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DeuilPour les praticiens95 min de lecture

Traiter le deuil prolongé de l'adulte : manuel du thérapeute

Un protocole de seize séances, séance par séance, fondé sur la thérapie du deuil compliqué de Shear et sur le modèle des deux processus : quand traiter et quand s'abstenir, les objectifs personnels avant l'exposition, la visite répétée du récit de la mort, la levée des évitements, la culpabilité, la rumination, la conversation imaginaire. Critères diagnostiques, évaluation, erreurs fréquentes, fiches à remettre au patient et références complètes.

En bref

Ce manuel s'adresse aux professionnels de la santé mentale formés à la thérapie cognitive et comportementale. Il décrit un traitement complet du trouble du deuil prolongé de l'adulte : la décision préalable de traiter ou non — la majorité des endeuillés n'ont pas besoin d'une thérapie —, les modèles qui fondent le protocole, les critères du DSM-5-TR et de la CIM-11, l'évaluation, puis les seize séances une par une, avec leur déroulé en étapes, ce qu'il faut dire, ce qu'il ne faut jamais dire, et le critère de passage à la suivante. La règle qui organise l'ensemble est énoncée d'emblée : chaque séance travaille la perte et travaille la vie, faute de quoi la thérapie reproduit la position dans laquelle le patient est bloqué. Le suicide, la mort violente, la mort d'un enfant, la perte périnatale et le deuil ambivalent font l'objet d'aménagements décrits à part. Sept fiches imprimables accompagnent le programme.

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Pour les praticiens
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Le programme

Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une capacité à poser un diagnostic et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits : reportez-vous aux manuels originaux pour la lettre du texte.

1. Le programme en un coup d'œil

Indication. Trouble du deuil prolongé chez l'adulte, au moins douze mois après le décès. Le programme convient aussi au deuil compliqué par une mort violente, soudaine ou par suicide, avec les aménagements de la section 30.

Ce que ce programme n'est pas. Un accompagnement pour toute personne endeuillée. La grande majorité des adultes traversent un deuil sans traitement, et les interventions proposées à tous les endeuillés obtiennent des effets négligeables — la méta-analyse de Currier, Neimeyer et Berman (2008) est claire sur ce point, et les études d'intervention préventive le confirment. Ce manuel s'adresse à ceux qui restent bloqués, dont la vie s'est arrêtée, et dont le fonctionnement est atteint un an après.

Modèle de référence. La thérapie du deuil compliqué de Shear et ses collaborateurs, évaluée dans trois essais contrôlés (2005, 2014, 2016), qui reste le traitement le mieux établi. Elle est complétée par le travail cognitivo-comportemental de Boelen et ses collaborateurs (2007), qui a montré l'apport de l'exposition et de la restructuration cognitive, et par le modèle des deux processus de Stroebe et Schut (1999), qui fournit le principe d'alternance sur lequel tout le programme est construit.

Format. Seize séances individuelles de 45 à 60 minutes, hebdomadaires, sur environ quatre mois, suivies de deux séances de rappel à un mois puis à trois mois. Seize séances est la dose évaluée : ce n'est pas un découpage arbitraire, et le raccourcir dégrade les résultats.

Mécanisme visé. Ni l'oubli, ni l'acceptation entendue comme une résignation. Quatre changements : que la personne puisse penser à la mort sans être submergée, qu'elle cesse d'éviter ce qui rappelle le défunt et ce qui rappelle la vie, que les pensées qui l'accablent soient examinées, et qu'elle reprenne des projets qui lui appartiennent.

Séance Objet Livrable de séance
1 Évaluation, histoire de la perte, mesures Relevé quotidien ouvert
2 Formulation, les deux processus Schéma écrit avec le patient
3 Les objectifs personnels Trois objectifs, avec une première étape
4 Le récit de la mort, première visite Enregistrement de la visite
5 Deuxième visite Courbe comparée à la première
6 Troisième visite, le pire moment Récit complet, moment le plus dur abordé
7 Les situations évitées : la hiérarchie Échelle construite, première exposition
8 Exposition situationnelle, mi-parcours Deux situations reprises, mesures
9 Les souvenirs et les photos Souvenirs positifs redevenus accessibles
10 « J'aurais dû » : la culpabilité Croyance examinée, part réattribuée
11 L'injustice, la colère, le sens Ce qui se dit et ce qui ne se disait pas
12 La rumination et la recherche de proximité Deux habitudes réduites
13 La conversation imaginaire Dialogue conduit et enregistré
14 Reconstruire : relations et activités Trois reprises engagées
15 Identité, avenir, lien continué Ce que je garde, écrit
16 Bilan, plan, les dates qui reviennent Fiche de synthèse écrite par le patient

Ce que le patient emporte. Sept fiches imprimables, listées à la section 33 et téléchargeables depuis cette page : où j'en suis, mes objectifs, mon récit et mes écoutes, ce que j'évite, mes souvenirs, ce que je me dis, mon plan.

Ce qui distingue ce programme d'un accompagnement de deuil. La cible n'est pas la tristesse, qui n'est pas un symptôme et qui n'a pas à disparaître. La cible est ce qui empêche le deuil de suivre son cours : l'évitement de la réalité de la mort, l'évitement de la vie, la rumination, et la recherche de proximité qui maintient le défunt présent. Une personne qui pleure sa femme trois ans après va bien ; une personne qui n'est jamais retournée dans leur chambre va mal. La différence commande tout le traitement.

2. Avant de commencer

À qui ce programme est destiné

Ce texte s'adresse à des psychologues, psychiatres, psychothérapeutes et infirmiers spécialisés en santé mentale, formés à la thérapie cognitive et comportementale. Il suppose que vous savez conduire un entretien diagnostique, reconnaître une dépression majeure sous un deuil, et évaluer un risque suicidaire.

Il n'est pas destiné aux personnes endeuillées. Il comporte des descriptions de morts violentes, des indications sur ce qu'il ne faut pas dire, et des critères de non-réponse. Remis à une personne concernée, il serait lu comme un jugement sur son deuil.

La question préalable : faut-il traiter ?

C'est la décision la plus importante de ce manuel, et elle se prend avant la séance 1.

Ne traitez pas un deuil ordinaire. Les adultes endeuillés vont majoritairement bien : ils souffrent, longtemps, et ils reprennent leur vie. Les interventions offertes à tous obtiennent des effets proches de zéro, et certaines données suggèrent qu'elles peuvent nuire chez ceux qui allaient s'en sortir seuls. Un endeuillé qui pleure, qui parle de son mort, qui a des mauvais jours et qui travaille n'a pas besoin de vous.

Traitez un deuil bloqué. Au-delà de douze mois : une vie qui s'est arrêtée, un évitement massif, un travail perdu, un isolement, une rumination continue, des idées de mort, ou un sentiment que rien n'a plus de sens.

N'attendez pas douze mois quand il y a un risque. Le seuil diagnostique n'est pas un seuil de soin. Un endeuillé de trois mois avec un risque suicidaire, une dépression sévère ou un état de stress post-traumatique se traite immédiatement, pour ces motifs-là.

Le premier mois n'est pas le moment d'un protocole. Ce qui est utile alors : de l'information, une écoute, un peu de soutien pratique, et une évaluation du risque. Fixez un rendez-vous à trois mois.

Ce que ce programme n'est pas

Ce n'est pas un traitement de la dépression. Une dépression caractérisée se traite comme telle, avant ou avec.

Ce n'est pas un traitement de l'état de stress post-traumatique. Quand la mort a été vue et que les reviviscences dominent, le trauma se traite d'abord ou conjointement, avec un protocole dédié.

Ce n'est pas un modèle par étapes. Les « cinq étapes du deuil » ne décrivent pas ce que traversent les endeuillés, n'ont jamais été validées comme séquence, et font du tort quand on les présente : un patient qui n'est pas « au bon stade » s'inquiète, et son entourage s'impatiente. Ne les utilisez pas.

Ce n'est pas un groupe de parole. Les groupes ont leur utilité contre l'isolement, et ils ne traitent pas un deuil prolongé.

Comment l'utiliser

Lisez l'ensemble avant la première séance. Les sections 3 à 12 posent le cadre ; les sections 13 à 28 se relisent la veille de chaque séance.

Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce que vous dites, les erreurs fréquentes, et le critère de passage. Ce dernier point commande le rythme : le programme progresse par acquisition, pas par calendrier.

Un avertissement propre à ce trouble. La séance peut se passer très bien à écouter, chaque semaine, le récit de la semaine écoulée et le manque. Le patient en sort soulagé, vous en sortez avec le sentiment d'avoir accompagné, et rien ne change. C'est la dérive centrale du travail sur le deuil, et le principe d'alternance de la section 4 est ce qui la prévient.

3. Le tableau clinique

Ce que le patient décrit

Il ne dit pas qu'il va mal. Il dit que sa femme est morte, et que c'est normal d'être comme ça. Il vient souvent parce que quelqu'un l'a poussé — un enfant, un médecin, un employeur.

Interrogé, il décrit un manque qui n'a pas diminué, un temps arrêté, l'impression que la vie s'est terminée en même temps, et une incapacité à imaginer un avenir. Les phrases reviennent d'un patient à l'autre : « je n'ai pas avancé d'un millimètre », « je fais semblant », « je n'y crois toujours pas ».

Les deux formes d'évitement

C'est la clé du tableau, et la partie qu'on manque le plus.

L'évitement de la réalité de la mort. Le patient ne va pas au cimetière, n'a pas vidé l'armoire, garde la chambre intacte, ne prononce pas le mot « mort », change de sujet, ne regarde pas les photos, n'écoute pas les messages vocaux gardés — ou les écoute compulsivement, ce qui a la même fonction. Il n'a souvent jamais raconté la mort à personne, en entier.

L'évitement de la vie. Moins repéré et tout aussi important. Le patient ne voit plus ses amis, a arrêté ses activités, ne fait plus de projets, refuse les invitations, ne rit pas, ne prend pas de vacances, et se refuse tout plaisir. Souvent explicitement : ce serait une trahison.

Les deux évitements se traitent, et le programme y consacre les séances 4 à 8 pour le premier, 14 et 15 pour le second.

La rumination, et la recherche de proximité

La rumination est l'activité mentale centrale de ces patients : repasser les derniers jours, chercher ce qu'on aurait pu faire, imaginer ce qui serait si, refaire le scénario. Elle passe pour du travail de deuil, et elle n'en est pas : Eisma et ses collaborateurs ont montré qu'elle fonctionne comme un évitement — elle occupe l'esprit avec le passé pour éviter d'affronter à la fois la réalité de la mort et les exigences du présent.

La recherche de proximité est le pendant comportemental : dormir avec un vêtement, appeler la messagerie pour entendre la voix, garder la place à table, parler au mort plusieurs heures par jour, visiter la tombe tous les jours, ne rien déplacer. Ces conduites ne sont pas pathologiques en soi — beaucoup d'endeuillés qui vont bien en ont — et elles le deviennent quand elles servent à maintenir le défunt présent et à ne pas admettre l'absence.

Ce qui entretient le trouble

Cinq mécanismes, tous accessibles.

Une réalité insuffisamment intégrée. La mort est connue et non assimilée. Le patient sait, et il ne le croit pas.

Les deux évitements décrits plus haut, qui empêchent l'un l'intégration et l'autre la reconstruction.

Les croyances négatives sur soi, sur le monde et sur l'avenir : c'est ma faute, je n'y survivrai pas, la vie n'a plus de sens, je n'ai pas le droit d'être heureux, si j'arrête de souffrir c'est que je l'oublie.

La rumination et la recherche de proximité, qui maintiennent le système en place.

L'entourage. Il se lasse, il évite le sujet, il conseille de tourner la page, ou au contraire il entretient le sanctuaire. Dans les deux cas le patient se tait.

Épidémiologie, en deux chiffres utiles

Parmi les adultes endeuillés, environ 7 à 10 % développent un deuil prolongé caractérisé (Lundorff et coll., 2017). La proportion est nettement plus élevée après une mort violente, après un suicide, après la mort d'un enfant, et chez les personnes déjà vulnérables.

Le retentissement est majeur : le deuil prolongé est associé à une altération du fonctionnement, à un risque suicidaire augmenté, et à une atteinte de la santé physique — sommeil, hypertension, conduites de consommation.

4. Le modèle qui guide ce programme

Pourquoi celui-là

La thérapie du deuil compliqué de Shear et ses collaborateurs est le traitement le mieux établi. Ses trois essais contrôlés montrent une supériorité sur la psychothérapie interpersonnelle (2005), sur la thérapie de deuil centrée sur le soutien (2014), et une absence d'apport du citalopram ajouté à la thérapie (2016). Ses composantes sont identifiées : la visite répétée du récit de la mort, la reprise des situations évitées, le travail sur les souvenirs, la conversation imaginaire avec le défunt, et — c'est le point le plus souvent négligé — un travail explicite sur les objectifs personnels du patient dès les premières séances.

Le modèle des deux processus de Stroebe et Schut (1999) fournit le principe qui organise l'ensemble : un deuil qui se déroule bien alterne entre l'orientation vers la perte — pleurer, se souvenir, affronter la réalité — et l'orientation vers la reconstruction — les tâches nouvelles, les rôles nouveaux, la vie qui reprend. Le deuil bloqué se caractérise par l'absence d'alternance : le patient est fixé sur l'un des deux, presque toujours sur la perte, parfois sur la reconstruction avec un évitement complet du chagrin.

Ce principe a une conséquence pratique immédiate : chaque séance de ce programme comporte les deux. On travaille la perte et on travaille la vie, la même semaine, du début à la fin. C'est ce qui empêche la thérapie de devenir une longue orientation vers la perte, et c'est ce qui distingue ce protocole d'un accompagnement.

Le travail cognitivo-comportemental de Boelen et ses collaborateurs (2007) a montré l'efficacité de l'exposition et de la restructuration cognitive, avec un résultat pratique : l'exposition d'abord, la restructuration ensuite, produit de meilleurs résultats que l'ordre inverse. Le programme suit cet ordre.

Les six leviers

Les objectifs personnels. Dès la séance 3, avant l'exposition. Le patient doit avoir quelque chose à lui, pour lui, indépendant du défunt. Sans cela, on lui demande de renoncer à sa douleur sans rien mettre à la place.

La visite du récit. Raconter la mort, à voix haute, enregistré, plusieurs fois, en cotant. C'est l'exposition centrale.

La reprise des situations évitées. Graduée, négociée, avec des prédictions écrites.

Les souvenirs. Rendre accessibles les souvenirs ordinaires et agréables, qui ont disparu derrière le souvenir de la fin.

Les croyances. La culpabilité d'abord, puis l'injustice et le sens.

Le lien continué. Transformer un lien fait d'absence en un lien fait de mémoire. La conversation imaginaire de la séance 13 est l'outil le plus direct.

Ce que le modèle implique de ne pas faire

Ne pas viser la fin du deuil. Dites-le en séance 1 : personne ici ne vous demandera d'oublier, ni de tourner la page, ni de cesser d'être triste.

Ne pas faire de la séance une orientation vers la perte permanente. Si toutes vos séances se passent à écouter le manque, vous accompagnez un blocage.

Ne pas laisser la rumination passer pour du travail. Un patient qui repasse pendant quarante minutes ce qu'il aurait dû dire à l'hôpital ne travaille pas, il ritualise.

Ne pas demander de renoncer au lien. L'objectif n'est pas le détachement. Cette idée, issue de théories anciennes, a fait beaucoup de dégâts.

Ne pas utiliser les étapes du deuil.

5. Les critères du DSM-5-TR, reformulés

Les critères ci-dessous sont une reformulation dans nos propres mots, à usage de rappel. Ils ne remplacent pas le manuel : reportez-vous au DSM-5-TR (American Psychiatric Association, 2022) pour la lettre du texte et les notes d'application.

Le trouble du deuil prolongé a été introduit dans le texte révisé du DSM-5. Il suppose les éléments suivants.

Un décès survenu il y a au moins douze mois chez l'adulte — au moins six mois chez l'enfant et l'adolescent.

Une réaction de deuil persistante, présente la plupart des jours à un degré cliniquement significatif, sous l'une ou l'autre de ces deux formes : un désir intense du défunt, ou une préoccupation par des pensées et des souvenirs le concernant.

Au moins trois symptômes parmi huit, présents la plupart des jours depuis au moins un mois : une atteinte du sentiment d'identité, comme si une part de soi était morte ; un sentiment marqué d'incrédulité devant la mort ; l'évitement des rappels de la perte ; une douleur émotionnelle intense — colère, amertume, chagrin ; une difficulté à reprendre les relations et les activités ; un émoussement émotionnel ; un sentiment que la vie n'a plus de sens ; une solitude intense.

Une souffrance ou une altération du fonctionnement cliniquement significative.

Une réaction qui dépasse ce qui est attendu compte tenu du contexte culturel et religieux de la personne.

L'exclusion d'un autre trouble qui rendrait mieux compte du tableau : dépression caractérisée, état de stress post-traumatique, effet d'une substance.

Ce que ces critères ne disent pas et qu'il faut évaluer

Ils ne mentionnent pas la rumination, qui est l'activité mentale centrale et une cible directe.

Ils ne mentionnent pas la recherche de proximité, qui maintient le trouble.

Ils ne mentionnent pas la culpabilité, qui est la cognition la plus fréquente et la plus traitable.

Ils ne distinguent pas les deux formes d'évitement — celui de la mort et celui de la vie — alors que le traitement les attaque différemment.

Une précision d'usage : le diagnostic sert à ne pas traiter un deuil ordinaire, et à ne pas laisser sans soin quelqu'un dont la vie s'est arrêtée. Il ne se communique pas au patient comme une étiquette : beaucoup entendent qu'on juge leur amour excessif.


Ce programme est réservé aux praticiens

Il s'adresse aux professionnels de la santé mentale et demande une vérification du titre, puis un abonnement professionnel.

Questions fréquentes

À partir de quand traiter, et quand faut-il s'abstenir ?

Le seuil diagnostique est de douze mois dans le DSM-5-TR et de six dans la CIM-11, mais le critère de soin n'est pas la durée : c'est le fonctionnement. Ne traitez pas quelqu'un qui souffre et qui vit — qui pleure, parle de son mort, travaille, voit ses proches. Traitez quelqu'un dont la vie s'est arrêtée. Et n'attendez aucun seuil quand il y a un risque suicidaire, une dépression sévère ou un état de stress post-traumatique : ces motifs se traitent immédiatement, pour eux-mêmes.

Un patient dit que le chagrin est normal et qu'il n'a pas besoin de thérapie. Il a raison, ou non ?

Souvent, il a raison. Écoutez ce qui l'amène, et regardez le fonctionnement plutôt que l'intensité de la douleur. S'il travaille, sort et fait des projets, dites-le-lui : « ce que vous vivez n'est pas une maladie, et je ne vois pas de raison de vous traiter. » C'est une intervention en soi, et elle soulage. S'il ne sort plus depuis deux ans, montrez-le-lui avec des faits, sans qualifier son amour d'excessif : « votre chagrin n'est pas le problème. Le problème, c'est que votre vie s'est arrêtée en même temps que la sienne. »

Comment éviter que les séances deviennent un simple accompagnement ?

Par l'ordre du jour, et par la règle des dix minutes sur les objectifs au début de chaque séance. Un indicateur fiable, à vérifier en séance 8 : au moins un des trois objectifs personnels a-t-il avancé de façon visible ? Si aucun n'a bougé après huit séances, la thérapie a glissé, quelle que soit la qualité des échanges. Et une question à se poser en relisant ses notes : y a-t-il eu, chaque semaine, une tâche donnée et vérifiée ?

Faut-il vraiment faire raconter la mort à quelqu'un qui souffre déjà ?

Oui, et c'est la composante la mieux établie. Deux précautions rendent l'exercice supportable : la séance 3 sur les objectifs vient avant, et chaque visite se termine par une reprise avec un retour au présent. Les patients redoutent cette séance et en sortent presque toujours en disant qu'ils ne l'avaient jamais racontée en entier à personne. Ce qui aggrave, ce n'est pas de raconter : c'est de raconter une seule fois et de ne jamais y revenir.

Le patient refuse d'écouter les enregistrements.

C'est fréquent, et cela se traite. Cherchez la raison : l'appréhension le plus souvent, parfois une croyance — « je ne supporterai pas d'entendre ma voix », « ça va tout rouvrir ». Réduisez la dose : une écoute dans la semaine, en votre présence d'abord si nécessaire. Et montrez-lui les chiffres : la baisse entre la première et la troisième écoute est le meilleur argument disponible. Ne laissez pas passer : sans les écoutes, le programme perd sa composante active.

Que répondre à « si je vais mieux, c'est que je l'oublie » ?

C'est la croyance qui bloque le plus, et elle mérite du temps. Trois interventions. Reformuler : aller mieux ne veut pas dire l'aimer moins, cela veut dire cesser de mourir avec elle. Retourner la question : « si les rôles avaient été inversés, qu'auriez-vous voulu pour elle ? » — les patients répondent immédiatement et entendent leur propre réponse. Et proposer une expérience : une semaine où il s'autorise une chose agréable, et le relevé de ce qui arrive à son souvenir d'elle. Il ne s'efface pas.

Faut-il encourager un patient à parler à son mort, à garder ses vêtements, à aller au cimetière tous les jours ?

Ni encourager ni interdire : évaluer la fonction. Beaucoup d'endeuillés qui vont très bien parlent à leur mort et gardent ses affaires. Le critère est double : est-ce que cela console, ou est-ce que cela sert à ne pas admettre l'absence ? Et : le patient peut-il ne pas le faire un jour ? Un rite flexible qui apaise n'est pas une cible. Un rite quotidien obligatoire qui empêche de sortir en est une, et il se réduit d'un cran à la fois, avec son accord.

La rumination, faut-il la laisser ? C'est bien du travail de deuil, non ?

Non, et c'est une erreur répandue. Repasser ce qu'on aurait dû faire, refaire le scénario, imaginer ce qui serait si : les travaux d'Eisma et ses collaborateurs montrent que cela fonctionne comme un évitement. Le test à donner au patient : « après vingt minutes, avez-vous appris quelque chose ? » Distinguez-la du souvenir, qui porte sur ce qui a été et qui a une fin. Puis reportez-la à un créneau, sans jamais demander de la supprimer.

Faut-il prescrire un antidépresseur ?

Il n'y a pas de traitement médicamenteux du deuil prolongé : l'essai de Shear et ses collaborateurs (2016) a montré que le citalopram n'ajoutait rien à la thérapie sur les symptômes de deuil, tout en améliorant la dépression associée. La conclusion pratique : traitez la dépression comorbide si elle existe, et ne prescrivez pas pour le chagrin. Et surveillez les benzodiazépines prises à la demande, qui fonctionnent comme une conduite d'évitement et compromettent l'exposition.

Que faire quand la mort a été violente et que le patient a des reviviscences ?

Traitez le trauma d'abord ou conjointement, avec un protocole dédié. L'erreur serait de conduire les séances 4 à 6 comme si l'image intrusive était un souvenir de deuil : ce n'est pas le même mécanisme, et l'exposition doit être menée avec le cadre du trauma. Une fois les reviviscences réduites, le programme reprend son cours, et le récit prend souvent une forme différente.

La conversation imaginaire de la séance 13 me met mal à l'aise. Peut-on la sauter ?

Vous pouvez, et c'est presque toujours une erreur. Le malaise est celui du thérapeute, pas du patient : c'est une des rares interventions dont les patients parlent des années plus tard. Proposez-la simplement, sans mise en scène, en expliquant qu'il s'agit d'un exercice d'imagination. Si le patient refuse, reproposez la semaine suivante — les hésitants en tirent souvent le plus grand bénéfice. Et ne suggérez jamais ce que le défunt répondrait.

Combien de séances faut-il vraiment ?

Seize est la dose évaluée, et les formats plus courts n'ont pas été comparés de façon concluante. Si vous ne disposez que de dix séances, gardez intactes les séances 1 à 7, la séance 10 et la séance 16, et sacrifiez la conversation imaginaire et une partie du travail de reconstruction — en sachant ce que vous laissez de côté, et en le disant au patient. Si l'amélioration est partielle à la séance 16, prolongez de quatre à six séances ciblées plutôt que de reconduire un programme entier.

Un patient parle de rejoindre son mari. Est-ce un risque suicidaire ?

Explorez toujours, ne dramatisez jamais d'emblée. Le souhait de rejoindre le défunt est très fréquent, souvent sans intention, et beaucoup de patients ne l'expriment pas de peur d'être hospitalisés. Distinguez le souhait passif de mourir, l'intention, le projet et les moyens ; évaluez ce qui retient — presque toujours des enfants ou des petits-enfants ; et faites un plan de sécurité écrit quand il y a lieu. Le risque est réellement augmenté chez les endeuillés par suicide, chez les parents ayant perdu un enfant, et chez l'homme âgé veuf et isolé.

Les groupes de deuil, oui ou non ?

Utiles contre l'isolement, et peu évalués comme traitement. Un patient avec un deuil prolongé caractérisé a besoin d'un traitement d'abord, et le groupe est un bon complément — notamment parce qu'il donne un lieu où parler de son mort, ce que l'entourage a souvent cessé d'offrir. Un patient dont le seul problème est l'isolement peut n'avoir besoin que du groupe.

Faut-il pousser un patient à vider l'armoire, à vendre la maison, à retirer les photos ?

Non. Ce ne sont pas des objectifs cliniques, et il n'y a pas de calendrier normal. Ce qui est un objectif clinique, c'est que le patient puisse ouvrir l'armoire, entrer dans la chambre, regarder les photos. Dites-le explicitement, sinon il refusera les expositions par crainte de ce qu'elles engagent : une exposition n'est pas une décision. Et découragez les décisions irréversibles prises sous la pression de l'entourage ou dans un mouvement d'urgence.

L'entourage dit au patient qu'il exagère et qu'il devrait passer à autre chose.

C'est fréquent et cela fait du mal. Deux choses utiles : reconnaître avec le patient que ces phrases sont blessantes et qu'il n'a pas à s'y conformer ; et inviter un accompagnant pour une séance, avec une seule demande précise — parler d'elle, demander de ses nouvelles, l'inviter même s'il refuse. Un accompagnant qui repart avec une consigne concrète la tient ; un accompagnant à qui l'on a fait un exposé sur le deuil ne change rien.

Les fiches à télécharger

Les exercices de ce programme, en PDF à imprimer. Réservés aux membres.

Voir les formulesLes fiches à imprimer sont incluses dans l'accès.
  1. 01Où j'en suisUne ligne par jour, le soir. Deux minutes, pas plus.
  2. 02Mes objectifsTrois objectifs à moi. À reprendre chaque semaine, pas une seule fois.
  3. 03Mon récit, et mes écoutesLes trois fois où je le raconte, et les écoutes entre les rendez-vous.
  4. 04Ce que j'éviteLa liste, puis une ligne par fois où je reprends quelque chose.
  5. 05Mes souvenirsUn souvenir par jour, court. Pas le souvenir de la fin.
  6. 06Ce que je me disLes pensées qui reviennent, et le temps que je passe à repasser.
  7. 07Mon planÀ écrire vous-même, au dernier rendez-vous.

Toutes les fiches en un seul fichier, avec sommaire.

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