PsychosesPour les praticiens120 min de lecture

Trouble schizoaffectif : psychoéducation, prévention des rechutes et thérapie cognitive — manuel du thérapeute

Un protocole en seize séances clés, sur six à neuf mois, pour l'adulte présentant un trouble schizoaffectif, de type bipolaire ou dépressif, suivi en ambulatoire et en lien avec un psychiatre. D'abord rencontrer, évaluer le danger et situer le trouble, puis tracer la courbe de la vie sur deux lignes, l'humeur et la psychose, et parler honnêtement d'un diagnostic qui se discute. Ensuite repérer les signes précoces de l'élévation, de la dépression et de la psychose, et les réunir dans un plan de prévention unique en trois niveaux, avant de travailler les rythmes et le sommeil. Enfin le traitement en décision partagée, les expériences psychotiques qui persistent, l'humeur basse et le plan de sécurité, les consommations et les conséquences des épisodes, une séance avec les proches et l'organisation de la suite. Ce que le psychologue doit savoir des antipsychotiques, du lithium et de ses signes de toxicité, du risque suicidaire, sept fiches, et les références d'un domaine où l'on emprunte beaucoup à la schizophrénie et au trouble bipolaire.


Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre

Thématique
Psychoses · Dépression & humeur
Pour qui
Pour les praticiens
Langues
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Le programme

Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique à la psychoéducation des troubles de l'humeur et à la thérapie cognitive et comportementale des psychoses, un travail en lien avec un psychiatre, et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits. Trois avertissements propres à cette indication. Un épisode maniaque, mixte ou psychotique aigu relève d'une évaluation psychiatrique immédiate ; le programme se suspend. Le risque suicidaire est élevé et se réévalue à chaque séance dans les périodes dépressives et mixtes, section 9. Et le traitement médicamenteux appartient au psychiatre : les signes de toxicité du lithium, section 13, se signalent sans délai.

L'avertissement du début des ressources est masqué.

1. Le programme en un coup d'œil

Indication. Adulte présentant un trouble schizoaffectif, de type bipolaire ou dépressif, suivi en ambulatoire par un psychiatre, en dehors d'un épisode aigu.

Modèle de référence. Une combinaison de la psychoéducation et de la prévention des rechutes développées pour le trouble bipolaire — signes précoces, plan, rythmes, sommeil — et de la thérapie cognitive et comportementale des psychoses — la normalisation, qui présente les expériences psychotiques comme le prolongement d'expériences que beaucoup de gens connaissent, la formulation et le travail sur les expériences qui persistent —, avec un travail sur le risque suicidaire et une place faite aux proches.

Format. Seize séances clés sur six à neuf mois, hebdomadaires puis espacées. Séances de 45 à 60 minutes. Une séance commune avec les proches au minimum. Trois séances de rappel après la fin du programme, à un, trois et six mois, dont les dates se fixent à la séance 16.

Mécanisme visé. Réduire la fréquence et la gravité des épisodes en repérant tôt leurs signes et en agissant vite, stabiliser les rythmes, soutenir la continuité d'un traitement choisi en connaissance de cause, réduire la détresse liée aux symptômes persistants, et prévenir le suicide.

Phase Séance Objet Livrable de séance
I. Engager 1 Rencontrer Préoccupations recueillies, danger évalué
2 Évaluer et situer Symptômes, risques, consommations et fonctionnement évalués, premier plan de sécurité
3 La courbe à deux lignes Courbe de la vie tracée, humeur et psychose
4 Le diagnostic, et le doute Diagnostic expliqué, questions recueillies
II. Repérer 5 Quand l'humeur monte Signes précoces de l'élévation
6 Quand l'humeur tombe Signes précoces de la dépression
7 Quand la réalité se trouble Signes précoces de la psychose
8 Mon plan en trois niveaux Plan unique écrit
III. Stabiliser 9 Rythmes et sommeil Heures fixes et relevé en place
10 Bilan à mi-parcours Mesures refaites, plan révisé
11 Le traitement, en décision partagée Balance et questions pour le psychiatre
IV. Traverser 12 Les expériences qui persistent Une expérience travaillée
13 L'humeur basse et le plan de sécurité Plan de sécurité complété
14 Consommations et conséquences Un objectif, une conséquence abordée
V. Consolider 15 Les proches Séance commune, accord écrit
16 Bilan et suite Plan mis à jour, rappels fixés

Ce que la personne emporte. Sept fiches imprimables, listées à la section 44 : ma courbe, mes signes précoces, mon relevé, mon traitement et mes questions, quand l'humeur tombe, le coin des proches, mon plan en trois niveaux.

Ce qui distingue ce programme des autres manuels de ce site. Trois choses. Un diagnostic dont on parle franchement, avec son doute. Deux faces — l'humeur et la psychose — réunies dans un seul plan. Et une attention particulière au suicide, plus fréquent qu'on ne le pense dans ce trouble.

2. Avant de commencer

Le moment où l'on commence

En dehors d'un épisode aigu, quand la personne peut se concentrer une heure et se souvenir de la séance. La période qui suit un épisode est souvent propice : la personne a une raison de vouloir comprendre. Elle est aussi à risque suicidaire.

Les quatre décisions préalables

1. Le risque est-il organisé ? Le risque suicidaire, les conduites dangereuses pendant une élévation de l'humeur (section 3) et les vulnérabilités, comme l'exploitation ou la précarité, ont-ils été évalués, avec une réponse prévue ? Section 9.

2. Le suivi psychiatrique est-il en place, avec une règle d'alerte ? Cette règle, convenue avec la personne, dit ce que vous transmettez au psychiatre, et quand. Section 10.

3. De quel type s'agit-il, et quelle face domine l'évolution ? Section 3.

4. Quelle place pour les proches ? Section 39.

Ce que ce programme ne traite pas

Un épisode aigu, qui appelle des soins médicaux.

Un premier épisode psychotique, qui a son propre manuel, Premier épisode psychotique : manuel du thérapeute ; le diagnostic de trouble schizoaffectif se pose rarement de façon sûre au premier épisode.

Une addiction sévère non stabilisée, qui appelle un travail intégré, c'est-à-dire un traitement qui prend en charge ensemble, de façon coordonnée, l'addiction et le trouble.

Comment l'utiliser

Lisez d'abord les sections 3 à 15, puis les sections 32 à 35 avant la première séance. Si vous connaissez les manuels Trouble bipolaire : psychoéducation et prévention des rechutes — manuel du thérapeute et Schizophrénie : thérapie cognitive et rétablissement — manuel du thérapeute, ce manuel s'appuie sur eux et dit ce qui change. La section 45 dit ce qu'il ne faut pas lâcher.

3. Le tableau clinique

Deux faces dans une même évolution

Des épisodes de l'humeur — dépressifs, et pour le type bipolaire, maniaques ou mixtes — qui occupent une grande partie de l'évolution.

Des symptômes psychotiques — idées délirantes, hallucinations, désorganisation, parfois symptômes négatifs, c'est-à-dire un appauvrissement de l'élan, de l'expression des émotions et de la parole — qui accompagnent les épisodes de l'humeur ; les idées délirantes ou les hallucinations existent aussi pendant au moins deux semaines en dehors d'eux. C'est ce dernier point qui distingue le trouble schizoaffectif d'un trouble de l'humeur avec caractéristiques psychotiques.

Le type bipolaire

Il comporte des épisodes maniaques ou mixtes, avec souvent des épisodes dépressifs. Dans un état mixte, l'énergie et l'agitation d'une élévation accompagnent le désespoir d'une dépression (section 9). Le manuel appelle élévation toute période où l'humeur monte, jusqu'à l'épisode maniaque lui-même. Les élévations peuvent entraîner des conduites aux conséquences lourdes : dépenses, conflits, prises de risque, rupture de traitement, hospitalisations sans consentement.

Le type dépressif

Il ne comporte que des épisodes dépressifs majeurs, avec des symptômes psychotiques. Le fonctionnement est souvent plus altéré, et le tableau plus proche de celui de la schizophrénie.

Ce que les personnes décrivent

Des périodes où tout s'accélère et où les idées prennent un sens extraordinaire ; d'autres où tout s'éteint et où les voix accusent ; des périodes entre les deux, plus ou moins calmes, avec parfois des voix ou une méfiance qui restent. La fatigue d'avoir reçu plusieurs diagnostics. La peur de la prochaine fois. Les conséquences des épisodes passés. Et souvent un désespoir lucide, nourri par la conscience de ce que le trouble a déjà coûté (section 9).

Épidémiologie

Le trouble schizoaffectif est estimé de l'ordre de 0,3 % de la population au cours de la vie, avec des chiffres qui varient selon les définitions. Il débute le plus souvent au début de l'âge adulte. Il est plus fréquent chez les femmes, surtout du fait du type dépressif.

Évolution

Entre la schizophrénie et le trouble bipolaire dans la plupart des études (Miller et Black, 2019) : un fonctionnement en moyenne meilleur que dans la schizophrénie et moins bon que dans les troubles de l'humeur, avec une grande variabilité. Les rechutes sont fréquentes. Le risque suicidaire est élevé. Le diagnostic change souvent au fil du suivi, section 4.

4. Un diagnostic qui se discute

Pourquoi cette section existe

Parce que les personnes ont souvent reçu plusieurs diagnostics successifs, qu'elles le vivent comme une incompétence des soignants ou comme une instabilité d'elles-mêmes, et que la vérité est plus simple : ce diagnostic est difficile.

Ce que l'on sait

La fiabilité du diagnostic est faible : deux cliniciens qui évaluent la même personne sont souvent en désaccord, davantage que pour la schizophrénie ou le trouble bipolaire.

Le diagnostic change souvent au fil du temps : une part importante des personnes diagnostiquées reçoivent plus tard un autre diagnostic, et beaucoup de personnes diagnostiquées d'abord autrement reçoivent plus tard celui-ci, selon une méta-analyse d'études de rediagnostic.

Il exige une vision longitudinale dans le DSM-5-TR, la version révisée du DSM-5 : il faut estimer la part de l'évolution occupée par les épisodes de l'humeur, ce qui suppose une histoire fiable.

Sa place même est discutée (Malhi et coll., 2008) : on se demande s'il s'agit d'une maladie distincte, d'une forme intermédiaire sur un continuum entre schizophrénie et trouble bipolaire, ou d'un regroupement de tableaux différents sous un même nom. Une revue systématique n'a pas trouvé de frontière nette (Cheniaux et coll., 2008).

Ce que cela change pour vous

Vous ne défendez pas l'étiquette. Vous travaillez sur la courbe de la vie — ce que la personne a vécu, quand, et ce qui a aidé —, qui reste vraie quel que soit le nom. Vous expliquez que le diagnostic décrit un mélange d'humeur et de psychose, et que ce qui compte pour la vie de tous les jours, c'est de connaître les deux faces.

Ce que vous dites

« Vous avez entendu plusieurs noms pour ce que vous vivez. Ce n'est pas que personne ne sait rien : c'est un trouble à la frontière de deux autres, et les médecins eux-mêmes en discutent. Ce qui ne change pas, c'est votre histoire. C'est sur elle qu'on va travailler. »

5. Le modèle

Stress et vulnérabilité, deux fois

Une vulnérabilité biologique et liée à l'histoire rencontre des facteurs de stress. Quand leur charge dépasse ce que la vulnérabilité permet de supporter, elle fait basculer, selon les périodes, vers une élévation, une dépression, une recrudescence psychotique, ou plusieurs à la fois : le même modèle vaut pour les deux faces. Ce qui protège — traitement, sommeil, rythmes réguliers, liens, gestion du stress, absence de consommations — relève ce seuil de basculement.

Les rythmes

Le sommeil et la régularité des rythmes quotidiens jouent un rôle central dans les troubles de l'humeur : une nuit courte peut précipiter une élévation, un décalage d'horaires peut déstabiliser, et une élévation réduit à son tour le besoin de sommeil, dans un cercle qui s'accélère (Harvey, 2008). Le manque de sommeil augmente aussi les expériences psychotiques.

Les signes précoces

La plupart des épisodes sont précédés de changements discrets et propres à la personne — sommeil, énergie, idées, sociabilité, méfiance, perceptions —, repérables des jours ou des semaines avant. Apprendre à les reconnaître et à agir vite peut réduire la gravité et parfois la survenue des épisodes ; les preuves viennent surtout du trouble bipolaire, section 12.

L'humeur et la psychose s'influencent

Pendant une élévation, les idées de grandeur, de mission ou de pouvoir sont fréquentes ; pendant une dépression, les voix accusatrices, les idées de culpabilité, de ruine ou de persécution. Les expériences qui persistent entre les épisodes — voix, méfiance — pèsent à leur tour sur l'humeur.

Ce que le modèle explique à la personne

Que ses épisodes ne tombent pas du ciel. Qu'elle a deux faces à connaître, et que leurs signes se ressemblent parfois. Que le sommeil et les rythmes sont ses meilleurs alliés. Qu'agir tôt change beaucoup. Et que les périodes basses sont dangereuses, et se préparent.


Ce programme est réservé aux praticiens

Il s'adresse aux professionnels de la santé mentale et demande le dépôt d'un justificatif professionnel, puis un abonnement professionnel.

Ce que contient la suite

  • 6. Ce que disent les classifications
  • 7. Diagnostic différentiel
  • 8. Comorbidités et ce qu'elles changent
  • 9. Les risques : suicide, conduites dangereuses, vulnérabilité
  • 10. Ce qui vous appartient, ce qui appartient au psychiatre
  • 11. Évaluer
  • 12. Ce que la recherche établit — et ce qu'elle n'établit pas
  • 13. Le traitement médicamenteux : ce que le psychologue doit en savoir
  • 14. Les objectifs du programme
  • 15. Le cadre thérapeutique et la position du thérapeute
  • 16. Séance 1 — Rencontrer
  • 17. Séance 2 — Évaluer et situer
  • 18. Séance 3 — La courbe à deux lignes
  • 19. Séance 4 — Le diagnostic, et le doute
  • 20. Séance 5 — Quand l'humeur monte
  • 21. Séance 6 — Quand l'humeur tombe
  • 22. Séance 7 — Quand la réalité se trouble
  • 23. Séance 8 — Mon plan en trois niveaux
  • 24. Séance 9 — Rythmes et sommeil
  • 25. Séance 10 — Bilan à mi-parcours
  • 26. Séance 11 — Le traitement, en décision partagée
  • 27. Séance 12 — Les expériences qui persistent
  • 28. Séance 13 — L'humeur basse et le plan de sécurité
  • 29. Séance 14 — Consommations et conséquences
  • 30. Séance 15 — Les proches
  • 31. Séance 16 — Bilan et suite
  • 32. L'engagement et la conscience du trouble
  • 33. La psychoéducation : deux faces
  • 34. Les signes précoces et le plan en détail
  • 35. Rythmes, sommeil et saisons
  • 36. Les expériences psychotiques qui persistent
  • 37. La dépression
  • 38. Le suicide, en détail
  • 39. Les proches
  • 40. La santé physique
  • 41. Adapter selon le profil
  • 42. Quand ça ne suffit pas
  • 43. Ce qui n'a pas fait ses preuves, ou ce qui nuit
  • 44. Les fiches et comment les utiliser
  • 45. Fidélité : les huit points à ne pas lâcher
  • 46. Conclusion
  • 47. Questions fréquentes
  • 48. Références

Questions fréquentes

La personne conteste le diagnostic. Ne le défendez pas. Travaillez sur la courbe, qui reste vraie quel que soit le nom. Section 4.

Elle regrette ses élévations. Reconnaissez la perte, explorez ce qu'elles apportaient, cherchez d'autres sources d'élan, et transmettez au psychiatre. Section 26.

Elle veut arrêter son traitement. Recueillez les raisons, faites la balance, préparez les questions pour le psychiatre, écrivez la règle. Sections 13 et 26.

Elle a des tremblements et vomit depuis deux jours sous lithium. Signalez immédiatement : un avis médical le jour même est nécessaire. Section 13.

Elle va bien depuis un an. Faut-il continuer à parler du suicide ? Oui, régulièrement et plus souvent dans les périodes à risque. Section 38.

Elle a un projet de grossesse. Orientez vers le psychiatre avant tout changement, et préparez un plan pour la grossesse et l'après-naissance. Section 41.

Le psychiatre change le diagnostic. Rien de ce que vous avez construit ne devient faux : la courbe, les signes et les plans restent. Aidez la personne à comprendre le changement. Sections 4 et 19.

Faut-il un manuel pour le type dépressif ? Ce manuel s'adapte, section 41, en empruntant davantage au manuel Schizophrénie : thérapie cognitive et rétablissement — manuel du thérapeute.

Les fiches à télécharger

Les exercices de ce programme, en PDF à imprimer. Réservés aux membres.

Voir les formulesLes fiches à imprimer sont incluses dans l'accès.
  1. 01Ma courbeMon histoire sur deux lignes : l'humeur, et la réalité.
  2. 02Mes signes précocesCe qui change chez moi avant que ça devienne grave.
  3. 03Mon relevéTrente secondes par jour pour voir venir.
  4. 04Mon traitement et mes questionsPour décider en connaissance de cause, avec mon psychiatre.
  5. 05Quand l'humeur tombeMon plan de sécurité, écrit quand ça va.
  6. 06Le coin des prochesPour la famille et les amis, avec l'accord de la personne.
  7. 07Mon plan en trois niveauxUn seul plan pour mes deux faces, écrit par moi.

Toutes les fiches en un seul fichier, avec sommaire.

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