1. Le programme en un coup d'œil
Indication. Une détresse conjugale durable chez deux partenaires adultes, de tout sexe et de toute orientation, qui souhaitent l'un et l'autre travailler sur leur relation ou au moins décider de son avenir, et chez qui les entretiens individuels n'ont mis en évidence ni contrôle coercitif, ni peur de l'un envers l'autre, ni violence qui interdise le travail conjoint (section 9).
Modèle de référence. Les thérapies comportementales de couple : la forme traditionnelle, centrée sur le changement — échanges positifs, communication, résolution de problèmes —, et la forme intégrative décrite par Jacobson et Christensen, qui y ajoute l'acceptation des différences qui ne changeront pas. Le protocole emprunte à la thérapie cognitivo-comportementale de couple le travail sur les attributions et les attentes (section 4), et à la thérapie centrée sur les émotions (section 12) l'attention portée aux émotions qui se cachent sous le cycle des disputes.
Format. Dix-huit séances de 60 à 75 minutes, conjointes sauf les deux entretiens individuels ; la première et la quatrième durent 90 minutes. Hebdomadaires jusqu'à la séance 12, puis tous les quinze jours : cinq à six mois au total. Deux séances de rappel, à un mois et à trois mois.
Mécanisme visé. Non pas faire disparaître les désaccords, mais obtenir trois changements : interrompre le cycle qui transforme chaque désaccord en affrontement ou en retrait (section 5), augmenter ce que chacun fait pour l'autre, et faire que les différences qui resteront soient vécues comme des différences plutôt que comme des attaques.
| Séance |
Objet |
Livrable de séance |
| 1 |
La première rencontre à trois |
Demande de chacun, cadre et règle des secrets posés |
| 2 |
Entretien individuel : premier partenaire |
Sécurité évaluée seul, engagement, santé |
| 3 |
Entretien individuel : second partenaire |
Sécurité évaluée seul, engagement, santé |
| 4 |
La formulation partagée |
Formulation reconnue par les deux, décision de traitement |
| 5 |
Le cycle des disputes |
Cycle dessiné et nommé, pause convenue |
| 6 |
Ce que chacun peut changer |
Trois gestes choisis par chacun, un rituel |
| 7 |
Ce qu'il y a dessous |
Une sensibilité de chacun, dite et entendue |
| 8 |
Regarder le problème ensemble |
Un incident décrit à deux, sans reproche |
| 9 |
Parler et écouter |
Une conversation difficile menée en séance |
| 10 |
Commencer autrement, réparer |
Une réparation faite et acceptée |
| 11 |
Résoudre un problème ensemble |
Un accord écrit, à l'essai |
| 12 |
Le point d'étape |
Mesures refaites, suite décidée |
| 13 |
Les sujets qui reviennent |
Un arrangement sur le sujet le plus chaud |
| 14 |
Les blessures qui ne passent pas |
Une blessure racontée et reconnue |
| 15 |
Rester ou se séparer |
Une décision explicite, ou un délai daté |
| 16 |
Être parents ensemble |
Règles de coparentalité écrites |
| 17 |
Le couple mène la séance |
Une conversation conduite sans vous |
| 18 |
Bilan et prévention de la rechute |
Plan écrit, mesures refaites |
Ce que le couple emporte. Neuf fiches imprimables, listées à la section 44 : notre point de départ, notre cycle et la pause, ce qui nous différencie, ce que chacun fait pour l'autre, parler et écouter, résoudre un problème ensemble, décider et rester parents, notre plan pour la suite — et une fiche de sécurité, remise à chacun des deux, seul.
Ce qui distingue ce programme des autres manuels de ce site. Trois choses. Le patient n'est pas une personne mais une relation, et le thérapeute ne dit jamais qui a raison. La section 9 sur la violence et l'emprise, qui peut suspendre le travail conjoint avant même qu'il commence. Et le refus de faire du maintien du couple le critère de réussite : les séances 15 et 16 portent sur la décision et sur la séparation, parce qu'une partie des couples se séparera, et que la manière dont ils le feront compte, en particulier pour leurs enfants.
2. Avant de commencer
Les quatre décisions préalables
Y a-t-il de la violence, du contrôle ou de la peur ? C'est la section 9, et c'est la seule question qui puisse arrêter le programme. Elle ne se pose jamais devant l'autre partenaire.
Les deux partenaires viennent-ils pour la même chose ? L'un veut sauver le couple, l'autre est déjà à moitié parti : c'est fréquent, et cela ne se traite pas par une thérapie de couple ordinaire. Section 38.
Y a-t-il un trouble individuel qui passe avant ? Une dépression sévère, un risque suicidaire, une consommation d'alcool ou de drogue active, un épisode maniaque ou psychotique. Section 8.
Y a-t-il un secret qui fausse le travail ? Une liaison en cours, une décision de partir déjà prise, une dette cachée. La règle sur les secrets s'annonce avant les entretiens individuels, jamais après. Section 15.
Ce que ce programme ne traite pas
Il ne traite pas une relation d'emprise, que ce manuel appelle aussi contrôle coercitif. La thérapie de couple y est contre-indiquée. La section 9 dit ce qui se fait à la place, et le programme Emprise et contrôle : reconnaître et en sortir peut être indiqué à la personne concernée, avec les précautions qu'elle décrit.
Il ne traite pas seul un trouble individuel. Il peut en compléter le traitement.
Il ne traite pas un trouble sexuel constitué. La sexualité est abordée comme un sujet de couple à la séance 13 ; une dysfonction sexuelle relève d'une évaluation spécialisée.
Il ne remplace ni une médiation familiale ni un avocat. Quand un couple se sépare, le thérapeute aide à décider et à se séparer sans abîmer ; il ne règle ni les biens ni la résidence des enfants, et il ne rédige pas d'attestation qui prenne parti. Section 39.
Comment l'utiliser
Lisez l'ensemble avant la première séance, en particulier les sections 6, 9, 15, 35 et 36 : le modèle, la violence et l'emprise, le cadre, la formulation, et l'acceptation. Ce sont les cinq endroits où le traitement bascule.
Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce que vous dites, les erreurs fréquentes, et le critère de passage.
Trois avertissements propres à ce motif de consultation.
La violence ne se dit pas spontanément. Chez les couples qui consultent, les questionnaires et les entretiens cliniques en font apparaître chez plus de 60 %, mais moins de 10 % la signalent d'eux-mêmes comme un problème (Ehrensaft et Vivian, 1996). Elle n'apparaît que si on la cherche, par des questions précises, et avec chacun seul. Section 9.
Chacun attend de vous un verdict. Le donner, même une fois, même à mi-voix, fait perdre l'un des deux. Section 15.
Et la séance peut devenir la dispute. Une escalade qui se rejoue devant vous n'est pas un matériau utile : c'est une dispute de plus, avec un témoin. Vous l'interrompez.
3. Cinq situations à ne pas confondre
Cinq situations se présentent sous la même demande — « on n'arrive plus à se parler » — et elles n'appellent pas la même conduite.
1. La détresse conjugale
Ce que vous observez. Des disputes qui reviennent sur les mêmes sujets, ou au contraire un évitement et une distance ; des reproches, le sentiment de ne plus compter, l'impression de vivre en colocation ; une satisfaction qui s'effrite chez l'un ou chez les deux.
Ce qui oriente. Chacun peut dire non, voir ses proches, disposer de son argent, et s'exprimer en séance sans craindre ce qui suivra. Personne n'a peur de l'autre.
Ce que cela implique. C'est le programme décrit ici.
2. Le conflit qui déborde
Ce que vous observez. Des disputes qui montent jusqu'à des gestes — bousculer, jeter un objet, bloquer une porte —, souvent des deux côtés, sans domination générale de l'un sur l'autre.
Ce qui oriente. Les gestes surviennent au sommet de l'escalade, ne s'accompagnent pas d'un contrôle de la vie de l'autre, et personne ne vit dans la peur entre les disputes. C'est ce que le sociologue Michael Johnson a appelé la violence situationnelle (M. P. Johnson, 2008).
Ce que cela implique. Le travail conjoint reste possible, sous des conditions strictes : non-violence posée comme condition, plan de sécurité, vérification individuelle régulière. Section 9.
3. Le contrôle coercitif
Ce que vous observez. Un ensemble de comportements répétés — surveillance, isolement, contrôle de l'argent, dénigrement, menaces, contrainte sexuelle —, avec ou sans coups. Une personne qui guette l'humeur de l'autre avant de parler.
Ce qui oriente. La peur et la perte de liberté. Le couple peut se présenter pour un « problème de communication », et c'est parfois la personne contrôlée qui demande la thérapie, parce qu'elle espère un lieu où l'autre changera.
Ce que cela implique. Pas de thérapie de couple. Section 9.
4. Un trouble individuel qui s'exprime dans le couple
Ce que vous observez. Une dépression qui rend irritable et fait tout voir en noir, une consommation d'alcool, un trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité qui fait de l'un le « parent » de l'autre, un stress post-traumatique, une jalousie envahissante — et, plus rarement, une jalousie délirante.
Ce qui oriente. Les difficultés ont commencé ou se sont aggravées avec le trouble, et elles se retrouvent hors du couple.
Ce que cela implique. Le trouble se traite individuellement ; la thérapie de couple vient en complément, parfois en parallèle. Section 8. Une jalousie délirante appelle un avis psychiatrique et une évaluation du danger, pas une thérapie de couple. Pour une jalousie envahissante qui n'est pas délirante, le manuel Jalousie maladive : manuel du thérapeute décrit un protocole individuel de douze séances, avec une rencontre du partenaire seul et une séance conjointe optionnelle, qui place la sécurité au premier plan.
5. Une décision déjà prise
Ce que vous observez. L'un des deux vient « pour que l'autre ne soit pas seul » quand il partira, ou pour pouvoir dire qu'il a tout essayé. Il ne fait pas les exercices et ne parle jamais de l'avenir.
Ce qui oriente. Ce qui se dit en entretien individuel : « je suis déjà parti », « j'ai quelqu'un », « je veux juste que ça se passe bien ».
Ce que cela implique. Pas une thérapie de couple, mais un travail de décision ou l'accompagnement d'une séparation. Sections 38 et 39.
Les trois questions du tri
« Qu'est-ce que chacun de vous espère de ce travail ? » Posée à deux, elle fait apparaître les écarts de projet.
« Est-ce qu'il vous arrive d'avoir peur de votre partenaire ? » Posée seul, jamais devant l'autre. Elle isole la situation 3.
« Où en êtes-vous, vous, de votre envie de continuer ? » Posée seul, elle fait apparaître la situation 5.
4. Les dimensions de la détresse conjugale
Ce qui se voit : les comportements
L'escalade. Chacun répond à l'attaque par une attaque un peu plus forte, et la dispute quitte son sujet de départ.
La poursuite et le retrait. L'un demande, critique, insiste ; l'autre évite, se défend, se tait ou s'en va. Chaque mouvement alimente l'autre. Les travaux de Christensen et Heavey (1990) montrent que la position dépend en partie de qui veut le changement : chacun tend à poursuivre quand c'est lui qui demande, et à se retirer quand c'est l'autre. Les rôles ne sont donc pas seulement des traits de caractère.
L'évitement mutuel. Les sujets qui fâchent ne sont plus abordés ; la paix est préservée et les rancœurs s'accumulent.
Le désengagement. Plus de disputes, plus de projets, deux vies parallèles. C'est souvent le stade le plus tardif et le plus trompeur : le calme n'y est pas un bon signe.
Les attitudes corrosives. Les observations de couples en conflit de Gottman (1994) ont associé à la séparation quatre attitudes : la critique qui vise la personne, le mépris, la défensive et le retrait qui ferme la discussion.
Ce qui se pense : les attributions et les attentes
Le partenaire en détresse attribue les comportements négatifs de l'autre à des causes durables et intentionnelles — « il le fait exprès », « elle s'en moque » — et ses comportements positifs à des causes passagères ou intéressées. La mémoire devient sélective. Des normes implicites — « si tu m'aimais, tu saurais » — transforment chaque écart en preuve. Ces processus sont au cœur de la thérapie cognitivo-comportementale de couple (Epstein et Baucom, 2002).
Ce qui se ressent
La colère, la rancune, la tristesse, la solitude à deux, le sentiment de ne pas compter, la peur d'être abandonné ou au contraire envahi, la honte, et parfois l'apathie. Sous la colère de celui qui poursuit, on trouve souvent la peur de ne pas compter ; sous le retrait de l'autre, souvent la peur de mal faire ou d'être submergé.
Ce qui s'efface
Les moments agréables, la tendresse, la sexualité, l'intérêt pour la vie de l'autre, l'humour. C'est la réserve dans laquelle un couple puise quand ça va mal ; vide, elle fait de la moindre remarque une attaque.
Ce qui touche chacun
Dans une enquête en population générale, la détresse conjugale était associée aux troubles anxieux, aux troubles de l'humeur et aux troubles liés à l'alcool (Whisman, 2007). Une étude transversale ne dit pas le sens du lien, et en clinique il va dans les deux sens. Mais cela suffit à imposer une évaluation individuelle de chacun.
5. Ce qui entretient la détresse
Le cycle
Chaque comportement de l'un est le déclencheur du comportement de l'autre. Celui qui poursuit le fait parce que l'autre se retire ; celui qui se retire le fait parce que l'autre poursuit. Chacun voit son propre comportement comme une réponse, et celui de l'autre comme la cause. Le cycle est stable parce que chacun a une bonne raison de faire ce qu'il fait.
Le piège de vouloir changer l'autre
Les couples arrivent le plus souvent après des années d'efforts pour obtenir que l'autre change. Ces efforts — reproches, insistance, conditions, bouderies — ont un effet paradoxal : ils durcissent la position de l'autre, qui se défend, et ils creusent la différence qu'ils voulaient réduire. La littérature intégrative décrit cette polarisation, et le sentiment d'être pris au piège qui l'accompagne (Jacobson et Christensen, 1996 ; Christensen et coll., 2020).
Les attributions qui transforment chaque geste en preuve
Une fois installée l'idée que l'autre est égoïste ou indifférent, les gestes positifs ne comptent plus et les gestes négatifs confirment tout. Le changement réel de l'un peut passer inaperçu pendant des semaines.
L'érosion du renforcement
Les échanges agréables diminuent, les échanges désagréables augmentent, et la relation cesse d'être une source de plaisir pour devenir une source de coût. C'est le point de départ historique de la thérapie comportementale de couple (Jacobson et Margolin, 1979).
Le stress qui vient d'ailleurs
Travail, argent, jeunes enfants, maladie, deuil, déménagement : le stress extérieur se déverse dans la relation, rend chacun plus irritable et moins attentif, et rend insupportables des différences jusque-là tolérées.
Les problèmes perpétuels traités comme solubles
Beaucoup de désaccords durables viennent de différences stables de personnalité ou de besoins — proximité et distance, ordre et désordre, dépense et épargne. Les traiter comme s'ils pouvaient être réglés une fois pour toutes produit un échec répété, et chaque échec aggrave le cycle.
Le cercle complet
Une différence réelle touche une sensibilité. La sensibilité produit une réaction. La réaction déclenche celle de l'autre. Les efforts de chacun pour changer l'autre creusent l'écart entre eux. Les attributions hostiles se figent. Le stress extérieur accélère le tout. Et la réserve de moments positifs se vide.
C'est le schéma que vous restituez à la séance 4.
Questions fréquentes
Faut-il vraiment voir chaque partenaire seul, même quand tout semble aller ?
Oui. C'est la seule manière de dépister la violence et le contrôle sans exposer personne, et ce n'est possible que si cela se fait chez tous les couples. Section 9.
Que faire si l'un me révèle une liaison en entretien individuel ?
Vous ne la révélez pas. Vous rappelez la règle annoncée : pas de thérapie de couple tant que la liaison dure, et vous l'aidez à y mettre fin ou à la dire, dans un délai convenu. Section 37.
Les deux décrivent des violences réciproques. Est-ce de la violence situationnelle ?
Pas forcément. Le nombre de gestes ne dit rien de la peur ni du contrôle. C'est l'entretien individuel qui tranche, et en cas de doute on considère qu'il s'agit de contrôle.
Le couple me demande qui a raison.
Vous répondez que vous ne le direz pas, et pourquoi : le cycle a deux moitiés, et le verdict ferait perdre l'un des deux.
L'un veut partir, l'autre veut une thérapie de couple.
Commencez par un travail de décision bref, section 38, et non par une thérapie ordinaire.
Peut-on faire une thérapie de couple quand l'un boit ?
Dans le cadre d'un traitement de l'alcool, les approches de couple centrées sur la consommation ont des données favorables. Pas si la consommation, associée aux violences, n'est pas prise en charge.
Combien de séances ?
Dix-huit sur cinq à six mois dans ce protocole, dans l'ordre de grandeur des études et des recommandations. Moins pour un travail de décision, davantage après une infidélité récente.
La séance dégénère devant moi. Que faire ?
L'interrompre. Faire parler chacun à vous, ralentir, proposer la pause, voir chacun seul quelques minutes si nécessaire. Une escalade rejouée n'est pas un matériau thérapeutique.
Le couple se sépare en cours de thérapie. Ai-je échoué ?
Non. Une séparation décidée et menée sans escalade, qui protège les enfants, est un résultat légitime. Les séances 15 et 16 sont faites pour cela.
Ce protocole convient-il aux couples de même sexe ?
Oui. Les processus de couple sont largement les mêmes, mais les essais ont presque tous porté sur des couples hétérosexuels. Section 41.