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Dépression & humeurPour les praticiens115 min de lecture

Traiter la dépression de l'enfant et de l'adolescent : manuel du thérapeute

Un protocole de seize séances, séance par séance, pour l'épisode dépressif caractérisé avant dix-huit ans. Le tableau clinique par tranche d'âge — l'irritabilité plutôt que la tristesse chez l'enfant —, l'évaluation à trois voix avec l'enfant, les parents et l'école, une séance entière consacrée au risque suicidaire et au plan de sécurité, et une section sur le secret professionnel avec un mineur. Puis l'activation adaptée à l'âge, les émotions, les pensées, le retour à l'école, le sommeil et les écrans. Quatre séances avec les parents, place du médicament dite en entier, fiches à remettre et références complètes.

En bref

Ce manuel s'adresse aux professionnels de la santé mentale formés à la thérapie cognitive et comportementale de l'enfant et de l'adolescent. Il décrit une prise en charge complète de l'épisode dépressif caractérisé avant dix-huit ans, et il ne transpose pas le protocole adulte : ce qui change avec l'âge y occupe la place que cela mérite. La présentation d'abord — chez l'enfant, l'humeur se donne à voir en irritabilité, en plaintes somatiques, en refus scolaire, rarement en tristesse déclarée. L'évaluation ensuite, qui se fait à trois voix, l'enfant, les parents et l'école, dont les accords sont souvent médiocres. Le risque suicidaire occupe une séance entière et non un encart, parce que le suicide figure parmi les premières causes de mortalité à l'adolescence. Le secret professionnel avec un mineur a sa propre section : ce que vous dites aux parents, ce que vous ne dites pas, et ce que vous annoncez avant de commencer. Les parents ne sont pas des témoins mais des acteurs du traitement, et quatre séances leur reviennent. La place du médicament est dite en entier, alerte comprise. Sept fiches imprimables accompagnent le programme.

Thématique
Dépression & humeur · Enfants & parents · Émotions
Pour qui
Pour les praticiens
Langues
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Le programme

Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une expérience du travail avec les enfants et les adolescents, et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits : reportez-vous aux manuels originaux pour la lettre du texte.

1. Le programme en un coup d'œil

Indication. Épisode dépressif caractérisé chez l'enfant à partir de huit ans environ et chez l'adolescent jusqu'à dix-huit ans, d'intensité légère à sévère, avec ou sans traitement médicamenteux associé.

Modèle de référence. La thérapie cognitive et comportementale de la dépression adaptée à l'enfant et à l'adolescent, dans la lignée des protocoles évalués par les grands essais pédiatriques, et l'activation comportementale. Le protocole retient l'ordre que les données soutiennent : la sécurité d'abord, le comportement ensuite, le cognitif quand l'âge le permet.

Format. Seize séances de 50 minutes, hebdomadaires jusqu'à la séance 12, puis toutes les deux semaines. Quatre d'entre elles reviennent aux parents — les séances 4, 11, et deux temps conjoints en 1 et 16. Deux séances de rappel, à un mois puis à trois mois.

Mécanisme visé. Non pas remonter l'humeur directement, mais cinq changements : sécuriser, remettre en marche des activités qui produisent du plaisir et du contact, apprendre à nommer et mesurer les émotions, rendre les interprétations accessibles à l'examen quand le développement le permet, et modifier ce que l'entourage fait de la tristesse et de l'irritabilité.

Séance Objet Livrable de séance
1 Évaluer à trois voix, poser le cadre Cadre et secret expliqués, relevé installé
2 Le risque suicidaire et la sécurité Plan de sécurité écrit, moyens sécurisés
3 La formulation, expliquée à l'enfant Schéma dessiné avec ses mots
4 Séance parents : comprendre et changer Trois consignes tenues à la maison
5 L'activation : observer Une semaine de moments relevés
6 L'activation : programmer Trois activités planifiées
7 Les obstacles : le refus et la fatigue Analyse d'un refus
8 Les émotions : les nommer, les mesurer Thermomètre installé
9 Repérer les pensées Relevé à trois colonnes ou bandes dessinées
10 Mettre les pensées à l'épreuve Une pensée examinée avec des preuves
11 Séance parents : critiques et conflits Une règle de communication changée
12 Les relations et le retour à l'école Un contact repris, un aménagement écrit
13 La résolution de problèmes Un problème traité en six étapes
14 Le sommeil, le corps, les écrans Heure de coucher et de lever fixées
15 L'autocritique et la honte Réponse écrite à la voix critique
16 Bilan, rechute, séance conjointe Plan écrit de la main du jeune

Ce que le jeune et les parents emportent. Sept fiches imprimables, listées à la section 38 et téléchargeables depuis cette page : mes moments, mes journées, mon thermomètre, mes pensées, mon plan de sécurité, le coin des parents, mon plan pour la suite.

Ce qui distingue ce programme du manuel adulte. Trois choses. L'irritabilité y est traitée comme une présentation de la dépression et non comme un trouble du comportement. L'évaluation se fait à trois voix, et le désaccord entre elles est une donnée et non un problème. Et les parents y sont des acteurs du traitement : ce qu'ils font de la tristesse et de la colère de leur enfant entretient ou défait l'épisode.

2. Avant de commencer

À qui ce programme est destiné

Ce texte s'adresse à des psychologues, pédopsychiatres, psychothérapeutes et médecins formés à la thérapie cognitive et comportementale de l'enfant et de l'adolescent. Il suppose que vous savez conduire un entretien avec un mineur et avec sa famille, que vous savez évaluer un risque suicidaire chez un jeune et agir en conséquence, et que vous connaissez le cadre légal qui régit le soin d'un mineur dans votre pays.

Il n'est destiné ni aux jeunes ni aux parents. Il contient les procédures, les seuils, les critères de non-réponse, et il évoque des questions — suicide, médicament, signalement, pronostic — qui doivent être dites autrement quand on s'adresse à la personne concernée ou à sa famille.

La question préalable : de quoi s'agit-il ?

Quatre décisions se prennent avant la première procédure, et elles ne se prennent pas en une séance.

Est-ce un épisode dépressif caractérisé ? Un adolescent maussade pendant trois semaines après une rupture n'en fait pas un. La section 5 donne les éléments, la section 7 donne ce qu'il faut écarter.

L'irritabilité est-elle celle d'une dépression, ou celle d'autre chose ? C'est la question la plus spécifique de ce manuel. Un enfant irritable en permanence depuis des années ne présente pas le même tableau qu'un enfant devenu irritable il y a quatre mois. Voir la section 7.

Y a-t-il eu une hypomanie ou une manie ? La question se pose ici comme chez l'adulte, avec une difficulté supplémentaire : ce qui ressemble à de l'excitation chez un enfant est rarement une hypomanie, et les antécédents familiaux comptent davantage. Avis spécialisé avant toute instauration d'antidépresseur en cas de doute.

Quel est le risque suicidaire, maintenant ? La séance 2 lui est entièrement consacrée, et la section 10 vous dit comment la conduire.

Ce que ce programme ne traite pas

Il ne traite pas un trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle. L'irritabilité chronique installée depuis l'enfance relève d'une autre prise en charge. La distinction est développée à la section 7 ; elle est délicate et elle commande tout le reste.

Il ne traite pas une dépression bipolaire. Le travail comportemental y a sa place, dans un cadre différent et avec un pédopsychiatre.

Il ne traite pas seul une dépression sévère avec caractéristiques psychotiques, un refus alimentaire, ou un risque suicidaire élevé. Ce sont des situations où l'avis pédopsychiatrique est premier, et parfois l'hospitalisation.

Il ne traite pas une situation de maltraitance en cours. Un enfant qui vit dans un environnement dangereux n'a pas besoin d'abord d'une thérapie : il a besoin d'être protégé. La section 7 le dit, et la section 11 dit ce que vous faites de ce que vous apprenez.

Ce que ce programme n'est pas

Ce n'est pas un traitement médicamenteux, et il ne s'y substitue pas. La place du médicament est dite à la section 13, en entier.

Ce n'est pas une guidance parentale. Les parents y ont quatre séances, mais l'objet du traitement est l'épisode dépressif du jeune, pas l'éducation.

Ce n'est pas une thérapie familiale. Ce qui se passe entre les parents, entre les parents et l'enfant, dans une fratrie, est pris en compte et parfois traité — mais ce manuel ne remplace pas une indication de thérapie familiale quand elle s'impose.

Comment l'utiliser

Lisez l'ensemble avant la première séance, en particulier les sections 7, 10, 11 et 13 : le différentiel, le risque suicidaire, le secret professionnel, et le médicament. Ce sont les quatre endroits où l'on se trompe, et les deux du milieu peuvent avoir des conséquences immédiates.

Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce que vous dites, les erreurs fréquentes, et le critère de passage.

Un avertissement propre à cet âge. Le jeune n'est presque jamais demandeur. Il vient parce qu'on l'amène, il s'assoit en disant que tout va bien, et il attend que l'heure passe. Cela ne veut pas dire qu'il refuse le soin : cela veut dire que l'alliance est à construire avec lui et pas seulement avec ses parents, et que la première séance décide de beaucoup.

3. Le tableau clinique selon l'âge

Ce qui trompe

La dépression de l'enfant ne ressemble pas à celle de l'adulte, et c'est la première cause de retard diagnostique. Trois pièges reviennent.

L'irritabilité passe pour un problème de comportement. Un enfant qui claque les portes, répond, se met en colère pour un devoir est vu comme insolent. Chez l'adulte on chercherait l'humeur ; chez l'enfant on cherche une punition.

Les plaintes somatiques passent pour un problème médical. Maux de ventre, maux de tête, fatigue, et un parcours de consultations qui dure des mois avant que quelqu'un demande comment ça va à l'école.

Le retrait passe pour de la timidité ou pour l'adolescence. « Il est dans sa chambre, c'est de son âge » est vrai la plupart du temps, et c'est précisément ce qui fait manquer les cas où ce n'en est pas.

Avant dix ans environ

L'humeur se donne à voir plus qu'elle ne se dit. L'enfant ne déclare pas sa tristesse : il la joue, la somatise, ou la nie.

Ce que vous observez. Irritabilité et colères disproportionnées, perte d'intérêt pour le jeu — signe majeur et souvent négligé —, plaintes somatiques répétées, refus scolaire, régression, agrippement, troubles du sommeil, changement d'appétit, chute des résultats.

Ce que vous entendez de l'enfant. Des phrases courtes et concrètes : « je suis nul », « personne m'aime », « je m'ennuie tout le temps ». Et des idées de mort formulées sans détour, parfois avec un calme qui déconcerte.

Ce que rapportent les parents. Qu'il a changé. C'est souvent la donnée la plus fiable : le changement par rapport à l'enfant qu'ils connaissaient.

De dix à treize ans

La période charnière. L'enfant commence à pouvoir nommer, mais pas encore à examiner ses pensées de façon abstraite.

Le tableau se rapproche de l'adulte : tristesse verbalisée, autodépréciation, culpabilité, perte d'intérêt, fatigue. L'irritabilité reste très présente. L'école devient un révélateur : baisse des notes, évitement, conflits.

C'est aussi l'âge où les comparaisons sociales deviennent douloureuses, et où le harcèlement produit des tableaux dépressifs francs. À chercher systématiquement.

À l'adolescence

Le tableau ressemble davantage à celui de l'adulte, avec quatre différences qui comptent.

L'irritabilité reste au premier plan chez une grande partie des adolescents déprimés, et elle coexiste avec la tristesse au lieu de la remplacer.

L'hypersomnie et l'augmentation de l'appétit sont plus fréquentes qu'à l'âge adulte, alors qu'on attend l'inverse.

La réactivité de l'humeur est conservée plus souvent : l'adolescent peut rire avec ses amis le soir et être effondré le lendemain matin. Cela fait douter les parents — et parfois les cliniciens — de la réalité du trouble.

Les conduites occupent le devant : consommations, conduites à risque, automutilations, décrochage. Elles masquent l'épisode plus qu'elles ne le révèlent.

Ce qui entretient l'épisode

C'est la partie utile du tableau, parce que c'est celle qu'on traite.

Le retrait. Moins d'activités, moins d'amis, plus de chambre et d'écran. La boucle est la même que chez l'adulte, en plus rapide : à cet âge, quelques semaines suffisent à perdre une place dans un groupe.

L'évitement scolaire. Chaque jour manqué rend le retour plus difficile, et le retard accumulé devient une raison objective de ne pas y aller.

La rumination, présente dès l'adolescence, sur les mêmes thèmes que chez l'adulte, avec une composante sociale plus forte.

Ce que fait l'entourage. C'est ce que ce manuel ajoute. Quatre réactions parentales, toutes bien intentionnées, entretiennent l'épisode : la critique — « tu te laisses aller » —, la sur-protection qui dispense de tout effort, l'accommodation qui organise la maison autour de l'évitement, et la mise en compétition avec la fratrie.

Le harcèlement, s'il est en cours. Aucun protocole ne fonctionne par-dessus un harcèlement actif. Il se cherche à la première séance et il se traite en premier.

Ce que la dépression n'est pas

Ce n'est pas une crise d'adolescence. L'adolescence produit des variations d'humeur, des conflits, un repli relatif. Elle ne produit ni une anhédonie durable, ni une autodépréciation stable, ni des idées de mort persistantes.

Ce n'est pas un manque de volonté, et ce n'est pas de la paresse. C'est la phrase la plus importante à dire aux parents, et il faudra la répéter.

Ce n'est pas toujours la faute de quelque chose. Les parents cherchent une cause et se désignent souvent eux-mêmes. Certains épisodes ont un déclencheur évident, d'autres non.

Épidémiologie, en quatre chiffres utiles

La dépression est rare avant la puberté — de l'ordre de un à deux pour cent — et sa fréquence augmente nettement à l'adolescence, pour approcher les chiffres de l'adulte en fin de parcours.

Avant la puberté, garçons et filles sont touchés à parts comparables. L'écart apparaît à l'adolescence, avec une prédominance féminine qui s'installe alors et ne se démentira plus.

Un épisode à l'adolescence augmente fortement le risque d'épisodes à l'âge adulte. C'est l'argument central du travail de prévention de la rechute, et il se dit aux parents.

Et une part importante des épisodes n'est ni repérée ni traitée, en particulier chez les garçons, chez qui l'irritabilité et les conduites sont lues comme un problème de comportement.

4. Le modèle qui guide ce programme

Trois boucles au lieu de deux

Le manuel adulte en décrit deux. Ici il y en a trois, et la troisième est celle qui distingue ce protocole.

La boucle comportementale. Un événement, une perte, un échec, un harcèlement réduisent l'activité. Moins d'activité veut dire moins de plaisir, moins de réussite, moins d'amis. Ce qui réduit encore l'envie et l'activité. Chez le jeune, cette boucle se referme plus vite que chez l'adulte : trois semaines d'absence suffisent à perdre un groupe.

La boucle cognitive. L'interprétation se déforme sur soi, sur les autres, sur l'avenir. Elle est utilisable à partir de dix ou onze ans environ ; avant, on travaille surtout la première boucle.

La boucle interpersonnelle. Le retrait et l'irritabilité provoquent des réactions — critiques des parents, remarques des professeurs, éloignement des camarades — qui confirment au jeune qu'il est nul et qu'on ne l'aime pas. Cette boucle n'est pas un contexte : c'est un mécanisme, et elle se traite.

Ce que ces trois boucles impliquent

On commence par sécuriser. Le risque suicidaire se traite avant tout le reste, à la séance 2. Un protocole d'activation conduit sur un adolescent qui a un plan est une faute.

On commence ensuite par le comportement. Parce que cela agit plus vite, parce que c'est faisable quand on ne peut plus penser, et parce qu'un jeune de neuf ans ne fera pas de travail cognitif abstrait.

On agit avant d'avoir envie. Comme chez l'adulte, mais il faut le dire autrement : « on ne va pas attendre que tu aies envie, parce que l'envie, c'est justement ce qui est cassé en ce moment ».

On travaille l'entourage en même temps. Pas après. Ce que les parents font de la tristesse et de la colère entretient ou défait l'épisode, et quatre séances leur reviennent.

Ce que le modèle explique au jeune

Pourquoi il est énervé tout le temps. C'est la question la plus utile à traiter d'emblée : beaucoup d'adolescents ne se savent pas déprimés, ils se savent irritables et s'en veulent.

Pourquoi il est fatigué en permanence alors qu'il dort beaucoup. Parce que la fatigue de la dépression n'est pas une dette de sommeil, et que rester au lit en ajoute.

Pourquoi tout lui semble sans intérêt, même ce qu'il aimait. L'anhédonie, expliquée avec ses exemples à lui.

Pourquoi il s'engueule avec ses parents plus qu'avant. La boucle interpersonnelle, observée de l'intérieur. Dire qu'elle est prévisible soulage.

Ce que le modèle implique de ne pas faire

Ne pas attendre le retour de l'envie.

Ne pas viser d'abord la tristesse. Ce qui bouge en premier, c'est le nombre d'activités, le contact avec les amis, et le sommeil.

Ne pas rassurer. « Ça va s'arranger » est aussi inopérant ici que chez l'adulte, et l'adolescent y entend qu'on ne l'a pas écouté.

Ne pas prendre parti dans les conflits familiaux. Vous êtes le thérapeute du jeune, et vous travaillez avec ses parents. Ce n'est pas la même chose qu'être son avocat.

5. Les critères du DSM-5-TR, reformulés

Les critères ci-dessous sont une reformulation dans nos propres mots, à usage de rappel. Ils ne remplacent pas le manuel : reportez-vous au DSM-5-TR (American Psychiatric Association, 2022) pour la lettre du texte et les notes d'application.

L'épisode dépressif caractérisé suppose les mêmes éléments qu'à l'âge adulte, avec deux aménagements explicitement prévus pour l'enfant et l'adolescent.

Au moins cinq manifestations présentes pendant la même période de deux semaines, représentant un changement par rapport au fonctionnement antérieur, et parmi lesquelles doit figurer soit une humeur dépressive, soit une perte d'intérêt ou de plaisir.

Premier aménagement : l'humeur peut être irritable plutôt que triste chez l'enfant et l'adolescent. Ce n'est pas une tolérance, c'est une équivalence. Un adolescent constamment irritable depuis deux mois remplit ce critère.

Second aménagement : l'absence de prise de poids attendue peut remplacer la perte de poids. Un enfant qui cesse de grandir en poids sur plusieurs mois est concerné, même si la balance ne descend pas.

Les autres manifestations sont celles de l'adulte : sommeil, énergie, agitation ou ralentissement observables, dévalorisation ou culpabilité excessive, concentration ou indécision, pensées de mort récurrentes ou idées suicidaires.

Une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement — ici, scolaire, familial ou social.

L'absence d'imputabilité à une substance ou à une affection médicale, et l'absence d'antécédent maniaque ou hypomaniaque.

Le trouble dépressif persistant

Même logique qu'à l'âge adulte avec une différence de durée qui compte en pratique : une année suffit chez l'enfant et l'adolescent, là où deux sont requises chez l'adulte. Et l'humeur peut y être irritable.

Beaucoup de jeunes relèvent des deux : un fond chronique d'un an ou plus, avec un épisode franc surajouté. C'est fréquent, c'est de moins bon pronostic, et cela change les attentes du programme.

Les spécifications qui changent la conduite

La sévérité, la présence de caractéristiques psychotiques — qui imposent un avis pédopsychiatrique —, de caractéristiques anxieuses, mélancoliques ou atypiques, et le caractère isolé ou récurrent.

Deux comptent particulièrement ici. La détresse anxieuse, très fréquente à cet âge et associée à un risque suicidaire plus élevé. Et les caractéristiques atypiques — hypersomnie, augmentation de l'appétit, réactivité de l'humeur conservée —, plus fréquentes chez l'adolescent, et qui font douter de la réalité du trouble quand on attend un tableau adulte.

Ce que ces critères ne disent pas et qu'il faut évaluer

Ils ne disent rien du harcèlement, qui produit des tableaux dépressifs complets et qui se traite en premier.

Ils ne disent rien de ce que fait l'entourage, qui est la troisième boucle du modèle.

Ils ne disent rien du fonctionnement scolaire dans le détail — absences, retard accumulé, aménagements — qui conditionne la faisabilité de tout le reste.

Et ils ne mesurent pas l'irritabilité chronique, dont la distinction d'avec l'épisode est l'enjeu diagnostique principal de cet âge.


Ce programme est réservé aux praticiens

Il s'adresse aux professionnels de la santé mentale et demande une vérification du titre, puis un abonnement professionnel.

Questions fréquentes

Il ne parle pas. Que faire des trois premières séances ? Ne cherchez pas à le faire parler. Travaillez sur des supports — dessin, relevé, écran partagé —, donnez-lui un droit de veto sur les sujets, et obtenez un résultat concret tôt. La parole vient après l'alliance, pas avant.

Les parents veulent savoir ce qu'il dit. Vous le leur avez annoncé en séance 1 : vous transmettez l'évolution, le plan, ce qu'on leur demande, et tout ce qui touche à la sécurité. Pas le contenu. Le redire calmement, autant de fois que nécessaire.

Il a des idées suicidaires et refuse que ses parents le sachent. Cela se dit quand même — et c'est précisément pourquoi l'annonce de la séance 1 existe. Vous le prévenez, vous convenez avec lui de la formulation, et si possible il est présent.

Faut-il l'envoyer chez le médecin pour un antidépresseur ? Dans les formes modérées à sévères, la question se pose, et une seule molécule a des données solides avant dix-huit ans. Voir la section 13, et dites l'alerte en entier, ses deux moitiés.

Il refuse d'aller à l'école depuis trois mois. Le retour se construit par paliers écrits, avec un référent dans l'établissement et un plan de rattrapage. Voir les séances 12 et la section 34. Ne visez jamais le temps plein d'emblée.

Un parent est lui-même déprimé. Repérez-le, et proposez une orientation comme une aide au traitement de l'enfant. C'est l'un des leviers les plus puissants dont vous disposez.

Les parents sont séparés et ne s'entendent pas. Les deux sont informés, les consignes sont identiques dans les deux foyers, et vous ne devenez l'expert d'aucun des deux. Voir la section 33.

Il s'automutile mais dit qu'il ne veut pas mourir. Les deux sont vrais en même temps, et les deux se disent. Ce n'est pas une tentative de suicide, et c'est un facteur de risque de suicide. On traite la fonction du geste. Voir la section 10.

À partir de quel âge peut-on faire du travail cognitif ? Autour de dix ou onze ans pour un usage simple, avec des cotations sur 10 et des exemples concrets. Avant, on reste sur le comportemental, les émotions et les parents.

Il va mieux, les parents veulent arrêter à la séance 10. C'est fréquent et c'est le moment où le risque de rechute est le plus mal estimé. Proposez de garder les séances espacées et de faire au minimum le travail des séances 15 et 16, qui sont celles qui protègent.

Combien de temps avant que ça bouge ? Les premiers changements de comportement apparaissent souvent vers la cinquième ou sixième séance, l'humeur suit plusieurs semaines après. Dites-le aux parents dès le début : sans cela, ils concluent à l'échec au bout d'un mois.

Les fiches à télécharger

Les exercices de ce programme, en PDF à imprimer. Réservés aux membres.

Voir les formulesLes fiches à imprimer sont incluses dans l'accès.
  1. 01Mes momentsUne ligne par jour. Ce que j'ai fait, et un chiffre.
  2. 02Mes journéesOn n'attend pas d'en avoir envie. On note un jour et une heure.
  3. 03Mon thermomètreMettre un chiffre sur ce qui monte, avant que ça déborde.
  4. 04Mes penséesOn ne les remplace pas par des trucs positifs. On cherche des preuves.
  5. 05Mon plan de sécuritéCe n'est pas une promesse. C'est une feuille qui pense à ta place.
  6. 06Le coin des parentsTrois choses à faire, et trois à ne pas faire.
  7. 07Mon plan pour la suiteIl y aura d'autres passages difficiles. Tu ne repartiras pas de zéro.

Toutes les fiches en un seul fichier, avec sommaire.

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