Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique aux thérapies cognitives et comportementales et à la psychoéducation des troubles de l'humeur, un travail en lien avec un psychiatre ou un médecin, et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits. Deux avertissements propres à cette indication. Un épisode hypomaniaque, maniaque ou dépressif caractérisé change le diagnostic et le traitement : il se signale au psychiatre, section 40. Et le risque suicidaire existe dans ce trouble, en particulier dans les bas et les périodes mélangées : il se pose régulièrement, section 9.
1. Le programme en un coup d'œil
Indication. Adulte présentant un trouble cyclothymique, en dehors d'un épisode caractérisé, suivi par un psychiatre ou un médecin.
Modèle de référence. Une thérapie cognitive et comportementale des troubles de l'humeur adaptée à l'instabilité chronique : psychoéducation, observation quotidienne de l'humeur, régularité des rythmes, travail sur les pensées et les conduites des hauts et des bas, régulation émotionnelle, travail sur la sensibilité au rejet, et thérapie du bien-être.
Format. Seize séances sur cinq à sept mois, hebdomadaires puis espacées. Séances de 50 minutes. Une séance avec un proche si la personne le souhaite. Des rappels.
Mécanisme visé. Réduire l'amplitude et les conséquences des variations de l'humeur en rendant les vagues visibles, en stabilisant les rythmes, en réduisant la réactivité émotionnelle et interpersonnelle, en limitant les décisions prises au sommet ou au fond d'une vague, et en développant le bien-être.
| Phase |
Séance |
Objet |
Livrable de séance |
| I. Comprendre |
1 |
Rencontrer |
Motif et conséquences recueillis |
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2 |
Évaluer |
Diagnostic différentiel, risques, comorbidités |
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3 |
Comprendre la cyclothymie |
Modèle expliqué, courbe de vie esquissée |
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4 |
Observer l'humeur |
Relevé quotidien commencé |
| II. Reconnaître |
5 |
Les hauts |
Signes et pensées des hauts |
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6 |
Les bas |
Signes et pensées des bas |
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7 |
Rythmes et sommeil |
Heures fixes, repères quotidiens |
| III. Réguler |
8 |
Quand l'émotion déborde |
Une réaction décomposée, une compétence choisie |
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9 |
La sensibilité au rejet |
Une interprétation assouplie |
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10 |
Bilan à mi-parcours |
Relevé relu, plan révisé |
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11 |
Avant de décider |
Règle de délai écrite |
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12 |
Consommations et stimulants |
Un objectif choisi |
| IV. Consolider |
13 |
Le bien-être |
Journal du bien-être commencé |
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14 |
Mon plan |
Plan pour les hauts, les bas et l'urgence |
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15 |
Qui je suis, au-delà des vagues |
Ce que je garde de mon tempérament |
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16 |
Bilan et suite |
Mesures refaites, rappels fixés |
Ce que la personne emporte. Sept fiches imprimables, listées à la section 42 : mes vagues, mon relevé, mes hauts et mes bas, quand l'émotion déborde, avant de décider, mon bien-être, mon plan.
Ce qui distingue ce programme des autres manuels de ce site. Trois choses. Un trouble chronique et fluctuant, où l'on ne prépare pas un épisode mais une façon de vivre avec des vagues. Une place centrale pour la réactivité émotionnelle et interpersonnelle, qui fait souvent les plus gros dégâts. Et une attention à ce que la personne veut garder de son intensité.
2. Avant de commencer
À qui ce programme est destiné
À des psychologues, psychiatres et psychothérapeutes formés aux thérapies cognitives et comportementales. Il n'est destiné ni aux patients ni à leurs proches.
Les quatre décisions préalables
1. Y a-t-il un épisode caractérisé en cours, ou dans l'histoire ? Si oui, le diagnostic est à revoir, et le manuel du trouble bipolaire de ce site convient mieux. Section 7.
2. Le risque suicidaire est-il évalué ? Section 9.
3. Un médecin est-il associé ? Pour l'évaluation, les éventuels traitements, et en particulier une prescription d'antidépresseur. Section 13.
4. Qu'est-ce qui s'ajoute ? Consommations, déficit de l'attention, trouble de la personnalité, anxiété. Section 8.
Ce que ce programme ne traite pas
Un trouble bipolaire de type I ou II, qui a son propre manuel.
Un trouble de la personnalité borderline au premier plan, qui a son propre manuel ; les deux peuvent coexister.
Une addiction sévère non stabilisée.
Ce que ce programme n'est pas
Ce n'est pas un travail qui chercherait à rendre la personne « égale » ou à supprimer son intensité. Ce n'est pas non plus une psychoéducation expédiée en deux séances : l'instabilité chronique se travaille dans la durée.
Comment l'utiliser
Lisez d'abord les sections 3 à 15, puis les sections 33 à 36 avant la première séance. La section 43 dit ce qu'il ne faut pas lâcher.
3. Le tableau clinique
Des vagues nombreuses et durables
Des périodes hautes : énergie, confiance, idées nombreuses, besoin de sommeil réduit, sociabilité, projets, dépenses, irritabilité, parfois désinhibition. Elles restent en deçà d'un épisode hypomaniaque, par leur intensité, leur durée ou leur nombre de symptômes.
Des périodes basses : fatigue, perte d'intérêt, pessimisme, retrait, culpabilité, hypersomnie, parfois idées de mort. Elles restent en deçà d'un épisode dépressif caractérisé.
Des variations fréquentes et souvent brusques, parfois en quelques jours ou en quelques heures, parfois déclenchées par un évènement, parfois sans raison apparente.
Des périodes mélangées, où l'énergie et l'agitation accompagnent l'humeur sombre.
La réactivité
Beaucoup de personnes décrivent une réactivité émotionnelle intense : des émotions qui montent vite et fort, et redescendent lentement. Et une sensibilité interpersonnelle marquée : la moindre critique, le moindre retard de réponse, le moindre signe de distance déclenchent une chute ou une colère.
Ce que les personnes décrivent
« Je ne sais jamais comment je vais me réveiller. » « On me dit que j'ai un caractère impossible. » « Je commence tout et je ne finis rien. » « Quand ça va, je suis la personne la plus drôle de la soirée ; trois jours après, je n'arrive plus à répondre au téléphone. » Et souvent une fatigue profonde de cette instabilité, et de l'image qu'elle donne.
Ce qui se voit en consultation
Une personne qui consulte pour une période basse, pour une rupture, pour des conflits au travail, pour des consommations, ou parce qu'un proche l'y pousse. Les hauts sont rarement le motif : ils sont souvent vécus comme la « vraie » personne.
Épidémiologie
La cyclothymie concerne de l'ordre de 0,4 à 1 % de la population au cours de la vie selon les études, probablement davantage si l'on inclut les formes vues en consultation pour dépression. Elle débute habituellement à l'adolescence ou au début de l'âge adulte, souvent de façon insidieuse. Sa fréquence est comparable chez les hommes et chez les femmes en population générale.
Évolution
Chronique, avec des variations au fil des années. Un risque d'évolution vers un trouble bipolaire de type I ou II, estimé dans une fourchette large, de l'ordre de 15 à 50 % selon les études et les populations. Un retentissement souvent sous-estimé sur les relations, les études, le travail et la santé.
4. Un trouble méconnu
Pourquoi cette section existe
Parce que la cyclothymie est souvent diagnostiquée tard, après des années de consultations pour d'autres raisons, et que la personne a souvent intériorisé l'idée qu'elle a « un sale caractère ».
Pourquoi on la manque
Les hauts ne sont pas signalés : ils sont vécus comme de bons moments.
Les bas ressemblent à des dépressions et sont traités comme telles.
La réactivité interpersonnelle fait penser à un trouble de la personnalité.
L'agitation et les difficultés d'organisation font penser à un déficit de l'attention.
Les consommations masquent le tableau.
La chronicité fait croire à un trait de caractère.
Ce que cela change pour vous
Vous cherchez activement les hauts, y compris auprès des proches. Vous tracez l'histoire de l'humeur sur des années. Et vous aidez la personne à distinguer ce qui relève d'un trouble qui se travaille de ce qui relève de sa personnalité.
Ce que vous dites
« Ce que vous décrivez a un nom. Ce n'est pas un défaut de caractère : c'est une humeur qui varie beaucoup et souvent, depuis longtemps. On sait mieux aujourd'hui comment aider à la stabiliser. »
5. Le modèle
Un tempérament et des déclencheurs
Une vulnérabilité — souvent familiale, biologique, liée au tempérament — rend l'humeur plus sensible aux déclencheurs : perturbations du sommeil et des rythmes, évènements interpersonnels, stress, consommations, stimulants, saisons, certains médicaments.
Le cercle des hauts
Un déclencheur — une réussite, une rencontre, une nuit courte — augmente l'énergie. Les pensées s'accélèrent et deviennent plus optimistes ; la personne dort moins, prend plus d'engagements, consomme davantage de stimulations. Le manque de sommeil et la surcharge nourrissent le haut, jusqu'à l'épuisement ou la chute.
Le cercle des bas
Un déclencheur — une critique, un échec, la fatigue qui suit un haut — fait tomber l'humeur. Les pensées deviennent négatives sur soi et l'avenir ; la personne se retire, abandonne ce qu'elle avait commencé, dort trop. Le retrait et la honte des engagements non tenus nourrissent le bas.
La réactivité interpersonnelle
Une sensibilité au rejet fait interpréter rapidement les signaux ambigus comme des signes de désintérêt ou de critique. L'émotion monte vite ; la réaction — colère, retrait, message impulsif — produit parfois le rejet redouté, et confirme la croyance.
Le coût des vagues
Les décisions prises au sommet ou au fond d'une vague — démissions, ruptures, dépenses, engagements — laissent des conséquences qui deviennent à leur tour des déclencheurs.
Ce que le modèle explique à la personne
Que ses vagues ont des déclencheurs repérables. Que le sommeil et les rythmes les amortissent. Que ses pensées changent avec l'humeur, et qu'on peut s'en méfier au sommet et au fond. Que sa réactivité se travaille. Et que son intensité n'est pas le problème : ce sont l'amplitude et les dégâts.