TraumaPour soi55 min de lecture

Le stress post-traumatique : comprendre et se reconstruire

Des images qui reviennent sans prévenir, des nuits hachées, des lieux qu'on n'approche plus, et le sentiment que le danger n'est jamais tout à fait passé. Ce guide explique ce qui distingue les réactions normales des premières semaines d'un stress post-traumatique installé, ce qui l'entretient, et quels traitements ont fait leurs preuves. Il propose ensuite une méthode concrète pour reprendre pied au quotidien, qui prépare et soutient le travail mené avec un thérapeute.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

En bref

Ce guide s'adresse aux adultes qui ont vécu un événement grave, récent ou ancien, et qui n'arrivent pas à le laisser derrière eux, ainsi qu'à leurs proches. Il explique en mots simples ce qu'est le trouble de stress post-traumatique, pourquoi il s'installe chez certaines personnes et pas chez d'autres, et ce que la recherche a établi sur les traitements, des thérapies centrées sur le traumatisme à l'EMDR. Il propose ensuite une méthode en six étapes pour comprendre ses déclencheurs, revenir dans le présent, réduire l'évitement, reprendre ses activités, desserrer la culpabilité et retrouver le sommeil, sans jamais demander de revisiter seul le souvenir. Il dit enfin quand consulter, vers qui se tourner, et ce qui passe avant tout le reste : votre sécurité.

Thématique
Trauma · Anxiété · Sommeil
Pour qui
Pour soi
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si vous pensez à mourir ou à vous faire du mal, parlez-en le jour même à un médecin, à un proche ou à une ligne de prévention du suicide ; en cas de danger immédiat, appelez les services d'urgence de votre pays. Si vous êtes encore exposé à un danger, par exemple à des violences dans votre foyer, votre sécurité passe avant tout le reste : la section 20 dit par où commencer. Ce guide ne vous demande jamais de raconter ni de revivre seul ce qui vous est arrivé ; si sa lecture devient trop difficile, faites une pause. Si vous buvez beaucoup chaque jour, n'arrêtez pas brutalement sans avis médical, et ne modifiez jamais seul un traitement prescrit. Comptez cinquante-cinq minutes de lecture.

L'avertissement du début des ressources est masqué.

1. Avant de commencer

Huit mois ont passé depuis l'accident. Ce jour-là, au rond-point, une camionnette vous a percuté par le côté, et pendant quelques secondes vous avez cru mourir. Les blessures ont guéri. Le reste, non. Un coup de klaxon dans la rue, et votre cœur s'emballe avant même que vous ayez compris pourquoi. Vous revoyez la calandre blanche, vous entendez le bruit de la tôle. Vous prenez désormais le bus, par un trajet qui double le temps de route, et vous ne passez plus par ce quartier. Vos nuits sont hachées. Vous sursautez quand une porte claque, vous vous emportez contre vos enfants pour un verre renversé, et votre compagne vous a dit hier soir, sans méchanceté : « ça fait quand même longtemps, maintenant ».

Votre histoire est peut-être tout autre : une agression dans un parking, des années de violence à la maison, la mort brutale d'un proche, une intervention de secours qui a mal tourné, un accouchement où tout a basculé. Peut-être aussi lisez-vous ce guide pour quelqu'un que vous aimez et que vous ne reconnaissez plus.

Trois choses, tout de suite.

Ce que vous vivez est une réaction connue, pas une faiblesse. Les images qui reviennent, l'alerte permanente, l'envie d'éviter tout ce qui rappelle l'événement viennent d'un système de défense qui a fonctionné au moment du danger et ne s'est pas éteint ensuite. Quand ces réactions durent, elles portent un nom : le trouble de stress post-traumatique, ou TSPT.

La plupart des réactions des premières semaines s'apaisent d'elles-mêmes, et celles qui durent se traitent bien. Des psychothérapies ont fait leurs preuves dans de nombreux essais, y compris quand l'événement est ancien.

Votre sécurité passe avant tout le reste. Si le danger n'est pas terminé, par exemple si vous vivez encore avec la personne qui vous fait du mal, la priorité est de vous protéger.

La méthode de ce guide prépare et soutient le travail mené avec un thérapeute, sans le remplacer : le travail sur le souvenir lui-même se fait avec un professionnel formé, et la section 9 explique pourquoi.

2. Ce qu'on appelle un événement traumatique

Une définition étroite, pour une bonne raison

Les cliniciens emploient le mot « traumatique » dans un sens plus étroit que le langage courant. Le manuel diagnostique de l'Association américaine de psychiatrie, le DSM-5-TR, qui sert de référence dans de nombreux pays, parle d'événement traumatique quand une personne a été confrontée à la mort, à une menace de mort, à une blessure grave ou à des violences sexuelles. On peut l'avoir vécu soi-même, en avoir été le témoin direct, l'avoir appris au sujet d'un proche quand l'événement était violent ou accidentel, ou avoir été confronté de façon répétée, dans son travail, aux détails les plus durs de ces événements, comme les secouristes, les policiers ou les soignants. Cette définition est ici reformulée en mots simples, pas recopiée.

Le National Institute for Health and Care Excellence, ou NICE, l'organisme public qui fixe les bonnes pratiques médicales au Royaume-Uni, cite parmi ses exemples les accidents graves, les agressions, les maltraitances dans l'enfance ou dans le couple, la guerre et la torture, mais aussi les problèmes de santé graves et les accouchements difficiles.

Fréquent, mais pas avec le même risque

Dans les enquêtes de l'Organisation mondiale de la santé, ou OMS, menées dans vingt-quatre pays, environ sept adultes sur dix avaient vécu au moins un événement traumatique. Le risque de développer ensuite un TSPT était le plus élevé après des violences commises par d'autres personnes, en particulier les violences sexuelles.

Ce qui n'entre pas dans cette définition

Une rupture, un licenciement ou une humiliation ne sont pas des événements traumatiques au sens des classifications. Ils font souffrir et méritent de l'aide, mais leurs conséquences, souvent une dépression, une anxiété ou un deuil difficile, relèvent d'autres approches, elles aussi efficaces. Si votre souffrance ressemble davantage à un moral éteint qu'à des images qui reviennent, Comprendre la dépression vous sera sans doute plus utile que ce guide.


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Ce que contient la suite

  • 3. Les premières semaines : des réactions normales
  • 4. Ce qui aide dans les premières semaines, et ce qui n'aide pas
  • 5. Le stress post-traumatique installé
  • 6. Ce qui entretient le trouble
  • 7. Les traitements qui ont fait leurs preuves
  • 8. Ce que la recherche n'établit pas
  • 9. La méthode : ce qu'elle fait, et ce qu'elle laisse au thérapeute
  • 10. Étape 1 : comprendre ses déclencheurs
  • 11. Étape 2 : revenir dans le présent
  • 12. Étape 3 : réduire l'évitement par petites étapes
  • 13. Étape 4 : reprendre les activités
  • 14. Étape 5 : la culpabilité et la honte
  • 15. Étape 6 : le sommeil et les cauchemars
  • 16. Le trauma complexe
  • 17. La dissociation
  • 18. Les idées suicidaires
  • 19. L'alcool, le cannabis et les médicaments pour tenir
  • 20. Quand la violence dure encore
  • 21. Les situations particulières
  • 22. Les proches
  • 23. Quand consulter, et vers qui
  • 24. Huit semaines, pas à pas
  • 25. Questions fréquentes
  • 26. À retenir
  • 27. Sources et fondements

Questions fréquentes

Je n'ai pas été blessé, j'ai seulement assisté à la scène. Puis-je avoir un TSPT ? Oui. Être le témoin direct d'un événement où quelqu'un meurt ou risque de mourir fait partie des situations reconnues, tout comme apprendre la mort violente ou accidentelle d'un proche.

Pourquoi moi, alors que d'autres qui ont vécu la même chose vont bien ? Parce que le risque dépend de facteurs qui, pour beaucoup, ne dépendent pas de vous, comme ce que vous avez ressenti pendant l'événement ou le soutien reçu ensuite. Développer un TSPT ne dit rien de votre courage.

Ça s'est passé il y a quinze ans. Est-ce trop tard ? Non. Les thérapies centrées sur le traumatisme sont efficaces sur des événements anciens, et un souvenir incomplet n'empêche pas d'être soigné.

Est-ce que je devrai tout raconter ? Le traitement revient sur le souvenir, mais à votre rythme, de façon préparée, avec quelqu'un à côté de vous. La thérapie du processus cognitif peut même se faire sans récit écrit. En revanche, éviter durablement le souvenir l'empêche de se ranger, comme l'explique la section 6.

Faut-il parler tout de suite après l'événement pour éviter le traumatisme ? Parler à quelqu'un de sûr, si vous le souhaitez, aide. Être obligé de tout raconter dans une séance unique, peu après les faits, n'a pas montré de bénéfice et a nui à certaines personnes dans les essais.

L'EMDR, est-ce sérieux ? Oui, elle fait partie des traitements recommandés. Son mécanisme reste débattu, mais son efficacité est établie, et vous pouvez la préférer à une TCC centrée sur le traumatisme.

Les médicaments peuvent-ils suffire ? Certains antidépresseurs sont une option si vous préférez un traitement médicamenteux, mais les recommandations placent les psychothérapies centrées sur le traumatisme en premier. La décision se prend avec le médecin.

Je prends un tranquillisant depuis l'événement. Dois-je l'arrêter ? Pas de vous-même. Les benzodiazépines ne traitent pas le TSPT et peuvent gêner la thérapie, mais un arrêt brutal comporte des risques : votre médecin peut organiser une diminution progressive.

Pourquoi suis-je si irritable avec ceux que j'aime ? Parce que l'alerte permanente abaisse le seuil de tolérance : le corps reste prêt à se défendre, et la moindre contrariété déclenche la réaction. L'irritabilité fait partie du trouble et diminue en général avec le traitement.

Puis-je suivre un traitement en ligne ? Dans certains cas, oui. Le NICE propose de l'envisager, accompagné par un professionnel, si vous le préférez, si l'événement remonte à plus de trois mois, si vos symptômes ne sont pas sévères et s'il n'y a ni dissociation importante ni risque pour vous-même ou pour autrui.

Est-ce que ça reviendra ? Les bénéfices des thérapies centrées sur le traumatisme se maintiennent en général dans le temps. Des souvenirs peuvent pourtant se réveiller lors d'une date anniversaire ou d'un procès ; c'est pourquoi les recommandations prévoient, si besoin, des séances de rappel autour des dates difficiles.

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