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Troubles de la personnalitéPour les praticiens75 min de lecture

Personnalité schizotypique : manuel du thérapeute

Un protocole en seize séances clés, dans un suivi de l'ordre d'un an, pour l'adulte qui présente des idées de référence, des croyances et des perceptions inhabituelles, une manière de penser et de parler singulière, et une anxiété sociale teintée de méfiance. D'abord une alliance qui accepte l'excentricité et un cadre clair, puis la psychoéducation sur le continuum des expériences inhabituelles, le cercle qui les entretient, et les facteurs de vulnérabilité sur lesquels on peut agir : stress, sommeil, cannabis. Ensuite les idées de référence, les croyances et les perceptions inhabituelles abordées par leurs effets et non par leur réalité, l'anxiété sociale et la méfiance, la clarté de la communication et le projet de vie. Un plan de signes précoces écrit avec le patient, la place de la famille et du médicament, un niveau de preuve exposé honnêtement, et les références.

En bref

Ce manuel s'adresse aux professionnels de la santé mentale formés à la thérapie cognitive et comportementale et au travail avec les troubles de la personnalité et les troubles psychotiques. Il traite la personnalité schizotypique de l'adulte : des idées de référence qui ne vont pas jusqu'au délire, des croyances magiques ou étranges, des perceptions inhabituelles, un discours et une apparence singuliers, peu de relations proches, et une anxiété sociale qui ne diminue pas avec la familiarité parce qu'elle tient à la méfiance plus qu'à la peur du jugement. Ce trouble occupe une place à part : le DSM-5-TR le range parmi les troubles de la personnalité et dans le spectre de la schizophrénie, la CIM-11 seulement dans ce spectre. Tout le programme en tient compte. On ne combat pas les croyances inhabituelles, ce qui les renforce ; on examine avec le patient ce qu'elles lui coûtent. On ne corrige pas l'excentricité ; on aide à se faire comprendre quand le patient le veut. Et on écrit avec lui un plan de signes précoces, parce qu'une minorité de ces patients évolue vers un trouble psychotique et qu'un repérage précoce change le pronostic. Le stress, le sommeil et le cannabis sont traités tôt. Le niveau de preuve, meilleur que pour les autres troubles du groupe A, reste modeste, et le manuel le dit.

Thématique
Troubles de la personnalité
Pour qui
Pour les praticiens
Langues
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Le programme

Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une expérience des troubles de la personnalité et des troubles psychotiques, et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits. Deux avertissements propres à cette indication. Ce manuel ne traite pas un trouble psychotique constitué : l'apparition d'idées délirantes, d'hallucinations persistantes ou d'une désorganisation impose une évaluation psychiatrique sans délai et un autre dispositif, section 9. Et il suppose qu'un psychiatre puisse être sollicité à tout moment, parce que la surveillance de l'évolution fait partie du traitement.

1. Le programme en un coup d'œil

Indication. Personnalité schizotypique chez l'adulte, en ambulatoire, sans trouble psychotique constitué, avec un psychiatre identifié dans la boucle de soins.

Modèle de référence. Une thérapie cognitive et comportementale adaptée, qui emprunte à la thérapie cognitive des expériences psychotiques atténuées — normalisation, examen des interprétations, gestion du stress, plan de signes précoces — et au travail sur les troubles de la personnalité — alliance, cadre, fonctionnement social.

Format. Un suivi de l'ordre d'un an, soit une quarantaine de séances ; ce manuel décrit seize séances clés, organisées en cinq phases, avec les points d'extension indiqués. Séances de 45 à 50 minutes, hebdomadaires pendant les deux premières phases, puis tous les quinze jours. Un suivi psychiatrique en parallèle, à un rythme défini par le psychiatre. Des rappels, et une surveillance prolongée des signes précoces.

Mécanisme visé. Réduire la détresse et le retentissement liés aux expériences inhabituelles en agissant sur leur interprétation et sur ce qui les amplifie — stress, manque de sommeil, cannabis, isolement —, réduire l'anxiété sociale et la méfiance qui entretiennent l'isolement, améliorer le fonctionnement social et professionnel, et repérer tôt une évolution psychotique.

Phase Séance Objet Livrable de séance
I. Alliance 1 Accueillir et comprendre Motif formulé, expériences écoutées sans jugement
2 Un cadre clair Objectifs choisis, cadre écrit, psychiatre identifié
3 Évaluer Psychose écartée, risque évalué, facteurs de vulnérabilité listés
II. Comprendre 4 Le continuum des expériences Expériences situées sur un continuum
5 Le cercle des expériences inhabituelles Cercle dessiné avec un épisode réel
6 Stress, sommeil, cannabis Plan pour deux facteurs de vulnérabilité
III. Assouplir 7 Les idées de référence Trois explications par situation
8 Ce que coûtent les croyances Balance écrite pour une croyance
9 Les perceptions inhabituelles Stratégies de gestion essayées
10 Bilan à mi-parcours Mesures refaites, plan révisé
IV. Relations 11 L'anxiété sociale et la méfiance Première exposition graduée
12 Se faire comprendre Deux situations de communication préparées
13 Le projet Un objectif d'études, de travail ou d'activité
V. Consolider 14 Le plan de signes précoces Plan écrit et partagé avec le psychiatre
15 La famille et l'entourage Séance commune ou information préparée
16 Bilan, suite, surveillance Plan écrit, mesures refaites

Ce qui distingue ce programme des autres manuels de ce site. Trois choses. Un trouble à la frontière de la personnalité et de la psychose, que les deux classifications ne rangent pas au même endroit. Des croyances qu'on n'examine jamais pour leur vérité. Et une surveillance de l'évolution qui fait partie du traitement et se fait avec le patient.

2. Avant de commencer

À qui ce programme est destiné

À des psychologues, psychiatres et psychothérapeutes formés à la thérapie cognitive et comportementale, qui ont une expérience des troubles de la personnalité et, idéalement, des troubles psychotiques débutants, et qui peuvent s'appuyer sur une supervision et sur un psychiatre.

Les quatre décisions préalables

1. S'agit-il d'un trouble psychotique ? Les idées de référence sont-elles des idées délirantes ? Les perceptions inhabituelles sont-elles des hallucinations ? La pensée est-elle désorganisée ? Section 7.

2. S'agit-il d'un état à haut risque de psychose ? Des symptômes atténués d'apparition récente, un déclin du fonctionnement, une histoire familiale de psychose chez un jeune adulte orientent vers un dispositif spécialisé d'intervention précoce. Section 9.

3. S'agit-il d'un trouble du spectre de l'autisme ? Le chevauchement est important, et l'histoire développementale décide. Section 7.

4. Les croyances du patient sont-elles partagées par son groupe culturel ou religieux ? Section 5.

Ce que ce programme ne traite pas

La schizophrénie, le trouble délirant, et les autres troubles psychotiques, qui relèvent d'un dispositif psychiatrique.

Les états à haut risque de psychose chez le jeune, qui relèvent en priorité des équipes d'intervention précoce, même si ce manuel en partage beaucoup d'outils.

Le trouble du spectre de l'autisme, qui appelle une évaluation et un accompagnement spécifiques.

Les expériences inhabituelles d'origine toxique ou neurologique.

Ce que ce programme n'est pas

Ce n'est pas une thérapie qui ramène le patient à des croyances ordinaires. Ce n'est pas un programme de normalisation de l'apparence ou des goûts. C'est une thérapie qui aide un patient singulier à souffrir moins de ses expériences, à fonctionner selon ses propres objectifs, et à repérer ce qui annoncerait une aggravation.

Comment l'utiliser

Lisez d'abord les sections 3 à 14 : elles fondent les choix des séances. Les séances décrites sont des séances clés ; chacune peut en occuper deux ou trois. Les sections 31 à 36 détaillent ce que les séances annoncent. La section 39 dit ce qu'il ne faut pas lâcher.

3. Le tableau clinique

Ce qui définit le trouble

Un déficit durable des relations sociales et interpersonnelles, marqué par un inconfort aigu et une capacité réduite à entretenir des relations proches, associé à des distorsions cognitives ou perceptives et à des excentricités du comportement, installé depuis le début de l'âge adulte et présent dans des contextes variés.

Les formes qu'il prend

Les idées de référence : l'impression que des événements, des paroles, des objets anodins ont une signification particulière pour soi, sans atteindre la conviction délirante.

Les croyances étranges ou la pensée magique, qui influencent le comportement et ne sont pas partagées par le groupe culturel : télépathie, clairvoyance, sixième sens, superstitions idiosyncrasiques, pouvoir de la pensée sur les événements.

Les perceptions inhabituelles, y compris des illusions corporelles : sentir une présence, entendre son nom murmuré, percevoir des modifications de son corps.

Une pensée et un discours singuliers : vagues, circonstanciels, métaphoriques, trop élaborés ou stéréotypés, sans désorganisation franche.

La méfiance et les idées de persécution.

Des affects inappropriés ou restreints.

Un comportement ou une apparence étranges, excentriques ou singuliers.

Peu d'amis proches ou de confidents en dehors des parents du premier degré.

Une anxiété sociale excessive, qui ne diminue pas avec la familiarité, et qui tient davantage à des craintes de type persécutif qu'à un jugement négatif sur soi.

Ce que les patients décrivent

Des expériences qui leur semblent vraies et que les autres ne comprennent pas. Un monde plein de signes. Une solitude souvent subie, parfois un sentiment d'être à part, différent, doté d'une sensibilité particulière. Une fatigue des relations, qui les laissent tendus même avec des personnes connues. Et, parfois, une angoisse : est-ce que je deviens fou ?

Ce qui se voit en consultation

Une présentation singulière : vêtements, gestes, manière de parler. Un discours qui tourne, se précise puis se perd, qui emploie des mots dans un sens particulier. Un contact visuel inhabituel. Une méfiance discrète. Des affects qui ne correspondent pas toujours à ce qui est raconté. Une grande intelligence est fréquente, et elle ne contredit rien.

Ce qui n'en fait pas partie

Des idées délirantes fixes, des hallucinations persistantes, une désorganisation franche : elles signent un trouble psychotique.

Épidémiologie et évolution

Les estimations en population générale sont de l'ordre de quelques pour cent, variables selon les méthodes. Le trouble est plus fréquent chez les apparentés de personnes atteintes de schizophrénie. Il est en général stable, mais une minorité de patients évolue vers un trouble psychotique, en particulier en présence de symptômes atténués qui s'aggravent, d'un déclin du fonctionnement et d'une consommation de cannabis. La dépression et l'anxiété sont fréquentes.

4. Le cercle des expériences inhabituelles

Le modèle qui guide ce programme combine un modèle de vulnérabilité et de stress et un cercle cognitif et interpersonnel.

La vulnérabilité

Une sensibilité particulière, en partie héréditaire, qui rend plus probables des expériences inhabituelles : des perceptions ambiguës, une tendance à relier des événements sans lien, à percevoir de la signification là où d'autres n'en voient pas. Cette vulnérabilité s'exprime davantage sous stress, en cas de manque de sommeil, et avec le cannabis.

Les cinq maillons

1. L'expérience. Une perception ambiguë, une coïncidence, une sensation corporelle, une impression de signification.

2. L'interprétation. Parmi les explications possibles, une explication externe ou personnelle est retenue : c'est un signe, on parle de moi, quelqu'un m'envoie un message, j'ai un don.

3. L'émotion. Anxiété et menace si l'interprétation est persécutive ; exaltation ou sentiment d'importance si elle est magique ou spéciale.

4. La réponse. Rituels, vérifications, vigilance, retrait, recherche d'autres signes, consultation de sources qui confirment.

5. La perte de retour correcteur. L'isolement prive le patient de l'avis des autres sur ses interprétations ; les sources qui confirment sont souvent les seules consultées. L'interprétation se consolide.

La boucle sociale

La méfiance et l'anxiété dans les relations produisent un retrait. Le retrait réduit les occasions de se sentir en sécurité avec les autres, et prive du retour correcteur. Les autres perçoivent la singularité et la méfiance, se tiennent à distance ou se moquent. Le sentiment d'être à part et menacé se renforce.

Ce que le traitement fait

Il réduit ce qui amplifie la vulnérabilité — stress, sommeil, cannabis —, il ralentit l'interprétation et élargit les explications possibles, il réduit les réponses qui entretiennent — vérifications, recherche de signes, retrait —, il restaure progressivement un retour correcteur par des relations plus sûres, et il surveille ce qui annoncerait une évolution.

Ce que le modèle explique au patient

Que ses expériences sont réelles en tant qu'expériences. Que beaucoup de gens en ont de semblables, à des degrés divers. Que la façon de les comprendre change la façon de les vivre. Et que certaines choses les amplifient, sur lesquelles il peut agir.

5. Croyances inhabituelles, culture et spiritualité

Pourquoi cette section existe

Parce qu'une croyance n'est pas étrange en soi : elle l'est par rapport à un groupe. Croire aux esprits, au mauvais œil, à la prière qui guérit, aux rêves prémonitoires, à l'astrologie peut être tout à fait ordinaire dans un milieu donné. Poser un diagnostic sur une croyance partagée est une erreur clinique, et une forme de disqualification culturelle.

Ce qu'il faut distinguer

Les croyances partagées par un groupe religieux, spirituel ou culturel, transmises, reconnues par les membres du groupe comme faisant partie de leur tradition.

Les croyances idiosyncrasiques, propres au patient, que son propre groupe trouve étranges, ou qui prennent une forme personnelle excessive : j'ai un pouvoir que personne d'autre n'a, les signes s'adressent à moi seul.

Les expériences spirituelles, qui peuvent être intenses et inhabituelles sans être pathologiques, et qui sont souvent vécues comme enrichissantes.

Comment faire la différence

Demander au patient comment son entourage, sa communauté, son groupe voient ces croyances.

Demander, si le patient l'accepte, l'avis d'une personne de sa communauté ou d'un collègue connaissant sa culture.

Regarder les effets : détresse, retentissement, isolement, conduites qui mettent en danger.

Ce que vous faites

Vous ne jugez pas une croyance partagée. Vous travaillez, si le patient le souhaite, sur la détresse et le retentissement. Et vous restez attentif à la manière dont une croyance culturelle peut prendre une forme personnelle qui en change la nature.

Les groupes qui exploitent

Certaines personnes vulnérables, isolées, en quête de signification, sont recrutées par des groupes qui exploitent ces croyances. On s'y intéresse sans juger la croyance, par les effets : argent, isolement de la famille, obéissance, perte d'autonomie.


Ce programme est réservé aux praticiens

Il s'adresse aux professionnels de la santé mentale et demande une vérification du titre, puis un abonnement professionnel.

Questions fréquentes

Faut-il annoncer le diagnostic ? Avec prudence. Le terme est mal compris et peut évoquer la schizophrénie. On parle d'une sensibilité particulière, d'expériences inhabituelles, de facteurs qui les amplifient. Si le patient demande, on répond honnêtement, en expliquant que la plupart des personnes concernées restent stables.

Faut-il parler du risque de psychose ? Oui, mais pas au début et pas brutalement. On parle de vulnérabilité, de facteurs modifiables, et du plan de vigilance comme d'un outil de protection. Section 32.

Le patient me demande si je crois à ses dons. Dites que vous ne savez pas, que ce qui vous intéresse est ce que ces expériences lui font vivre, et que vous respectez ce qu'il pense. Section 31.

Il refuse de voir un psychiatre. Explorez ses craintes, expliquez le rôle du psychiatre, et proposez une rencontre sans engagement. Si des signes d'évolution apparaissent, la question devient plus pressante et vous devez le dire.

Il ne veut pas arrêter le cannabis. Donnez l'information, sans moraliser, et travaillez avec l'entretien motivationnel. Une réduction est déjà utile. Section 20.

Ses croyances sont religieuses. Distinguez ce qui est partagé par sa communauté de ce qui est personnel, et travaillez sur la détresse et les effets. Section 5.

Comment distinguer une idée de référence d'une idée délirante ? Par le degré de conviction, la capacité de doute, et l'organisation de la conduite autour de l'idée. Au moindre doute, évaluation psychiatrique. Section 7.

La famille veut que je le convainque que ses idées sont fausses. Expliquez, avec l'accord du patient, que la contradiction renforce les croyances et tend le climat, et ce qui aide à la place. Section 35.

Faut-il un antipsychotique ? C'est une décision du psychiatre. De petits essais suggèrent un intérêt à faible dose pour certains symptômes ; les preuves sont limitées et les effets indésirables doivent être pesés. Section 12.

Combien de temps ? Un an environ, avec une surveillance prolongée des signes précoces, surtout chez le jeune adulte.

Les fiches à télécharger

Les exercices de ce programme, en PDF à imprimer. Réservés aux membres.

Voir les formulesLes fiches à imprimer sont incluses dans l'accès.
  1. 01Notre façon de travaillerQui fait quoi, et vers quoi on va.
  2. 02Ma ligne et mon cercleDes expériences qui existent chez beaucoup de gens, à des degrés divers.
  3. 03Ce qui fait bouger la ligneLe sommeil, le stress, le cannabis, et ce que je perçois.
  4. 04D'autres explicationsGarder sa première idée, et la poser à côté des autres.
  5. 05Avec les autresMoins d'angoisse, et être compris quand je le veux.
  6. 06Le coin des prochesUn climat calme aide plus que les discussions.
  7. 07Mon plan de vigilanceCe que je remarque en premier, et ce que je veux qu'on fasse.

Toutes les fiches en un seul fichier, avec sommaire.

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