Accompagner un proche atteint de la maladie d'Alzheimer ou d'une autre démence
Votre mère repose la même question dix fois par heure, votre mari refuse la douche du soir, et vous ne dormez plus. Ce guide explique ce que la maladie change dans la tête de votre proche, pourquoi la plupart des comportements difficiles ont une cause que l'on peut chercher, comment lui parler sans le mettre en échec, comment protéger sa sécurité et préparer les décisions tant qu'il peut encore les prendre. Il dit aussi comment tenir vous-même sans vous épuiser.
Dr Zayan Al-Falasi, médecin-psychiatre
En bref
Ce guide s'adresse aux proches aidants d'une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer ou d'une autre démence : conjoint, enfant, frère ou sœur, ami ou voisin qui a pris le relais. Il s'appuie sur ce que la recherche a établi : les comportements difficiles ont presque toujours des causes que l'on peut chercher, à commencer par la douleur ; les approches sans médicament passent en premier ; et les aidants qui apprennent des stratégies précises vont mieux, pendant des années. Il propose une méthode pas à pas pour les situations du quotidien, dit clairement ce qui relève de l'urgence, et consacre une large place à la santé de celui ou de celle qui aide.
- Thématique
- Troubles neurocognitifs
- Pour qui
- Pour un proche
- Langues
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Le programme
Ce guide est un contenu de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation. Si votre proche devient brusquement plus confus, plus somnolent ou plus agité, en quelques heures ou en quelques jours, appelez son médecin le jour même, ou les services d'urgence de votre pays si son état vous inquiète. La maladie, elle, avance lentement, en mois et en années : un changement aussi rapide signale le plus souvent une autre cause, comme une infection, une déshydratation, une douleur ou l'effet d'un médicament, qui se soigne (section 11). Appelez aussi les secours après une chute avec blessure, ou si votre proche ne boit plus. Si vous sentez que vous pourriez lui faire du mal, ou si vous pensez vous-même à mourir, parlez-en aujourd'hui à un médecin ou à une ligne de prévention du suicide ; en cas de danger immédiat, appelez les services d'urgence. Ne modifiez jamais seul un traitement prescrit. Comptez cinquante minutes de lecture.
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Ce que contient la suite
- 3. Ce que dit la recherche
- 4. Ce que la maladie fait à l'aidant
- 5. Parler à votre proche au quotidien
- 6. Les comportements difficiles : une méthode en quatre temps
- 7. Les situations les plus fréquentes
- 8. Les approches sans médicament, et la place des médicaments
- 9. La sécurité au quotidien
- 10. Anticiper les décisions tant que votre proche peut s'exprimer
- 11. L'aggravation brutale : une urgence
- 12. Votre épuisement, et ce qui vous aide
- 13. Huit semaines pour reprendre pied, pas à pas
- 14. Les situations particulières
- 15. Quand consulter, et vers qui
- 16. Questions fréquentes
- 17. À retenir
- 18. Sources et fondements
Questions fréquentes
Est-ce que la maladie est héréditaire ? Pour la maladie d'Alzheimer, presque jamais directement. Les formes transmises de parent à enfant par un seul gène font moins de 1 % des cas, d'après la revue de Randall Bateman ; elles commencent le plus souvent avant soixante ans et touchent plusieurs générations. Un parent atteint d'une forme tardive, la situation la plus courante, ne vous transmet pas la maladie de cette façon, même si certains gènes plus répandus peuvent augmenter le risque. L'hérédité pèse davantage dans les dégénérescences frontotemporales. Si plusieurs proches ont été touchés jeunes, une consultation de génétique permet d'en parler.
Puis-je faire quelque chose pour ne pas avoir la même maladie ? La commission d'experts réunie par la revue médicale The Lancet a retenu en 2024 quatorze facteurs de risque sur lesquels on peut agir, dont la perte d'audition non corrigée, l'hypertension (une tension artérielle trop élevée), l'inactivité physique, le tabac et l'isolement ; agir sur eux dans toute la population pourrait en théorie, selon elle, éviter ou retarder près de la moitié des démences. Notre programme Accroître sa longévité : le programme Psychotip® détaille ces leviers.
Faut-il lui dire son diagnostic ? L'annonce revient au médecin qui l'a posé, et chaque personne a le droit de savoir ce qu'elle souhaite savoir de sa maladie. Certaines veulent tout comprendre, d'autres préfèrent parler de « soucis de mémoire » : les deux se respectent. Cacher le diagnostic l'empêche surtout de participer aux décisions qui la concernent pendant qu'elle le peut encore.
Dois-je lui rappeler que son mari est mort ? Pas chaque fois qu'elle le réclame : ce serait lui faire revivre un deuil chaque jour. Répondez à ce qu'elle ressent, parlez de lui avec elle, puis proposez autre chose, comme le décrit la section 5. Si un jour elle vous demande calmement ce qu'il est devenu, vous pouvez lui dire la vérité avec douceur, en restant près d'elle, et voir comment elle la reçoit.
Les jeux de mémoire peuvent-ils ralentir la maladie ? Rien ne le montre : ils améliorent un peu les tests, pas la vie quotidienne (section 3). S'il aime ces jeux, c'est un loisir. Ce qui aide davantage, ce sont des activités qui ont un sens pour lui, et un groupe de stimulation cognitive s'il en existe un près de chez vous.
Il refuse de voir un médecin. Que faire ? Ne cherchez pas à le convaincre qu'il est malade. Proposez la consultation pour un motif qu'il accepte, comme un bilan de tension, et prévenez le médecin à l'avance, par écrit, de ce que vous observez. Devant un danger immédiat, appelez les secours, même contre son avis.
Il m'arrive de crier contre lui. Suis-je maltraitant ? Crier dans un moment d'épuisement arrive à beaucoup d'aidants, et le fait que vous vous posiez la question montre que cela vous fait souffrir. Les chercheurs rangent pourtant les cris, les insultes et les menaces parmi les comportements maltraitants, même sans intention de nuire, parce qu'ils effraient la personne. Ils les voient comme une échelle, où un cri isolé n'a pas le poids d'insultes quotidiennes (section 9). Quand ces moments se répètent, c'est le signal qu'il vous faut plus d'aide et un plan pour les moments de tension (section 12). Si un geste physique a eu lieu, ou si vous craignez d'en arriver là, parlez-en le jour même à un médecin ou à un psychologue : ils sont là pour vous aider, pas pour vous juger.
Elle ne me reconnaît plus. Mes visites servent-elles encore à quelque chose ? Oui. Une personne qui ne sait plus qui vous êtes peut encore sentir votre présence, votre voix, votre main. Et comme une émotion peut durer plus que son souvenir (section 2), le bien-être d'une visite peut persister après l'oubli. Venez pour un moment simple : une chanson, une crème sur les mains, une promenade.
Quand faut-il envisager un établissement ? Quand votre proche n'est plus en sécurité à la maison malgré les aides, ou quand vous ne tenez plus ; des critères écrits à l'avance aident à le reconnaître (section 10). Ce n'est pas un abandon : vous restez son proche, avec un rôle différent.
Le médecin propose un médicament pour le calmer. Que demander ? Demandez si une douleur, une infection ou un effet de médicament ont été cherchés, quels sont les risques pour lui, et quand on fera le point pour décider de poursuivre ou d'arrêter (section 8). La décision reste médicale.