Dépression & humeurPour soi55 min de lecture

Ménopause : humeur, sommeil et bouffées de chaleur, ce que la psychologie peut faire

Les bouffées de chaleur en pleine réunion, les nuits coupées par les sueurs, une humeur qui vacille sans raison apparente : la périménopause peut secouer bien plus que le corps. Ce guide explique ce qui se passe, ce que disent les grandes études sur l'humeur et le sommeil, et ce que la thérapie cognitive et comportementale permet de changer, avec une méthode pas à pas pour les bouffées de chaleur, les nuits, le moral, le travail, l'image de soi et la sexualité.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

En bref

Ce guide s'adresse aux femmes, et à toutes les personnes, qui traversent la périménopause ou la ménopause, que celle-ci soit naturelle, précoce ou provoquée par un traitement. Il explique en mots simples ce qui change dans le corps, pourquoi les bouffées de chaleur gênent beaucoup plus certaines personnes que d'autres, et ce que les grandes études ont montré sur le sommeil, l'anxiété et le risque de dépression. Il décrit les traitements médicaux sans en nommer aucun, puis ce que la psychologie a démontré : la thérapie cognitive et comportementale des symptômes de la ménopause, que la recommandation britannique propose depuis 2024, celle de l'insomnie, et l'hypnose clinique. Il propose enfin une méthode concrète, semaine après semaine, et dit quand consulter sans attendre.

Thématique
Dépression & humeur · Sommeil · Anxiété
Pour qui
Pour soi
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si vous pensez à mourir, si vous avez le sentiment que les autres seraient mieux sans vous, parlez-en le jour même à votre médecin, à un proche ou à une ligne de prévention du suicide, souvent gratuite et joignable jour et nuit : renseignez-vous dès maintenant sur celle de votre pays. En cas de danger immédiat, appelez les services d'urgence de votre pays. Une humeur très basse ou une perte d'envie pour tout qui durent plus de deux semaines méritent un rendez-vous rapide, même si vous pensez que « c'est la ménopause ». Tout saignement vaginal qui survient après la ménopause, c'est-à-dire après douze mois sans règles, doit être montré à un médecin, même s'il est minime ou n'est arrivé qu'une fois : il est le plus souvent bénin, mais il peut être le signe d'un cancer, et sa cause doit donc être recherchée. Des palpitations nouvelles, c'est-à-dire un cœur que l'on sent battre plus vite, plus lentement ou plus fort que d'habitude, des règles qui deviennent nettement plus abondantes, ou des signes de ménopause avant quarante-cinq ans justifient aussi un avis médical (section 19). Ce guide ne nomme aucun médicament : tout traitement, hormonal ou non, se décide avec votre médecin, et ne modifiez jamais seule un traitement en cours. Comptez cinquante-cinq minutes de lecture.

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1. Avant de commencer

Il est trois heures du matin. Une chaleur part de la poitrine, monte au cou, envahit le visage. Deux minutes plus tard, vous êtes trempée ; cinq minutes après, vous grelottez. Vous changez de tee-shirt dans le noir pour ne réveiller personne, puis vous restez allongée à faire des calculs : plus que trois heures avant le réveil, et demain, c'est vous qui présentez le budget devant la direction. Vous savez déjà que la chaleur reviendra pendant la réunion, que votre cou rougira, et que vous aurez l'impression que tout le monde ne regarde que cela.

Le soir, vous vous entendez répondre sèchement à votre fils pour une chaussette qui traîne. Vous cherchez le prénom d'une collègue que vous connaissez depuis dix ans. Et une question revient : est-ce la fatigue, l'âge, les hormones, ou est-ce vous qui changez ?

Trois choses, tout de suite.

La ménopause n'est ni une maladie ni une fatalité. C'est une étape que traversent toutes les personnes dont les ovaires fonctionnent, et l'Organisation mondiale de la santé, ou OMS, rappelle qu'il ne s'agit pas d'une maladie. Cela ne veut pas dire qu'il faille tout endurer. Quand les symptômes pèsent sur vos nuits, votre travail ou votre moral, il existe des traitements médicaux et psychologiques qui ont fait leurs preuves, et vous avez le droit d'y recourir.

Ce qui pèse le plus n'est pas toujours le nombre de bouffées de chaleur, mais la façon dont elles sont vécues. Deux femmes qui en ont le même nombre par jour peuvent en souffrir très différemment, selon leur stress, leur sommeil, ce qu'elles en pensent et ce qu'elles font pour s'en protéger. C'est sur cette part-là que la psychologie agit, et ses effets ont été mesurés dans des essais rigoureux.

Une humeur qui s'effondre n'est pas « juste la ménopause ». Le risque de symptômes dépressifs augmente pendant la transition, surtout chez celles qui ont déjà connu une dépression. Une dépression se reconnaît et se soigne à cet âge comme aux autres, et l'attribuer d'office aux hormones retarde parfois les soins.

2. Ce qui se passe, en mots simples

Les mots

La ménopause, au sens strict, est un moment précis : celui des dernières règles. On ne peut la dater qu'après coup, quand douze mois se sont écoulés sans règles et sans autre explication. Selon l'OMS, elle survient le plus souvent entre quarante-cinq et cinquante-cinq ans.

La périménopause est la période qui l'entoure. Elle commence avec les premiers changements du cycle, se termine un an après les dernières règles, et dure souvent plusieurs années. C'est souvent elle que l'on vit le plus intensément. La post-ménopause désigne toutes les années qui suivent.

Ce qui change dans le corps

Les ovaires contiennent une réserve de follicules, les petites structures qui renferment les ovules et fabriquent l'essentiel des œstrogènes, les hormones qui règlent notamment le cycle menstruel. Avec l'âge, cette réserve s'épuise. Pendant la périménopause, la production d'œstrogènes ne baisse pas régulièrement : elle fluctue, monte et redescend, avant de diminuer pour de bon. C'est ce qui explique des cycles tantôt plus courts, tantôt plus longs, et des règles tantôt plus abondantes, tantôt plus légères.

Faut-il une prise de sang ?

En général, non. Le National Institute for Health and Care Excellence, ou NICE, l'organisme public qui rédige les recommandations médicales au Royaume-Uni, indique qu'après quarante-cinq ans, chez une personne en bonne santé, la périménopause se reconnaît sans analyse : des bouffées de chaleur récentes et un cycle qui change suffisent. Il déconseille même, à cet âge, plusieurs prises de sang mesurant des hormones et mesures des ovaires par échographie. Entre quarante et quarante-cinq ans, une prise de sang peut aider à confirmer la ménopause. Avant quarante ans, le diagnostic repose sur les symptômes et sur deux prises de sang faites à quatre à six semaines d'intervalle, jamais sur une seule. Une contraception hormonale peut aussi masquer les signes, puisqu'elle modifie ou supprime les règles.

Quand elle arrive plus tôt, ou qu'elle est provoquée

On parle d'insuffisance ovarienne prématurée quand les ovaires cessent de fonctionner avant quarante ans, et de ménopause précoce entre quarante et quarante-quatre ans. Ce n'est pas exceptionnel : une méta-analyse publiée en 2023, c'est-à-dire une étude qui regroupe les résultats de nombreuses autres, estime que 3,5 % des femmes dans le monde connaissent une insuffisance ovarienne prématurée. La ménopause peut aussi être provoquée par l'ablation des deux ovaires, une chimiothérapie ou une radiothérapie. Elle est alors brutale, et elle s'ajoute souvent à une maladie. Le NICE demande qu'on leur propose d'en parler, avant et après le traitement, avec des professionnels de la ménopause et de la fertilité (section 18).

Pas seulement les femmes

Les hommes transgenres et les personnes non binaires nées avec des ovaires traversent aussi la ménopause. La recommandation du NICE les nomme explicitement. Celles qui ont pris par le passé un traitement hormonal d'affirmation de genre doivent pouvoir en parler à un professionnel qui connaît la ménopause, et la thérapie cognitive et comportementale décrite plus loin peut leur être proposée comme aux autres. Celles qui le suivent aujourd'hui ne sont pas couvertes par la recommandation et en parlent avec l'équipe qui le prescrit. Ce guide écrit au féminin pour rester lisible, mais il s'adresse à toutes ces personnes.

La contraception reste nécessaire

Une grossesse reste possible pendant la périménopause, même quand les règles s'espacent. L'OMS conseille de garder une contraception jusqu'à ce que douze mois consécutifs se soient écoulés sans règles. Les repères précis varient selon l'âge et les pays : au Royaume-Uni, le service public de santé, ou NHS, conseille de la garder deux ans après les dernières règles entre quarante et quarante-neuf ans, et un an à partir de cinquante ans. Le traitement hormonal de la ménopause, lui, n'est pas une contraception. Le moment d'arrêter, et la méthode qui convient à votre âge, se décident avec votre médecin ou votre sage-femme.


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Ce que contient la suite

  • 3. Les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes
  • 4. Le sommeil
  • 5. L'humeur, l'anxiété et la concentration
  • 6. Les traitements médicaux : ce qu'il faut savoir pour en parler
  • 7. Ce que la psychologie peut faire : ce que dit la recherche
  • 8. Ce qui entretient la gêne : le cercle de la bouffée de chaleur
  • 9. Étape 1 : observer pendant une semaine
  • 10. Étape 2 : apaiser le terrain
  • 11. Étape 3 : répondre à la bouffée, au moment où elle arrive
  • 12. Étape 4 : revoir les pensées qui alourdissent les bouffées
  • 13. Étape 5 : sortir de l'évitement
  • 14. Étape 6 : les nuits
  • 15. Étape 7 : l'humeur
  • 16. Étape 8 : le travail
  • 17. Étape 9 : l'image de soi et la sexualité
  • 18. Les situations particulières
  • 19. Quand consulter, et vers qui
  • 20. Six semaines, pas à pas
  • 21. Questions fréquentes
  • 22. À retenir
  • 23. Sources et fondements

Questions fréquentes

Comment savoir si je suis en périménopause ? Après quarante-cinq ans, des bouffées de chaleur récentes et un cycle qui change suffisent en général, sans prise de sang. Avant quarante-cinq ans, le médecin peut proposer des examens (section 2).

Si la TCC aide, est-ce que cela veut dire que mes bouffées sont dans ma tête ? Non. Les bouffées sont un phénomène physique, que l'on mesure avec des capteurs. La TCC agit sur ce qui les entoure, les pensées, la tension, les évitements et les habitudes de nuit, ce qui réduit la gêne et, dans certains essais, la fréquence des sueurs nocturnes ou des bouffées.

Peut-on suivre une TCC et prendre un traitement hormonal en même temps ? Oui. Depuis 2024, la recommandation britannique propose d'envisager la TCC en plus du traitement hormonal, ou à sa place quand celui-ci est contre-indiqué ou non souhaité. Les deux approches agissent par des voies différentes et ne s'opposent pas.

La respiration lente fait-elle baisser les bouffées de chaleur ? Pas à elle seule : dans les essais, elle n'a pas fait mieux qu'une respiration rapide ou que les soins habituels, et The Menopause Society ne la recommande pas contre les bouffées. Elle reste utile pour se calmer, et elle fait partie des programmes de TCC.

Les compléments naturels sont-ils efficaces ? Les données sont incertaines ou négatives, leur composition varie d'un produit à l'autre, et certains interagissent avec des médicaments. L'amélioration fréquente sous placebo explique bien des témoignages enthousiastes. Signalez toujours ce que vous prenez à votre médecin.

Est-ce la ménopause, ou est-ce une dépression ? Les deux peuvent coexister. Une humeur basse ou une perte d'envie presque tous les jours depuis plus de deux semaines doivent faire penser à une dépression, surtout si vous en avez déjà fait une. C'est une raison de consulter plutôt que d'attendre la fin de la transition.

J'oublie des mots et des rendez-vous. Est-ce le début d'une maladie de la mémoire ? Le plus souvent, non : dans l'étude SWAN, la petite baisse des capacités d'apprentissage observée pendant la transition avait disparu après la ménopause. Si les difficultés s'aggravent nettement ou inquiètent votre entourage, parlez-en à votre médecin.

Faut-il supprimer le café, l'alcool et les plats épicés ? Aucun essai n'a testé si éviter ces déclencheurs réduit les bouffées ; observez plutôt dans votre carnet ce qui vous concerne vraiment. L'alcool mérite en revanche d'être allégé le soir, parce qu'il perturbe la seconde moitié de la nuit.

L'hypnose, est-ce sérieux ? Oui, quand elle est pratiquée par un professionnel formé. Dans un essai rigoureux, elle a nettement réduit les bouffées, y compris celles mesurées par des capteurs, par rapport à un groupe qui recevait autant d'attention, et The Menopause Society la recommande. Elle n'a rien à voir avec les spectacles d'hypnose.

Dois-je dire à mon employeur que je suis ménopausée ? Ce n'est pas une obligation. Vous pouvez demander des aménagements simples sans donner de raison médicale, ou passer par la médecine du travail là où elle existe, tenue au secret. Si vous choisissez d'en parler, une phrase simple et préparée suffit souvent.

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