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DeuilPour les praticiens95 min de lecture

Traiter le deuil de l'enfant et de l'adolescent : manuel du thérapeute

Un protocole de quatorze séances avec l'enfant et cinq séances avec le parent, séance par séance : quand traiter et quand s'abstenir, les trois formes de détresse, le récit progressif, la culpabilité, la levée des évitements, le partage parent-enfant. Critères diagnostiques, évaluation, travail avec l'école, fiches à remettre à l'enfant et références complètes.

En bref

Ce manuel s'adresse aux professionnels de la santé mentale formés à la thérapie cognitive et comportementale de l'enfant. Il décrit un traitement complet du deuil prolongé de l'enfant et de l'adolescent de 7 à 18 ans : la décision préalable de traiter ou non — la majorité des enfants endeuillés n'ont pas besoin d'une thérapie —, les modèles qui fondent le protocole, les critères du DSM-5-TR et de la CIM-11, l'évaluation, puis les quatorze séances une par une et les cinq séances parallèles avec le parent, avec leur déroulé en étapes, ce qu'il faut dire, ce qu'il ne faut jamais dire, et le critère de passage à la suivante. Le suicide, la mort violente, la mort d'un frère ou d'une sœur et le deuil ambivalent font l'objet d'aménagements décrits à part. Sept fiches imprimables accompagnent le programme, à remettre à l'enfant.

Thématique
Deuil
Pour qui
Pour les praticiens
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Le programme

Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une expérience du travail avec les enfants et les familles, et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits : reportez-vous aux manuels originaux pour la lettre du texte.

1. Le programme en un coup d'œil

Indication. Deuil prolongé et invalidant chez l'enfant et l'adolescent de 7 à 18 ans, au moins six mois après le décès. Le programme convient aussi au deuil compliqué par une mort violente ou soudaine, avec la réserve exposée à la section 30.

Ce que ce programme n'est pas. Un accompagnement pour tout enfant endeuillé. La grande majorité des enfants traversent un deuil sans traitement, avec leur entourage, et une intervention systématique ne leur apporte rien — les méta-analyses le montrent, et certaines interventions universelles ont des effets nuls ou négatifs. Ce manuel s'adresse aux enfants qui vont mal, durablement, et dont le fonctionnement est atteint.

Modèles de référence. Trois apports convergents. La thérapie cognitive et comportementale du deuil prolongé de l'enfant, évaluée par Boelen, Spuij et leurs collaborateurs (2016, 2021), qui cible les cognitions et l'évitement. La théorie multidimensionnelle du deuil de Layne et ses collaborateurs, qui distingue trois formes de détresse — la séparation, les circonstances de la mort, et l'atteinte à l'identité et au sens — et qui fonde la thérapie centrée sur le trauma et le deuil pour adolescents. Et les composantes de deuil de la thérapie cognitive et comportementale centrée sur le trauma de Cohen, Mannarino et Deblinger, pour les cas où la mort a été traumatique.

Format. Quatorze séances individuelles de 50 minutes avec l'enfant, hebdomadaires, et cinq séances parallèles avec le parent ou le tuteur, intercalées. Les séances avec le parent ne sont pas un supplément : elles font partie du traitement, et leur omission est la première cause d'échec chez l'enfant.

Mécanisme visé. Non pas l'oubli, ni l'acceptation entendue comme une résignation, mais quatre changements : que l'enfant puisse penser à la personne morte sans être submergé, qu'il cesse d'éviter ce qui la rappelle, que les pensées qui l'accablent — la faute, l'injustice, l'inquiétude pour ceux qui restent — soient examinées, et qu'il reprenne le cours de son développement.

Séance Objet Livrable de séance
1 Accueil, évaluation, alliance Ce que l'enfant sait, dans ses mots
2 Formulation, objectifs, nommer les émotions Schéma dessiné avec l'enfant
3 Quand ça déborde : les outils Trois outils testés en séance
4 Qui était cette personne Premiers souvenirs, écrits ou dessinés
5 Comprendre la mort, les faits Les questions restées sans réponse, listées
6 Le récit, première partie Début du récit, écrit
7 Le récit, les moments les plus durs Récit complet
8 « J'aurais dû » : la faute Croyance examinée, part réattribuée
9 L'injustice, la colère, « pourquoi » Ce qui se dit et ce qui ne se disait pas
10 Reprendre ce qui est évité Deux évitements levés
11 Ce que je garde Objet de mémoire, ou lettre
12 Ce qui a changé pour moi Identité, rôle, avenir
13 Le partage avec le parent Récit lu ou raconté, préparé
14 Bilan, plan, les dates qui reviennent Fiche de synthèse faite par l'enfant
Séance parent Placement Objet
P1 Avant la séance 1 Évaluation, information, son propre deuil
P2 Après la séance 3 Répondre aux questions, parler de la mort
P3 Après la séance 7 Préparer le partage, tolérer le récit
P4 Après la séance 10 Routines, cadre, école, fratrie
P5 Après la séance 13 Les dates, l'avenir, le plan de famille

Ce que l'enfant emporte. Sept fiches imprimables, listées à la section 33 et téléchargeables depuis cette page : ce que je sais, mes émotions, mes outils, mes souvenirs, mes questions, mon récit, mon plan.

Ce qui distingue ce programme d'un accompagnement de deuil. La cible n'est pas la tristesse, qui n'est pas un symptôme et qui n'a pas à disparaître. La cible est ce qui empêche le deuil de suivre son cours : l'évitement, les pensées accablantes, et l'absence d'un adulte capable d'en parler. Un enfant qui pleure sa mère deux ans après va bien ; un enfant qui refuse d'entendre son prénom va mal. La différence commande tout le traitement.

2. Avant de commencer

À qui ce programme est destiné

Ce texte s'adresse à des psychologues, pédopsychiatres, psychothérapeutes et infirmiers spécialisés en santé mentale, formés à la thérapie cognitive et comportementale de l'enfant. Il suppose que vous savez conduire un entretien avec un enfant de huit ans, évaluer un risque suicidaire chez un adolescent, et travailler avec un parent lui-même endeuillé.

Il n'est pas destiné aux familles. Il contient des indications sur ce qu'il ne faut pas dire, des exemples de récits de morts violentes, et des critères de non-réponse. Remis à un parent, il servirait surtout à l'inquiéter.

La question préalable : faut-il traiter ?

C'est la décision la plus importante de ce manuel, et elle se prend avant la séance 1.

Ne traitez pas un enfant qui va bien. La grande majorité des enfants endeuillés n'ont pas besoin d'une thérapie. Ils ont besoin d'un adulte qui répond à leurs questions, d'une école informée, de rituels auxquels on les laisse participer, et de temps. Les interventions proposées à tous les enfants endeuillés, indépendamment de leur état, obtiennent des effets très faibles, et il existe des raisons de penser qu'elles peuvent nuire : elles suggèrent à un enfant qui allait bien qu'il devrait aller mal.

Traitez un enfant dont le fonctionnement est atteint au-delà de six mois : refus scolaire, retrait des pairs, régression durable, sommeil constamment perturbé, évitement massif de tout ce qui rappelle le défunt, idées de mort, ou détresse de séparation qui ne cède pas.

Attendez, dans les premières semaines, sauf en cas de risque. Le mois qui suit une mort n'est pas le moment d'un protocole. Ce qui est utile alors : de l'information au parent, une réponse aux questions de l'enfant, une école prévenue, et un rendez-vous fixé à trois mois.

Ce que ce programme n'est pas

Ce n'est pas un traitement de l'état de stress post-traumatique. Quand la mort a été vue, que l'enfant a des reviviscences et un état d'hypervigilance, le trauma se traite d'abord, avec un protocole dédié. Le deuil vient ensuite, ou en même temps si vous êtes formé à la version qui les intègre.

Ce n'est pas un traitement de la dépression de l'enfant. Une dépression caractérisée se traite comme telle.

Ce n'est pas un programme pour les moins de sept ans. Chez le tout-petit et l'enfant d'âge préscolaire, le travail se fait presque entièrement par le parent, avec le jeu et les livres, et le cadre de ce manuel ne convient pas.

Ce n'est pas un modèle par étapes. Les « cinq étapes du deuil » ne décrivent pas ce que traversent les enfants, elles n'ont jamais été validées, et elles font du tort quand on les présente à une famille : un enfant qui n'est pas « au bon stade » s'inquiète, et un parent qui l'attend s'impatiente. Ne les utilisez pas.

Comment l'utiliser

Lisez l'ensemble avant la séance P1. Les sections 3 à 13 posent le cadre ; les sections 14 à 28 se relisent la veille de chaque séance.

Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce que vous dites, les erreurs fréquentes, et le critère de passage. Ce dernier point commande le rythme : le programme progresse par acquisition, pas par calendrier. Avec les enfants, l'écart entre les deux est plus grand qu'avec les adultes.

3. Ce qui est normal, et ce qui ne l'est pas

Le deuil ordinaire de l'enfant

Il est intense, discontinu, et il déroute les adultes. Trois traits en particulier.

Il alterne. Un enfant pleure dix minutes puis va jouer. Cette alternance n'est pas de l'indifférence ni du déni : c'est la façon dont un enfant supporte une douleur qu'il ne peut pas tenir longtemps. Les parents l'interprètent souvent mal — « il n'a rien compris », « elle s'en fiche » — et il faut le leur expliquer.

Il revient par vagues, sur des années, aux anniversaires, aux fêtes, aux étapes — une rentrée, un examen, un premier amour, une naissance. Un enfant qui pleure sa mère à seize ans après l'avoir perdue à dix ne rechute pas : il grandit avec cette perte, et il la retraverse à chaque âge avec ce qu'il comprend de nouveau.

Il s'exprime par le corps et par le comportement plus que par les mots : maux de ventre, maux de tête, sommeil, colères, régression, chute des résultats scolaires, questions répétées sur des détails.

Ce qui inquiète à tort

Parler peu du défunt. Ne pas pleurer. Jouer à la mort ou à l'enterrement. Poser dix fois la même question factuelle. Dire des choses crues. Rire aux funérailles. Parler au mort à voix haute, ou dire qu'on le voit ou qu'on l'entend — fréquent, non psychotique, et à ne pas traiter comme un symptôme.

Ce qui doit inquiéter

Après six mois, et durablement :

un évitement massif de tout ce qui rappelle la personne — son prénom, ses photos, sa chambre, les lieux, les sujets ;

une détresse de séparation qui ne cède pas : l'enfant ne peut plus se séparer du parent survivant, dort dans son lit, refuse l'école, vérifie qu'il est vivant ;

une culpabilité fixée, avec une explication où l'enfant est la cause ;

un retrait des pairs et des activités, prolongé ;

une chute scolaire qui ne se redresse pas ;

des idées de mort, le souhait de rejoindre le défunt, ou un projet ;

une conviction que la vie n'a plus de sens, chez un adolescent surtout ;

une régression durable chez l'enfant plus jeune : propreté, langage, séparation.

Ces éléments ne sont pas des signes de faiblesse, et ils ne se résolvent pas seuls avec le temps. C'est l'indication de ce programme.

Les âges, et ce qu'ils changent

De 7 à 9 ans. L'enfant comprend que la mort est définitive et universelle, mais il applique mal cette compréhension à lui-même et aux siens. Le raisonnement magique est encore actif : il a pu penser une chose qui aurait causé la mort. Les questions sont concrètes et répétées, sur le corps, la tombe, ce qui se passe après. Répondez-y concrètement : c'est ce qui apaise.

De 10 à 12 ans. La compréhension est proche de celle de l'adulte, et l'inquiétude porte sur les conséquences : qui va s'occuper de moi, est-ce que l'autre parent va mourir aussi, est-ce qu'on va déménager. La honte apparaît : l'enfant ne veut pas être celui dont le père est mort. Il commence à protéger le parent survivant en ne parlant pas.

De 13 à 18 ans. L'atteinte porte sur l'identité et sur le sens. L'adolescent se demande qui il est sans cette personne, ce que devient son avenir, et si tout cela a un sens. Il partage avec ses pairs plutôt qu'avec sa famille, et il peut prendre des risques. Le risque suicidaire y est réel et doit être évalué à chaque séance dans les cas sévères. Les conduites d'alcool et de substances apparaissent comme un évitement, et il faut les chercher.

4. Le tableau clinique

Les trois formes de détresse

La théorie multidimensionnelle du deuil, proposée par Layne et ses collaborateurs, distingue trois formes qui appellent des interventions différentes. Cette distinction est le meilleur outil de formulation dont nous disposons chez l'enfant, et elle organise ce programme.

La détresse de séparation. L'enfant souffre de l'absence : il cherche la personne, s'ennuie d'elle, ne supporte pas les lieux vides, ne veut pas se séparer de ceux qui restent. C'est la forme la plus visible, et celle qui se travaille par les souvenirs, le lien continué et la levée progressive des évitements.

La détresse liée aux circonstances. L'enfant est occupé par la façon dont la mort est arrivée : ce qu'il a vu, ce qu'on lui a caché, ce qui a été fait ou non, qui est responsable. Elle se reconnaît à des questions insistantes sur les détails, et elle se travaille par le récit et par l'examen des croyances.

La détresse existentielle et identitaire. L'enfant, et surtout l'adolescent, est atteint dans ce qu'il est et dans ce qu'il attend de la vie : je ne suis plus le même, je n'ai plus d'avenir, rien n'a de sens, je ne mérite pas d'être heureux. C'est la forme la moins repérée, la plus liée au risque suicidaire, et elle se travaille aux séances 12 et 13.

La plupart des enfants présentent les trois, en proportions variables. Cotez-les à l'évaluation : c'est la proportion qui décide de la place que prendra chaque partie du programme.

Ce qui entretient un deuil bloqué

L'évitement. C'est le facteur central, comme dans tous les troubles anxieux. L'enfant évite les rappels — le prénom, les photos, la chambre, la maison, l'anniversaire — et chaque évitement empêche la découverte qu'il peut y penser sans être détruit. Les adultes, de bonne foi, y participent : on range les photos, on ne prononce plus le prénom, on change de sujet.

Les pensées accablantes. Trois familles reviennent. La faute : j'aurais pu, j'ai dit une chose horrible, c'est arrivé parce que je l'ai souhaité. L'injustice et la colère : ce n'est pas juste, on m'a menti, quelqu'un aurait dû faire quelque chose. Et l'anticipation : les autres vont mourir aussi, je vais rester seul, je n'y arriverai pas.

Le silence des adultes. C'est le facteur d'entretien propre à l'enfance. Un parent endeuillé qui ne peut pas parler, qui pleure dès qu'on aborde le sujet, ou qui a menti sur les circonstances, laisse l'enfant seul avec ses hypothèses — qui sont toujours pires que la réalité. L'enfant, de son côté, se tait pour protéger le parent. Ce pacte de silence mutuel est extrêmement fréquent, et il est une cible directe du traitement.

La rupture des routines. Un enfant endeuillé dont les repas, les couchers, l'école et les activités se sont désorganisés va mal indépendamment de son deuil. Le rétablissement des routines est l'une des interventions les plus efficaces, et elle passe par le parent.

L'état du parent survivant. C'est le meilleur prédicteur connu du devenir de l'enfant. Un parent en dépression ou en deuil prolongé sévère ne peut pas soutenir son enfant, et son traitement à lui fait partie du plan de soin de l'enfant.

Épidémiologie, en deux chiffres utiles

Environ 4 à 7 % des enfants perdent un parent avant dix-huit ans, et une proportion bien plus grande perd un grand-parent proche, un frère ou une sœur, ou un ami.

Parmi les enfants endeuillés, une minorité développe un deuil prolongé caractérisé : les estimations vont de 10 à 20 %, avec des taux plus élevés après une mort violente, soudaine, ou par suicide. C'est cette minorité que ce programme concerne.

5. Le modèle qui guide ce programme

Pourquoi celui-là

Trois lignes de travail convergent, et ce programme les assemble.

Le modèle cognitivo-comportemental du deuil prolongé (Boelen et coll., 2006 ; Spuij et coll., 2013) attribue le blocage à trois mécanismes : une intégration insuffisante de la réalité de la perte dans la mémoire autobiographique, des croyances négatives sur soi, sur le monde et sur l'avenir, et des stratégies d'évitement — évitement des rappels, mais aussi rumination et recherche de proximité. Ce modèle a été spécifiquement adapté et évalué chez l'enfant et l'adolescent, avec de bons résultats.

La théorie multidimensionnelle du deuil (Layne et coll.) fournit la formulation en trois domaines exposée à la section 4, et le principe de traitement qui en découle : on n'attaque pas au même endroit selon la forme dominante.

Les composantes de deuil de la thérapie centrée sur le trauma (Cohen, Mannarino et Deblinger) apportent deux éléments essentiels chez l'enfant : le récit progressif, écrit ou dessiné, comme moyen d'aborder ce qui est insupportable par petites doses ; et le travail conjoint parent-enfant, avec un partage préparé du récit.

Les cinq leviers

La levée de l'évitement. Progressive, concrète, et négociée : les photos, le prénom, la chambre, les lieux, les sujets.

Le récit. Ce n'est pas une catharsis, c'est un travail de mise en ordre : ce qui s'est passé, dans quel ordre, avec les faits corrigés là où l'enfant s'était trompé.

Les croyances. La faute avant tout, puis l'injustice, puis l'anticipation.

Le lien continué. L'objectif n'est pas de détacher l'enfant du mort. C'est de transformer un lien fait d'absence et de douleur en un lien fait de souvenirs disponibles. Un enfant qui peut parler de son père en riant va mieux qu'un enfant qui n'en parle plus.

Le parent. Sa capacité à parler de la mort, à supporter le chagrin de son enfant, et à tenir les routines. Sans ce levier, les quatre autres ne tiennent pas.

Ce que le modèle implique de ne pas faire

Ne pas viser la fin du deuil. L'objectif n'est pas que l'enfant cesse d'être triste, ni qu'il « tourne la page ». Dites-le à l'enfant et au parent en séance 1 : personne ici ne vous demandera d'oublier, et il n'y a pas de moment où l'on doit avoir fini.

Ne pas forcer le récit. Un enfant à qui l'on impose de raconter avant qu'il ait des outils de régulation sort de séance dérégulé et ne revient pas. La séance 3 précède la séance 6 pour cette raison.

Ne pas rassurer sur ce que l'on ne sait pas. À « est-ce que maman va mourir aussi ? », la réponse honnête est bornée, pas rassurante à tout prix.

Ne pas travailler sans le parent. Un enfant traité seul, qui rentre dans une maison où le prénom est interdit, perd ses acquis entre deux séances.

Ne pas utiliser les étapes du deuil. Elles ne décrivent rien et elles créent des attentes fausses.


Ce programme est réservé aux praticiens

Il s'adresse aux professionnels de la santé mentale et demande une vérification du titre, puis un abonnement professionnel.

Questions fréquentes

À partir de quand faut-il traiter, et quand faut-il attendre ?

Attendez pendant les premières semaines, sauf en cas de risque : ce qui est utile alors est de l'information au parent, des réponses aux questions de l'enfant, une école prévenue, et un rendez-vous fixé à trois mois. Traitez au-delà de six mois quand le fonctionnement est atteint : école, pairs, sommeil, ou évitement massif. Et ne traitez pas un enfant qui va bien, même si sa perte a été terrible.

Les parents disent que l'enfant « n'a rien montré ». Faut-il s'inquiéter ?

Pas en soi. Beaucoup d'enfants ne pleurent pas, jouent le jour même, et paraissent indifférents. C'est la façon dont un enfant supporte une douleur qu'il ne peut pas tenir longtemps. Ce qui doit inquiéter n'est pas l'absence de larmes, c'est l'évitement, le retrait, la chute scolaire et la durée. Expliquez-le au parent : c'est souvent la première chose qui le soulage.

Faut-il dire à un enfant que son parent s'est suicidé ?

Oui, avec des mots adaptés à son âge, et par le parent survivant, préparé. La question n'est pas s'il faut le dire mais quand et comment : l'enfant apprendra presque toujours, souvent par un tiers ou par une recherche, et la découverte d'un mensonge abîme la confiance durablement. Une formule utilisable : « il est mort parce qu'il avait une maladie dans sa tête qui l'a fait beaucoup souffrir, et cette maladie lui a fait croire qu'il n'y avait pas d'autre solution. » Jamais les détails de la méthode.

Un enfant dit qu'il voit ou qu'il entend le défunt. Est-ce inquiétant ?

Non, dans la grande majorité des cas. Ces expériences sont fréquentes chez les endeuillés de tous âges, elles ne sont pas psychotiques, et elles sont souvent consolantes. Ne les traitez pas comme un symptôme et ne cherchez pas à les corriger. Ce qui mérite une évaluation : des hallucinations sans lien avec le défunt, une désorganisation, ou une conviction délirante que la personne n'est pas morte.

L'enfant refuse de parler. Que faire ?

Ne forcez pas, et ne faites pas du silence l'enjeu. Trois choses fonctionnent : commencer par ce qui n'est pas la mort — sa vie, ses souvenirs, la séance 4 avant la séance 6 ; passer par un support qui n'oblige pas à parler — dessiner, écrire, faire un livre ; et travailler avec le parent en attendant. Un adolescent qui vient contraint mérite une négociation explicite : trouvez un objectif qui soit le sien, même modeste, et dites-lui que vous ne raconterez rien à ses parents.

Faut-il emmener un enfant aux funérailles ?

Proposez, expliquez précisément ce qu'il va voir, et laissez-le choisir. Un enfant préparé qui choisit d'y aller s'en trouve bien ; un enfant emmené de force ou écarté sans explication garde une blessure. Quand les funérailles sont passées et que l'enfant en a été écarté, on ne les rattrape pas — mais on peut construire autre chose : une visite préparée à la tombe, une cérémonie de famille faite pour lui.

Le parent va très mal et ne peut pas soutenir son enfant. Que faire ?

Dites-le, avec tact et sans en faire une condition du traitement : « ce que vous traversez mérite votre propre suivi, séparé de celui de votre fils, et c'est aussi une des choses qui l'aidera le plus. » Puis adaptez : renforcez les séances parent, mobilisez un autre adulte fiable — un grand-parent, une tante, un référent scolaire — et concentrez le travail sur ce qui ne dépend pas du parent. Et sachez que le pronostic de l'enfant est lié à celui de l'adulte : c'est une raison de plus d'insister.

Faut-il faire le récit chez tous les enfants ?

Chez ceux dont la détresse porte sur les circonstances de la mort — les questions insistantes sur les détails, les blancs, ce qui a été vu — oui, et c'est le cœur du traitement. Chez un enfant dont la détresse est surtout une détresse de séparation, sans trauma ni zone d'ombre, le récit peut être plus court et la place plus grande donnée aux séances 4, 10 et 11. Adaptez selon les trois formes de détresse de la section 4.

L'enfant va plus mal après le récit. Est-ce normal ?

Oui, pendant quelques jours : cauchemars, irritabilité, retour de l'évitement. C'est prévu, et c'est pourquoi la famille doit être prévenue avant. Un parent non prévenu conclut que la thérapie fait du mal et interrompt le traitement — c'est une cause classique d'abandon, et elle est entièrement évitable. Si la dégradation dure plus de deux semaines, revoyez le rythme et la reprise en fin de séance.

Que faire quand un enfant demande « pourquoi » ?

Ne fabriquez pas de réponse. Les formules de consolation — « il est mieux là où il est », « c'était son heure », « il faut être fort maintenant » — sont rapportées des années plus tard, mot pour mot, avec colère. Dites ce qui est vrai : « il n'y a pas de raison. Ce n'est pas juste, et ça ne le sera jamais. » Si la famille a une réponse religieuse, vous pouvez y renvoyer sans l'endosser.

Un adolescent boit et sort la nuit depuis la mort de son père. Par où commencer ?

Par la consommation, qui empêche tout le reste, et par le risque. Nommez-la comme un évitement, sans jugement moral, et fixez un objectif de réduction avant d'entrer dans le récit. Évaluez le risque suicidaire et faites un plan de sécurité. Puis reprenez le programme, en donnant plus de place aux séances 12 et 13 : chez l'adolescent, c'est l'atteinte de l'identité et du sens qui alimente les conduites.

Faut-il un traitement médicamenteux ?

Il n'a pas d'indication propre dans le deuil de l'enfant. Il s'adresse à une dépression ou à une anxiété comorbides caractérisées, évaluées comme telles, et prescrites par un pédopsychiatre. Ne traitez pas un chagrin.

Les groupes de deuil pour enfants, oui ou non ?

Ils sont utiles contre l'isolement et pour la normalisation — rencontrer d'autres enfants dans le même cas soulage réellement. Ils ne remplacent pas un traitement chez un enfant symptomatique, et ils sont peu évalués. Un enfant qui va mal a besoin des deux, dans cet ordre : le traitement d'abord, le groupe comme complément.

Faut-il vider la chambre, donner les affaires, déménager ?

Ce ne sont pas des décisions cliniques, et vous n'avez pas à les prendre. Ce que vous pouvez poser, c'est un principe : prévenir l'enfant à l'avance, lui laisser un choix quand c'est possible — garder un objet, choisir ce qu'il veut — et ne jamais lui faire découvrir le fait accompli. Une chambre vidée en son absence est une blessure fréquente et durable.

Le parent a refait sa vie et l'enfant réagit mal.

C'est fréquent, et ce n'est pas une rechute du deuil. Deux points utiles : l'enfant a souvent le sentiment d'une trahison du mort, et il a peur de perdre aussi la place qui lui reste. Les deux se disent, et se travaillent en séance 12 et en séance P4 — en demandant surtout au parent d'annoncer les choses à l'avance et de préserver un temps qui n'appartient qu'à l'enfant.

Combien de temps un enfant met-il à aller mieux ?

Le programme dure quatre mois, et l'amélioration est en général nette à la fin. Mais il ne clôt pas le deuil : l'enfant le retraversera à chaque étape de sa vie. Dites-le à la famille en séance 14, faute de quoi le premier anniversaire difficile sera vécu comme un échec du traitement.

Les fiches à télécharger

Les exercices de ce programme, en PDF à imprimer. Réservés aux membres.

Voir les formulesLes fiches à imprimer sont incluses dans l'accès.
  1. 01Ce que je saisÀ remplir seul, ou avec un adulte. Comme tu préfères.
  2. 02Mes émotionsTrois fois par semaine. Trois lignes, pas plus.
  3. 03Mes outilsTrois choses à faire quand c'est trop fort.
  4. 04Mes souvenirsUne page par semaine. Seul, ou avec quelqu'un de ta famille.
  5. 05Mes questionsTrois colonnes. Certaines questions ont une réponse, d'autres non.
  6. 06Ce que je reprendsUne ligne par chose reprise. Une ou deux par semaine, pas plus.
  7. 07Mon planÀ écrire toi-même, au dernier rendez-vous.

Toutes les fiches en un seul fichier, avec sommaire.

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