Enfants & parentsPour un proche60 min de lecture

Accompagner un enfant ou un adolescent dans la séparation de ses parents

Comment l'annoncer, ce qu'un enfant vit selon son âge, comment organiser deux maisons — et ce que la recherche désigne comme le vrai danger : ce n'est pas la séparation elle-même, et vous avez prise dessus.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

En bref

Ce guide s'adresse à un parent qui se sépare, à un beau-parent, à un grand-parent, à un enseignant ou à un professionnel qui accompagne un enfant ou un adolescent pendant une séparation parentale. Il expose ce que la recherche a établi : ce qu'un enfant comprend et ressent selon son âge, ce qui prédit réellement comment il s'en sortira, les mots pour annoncer la séparation, l'organisation de la vie entre deux maisons, la place de l'autre parent, et les situations qui demandent autre chose — la violence, le refus de voir un parent, la famille recomposée. Il indique aussi précisément quand consulter, et quoi demander.

Thématique
Enfants & parents
Pour qui
Pour un proche
Langues
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Le programme

Ce guide accompagne, il ne remplace personne. La grande majorité des enfants dont les parents se séparent n'ont besoin ni de diagnostic ni de traitement : ils ont besoin d'adultes qui les protègent du conflit et restent fiables. Une minorité développe des difficultés durables qui se traitent — la section 22 dit comment les reconnaître et quoi demander. S'il y a de la violence dans le couple, ou si vous ou l'enfant êtes en danger, ce guide ne s'applique pas tel quel : lisez d'abord la section 17, et contactez sans attendre les services d'urgence ou une ligne d'aide aux victimes de votre région. Si l'enfant ou l'adolescent parle de mourir ou se fait du mal, ou si vous-même pensez à mourir, appelez votre médecin le jour même. Comptez soixante minutes de lecture.

L'avertissement du début des ressources est masqué.

1. Avant de commencer

Vous vous séparez, ou c'est déjà fait. Et au milieu de tout ce que cela remue — la colère, la tristesse, le soulagement parfois, les questions d'argent, de logement, d'avocat —, il y a un enfant. Peut-être plusieurs.

Vous ne savez pas comment le lui dire. Vous ne savez pas s'il vaut mieux une semaine sur deux ou un week-end sur deux. Vous ne savez pas pourquoi il pleure en partant chez l'autre, ni pourquoi il revient insupportable, ni pourquoi votre adolescente a pris le parti de l'autre parent et ne vous adresse plus la parole.

Et vous avez peut-être peur, au fond, de lui avoir fait quelque chose d'irréparable.

Trois choses, tout de suite.

La séparation n'abîme pas un enfant pour la vie. La plupart des enfants de parents séparés vont bien à moyen terme, et la majorité ne se distingue pas, à l'âge adulte, des enfants dont les parents sont restés ensemble. Ce n'est pas une consolation de politesse : c'est ce que montrent les grandes études de suivi.

Les premiers mois sont difficiles, et c'est normal. Tristesse, colère, régression, baisse scolaire : la plupart de ces réactions sont attendues, et elles s'atténuent en général au cours des deux premières années.

Et ce qui pèse le plus sur la suite, ce n'est pas la séparation elle-même : c'est le conflit entre les parents, et la qualité de la parentalité qui se maintient ou non de chaque côté. C'est le résultat le plus solide de tout ce domaine. Il change complètement la manière de comprendre votre rôle, parce que le conflit, contrairement à la séparation, est quelque chose sur quoi vous avez prise. La section 2 y revient, la section 7 le détaille, et les sections 13 et 14 en tirent les conséquences.

Une phrase à garder

Ce n'est pas la séparation qui abîme le plus un enfant. C'est la guerre qui la précède, l'accompagne ou la suit. Et la guerre, contrairement à la séparation, peut s'arrêter.

2. Ce qui compte le plus

Commençons par le résultat le plus utile, parce qu'il réorganise tout le reste.

Les deux facteurs qui pèsent le plus

Les recherches sur les enfants de parents séparés convergent : ce qui prédit le mieux l'évolution d'un enfant n'est pas le fait que ses parents se séparent, ni son âge au moment de la séparation, ni même, dans une large mesure, le mode de garde retenu.

Ce sont deux choses.

Le conflit entre les parents — sa fréquence, son intensité, la manière dont il se règle ou non, et surtout le fait que l'enfant y soit exposé ou pris dedans.

La qualité de la parentalité — la chaleur, la disponibilité, et un cadre cohérent, chez le parent avec qui l'enfant vit le plus, et autant que possible chez l'autre.

Les autres facteurs connus comptent aussi, et on y reviendra : la baisse de niveau de vie, l'accumulation de changements, la perte de contact avec un parent, la santé psychologique des adultes. Mais ces deux-là sont les plus robustes, et ils ont une propriété précieuse : on peut agir dessus.

La preuve qu'on peut agir

Le programme d'accompagnement des parents séparés le mieux évalué dans ce champ a été testé par un essai randomisé — les familles étaient tirées au sort pour suivre ou non le programme —, avec un suivi remarquablement long. Il ne travaille pas avec les enfants : il travaille avec le parent, sur deux choses précises — la chaleur de la relation et une discipline cohérente —, et sur la manière de protéger l'enfant du conflit.

Et il améliore les résultats des enfants : moins de difficultés psychologiques dans les mois qui suivent, et des bénéfices encore mesurables six ans plus tard, à l'adolescence, et pour certains jusqu'à l'âge adulte.

C'est le même enseignement que pour les enfants en deuil (voir notre programme Accompagner un enfant ou un adolescent en deuil), et il vaut ici plus encore : ce que vous faites en tant que parent n'est pas un accompagnement de la difficulté, c'est le traitement le mieux démontré.

Les trois conséquences pratiques

Protéger l'enfant du conflit passe avant tout le reste. Avant la répartition des vacances, avant la question de qui avait raison. C'est la section 7, puis les sections 13 et 14.

La stabilité du quotidien pèse plus que le calendrier parfait. Des horaires tenus, des règles maintenues, une école inchangée si possible comptent davantage qu'un partage au jour près.

Et vous occuper de vous n'est pas un luxe. Un parent épuisé, déprimé ou absorbé par la bataille a moins de disponibilité pour l'enfant. C'est la section 15.

Ce que cela ne veut pas dire

Cela ne veut pas dire que vous devez être d'accord avec l'autre parent, ni l'apprécier, ni communiquer chaleureusement avec lui. On peut protéger un enfant du conflit en ayant avec son ex une relation froide, strictement organisée, presque administrative. C'est même souvent la meilleure solution — la section 14 l'explique.

Et cela ne veut pas dire que tout dépend de vous. Vous ne contrôlez pas l'autre parent. Vous contrôlez votre part : ce que vous dites, ce que vous faites devant l'enfant, ce que vous lui demandez de porter. C'est déjà beaucoup.


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Ce que contient la suite

  • 3. Ce que vit l'enfant, selon l'âge
  • 4. À quoi ressemble la détresse d'un enfant
  • 5. L'adolescent, c'est autre chose
  • 6. Ce que montrent les études
  • 7. Le conflit : ce qui fait réellement du mal
  • 8. Annoncer la séparation : les mots exacts
  • 9. Répondre aux questions
  • 10. La culpabilité et l'espoir de réconciliation
  • 11. Deux maisons : organiser la résidence
  • 12. Tenir le cadre
  • 13. Protéger le lien avec l'autre parent
  • 14. Communiquer entre parents : coopérer ou fonctionner en parallèle
  • 15. Prendre soin de vous
  • 16. L'école et les dates
  • 17. Quand il y a de la violence
  • 18. Quand un enfant refuse d'aller chez l'autre parent
  • 19. Le nouveau conjoint et la famille recomposée
  • 20. L'éloignement, et le parent qui disparaît
  • 21. Les erreurs fréquentes et bien intentionnées
  • 22. Quand consulter, et quoi demander
  • 23. Questions fréquentes
  • 24. Sources et fondements

Questions fréquentes

Il ne dit rien, il a l'air d'aller très bien. Est-ce qu'il a compris ? Probablement. Beaucoup d'enfants réagissent peu sur le moment, ou gardent leurs inquiétudes pour eux. Ce qui compte est qu'il sache qu'il peut en parler, et que vous restiez attentif aux signes indirects : sommeil, école, humeur. Section 4.

Il pleure à chaque fois qu'il part chez son père. Faut-il arrêter ? Pas nécessairement. Les réactions aux transitions sont fréquentes et ne signifient pas que l'autre maison est mauvaise. Si l'enfant se calme vite une fois arrivé, c'est rassurant. S'il exprime une peur précise ou décrit des faits inquiétants, c'est différent. Sections 4 et 18.

À partir de quel âge peut-il choisir où il vit ? Il n'existe pas d'âge magique, et le droit varie selon les pays. Son avis doit compter de plus en plus avec l'âge, fortement à l'adolescence, mais la décision reste celle des adultes. Section 11.

La résidence alternée, c'est mieux ? En moyenne, les enfants en résidence alternée vont bien, mais les parents qui la choisissent sont souvent ceux qui s'entendent le mieux. Elle convient mieux quand les parents habitent près l'un de l'autre et que le conflit est contenu. Aucune formule n'est la meilleure pour tous. Section 11.

Il dit qu'il préfère vivre chez l'autre. C'est fréquent, souvent passager, et souvent dit à chacun des parents à tour de rôle. Écoutez sans vous blesser ni vous justifier, cherchez ce qui se cache derrière — une règle, un ami, un conflit —, et ne réorganisez pas tout sur une phrase dite un soir de colère.

Faut-il lui dire que son père m'a trompée ? Non, pas pendant l'enfance, et en général pas à l'adolescence non plus. L'enfant a droit à la vérité sur ce qui le concerne, pas aux détails de la vie de couple. Section 9.

Dois-je l'emmener chez un psychologue ? Pas par principe. La plupart des enfants n'en ont pas besoin. Reportez-vous aux signes de la section 22. En revanche, un soutien pour vous, en tant que parent, a souvent plus d'effet sur l'enfant qu'un suivi pour lui.

Est-ce que je peux pleurer devant lui ? Oui, en nommant ce qui se passe et en montrant que vous vous en remettez. Ce qui est difficile pour lui, c'est de devenir votre consolateur.

L'autre parent ne respecte rien. Qu'est-ce que je peux faire ? Contrôler votre part : ne pas répondre devant l'enfant, garder une communication écrite et factuelle, noter les faits importants, et demander de l'aide — médiation, coordination parentale, avocat si nécessaire. Sections 13 et 14.

Est-ce que ça va l'abîmer pour toujours ? Non. C'est la question qui hante tous les parents qui se séparent, et la réponse des études de suivi est claire : la grande majorité des enfants de parents séparés vont bien à l'âge adulte. Ce qui fait la différence est en grande partie entre vos mains, et cela ne demande pas d'être parfait — seulement de protéger l'enfant du conflit, de rester un parent chaleureux et fiable, et de lui laisser aimer ses deux parents.

Les fiches à télécharger

Les exercices de ce programme, en PDF à imprimer. Réservés aux membres.

Voir les formulesLes fiches à imprimer sont incluses dans l'accès.
  1. 01D'abord, la sécuritéTout le reste du classeur suppose que l'enfant et chacun des parents sont en sécurité.
  2. 02Annoncer la séparationPréparer les mots avant de les dire. Ensemble si c'est possible sans conflit.
  3. 03Répondre aux questionsElles reviennent par vagues, souvent au pire moment. La vérité, pas les confidences.
  4. 04Deux maisonsUn calendrier écrit, des passages calmes, et le reste le plus stable possible.
  5. 05Tenir le cadreDe la chaleur, et une discipline cohérente : les deux ingrédients qui améliorent les résultats des enfants.
  6. 06Protéger l'enfant du conflit, et son lien avec l'autre parentCe qui fait du mal n'est pas le désaccord : c'est le conflit sans fin, centré sur lui, et dans lequel on l'implique.
  7. 07Communiquer entre parentsPas besoin d'être amis : une manière de fonctionner qui protège l'enfant.
  8. 08Prendre soin de vous, l'école, les datesLa qualité de votre parentalité est l'un des deux facteurs qui pèsent le plus.
  9. 09Le refus d'y aller, et quand consulterLes difficultés des premiers mois sont attendues. Certaines ne le sont pas.

Toutes les fiches en un seul fichier, avec sommaire.

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