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CouplePour soi35 min de lecture

Quitter quelqu'un : décider, annoncer, tenir

On parle beaucoup de ceux qui sont quittés, presque jamais de ceux qui partent. Pourtant, quitter quelqu'un qu'on a aimé, ou qu'on aime encore, est l'une des choses les plus difficiles à faire. Ce guide aide à vérifier que la décision est prise, à préparer l'annonce, à trouver les mots, à faire face à la réaction de l'autre, à tenir dans les semaines qui suivent, et à traverser sa propre culpabilité.

En bref

Ce guide s'adresse aux personnes qui ont décidé de mettre fin à une relation amoureuse, ou qui en sont très proches, qu'elle ait duré quelques semaines ou vingt ans. Il s'appuie sur les travaux qui ont étudié les ruptures du côté de celui qui part : la culpabilité et l'absence de mode d'emploi, la tentation de rester pour ne pas faire de mal, les ruptures floues qui prolongent la souffrance des deux. Il propose des repères pour préparer l'annonce, des phrases exactes adaptées à différentes situations, des réponses aux réactions les plus difficiles, dont les menaces de se faire du mal, et des règles simples pour tenir la décision. Il dit aussi quand la sécurité passe avant tout le reste.

Thématique
Couple
Pour qui
Pour soi
Langues
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Le programme

Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas un accompagnement. Si votre partenaire a été violent, menaçant ou contrôlant, ou si vous avez peur de sa réaction, n'annoncez pas la rupture seul et sans préparation : le moment de la séparation peut être une période de risque accru. Lisez la section 6 et notre programme Emprise et contrôle : reconnaître et en sortir, et contactez une ligne d'aide spécialisée de votre pays ou, en cas de danger immédiat, les services d'urgence. Si votre partenaire menace de se tuer, lisez la section 11. Si c'est vous qui pensez à mourir, appelez votre médecin le jour même. Comptez trente-cinq minutes de lecture.

1. Avant de commencer

Vous savez depuis un moment que vous voulez partir. Peut-être depuis des semaines, peut-être depuis des années. Vous avez repoussé la conversation : ce n'était pas le bon moment, il y avait un anniversaire, des vacances prévues, une période difficile pour l'autre. Chaque soir, vous vous dites que ce sera demain.

Ou bien la décision est toute récente, et vous ne savez pas comment la dire à quelqu'un qui ne se doute de rien.

Trois choses, tout de suite.

Vouloir partir ne fait pas de vous quelqu'un de mauvais. On peut mettre fin à une relation avec respect, et même avec tendresse. Ce qui blesse le plus, en général, ce n'est pas la décision elle-même, mais la manière : le mensonge, le flou, la rupture par étapes, l'annonce qui n'en finit pas.

Il n'existe pas de manière de quitter quelqu'un sans lui faire de mal. Si vous attendez de la trouver, vous attendrez longtemps. Il existe en revanche des manières qui font moins de dégâts, pour l'autre et pour vous.

Retarder n'épargne personne. Chaque mois passé dans une relation que vous avez déjà quittée intérieurement est un mois où l'autre investit dans quelque chose qui n'existe plus, et où vous vivez dans une double vie émotionnelle.

À qui s'adresse ce guide

À vous si vous avez décidé de rompre, ou si vous êtes sur le point de le faire.

À vous quelle que soit la durée de la relation : quelques rendez-vous, quelques mois, une vie commune, un mariage.

Il vaut quels que soient le sexe et l'orientation des partenaires, que vous viviez ensemble ou non, avec ou sans enfants.

Si vous hésitez encore vraiment, si vous changez d'avis d'une semaine à l'autre, lisez d'abord Rester ou partir : sortir de l'hésitation. Ce guide-ci suppose que la question n'est plus « est-ce que je pars ? » mais « comment ? ».

Ce que ce guide n'est pas

Il ne vous dira pas si vous avez raison de partir.

Il ne vous apprend pas à rompre de façon à « rester en bons termes » à tout prix : c'est parfois possible, parfois non, et cela ne dépend pas que de vous.

Il ne remplace pas les conseils d'un avocat si vous êtes marié, pacsé, propriétaire ensemble ou parents. Pour la suite, Divorcer : traverser la séparation pour soi et Accompagner un enfant ou un adolescent dans la séparation de ses parents prennent le relais.

Comment il est construit

Les sections 2 et 3 décrivent ce que vit celui qui part et ce que la recherche en dit. Les sections 4 à 6 aident à vérifier la décision et à identifier les situations où la sécurité passe avant tout. Les sections 7 à 11 sont consacrées à l'annonce : préparer, choisir le moment, trouver les mots, faire face aux réactions, y compris aux menaces. Les sections 12 à 16 traitent de l'après : tenir la décision, la logistique, les enfants, l'entourage, et votre propre chagrin.

2. Ce que vit celui qui part

La culpabilité

C'est l'émotion la plus fréquente. Culpabilité de faire souffrir quelqu'un qu'on a aimé, de « détruire » une famille, de décevoir les proches, de ne pas avoir assez essayé, de rompre une promesse. Elle est d'autant plus forte que l'autre n'a rien fait de grave, et que la raison de partir tient en une phrase difficile à dire : « je ne t'aime plus comme avant ».

L'absence de mode d'emploi

Les personnes quittées ont des modèles : les chansons, les films, les amis qui consolent. Celles qui partent n'en ont presque pas. On ne sait pas quoi dire, combien d'explications donner, combien de temps rester, s'il faut consoler ou non. Faute de repères, on improvise, on tergiverse, on reste flou pour ne pas blesser, et on blesse davantage.

La peur de la réaction

Peur des larmes, de la colère, des supplications, des reproches. Peur de ne pas tenir face à la souffrance de l'autre. Peur, parfois, d'une réaction violente ou d'un geste désespéré.

Le deuil déjà commencé

Souvent, celui qui part a traversé seul, pendant des mois, une partie du deuil : la tristesse, les doutes, le détachement progressif. Il peut se sentir coupable de ne plus être aussi triste que l'autre le sera. Ce n'est pas de l'insensibilité : c'est un décalage de calendrier.

Le rôle du méchant

Aux yeux de l'autre, parfois de la famille, des amis communs, voire des enfants, celui qui part devient celui qui a « tout cassé ». Même quand la relation était malheureuse pour les deux. Il faut s'y préparer, et ne pas chercher à se justifier auprès de tout le monde.

Le soulagement

Il existe aussi, parfois dès l'annonce. Il peut surprendre et faire honte. Il ne dit pas que vous n'avez pas aimé. Il dit qu'un poids s'est levé.


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Questions fréquentes

Est-ce que je dois donner toutes les raisons de ma décision ? Non. Vous devez à l'autre une raison honnête et principale, pas un inventaire. Une liste de reproches transforme l'annonce en procès et ne change rien à la décision. Si l'autre a besoin de comprendre davantage plus tard, certaines questions pourront trouver une réponse, par écrit ou dans une autre conversation.

Est-ce acceptable de rompre par message ? Pour une relation très courte, oui, et c'est souvent préférable pour les deux. Pour une relation qui a compté, en règle générale non, sauf si vous avez peur de la réaction de l'autre : dans ce cas, la sécurité passe avant la délicatesse.

L'autre dit que je ne peux pas lui faire ça. Comment tenir ? En vous rappelant que vous avez le droit de mettre fin à une relation, et que la souffrance de l'autre, réelle, ne vous oblige pas à rester. La phrase « Je t'entends. Ma décision est prise » peut être répétée autant de fois que nécessaire, avec douceur.

Faut-il proposer de rester amis ? Pas dans la conversation de rupture. L'amitié immédiate retarde souvent le deuil de celui qui est quitté et entretient l'espoir. Si elle doit exister, elle viendra plus tard, et elle se décidera à deux.

Je me sens soulagé, et je me trouve horrible. Est-ce normal ? Le soulagement est très fréquent chez celui qui part, surtout après une longue période de doute ou de tension. Il ne dit pas que vous n'avez pas aimé ni que la douleur de l'autre vous est indifférente. Il dit qu'un poids s'est levé.

Et si je le regrette ? C'est possible, et on peut aussi regretter de ne pas être parti. Vous réduisez le risque de vous en vouloir en prenant la décision après une vraie réflexion, et en l'annonçant clairement. Si des mois plus tard la conviction d'avoir fait une erreur persiste, y compris dans les bons moments, elle mérite d'être examinée, avec l'aide d'un professionnel si besoin.

L'autre veut me revoir pour « parler ». Dois-je accepter ? Une seconde conversation, quelques jours après l'annonce, peut aider certaines personnes à comprendre et à clore. Fixez-en le cadre : un lieu, une durée, un objectif. Si ces rencontres se multiplient, ou si elles servent à rouvrir la décision, elles font plus de mal que de bien.

L'autre va très mal. Est-ce que je dois prendre de ses nouvelles ? Assurez-vous que des proches sont informés et présents, et encouragez-le à consulter si nécessaire. Prendre vous-même régulièrement de ses nouvelles entretient souvent le lien que vous essayez de défaire. Si vous craignez pour sa vie, appelez les secours ou un proche (section 11).

Nous avons des enfants. Est-ce égoïste de partir ? Pas en soi. Pour les enfants, ce qui compte le plus, c'est la manière dont la séparation se passe, le niveau de conflit entre les parents et la qualité de la parentalité de chaque côté. Partir en les protégeant du conflit n'est pas égoïste ; rester dans une relation de tension permanente ne les protège pas.

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