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PsychosesPour les praticiens85 min de lecture

Premier épisode psychotique : manuel du thérapeute

Un protocole en seize séances clés, sur douze à dix-huit mois, pour l'adolescent et le jeune adulte qui vient de traverser un premier épisode psychotique, au sein d'un dispositif d'intervention précoce. D'abord rencontrer une personne encore sous le choc, mettre des mots sur ce qui s'est passé, évaluer le risque, les produits, les traumatismes et la santé. Puis comprendre avec un modèle stress-vulnérabilité en langage simple, retrouver ce qui a précédé l'épisode, parler du traitement et de ses effets dans une décision partagée. Ensuite reprendre un rythme, travailler le cannabis, les expériences qui persistent et l'humeur qui s'effondre souvent après l'épisode, avec la honte et la peur d'être étiqueté. Enfin les études et le travail, la famille, un plan de prévention des rechutes écrit, et ce que l'épisode ne dit pas de la personne. L'intervention précoce et votre place dans l'équipe, la santé physique, sept fiches et les références d'un domaine où la recherche est solide sur le dispositif et plus mince sur chaque ingrédient.

En bref

Ce manuel s'adresse aux professionnels de la santé mentale formés à la thérapie cognitive et comportementale, qui travaillent auprès de jeunes ayant présenté un premier épisode psychotique, idéalement au sein d'une équipe d'intervention précoce. Il part d'un constat solide : les premières années après un premier épisode comptent beaucoup pour l'évolution, et des dispositifs intégrés — un référent, un traitement médicamenteux à la dose la plus faible efficace, une thérapie cognitive et comportementale, un travail avec la famille, un soutien au retour aux études et à l'emploi, une attention à la santé physique — font mieux que les soins habituels. Le manuel décrit la part du psychologue dans ce dispositif. Il rencontre une personne jeune, souvent effrayée, parfois hospitalisée contre son gré, qui ne sait pas ce qui lui est arrivé et qui craint ce que cela veut dire pour sa vie. Il met des mots sur l'épisode sans prononcer un pronostic que personne ne connaît. Il travaille ce qui augmente le risque de rechute et ce qui le réduit : le sommeil, le stress, le cannabis, la reconnaissance précoce des signes, la continuité des soins. Il s'occupe des expériences qui persistent, de la dépression et du risque suicidaire qui suivent souvent l'épisode, de la honte et de l'autostigmatisation. Il fait du retour aux études, au travail et aux amis un objectif dès le début, et de la famille un partenaire. Sept fiches imprimables accompagnent le programme.

Thématique
Psychoses
Pour qui
Pour les praticiens
Langues
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Le programme

Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une expérience des troubles psychotiques, un travail au sein d'une équipe ou en lien étroit avec un psychiatre, et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits. Deux avertissements propres à cette indication. Un épisode psychotique aigu relève d'une évaluation psychiatrique et de soins médicaux immédiats ; ce programme commence quand la phase aiguë est contenue. Et le risque suicidaire est élevé dans les premières années, en particulier dans les mois qui suivent l'épisode ; il se cherche à chaque séance, section 9.

1. Le programme en un coup d'œil

Indication. Adolescent de plus de quinze ans ou jeune adulte, dans les deux à trois ans qui suivent un premier épisode psychotique, quel que soit le diagnostic provisoire, suivi par un psychiatre, idéalement dans une équipe d'intervention précoce.

Modèle de référence. La part psychologique des programmes d'intervention précoce : un engagement actif, une psychoéducation fondée sur un modèle stress-vulnérabilité, une thérapie cognitive et comportementale des psychoses adaptée aux jeunes, un travail sur la prévention des rechutes et les signes précoces, une intervention auprès de la famille, et un soutien au retour aux études et à l'emploi, en coordination avec le reste de l'équipe.

Format. Seize séances clés sur douze à dix-huit mois, hebdomadaires au début puis espacées, dans un suivi d'intervention précoce qui dure habituellement deux à trois ans. Séances de 45 à 50 minutes, parfois plus courtes au début. Deux séances avec la famille au minimum. Des séances hors du bureau quand c'est utile.

Mécanisme visé. Rendre l'épisode compréhensible sans figer un pronostic, réduire les facteurs de rechute modifiables, installer une reconnaissance précoce des signes et un plan, réduire la détresse liée aux expériences persistantes, prévenir et traiter la dépression post-psychotique, limiter l'autostigmatisation, et maintenir ou restaurer le fonctionnement social, scolaire et professionnel.

Phase Séance Objet Livrable de séance
I. Engager 1 Rencontrer après la tempête Lien créé, danger immédiat évalué
2 Mettre des mots sur ce qui s'est passé Récit de l'épisode dans les mots du jeune
3 Évaluer Risques, produits, trauma et santé évalués
II. Comprendre 4 Stress et vulnérabilité Modèle expliqué, relié à son histoire
5 Ce qui a précédé l'épisode Premiers signes retrouvés
6 Le traitement, en décision partagée Questions et craintes recueillies
III. Reprendre 7 Retrouver un rythme Sommeil et journée structurés
8 Cannabis et autres produits Objectif choisi par le jeune
9 Les expériences qui persistent Cercle d'une expérience pénible, stratégies essayées
10 Bilan à mi-parcours Mesures refaites, plan révisé
IV. Se relever 11 Après l'épisode : humeur, honte, étiquette Plan de sécurité écrit, autostigmatisation travaillée
12 Études et travail Un pas concret avec l'équipe d'insertion
13 La famille Séance commune, accord écrit
V. Consolider 14 Mon plan de prévention Signes précoces et plan écrits et partagés
15 Ce que l'épisode ne dit pas de moi Projets et identité reliés
16 Bilan et suite Mesures refaites, relais organisé

Ce que la personne emporte. Sept fiches imprimables, listées à la section 42 : ce qui s'est passé, mes premiers signes, ma journée et mon sommeil, cannabis et autres produits, quand ça reste difficile, le coin des proches, mon plan de prévention.

Ce qui distingue ce programme des autres manuels de ce site. Trois choses. Un patient jeune, pour qui l'essentiel de la vie adulte reste à construire. Un dispositif d'équipe dont le psychologue n'est qu'une partie. Et une incertitude à tenir : personne ne sait encore ce que deviendra cet épisode, et c'est au clinicien de ne pas le décider trop tôt.

2. Avant de commencer

À qui ce programme est destiné

À des psychologues, psychiatres, infirmiers et psychothérapeutes formés à la thérapie cognitive et comportementale, qui travaillent auprès de jeunes après un premier épisode psychotique, au sein d'une équipe ou en lien étroit avec un psychiatre. Il n'est destiné ni aux patients ni à leurs familles.

Le moment où l'on commence

Pas au plus fort de l'épisode. Un jeune très désorganisé, très agité ou envahi par des voix ne peut pas faire ce travail. Le contact, lui, peut commencer : une présence régulière, courte, rassurante, pendant l'hospitalisation ou dans les premières semaines.

Dès que la phase aiguë est contenue. Les premières semaines après l'épisode sont souvent le moment où la personne a le plus de questions, et où l'alliance se joue.

Les cinq décisions préalables

1. Le danger immédiat est-il écarté ? Pour la personne et pour autrui. Section 9.

2. Un bilan médical a-t-il été fait ? Un premier épisode appelle un examen, un bilan biologique, une recherche de produits et, selon le tableau, une imagerie ou d'autres examens. Section 7.

3. Qui est dans l'équipe, et qui fait quoi ? Psychiatre, référent, famille, insertion, médecin traitant. Section 10.

4. La personne est-elle mineure ? Consentement, place des parents, école. Section 38.

5. Quelle place pour la famille ? Elle est presque toujours concernée ; l'accord du jeune se recherche et se renégocie. Section 35.

Ce que ce programme ne traite pas

L'épisode aigu lui-même, qui relève d'une prise en charge psychiatrique immédiate.

Les états mentaux à risque, sans épisode psychotique avéré, qui ont leur propre approche.

La schizophrénie installée, après plusieurs épisodes, qui a son propre manuel.

La psychose du post-partum, qui est une urgence psychiatrique, et les psychoses d'origine médicale.

Ce que ce programme n'est pas

Ce n'est pas un programme d'annonce de schizophrénie. Ce n'est pas un programme de surveillance. Et ce n'est pas un travail qui attendrait la disparition des symptômes pour s'intéresser à la vie : les études, les amis, le travail et le logement font partie du traitement dès le début.

Comment l'utiliser

Lisez d'abord les sections 3 à 15, puis les sections 32, 33 et 35 avant la première séance : l'engagement, les expériences psychotiques et la famille se jouent dès la rencontre. Les séances décrites sont des séances clés ; certaines en occupent plusieurs. La section 43 dit ce qu'il ne faut pas lâcher.

3. Le tableau clinique

Ce qu'est un épisode psychotique

Une période où la personne perd le contact avec la réalité partagée : des idées délirantes, des hallucinations, une pensée et un discours désorganisés, un comportement désorganisé ou catatonique, avec des degrés et des combinaisons très variables. On parle de premier épisode quand ces symptômes atteignent pour la première fois une intensité et une durée qui justifient des soins.

Ce qui précède souvent

Une phase prodromique de semaines à mois, parfois plus : retrait, baisse des résultats, sommeil déréglé, irritabilité, anxiété, humeur triste, méfiance, impression que le monde a changé, idées étranges, préoccupations inhabituelles. Elle est souvent prise pour une crise d'adolescence, une dépression, une consommation, ou passe inaperçue.

Ce que les jeunes décrivent

Un monde devenu étrange, chargé de sens, menaçant. Des messages dans les chansons, les regards, les écrans. Des voix qui commentent ou ordonnent. Une pensée qui s'emballe, se vide ou s'embrouille. Et après : le choc de l'hospitalisation, parfois la contrainte, la honte de ce qu'on a dit ou fait, la peur que ça recommence, la fatigue des médicaments, et la question qui revient : est-ce que je suis fou, est-ce que ma vie est finie ?

Ce qui se voit en consultation

Selon le moment : une personne encore méfiante ou ralentie, qui parle peu ; une personne qui minimise tout pour tourner la page ; une personne effondrée, triste, honteuse. Souvent une grande sensibilité à la manière dont on la regarde. Parfois un vocabulaire emprunté aux réseaux ou aux croyances de son milieu pour dire ce qui s'est passé.

Épidémiologie

Les premiers épisodes surviennent le plus souvent entre la fin de l'adolescence et le milieu de la trentaine, un peu plus tôt chez les hommes. Leur fréquence varie selon les lieux et les populations : elle est plus élevée en milieu urbain, chez certaines populations migrantes et minoritaires, et chez les consommateurs quotidiens de cannabis fortement dosé.

La durée de psychose non traitée

Le délai entre le début des symptômes psychotiques et le premier traitement adéquat est souvent de plusieurs mois, parfois de plus d'un an. Une durée plus longue est associée à une moins bonne évolution dans les synthèses des études de cohorte, ce qui justifie le repérage et l'accès rapide aux soins.

4. Les trajectoires possibles

Pourquoi cette section existe

Parce que la question « qu'est-ce que j'ai ? » arrive tôt, et que la réponse honnête est souvent : on ne le sait pas encore.

Ce qu'un premier épisode peut devenir

Un épisode unique, suivi d'une rémission durable, chez une partie des personnes.

Des épisodes récurrents, avec des périodes de rémission entre eux.

Une évolution plus continue, avec des symptômes persistants et un retentissement sur le fonctionnement, chez une autre partie.

Un trouble de l'humeur avec caractéristiques psychotiques — un trouble bipolaire, une dépression psychotique —, révélé par l'évolution.

Un trouble lié à une substance, qui s'éteint avec l'arrêt, ou qui révèle un trouble psychotique durable.

Ce qu'on sait sur l'évolution

Les données des cohortes montrent une grande hétérogénéité. Une majorité des personnes obtient une rémission des symptômes après un premier épisode traité. Le risque de rechute dans les cinq années qui suivent est en revanche élevé, et il augmente nettement à l'arrêt du traitement. Le rétablissement fonctionnel — études, travail, relations — est plus lent et moins fréquent que la rémission des symptômes, ce qui justifie de s'y intéresser dès le début.

Ce que vous dites

Ce qui s'est passé, avec les mots de l'épisode. Ce qu'on sait : que beaucoup de personnes vont bien après, que les rechutes sont fréquentes mais pas inévitables, et qu'on peut agir sur une partie de ce qui les favorise. Ce qu'on ne sait pas encore. Et qu'un diagnostic, s'il doit être posé, le sera par le psychiatre, avec le temps.

5. Le modèle

Le modèle qui guide ce programme se présente au jeune en langage simple, avec ses mots et ses exemples. Il ne dit pas pourquoi l'épisode est arrivé ; il dit ce qui rend les épisodes plus ou moins probables, et ce qu'on peut faire.

Stress et vulnérabilité

Chacun a une vulnérabilité plus ou moins grande à ce type d'expérience, liée à des facteurs génétiques, développementaux et à l'histoire. Des facteurs de stress — manque de sommeil, cannabis et autres produits, stress intense, isolement, traumatismes, pressions scolaires ou familiales — s'y ajoutent. Quand leur somme dépasse un seuil, un épisode peut survenir. On ne choisit pas sa vulnérabilité ; on peut agir sur une partie des facteurs de stress, et sur ce qui protège.

Les expériences sur un continuum

Beaucoup de gens ont, à un moment, des expériences inhabituelles : entendre son prénom sans que personne ne l'ait dit, sentir une présence, avoir l'impression qu'un évènement nous est destiné. Ces expériences deviennent un problème quand elles sont fréquentes, envahissantes, interprétées comme menaçantes, et qu'elles entraînent de la détresse et des conduites qui coûtent.

Ce qui entretient les expériences pénibles

Une expérience troublante — une voix, une impression d'être visé — reçoit une interprétation menaçante — « on m'en veut », « la voix est puissante » — qui produit une émotion — peur, colère, honte —, qui pousse à des conduites — éviter, se cacher, obéir, surveiller, se retirer — qui empêchent de vérifier et augmentent l'isolement et le stress. Le manque de sommeil, l'inquiétude et le cannabis alimentent chaque maillon.

Le rétablissement

Le rétablissement ne se résume pas à la disparition des symptômes : c'est retrouver une vie que l'on juge satisfaisante, des projets, des relations, une identité qui ne se réduit pas à l'épisode. Il peut commencer avant la fin des symptômes.

Ce que le modèle explique au jeune

Que ce qui lui est arrivé est une expérience humaine, qui arrive à d'autres, et qui se soigne. Que ce n'est pas sa faute, et que ce n'est pas un défaut de caractère. Que certaines choses rendent un nouvel épisode plus probable, et qu'il peut agir sur plusieurs d'entre elles. Et qu'un épisode ne décide pas du reste de sa vie.


Ce programme est réservé aux praticiens

Il s'adresse aux professionnels de la santé mentale et demande une vérification du titre, puis un abonnement professionnel.

Questions fréquentes

Faut-il parler de schizophrénie ? Pas tant que le diagnostic n'est pas posé par le psychiatre, et jamais comme une fatalité. On décrit l'épisode, on dit l'incertitude. Sections 4 et 17.

Le jeune veut arrêter son traitement. Recueillez les raisons, préparez ses questions pour le psychiatre, et rappelez qu'un arrêt brutal et seul augmente beaucoup le risque. Ne donnez jamais d'avis sur la dose ou la durée. Section 21.

Il continue à fumer du cannabis. Travaillez la fonction du produit et l'ambivalence, donnez l'information, laissez-le choisir un objectif, et ne conditionnez pas le suivi. Section 34.

Il ne vient plus. Allez vers lui : rappel, message, visite, proposition d'un autre lieu. Le décrochage précède souvent la rechute. Section 32.

Il va mieux, mais il est très triste. Évaluez une dépression post-psychotique et le risque suicidaire, écrivez un plan de sécurité, et restez très présent. Section 26.

Les parents veulent tout savoir. Informez-les sur ce qui est général, soutenez-les, et négociez avec le jeune ce qui est partagé. Section 35.

Faut-il attendre qu'il aille mieux pour reprendre les études ? Non. Un premier pas, accompagné et aménagé, fait partie du traitement. Section 36.

Et s'il n'y a pas d'équipe d'intervention précoce ? Travaillez en lien étroit avec le psychiatre et le médecin, organisez vous-même le travail familial et l'insertion, et sachez que vous faites moins que ce qui a été évalué. Section 10.

Combien de temps ? Douze à dix-huit mois pour ce programme, dans un suivi de deux à trois ans, avec un relais organisé.

Les fiches à télécharger

Les exercices de ce programme, en PDF à imprimer. Réservés aux membres.

Voir les formulesLes fiches à imprimer sont incluses dans l'accès.
  1. 01Ce qui s'est passéAvec mes mots, à mon rythme.
  2. 02Mes premiers signesCe qui a changé, doucement, avant que ça devienne grave.
  3. 03Ma journée et mon sommeilCe qui protège le plus, et change souvent en premier.
  4. 04Cannabis et autres produitsPas de morale. Des faits, et ton choix.
  5. 05Quand ça reste difficileLes expériences qui restent, l'humeur, la honte.
  6. 06Le coin des prochesPersonne n'est responsable, et ce que vous faites compte.
  7. 07Mon plan de préventionÉcrit par moi, pour que ça ne recommence pas, ou que ça s'arrête vite.

Toutes les fiches en un seul fichier, avec sommaire.

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