Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une expérience du travail avec les adolescents et les familles, et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits : reportez-vous aux manuels originaux pour la lettre du texte.
1. Le programme en un coup d'œil
Indication. Usage d'écran devenu incontrôlable et invalidant chez l'adolescent de 12 à 18 ans : jeu vidéo, réseaux sociaux, vidéo courte, pornographie, messagerie. Le programme convient au trouble du jeu vidéo tel que la CIM-11 le définit, et aux tableaux voisins qui ne sont pas des diagnostics.
Trois avertissements, qui ne sont pas des précautions de style.
La « dépendance aux écrans » n'existe pas comme diagnostic. Un seul tableau est reconnu, le trouble du jeu vidéo. Pour les réseaux, la vidéo ou le téléphone, il n'y a ni critères consensuels ni instruments solides, et les chiffres de prévalence qui circulent sont largement gonflés.
Chez l'adolescent plus encore que chez l'adulte, l'écran est souvent le symptôme d'autre chose : un trouble de l'attention non diagnostiqué, une phobie scolaire, un harcèlement, une dépression, une anxiété sociale, un retard de phase de sommeil qui est physiologique à cet âge. La section 9 est la plus longue du manuel pour cette raison.
Et il faut chercher ce qui se passe sur ces écrans avant de chercher combien de temps ils sont allumés. Harcèlement, contenus dangereux, sollicitations d'adultes, jeu d'argent, achats. La section 10 est consacrée à ce dépistage, et elle passe avant tout le reste.
Modèles de référence. Une thérapie cognitive et comportementale individuelle articulée à un travail familial. Les données propres à l'adolescent sont minces ; les meilleures concernent les interventions familiales et multifamiliales, ce qui justifie la place donnée aux six séances avec les parents. Le protocole individuel s'appuie sur le seul essai contrôlé de qualité du champ, conduit chez l'adulte (Wölfling et coll., 2019), complété par l'entretien motivationnel, l'activation comportementale et le contrôle du stimulus.
Format. Quatorze séances individuelles de 45 minutes avec l'adolescent, et six séances avec les parents, intercalées. Environ quatre mois, plus deux séances de rappel. Les séances familiales ne sont pas un supplément : chez un mineur, ce sont les parents qui tiennent l'environnement, et leur omission est la première cause d'échec.
| Séance |
Objet |
Livrable de séance |
| 1 |
Accueil, alliance, confidentialité |
Ce qu'il en dit, dans ses mots |
| 2 |
Sécurité, différentiel, mesure réelle |
Dépistage fait, relevé en main |
| 3 |
À quoi ça lui sert |
Schéma fait avec lui |
| 4 |
Ce que lui veut |
Trois objectifs à lui |
| 5 |
Les nuits et le rythme |
Horaires écrits |
| 6 |
L'environnement, appareil en main |
Cinq réglages faits |
| 7 |
Ce qui déclenche en lui |
Trois états, un geste chacun |
| 8 |
Remplacer, et être bon à quelque chose |
Deux activités engagées |
| 9 |
L'école |
Plan de retour ou d'aménagement |
| 10 |
Les amis, en ligne et dehors |
Un contact réel repris |
| 11 |
Les phrases d'avant, et la colère contre les règles |
Permissions testées |
| 12 |
L'ennui et l'attention |
Deux exercices tenus |
| 13 |
Les moments à risque, et le faux pas |
Plan pour trois d'entre eux |
| 14 |
Bilan, plan, la suite |
Fiche de synthèse faite par lui |
| Séance parents |
Placement |
Objet |
| P1 |
Avant la séance 1 |
Évaluation, information, cadre, confidentialité |
| P2 |
Après la séance 2 |
Ce qui a été dépisté ; règles ou surveillance |
| P3 |
Après la séance 4 |
Le plan de famille : des règles négociées |
| P4 |
Après la séance 6 |
L'environnement du foyer, et les écrans des parents |
| P5 |
Après la séance 9 |
École, sommeil, cohérence entre adultes |
| P6 |
Après la séance 13 |
Bilan, plan de famille, la suite |
Ce que l'adolescent emporte. Sept fiches imprimables, listées à la section 35 et téléchargeables depuis cette page : mon usage réel, à quoi ça me sert, ce que je veux moi, mes nuits, ce que je fais à la place, ce que je me dis, mon plan.
Ce qui distingue ce programme d'un contrôle parental. L'objectif n'est pas d'obtenir l'obéissance à un quota d'heures. Un adolescent dont on a coupé le wifi et qui a repris ses cours en mentant sur tout n'est pas traité. Un adolescent qui dort, qui va au lycée, qui a repris un sport et qui joue trois heures le samedi va bien. La différence commande tout le traitement — et elle est difficile à faire admettre aux parents, ce qui est l'objet de la séance P3.
2. Avant de commencer
À qui ce programme est destiné
Ce texte s'adresse à des psychologues, pédopsychiatres, psychothérapeutes et infirmiers spécialisés en santé mentale, formés à la thérapie cognitive et comportementale de l'adolescent. Il suppose que vous savez recevoir un adolescent seul, évaluer un risque suicidaire, repérer un trouble de l'attention, et travailler avec des parents en conflit avec leur enfant — et parfois entre eux.
Il n'est pas destiné aux familles. Il contient les critères de non-réponse, ce qu'il ne faut pas dire, et une discussion diagnostique que des parents liraient comme un jugement.
La question préalable : de quoi parle-t-on ?
Elle se prend en séance 1 et 2, et elle comporte trois décisions.
Y a-t-il un danger ? Harcèlement, contenus d'automutilation ou de suicide, sollicitation sexuelle d'un adulte, images intimes diffusées ou extorquées, jeu d'argent, achats importants. Cela passe avant tout, et la section 10 dit comment le chercher et quoi faire.
Y a-t-il un autre trouble au premier plan ? C'est le cas le plus fréquent. Voir la section 9.
Y a-t-il un trouble du tout ? Un adolescent qui joue quinze heures par semaine, qui dort, qui va au lycée et qui a des amis n'a pas de trouble, quelle que soit l'inquiétude de ses parents. C'est un motif de consultation très courant, et la bonne réponse est de le dire — puis de travailler sur ce qui inquiète réellement les parents, qui est souvent autre chose.
Ce que ce programme n'est pas
Ce n'est pas un traitement du trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, qui est le premier diagnostic à écarter et l'explication la plus fréquente d'un usage qui déborde à cet âge.
Ce n'est pas un traitement de la phobie scolaire ni du refus scolaire anxieux, qui se présentent très souvent comme une « addiction aux écrans » parce que l'adolescent déscolarisé passe ses journées devant un écran. L'ordre de traitement est inverse de celui que les parents attendent.
Ce n'est pas un traitement de la dépression, de l'anxiété sociale ni des suites d'un harcèlement.
Ce n'est pas un traitement du jeu d'argent en ligne, qui est une addiction reconnue avec ses enjeux financiers et juridiques, et qui concerne aussi des mineurs.
Ce n'est pas un programme pour l'enfant de moins de douze ans. En dessous, le travail passe presque entièrement par les parents, avec un cadre familial et des routines, et ce manuel ne convient pas.
Ce n'est pas un dispositif de sevrage. Les séjours de rupture numérique n'ont pratiquement pas de données en leur faveur, et ils échouent pour la même raison chez l'adolescent que chez l'adulte : ils ne remplacent rien, et l'adolescent rentre dans la même chambre.
Le cadre, à poser avant la première séance
Deux points propres au mineur, et il faut les régler d'emblée.
Le consentement. Le traitement d'un mineur suppose l'accord des titulaires de l'autorité parentale, et l'adhésion de l'adolescent est ce qui décide du résultat. Ces deux choses ne se confondent pas : vous pouvez avoir l'un sans l'autre, et le second se construit à la séance 4.
La confidentialité. Elle doit être énoncée devant l'adolescent et devant les parents, dans les mêmes termes, à la première rencontre. Une formulation qui fonctionne, à dire en séance 1 avec les parents présents : « ce que tu me dis reste entre nous. Je dirai à tes parents ce qu'on fait, pas ce que tu dis. Il y a deux exceptions : si tu es en danger, ou si quelqu'un te fait du mal — et dans ce cas je te dirai avant d'en parler. »
Tenez-la. Un adolescent qui soupçonne un compte rendu complet ne vous dira rien de ce qui compte — et ce qui compte, à cet âge, est justement ce que les parents ne savent pas.
Comment l'utiliser
Lisez l'ensemble avant la séance P1, et en particulier les sections 9 et 10 : le différentiel et le dépistage de sécurité. Ce sont les deux endroits où l'on manque l'essentiel.
Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce qu'il faut dire, les erreurs fréquentes, et le critère de passage.
Un avertissement propre à cet âge. Vous êtes le troisième adulte à lui parler de ses écrans, après ses parents et son professeur, et il s'attend à la même conversation. Les cinq premières minutes de la séance 1 décident de tout le reste : si vous commencez par le temps d'écran, vous avez perdu. Commencez par lui.
3. Ce qui est normal à l'adolescence
Cette section sert autant à vous qu'à ce que vous direz aux parents en séance P1. Beaucoup de consultations ne sont pas des troubles.
Ce qui est normal, et massif
Un usage important. Plusieurs heures par jour est la norme dans cette tranche d'âge, pas l'exception. Un chiffre élevé n'est pas en soi un signe.
Les écrans comme lieu social principal. C'est là que les adolescents se voient, se parlent, se disputent et se réconcilient. Retirer l'écran d'un adolescent sans rien construire, c'est le sortir de sa classe sociale. Il faut le dire aux parents, parce que la plupart pensent l'inverse.
Le jeu en équipe avec des obligations. Un adolescent engagé dans un groupe a des rendez-vous et des responsabilités envers d'autres personnes. Ce n'est pas une excuse : c'est un fait à traiter.
Le coucher tardif. Il est en partie physiologique : à l'adolescence, l'horloge interne se décale naturellement vers le tard, l'endormissement spontané se produit plus tard, et le besoin de sommeil reste élevé — huit à dix heures. Un adolescent qui ne s'endort pas avant minuit n'est pas nécessairement en train de mal faire ; il est en retard de phase, et l'écran aggrave un décalage qui existait déjà. La conséquence pratique est importante : ne mettez pas sur le compte des écrans ce qui appartient au développement, et traitez les deux.
L'irritation quand on l'interrompt. Universelle, et ce n'est pas un symptôme de sevrage.
Le besoin d'un espace à soi, hors du regard des parents. C'est une tâche de cet âge, et l'écran en tient lieu.
Ce qui doit inquiéter
Durablement, et par comparaison avec ce que l'adolescent faisait avant :
le sommeil effondré, avec des nuits de moins de six heures en semaine ;
l'école : absences, décrochage, notes en chute, refus d'y aller ;
le retrait des amis réels et l'arrêt de toute activité ;
l'abandon du sport, de la musique, de ce qu'il aimait ;
des repas sautés, une hygiène négligée, un poids qui change ;
des colères importantes quand on interrompt, avec parfois de la violence envers les objets ou les personnes ;
le mensonge organisé sur les durées, et les moyens détournés — un deuxième appareil, la nuit ;
l'inversion du rythme : couché à cinq heures, levé à quinze heures ;
des idées de mort, ou un usage qui sert visiblement à ne plus penser.
Ce qui n'aide pas les parents, et qu'ils ont déjà entendu
Les chiffres alarmants sur le temps d'écran. Les analogies avec la cocaïne. Les recommandations de durée par âge, qui n'ont pas de base solide passé l'enfance.
Une donnée utile à leur donner, parce qu'elle apaise sans nier : à l'échelle des populations, le lien entre temps d'écran et bien-être des adolescents est très faible (Orben et Przybylski, 2019). Cela ne dit rien de leur enfant, qui est un cas et non une moyenne. Mais cela permet de déplacer la conversation du chiffre vers ce qui compte : dort-il, va-t-il au lycée, a-t-il des amis, fait-il encore quelque chose ?
4. Le tableau clinique
Ce que l'adolescent décrit
Rien, au début. Il vient contraint, il le sait, et il s'attend à un sermon. Sa première phrase est souvent « je ne vois pas le problème », et il faut l'accueillir plutôt que la corriger.
Interrogé sans reproche, il décrit trois choses. Qu'il ne trouve pas cela si grave. Que ses parents exagèrent. Et — plus tard, à la troisième ou quatrième séance — qu'il n'arrive pas à s'arrêter le soir, qu'il est fatigué tout le temps, et que le lycée est devenu impossible.
Ce décalage entre la première et la quatrième séance est la règle. Ne construisez rien sur ce que vous entendez au premier rendez-vous.
Ce que les parents décrivent
Un conflit quotidien, des colères, un enfant qu'ils ne reconnaissent plus, et une liste de choses essayées : couper le wifi, confisquer, négocier, menacer, retirer la porte de la chambre. Souvent un désaccord entre eux sur la conduite à tenir, qu'il faudra traiter.
Et fréquemment une inquiétude plus large qu'ils n'expriment pas d'emblée : ils ont perdu le contact avec leur enfant, et l'écran est ce qu'ils peuvent nommer.
Ce qui entretient l'usage à cet âge
La fonction, comme chez l'adulte, mais avec des réponses propres à l'adolescence : être avec les copains, être bon à quelque chose, échapper à une journée humiliante, ne pas penser, exister ailleurs qu'à la maison, ne pas être seul le soir.
L'évitement d'une situation précise. C'est la particularité la plus importante. Chez beaucoup de ces adolescents, l'usage massif date du moment où quelque chose est devenu insupportable : un harcèlement, un échec scolaire, un changement d'établissement, une séparation parentale, une humiliation. L'écran est alors un refuge, et le retirer sans traiter la situation est cruel et inefficace.
Le retard de phase, aggravé. Décrit à la section 3. Le cercle : couché tard, lever impossible, journée manquée, journée sans obligation, coucher encore plus tard.
L'environnement. L'appareil dans la chambre, la nuit, sans limite. Chez un mineur, cet environnement ne dépend pas de lui : il dépend des parents, et c'est l'objet de la séance P4.
Le conflit familial. Il devient à la fois conséquence et cause : les reproches augmentent le retrait, le retrait augmente les reproches, et l'écran est le seul endroit où l'adolescent n'est pas critiqué.
La perte de tout le reste. À force, il n'a plus d'autre compétence, plus d'autre lieu social, plus d'autre activité — et il le sait. C'est ce qui rend la séance 8 décisive.
Épidémiologie, en deux chiffres utiles
La prévalence du trouble du jeu vidéo chez les adolescents est estimée entre moins de un et quelques pour cent, avec de fortes variations selon les instruments et les pays. Les estimations les plus élevées viennent des questionnaires les moins exigeants.
Pour les réseaux sociaux et le téléphone, il n'existe pas de prévalence utilisable, faute de définition. Ne citez pas les chiffres qui circulent.
5. Les usages, et ce qu'ils changent
Identifiez l'usage dominant en séance 2 ; il détermine la moitié du programme.
Le jeu vidéo
Le seul tableau qui corresponde à un diagnostic, et le plus fréquent chez les garçons. Trois particularités à cet âge.
Les obligations envers l'équipe. Elles sont réelles et elles ont un poids social. Un adolescent qui « lâche » son groupe perd un statut.
Le jeu comme seul lieu de compétence. Décisif chez un adolescent en échec scolaire : c'est le seul endroit où il est bon, reconnu, et parfois responsable d'un groupe. Retirer cela sans construire ailleurs est une perte nette, et c'est pourquoi la séance 8 vient avant toute réduction importante.
Les achats. Les jeux à récompenses aléatoires concernent des mineurs, avec des montants parfois considérables et souvent cachés. Posez la question, et vérifiez les moyens de paiement avec les parents en séance P2.
Les réseaux sociaux et la vidéo courte
Plus fréquents chez les filles, et le mécanisme est autre : comparaison sociale, attente d'un signal, peur d'être exclu de ce qui se passe. La vidéo courte y ajoute une absence totale de point d'arrêt.
Trois cibles propres : la comparaison, l'image du corps — à évaluer, avec les conduites alimentaires —, et la peur de manquer, qui organise les soirées.
La pornographie
À aborder, sans en faire un scandale ni une question morale. Trois points.
L'exposition est fréquente et souvent précoce, y compris involontaire. Cela ne constitue pas en soi un trouble.
Ce qui mérite un travail : un usage compulsif, une gêne rapportée par l'adolescent lui-même, une inquiétude sur sa propre sexualité, ou des représentations de la sexualité et du consentement construites uniquement là.
Ne prenez pas parti sur la pornographie. Et n'en parlez jamais aux parents sans l'accord de l'adolescent, sauf si la sécurité est en jeu.
La messagerie et les groupes
Sous-estimée. C'est souvent le vrai usage nocturne : ce n'est pas le jeu qui l'empêche de dormir, c'est le groupe de classe qui vit jusqu'à deux heures. Et c'est aussi là que le harcèlement se produit.
Le jeu d'argent en ligne
À dépister chez tout adolescent, malgré l'interdiction légale : paris sportifs, poker, jeux à caisses. Voir la section 10.
Questions fréquentes
Les parents demandent combien d'heures par jour sont acceptables.
C'est la première question, et il n'y a pas de réponse chiffrée honnête : les recommandations par âge n'ont pas de base solide passé l'enfance, et un quota produit du contournement plutôt qu'un changement. Déplacez la conversation sur quatre indicateurs qu'ils reconnaîtront immédiatement : dort-il assez, va-t-il en classe, a-t-il des amis qu'il voit, fait-il encore une activité ? Si les quatre vont bien, le chiffre n'est pas le sujet. S'ils vont mal, c'est là qu'il faut travailler.
Faut-il confisquer le téléphone ?
Comme sanction imprévisible, non : cela produit du conflit, du mensonge et des appareils cachés. Comme règle convenue et prévisible, oui pour une chose précise : l'appareil dort hors de la chambre, pour tout le monde dans la maison, avec un réveil pour chacun. C'est la mesure la plus efficace du programme, et elle passe beaucoup mieux quand elle s'applique aussi aux parents.
L'adolescent refuse de venir. Que faire ?
Recevez les parents seuls : le sommeil, l'environnement du foyer et les règles se travaillent sans lui, et cela suffit souvent à amorcer. Proposez-lui une séance unique sans engagement, en garantissant qu'il n'y aura pas de sermon — c'est ce qu'il redoute. Et n'acceptez jamais que sa venue soit imposée sous menace : vous hériteriez du conflit et il vous classerait du côté de ses parents avant d'entrer.
Faut-il installer un contrôle parental ?
Convenu et portant sur des choses précises, oui, surtout chez un adolescent jeune. Installé à son insu, non : il le découvrira, et la confiance sera abîmée pour des mois. Et sachez qu'il le contournera de toute façon — ces logiciels sont une friction utile, pas un rempart. Ce qui protège réellement, c'est l'emplacement de nuit de l'appareil et ce qu'il a par ailleurs dans sa vie.
Il ne va plus au lycée et passe ses journées à jouer. Par où commencer ?
Pas par le jeu. Le jeu n'est pas la cause du décrochage, c'est ce qu'il reste d'une journée vide — et le signe est simple : l'usage a explosé après que l'école est devenue impossible. Commencez par le rythme, par étapes de trente minutes par semaine, puis par une occupation de journée même minime, puis par un retour scolaire par paliers. Et cherchez ce qui a rendu le lycée insupportable : une matière, un groupe, un harcèlement.
Comment savoir si c'est un trouble de l'attention ?
Trois indices qui orientent fortement : une histoire remontant à l'école primaire, avec des remarques anciennes ; une difficulté d'initiation et d'organisation qui déborde très largement les écrans — les devoirs, la chambre, les affaires, l'heure ; et une intolérance à l'ennui présente depuis toujours, pas depuis deux ans. Chez les filles, cherchez la rêverie, la lenteur et la désorganisation sans agitation : le tableau inattentif est massivement sous-diagnostiqué. Orientez pour une évaluation : le traiter change souvent tout le tableau.
Que faire si l'on découvre un harcèlement ?
Cela passe devant tout le reste. Le signalement à la direction de l'établissement, par les parents, par écrit, avec les éléments conservés — la plupart des pays imposent aux établissements un protocole en la matière. Du côté en ligne : conserver les preuves avant de supprimer, bloquer, signaler, refaire un compte avec une liste restreinte, en séance et appareil en main. Évaluez le risque suicidaire, qui est nettement augmenté. Et surtout : ne retirez pas l'écran avant d'avoir traité le harcèlement.
Un adolescent me confie un usage de pornographie. Faut-il le dire aux parents ?
Non, sauf si la sécurité est en jeu — contrainte, extorsion, contact avec un adulte, diffusion d'images. L'exception de confidentialité que vous avez annoncée porte sur le danger, pas sur la sexualité. Et n'organisez pas une conversation familiale sur ce sujet : elle ne produirait que de la honte. Travaillez-le seul avec lui, sans prendre parti sur la pornographie elle-même.
Il se couche à deux heures du matin. Est-ce forcément le téléphone ?
Pas forcément, et c'est important à dire à la famille : à l'adolescence, l'horloge interne se décale réellement vers le tard, et le besoin de sommeil reste de huit à dix heures. L'écran aggrave un décalage qui existait déjà. La question qui tranche : en vacances, sans contrainte d'horaire, dort-il bien et longtemps mais décalé ? Si oui, c'est un trouble du rythme, et le traitement passe par la lumière du matin et une avance de trente minutes par semaine — pas par la confiscation.
Les parents veulent que j'obtienne qu'il arrête de jouer.
Dites-leur non, en séance P1, et expliquez pourquoi : si vous essayiez, vous perdriez tout accès à leur enfant, et vous n'obtiendriez qu'un mensonge mieux organisé. Proposez à la place ce que vous pouvez réellement faire — qu'il dorme, qu'il retourne en classe, qu'il ait autre chose — et dites ce dont vous avez besoin d'eux, très concrètement. La plupart des parents acceptent ce contrat quand il est posé franchement au premier rendez-vous.
Comment obtenir des règles qui tiennent ?
Quatre ou cinq au maximum, écrites, négociées avec lui en séance P3, avec trois conditions. Une contrepartie réelle : du temps de jeu garanti et non discutable, la fin des remarques quotidiennes, une révision datée. Au moins une règle qui vaut pour toute la maison, parents compris — sinon il a raison de les trouver injustes. Et des conséquences décidées à l'avance, précises et appliquées sans colère. Le défaut le plus fréquent n'est pas la révolte de l'adolescent : c'est l'inconstance des adultes.
Les parents ne sont pas d'accord entre eux.
C'est fréquent, et cela fait échouer toutes les règles — l'adolescent le sait mieux qu'eux et l'utilise. Traitez-le en séance P3, sans lui, avant toute négociation. En cas de séparation, obtenez au minimum un accord sur deux points dans les deux foyers : le sommeil, et l'appareil la nuit. Quand ce n'est pas possible, dites-le et travaillez sur ce qui l'est plutôt que d'installer un cadre qui ne tiendra pas.
Un séjour de rupture numérique, est-ce utile ?
Il n'y a pratiquement pas de données en leur faveur, et le problème de fond est simple : l'adolescent rentre dans la même chambre, dans la même famille, avec le même lycée. Ce qui compte n'est pas de le couper deux semaines, c'est de changer l'environnement où il vit et de lui redonner quelque chose à faire. Si un séjour a lieu, faites-en une occasion d'installer un rythme, et préparez le retour — c'est là que tout se joue.
Combien de temps avant de voir un changement ?
Le sommeil et l'environnement produisent un effet dès la deuxième ou troisième semaine, et c'est ce qui soutient l'engagement de tout le monde. L'école et les relations sont plus lentes : comptez deux à trois mois. Annoncez ce calendrier aux parents en séance P1, sinon ils se découragent au moment où les mesures faciles ont donné tout ce qu'elles avaient à donner.
Il a bien répondu, puis tout est revenu pendant les vacances d'été.
C'est le scénario de reprise le plus fréquent, avec la rentrée qui suit : la structure disparaît et l'usage reprend sa place. Ce n'est pas un échec. Trois à quatre séances ciblées suffisent en général, et le plus rentable est de vérifier vous-même l'appareil et l'heure de lever plutôt que de le demander. Prévenez-en à la séance 14, et prévoyez un rendez-vous deux semaines avant la rentrée.