : un « cent » stable, quel que soit le moment, change le manuel.

« Est-ce qu'il vous arrive de l'empêcher de faire quelque chose, de surveiller ses échanges ou ses déplacements, ou qu'il ait peur de vous ? » Elle isole le contrôle.

« Combien de temps par jour la jalousie vous prend-elle, entre les pensées, les vérifications et les discussions ? » Elle mesure l'emprise, en minutes plutôt qu'en impressions.

5. Les dimensions de la jalousie excessive

La jalousie n'est pas une émotion simple. Elle mêle la peur de perdre, la colère contre le partenaire ou le rival, l'humiliation, la tristesse, et souvent un doute sur sa propre valeur. En pratique, elle se décompose en cinq dimensions, qu'il faut explorer séparément parce qu'elles ne se travaillent pas de la même façon.

Les pensées : soupçons, scénarios, rumination

Ce que vous observez. Des soupçons déclenchés par des indices ambigus, développés en scénarios complets ; des questions sans réponse possible — « et s'il pensait à elle en ce moment ? » — ; une rumination sur le passé : les anciens partenaires, une scène de soirée d'il y a trois ans, une incohérence dans un récit. Pfeiffer et Wong (1989) appellent jalousie cognitive ce versant des pensées.

Ce qu'il faut préciser. La différence entre un soupçon qui porte sur un fait vérifiable une fois et une rumination qui tourne des heures sans rien produire. Seule la seconde se travaille comme une rumination (séance 7).

Les émotions

La personne ressent la peur de perdre, d'être abandonnée, d'être remplacée. Elle ressent la colère, contre le partenaire ou contre le rival, parfois contre elle-même, et l'humiliation et la honte, d'être trompée ou d'être aussi jalouse. Elle ressent aussi la tristesse, et le doute sur soi : « qu'est-ce qu'il a de plus que moi ? ». Leur intensité monte vite, en quelques secondes, et c'est dans cette montée que surviennent les comportements les plus coûteux (séance 8).

Les comportements tournés vers soi

La personne relit les échanges passés, consulte le profil public d'un ancien partenaire ou d'un collègue, cherche des informations sur internet, refait mentalement l'emploi du temps de l'autre, se compare. Ils soulagent quelques minutes et entretiennent le doute. Ils se réduisent par paliers (séances 4 et 5).

Les comportements tournés vers l'autre

Ceux qui sollicitent l'autre. La personne pose la même question dix fois, demande un serment, exige des détails, appelle jusqu'à ce qu'il réponde. Ce sont des demandes de réassurance ; elles se réduisent par paliers, avec l'accord du partenaire sur la façon d'y répondre (séances 4, 5 et 10).

Ceux qui empiètent sur sa liberté. La personne lit ses messages sans son accord, exige ses codes, le localise, fouille ses affaires, le suit, lui tend des pièges, lui interdit des personnes ou des activités, contrôle ses tenues. Ils ne se réduisent pas par paliers : ils s'arrêtent (section 15).

La frontière n'est pas toujours évidente. Une question posée une fois, à froid, sur un fait précis, est une conversation de couple. La même question posée pour la dixième fois à deux heures du matin est une demande de réassurance, et elle devient une contrainte quand l'autre ne peut pas aller dormir avant d'avoir répondu.

La surveillance numérique

Le téléphone et les réseaux sociaux ont démultiplié à la fois les déclencheurs et les moyens de vérifier. Tokunaga (2011) a proposé la notion de surveillance électronique interpersonnelle pour désigner l'usage des profils, des messageries et d'autres outils pour suivre un proche. Chez 308 étudiants canadiens, le temps passé sur un réseau social prédisait la jalousie liée à ce réseau au-delà des facteurs personnels et relationnels ; les auteurs y voient un cercle, les informations ambiguës découvertes en ligne poussant à y retourner (Muise et coll., 2009). Chez 250 adultes en couple, l'attachement anxieux prédisait à la fois cette jalousie et la surveillance du profil du partenaire (Marshall et coll., 2013). Ces études sont transversales. En pratique, la surveillance numérique se recherche avec précision : la personne n'y pense pas comme à une vérification, elle « regarde juste ».


Ce programme est réservé aux praticiens

Il s'adresse aux professionnels de la santé mentale et demande le dépôt d'un justificatif professionnel, puis un abonnement professionnel.

Ce que contient la suite

  • 6. Ce qui entretient la jalousie
  • 7. Le modèle qui guide ce programme
  • 8. Ce que disent les classifications
  • 9. Diagnostic différentiel et comorbidités
  • 10. Les autres risques
  • 11. Évaluer : l'entretien, les mesures, les relevés
  • 12. Ce que la recherche établit, et ce qui ne l'est pas
  • 13. La place du médicament
  • 14. Les objectifs du programme
  • 15. Le cadre thérapeutique
  • 16. Séance 1 — Évaluer, trier, sécuriser
  • 17. Séance 2 — Le partenaire, seul
  • 18. Séance 3 — Comprendre le cercle
  • 19. Séance 4 — Les vérifications et la réassurance
  • 20. Séance 5 — Laisser passer l'envie
  • 21. Séance 6 — Les pensées jalouses
  • 22. Séance 7 — La rumination et le doute
  • 23. Séance 8 — Point d'étape, et l'émotion qui monte
  • 24. Séance 9 — Ce qu'il y a dessous
  • 25. Séance 10 — À deux, sous conditions
  • 26. Séance 11 — Une vie à soi
  • 27. Séance 12 — Bilan, plan, rechute
  • 28. Les séances de rappel
  • 29. Vérifications et réassurance : la prévention de la réponse, en détail
  • 30. Les pensées et la rumination, en détail
  • 31. Les séances conjointes, en détail
  • 32. Évaluer et gérer le risque de violence, en détail
  • 33. Les situations particulières
  • 34. Le partenaire et l'entourage
  • 35. Quand ça ne suffit pas
  • 36. Adapter selon le contexte
  • 37. Ce qui n'a pas fait ses preuves, ou ce qui nuit
  • 38. Les fiches et comment les utiliser
  • 39. Fidélité : les huit points à ne pas lâcher
  • 40. Conclusion
  • 41. Questions fréquentes
  • 42. Références

Questions fréquentes

Dois-je vraiment recevoir le partenaire ? Vous le proposez systématiquement, pour sa sécurité, et vous le recevez seul. Si le patient refuse, vous ne le forcez pas, mais vous le notez et vous revenez à la question de la peur. Sections 3 et 17.

Le patient me demande si je pense qu'elle le trompe. Que répondre ? Répondez que vous n'en savez rien, que personne ne peut lui apporter cette certitude, et que la chercher est ce qui l'épuise. Puis vous revenez à ce que le doute lui fait faire. Section 15.

Et s'il a raison ? Évaluer la plausibilité fait partie du travail. Un fait se reconnaît comme tel ; il change la question, qui devient celle de la confiance, mais il ne justifie ni la surveillance ni le contrôle. Section 33.

Peut-on faire une thérapie de couple à la place ? Quand la jalousie n'est qu'un des problèmes d'une relation qui va mal pour les deux, sans violence ni contrôle, une thérapie de couple peut être plus adaptée. En présence de violences, de peur ou de contrôle, non. Sections 2 et 31.

Que faire si le patient a été violent ? Des gestes isolés, sans contrôle ni peur installée, permettent le programme sous quatre conditions, sans séance conjointe. Un contrôle coercitif, une peur installée ou des violences répétées orientent vers un dispositif pour auteurs. Des signes de danger élevé imposent une conduite d'urgence. Sections 3 et 32.

Suis-je obligé de signaler ? Cela dépend du pays, de votre profession et de la situation. Dans la plupart des pays, le secret cède devant un danger grave et imminent pour une personne, les violences envers un enfant peuvent ou doivent être signalées, et certains pays permettent aux professionnels de santé de signaler des violences conjugales qui mettent la vie en danger immédiat. Renseignez-vous sur la loi et le code de déontologie du pays où vous exercez. Section 32.

Les fiches à télécharger

Les exercices de ce programme, en PDF à imprimer. Réservés aux membres.

Voir les formulesLes fiches à imprimer sont incluses dans l'accès.
  1. 01Mon relevé de jalousieQuand la jalousie prend le dessus, ce qu'elle me fait faire, et combien de temps.
  2. 02Mon cercle et mon engagementCe que j'arrête aujourd'hui, et ce qui entretient ma jalousie.
  3. 03Mes vérifications et mes questionsTout ce que je fais pour calmer la jalousie, et par où commencer.
  4. 04Laisser passer l'envieL'envie de vérifier monte, puis redescend, si je ne lui obéis pas.
  5. 05Examiner une penséeUn fait, une interprétation, et tout ce qu'il y a entre les deux.
  6. 06Quand l'émotion monteNe rien décider au sommet de la vague, et ce qu'il y a dessous.
  7. 07Ma vie à moi, et nos accordsDes appuis en dehors du couple, et des règles qui valent pour les deux.
  8. 08Pour le partenaireCe que fait le programme, ce qui aide, et ce qu'on ne vous demande pas.
  9. 09Mon plan pour la suiteIl y aura d'autres soirées difficiles. Ce plan est fait pour elles.

Toutes les fiches en un seul fichier, avec sommaire.

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