1. Le programme en un coup d'œil
Indication. Ce programme s'adresse à l'enfant de cinq ou six ans et plus qui mouille son lit (énurésie nocturne), une fois qu'un médecin l'a vu et n'a rien trouvé qui relève de lui. L'énurésie peut être primaire ou secondaire. Le programme vise surtout la forme monosymptomatique, sans autre symptôme urinaire ; une forme non monosymptomatique n'y entre qu'une fois les symptômes de jour pris en charge par le médecin. Ces termes sont définis à la section 3.
Modèle de référence. Le traitement par alarme d'énurésie : un capteur déclenche une sonnerie dès que l'enfant commence à uriner (section 10). Il est recommandé quand les mesures simples n'ont pas suffi (section 9 ; National Institute for Health and Clinical Excellence, 2010 ; ci-après NICE), et placé en première ligne par l'International Children's Continence Society (Nevéus et coll., 2020 ; ci-après ICCS), avec la desmopressine, un médicament qui réduit la production d'urine la nuit et que seul le médecin prescrit (section 7).
Format. Cinq rendez-vous de 45 minutes avec l'enfant et ses parents, et un appel bref une semaine après l'installation de l'alarme. Un rendez-vous avec les parents s'y ajoute quand leur colère ou leur épuisement font reporter l'alarme (section 2). Le deuxième rendez-vous suit les deux semaines de calendrier de départ (section 6) ; le dernier a lieu quand l'enfant atteint quatorze nuits sèches consécutives, ou au plus tard après trois mois d'alarme.
Mécanisme visé. Apprendre au cerveau de l'enfant à répondre, pendant le sommeil, au signal d'une vessie pleine — en se réveillant ou en se retenant. L'alarme ne punit pas : elle associe, nuit après nuit, le début de la miction et le réveil.
| Rendez-vous |
Objet |
Livrable du rendez-vous |
| 1 |
Évaluer, vérifier l'avis médical |
Signes d'alerte écartés, calendrier lancé |
| 2 |
Expliquer, poser les bases |
Sanctions levées, décision écrite |
| 3 |
Installer l'alarme |
Séquence répétée, rôles attribués |
| 4 |
Le point à quatre semaines |
Signes précoces relevés, décision datée |
| 5 |
Quatorze nuits sèches, et la suite |
Plan d'arrêt et de rechute écrit |
Ce que la famille emporte. Quatre fiches imprimables, listées à la section 15 : mon calendrier des nuits, quand l'alarme sonne, pour les parents, mes efforts qui comptent.
Ce qui distingue ce programme des autres manuels de ce site. Il est court, et il n'est pas d'abord psychologique : le psychologue y retire la honte et les sanctions, et rend faisable un traitement qui échoue surtout par abandon.
2. Avant de commencer
Les trois décisions préalables
Un médecin a-t-il vu l'enfant pour ce motif ? Sinon, c'est la première chose à obtenir.
Y a-t-il un signe d'alerte ? Si oui, le programme attend l'avis du médecin. La liste est à la section 4.
La famille peut-elle porter une alarme maintenant ? Des parents en colère, épuisés, ou qui tiennent l'enfant pour responsable font échouer le traitement. NICE y voit une raison de ne pas proposer l'alarme en l'état : on travaille d'abord ce climat, par l'explication et l'arrêt des sanctions du rendez-vous 2 (section 9). Si les parents restent en colère ou épuisés après cette explication, l'alarme est reportée : vous travaillez d'abord le climat avec eux, lors d'un nouveau rendez-vous, avant de la proposer.
Ce que cette fiche ne traite pas
Elle ne traite pas les troubles urinaires de jour (section 4) ni la constipation, qui relèvent du médecin. Elle ne concerne pas non plus l'enfant de moins de cinq ans, chez qui mouiller le lit reste fréquent.
3. Ce que disent les classifications
Les catégories, reformulées
Les formulations sont les nôtres : reportez-vous au DSM-5-TR (American Psychiatric Association, 2022) et à la CIM-11 (Organisation mondiale de la santé, 2022) pour la lettre du texte.
Dans le DSM-5-TR. Le manuel décrit des mictions répétées au lit ou dans les vêtements, le plus souvent involontaires, au moins deux fois par semaine pendant trois mois d'affilée ou avec une souffrance ou une gêne nette, chez un enfant d'au moins cinq ans d'âge ou de développement, sans substance ni affection médicale qui les explique. Le manuel distingue des formes nocturne, diurne et mixte.
Dans la CIM-11. L'énurésie figure parmi les troubles de l'élimination, avec le même repère d'âge et les mêmes trois formes.
La terminologie de l'ICCS
C'est celle des pédiatres et des urologues (Austin et coll., 2016).
Énurésie. Le terme est réservé aux pertes d'urine pendant le sommeil ; les pertes de jour s'appellent incontinence diurne. C'est la principale différence avec le DSM.
Monosymptomatique ou non. L'énurésie est monosymptomatique quand l'enfant n'a aucun autre symptôme urinaire ni antécédent de trouble de la vessie ; elle est non monosymptomatique dès qu'il existe d'autres symptômes, de jour notamment (section 4). La distinction change le traitement : les symptômes de jour se prennent en charge chez le médecin avant ce programme (section 1).
Primaire ou secondaire. L'énurésie est secondaire quand l'enfant a déjà été sec plus de six mois, primaire s'il ne l'a jamais été.
Deux repères
C'est fréquent : 15 à 20 % des enfants de cinq ans, et jusqu'à 2 % des jeunes adultes, selon les revues Cochrane (Glazener et coll., 2005). L'énurésie est plus fréquente chez les garçons, et nettement familiale.
Beaucoup d'enfants deviennent secs seuls, mais pas tous, et l'énurésie non traitée comporte des risques psychosociaux durables (Nevéus et coll., 2020).
4. Ce qui relève du médecin, et ce qui relève de vous
La règle
Le programme ne commence qu'après un avis médical. Et tout signe d'alerte conduit à un avis médical avant toute intervention comportementale, y compris au milieu du suivi.
Les signes d'alerte
Une soif intense, des urines abondantes, une fatigue ou un amaigrissement, surtout avec une énurésie récente : c'est le tableau d'un diabète débutant, et l'avis se prend le jour même.
Une énurésie secondaire apparue en quelques jours ou semaines, qui se voit chez le médecin avant toute hypothèse psychologique.
Des brûlures en urinant, de la fièvre, ou des infections urinaires répétées.
Des symptômes de jour : fuites, envies pressantes, mictions plus de sept fois par jour ou moins de quatre, besoin de pousser avec le ventre pour uriner, jet faible.
Une constipation ou des fuites de selles, dont le traitement fait parfois disparaître l'énurésie.
Un ronflement habituel ou des pauses respiratoires pendant le sommeil : certains enfants deviennent secs une fois l'obstruction levée (Nevéus et coll., 2020).
Des signes neurologiques, comme des troubles de la marche ou une faiblesse des jambes, ou une anomalie du bas du dos, comme une touffe de poils, une fossette ou une tache, que le médecin examine.
Et une énurésie qui résiste à des traitements bien conduits.
Le partage des rôles
Au médecin : l'examen, les analyses et mesures urinaires, le traitement de la constipation et des symptômes de jour, et toute décision médicamenteuse.
À vous : le retentissement, le climat familial, les difficultés associées, la faisabilité de l'alarme, et la conduite du traitement comportemental.
5. Ce qui entretient l'énurésie, et ce qui ne la cause pas
Trois mécanismes, souvent associés. Une production d'urine trop importante la nuit ; une vessie qui se contracte tôt ou dont la capacité nocturne est réduite ; et un réveil qui ne se fait pas au signal de la vessie pleine. C'est ce dernier que l'alarme entraîne. La composante familiale est forte : dire à l'enfant qu'un parent a été concerné, quand le parent l'accepte, soulage beaucoup.
Ce n'est pas la volonté. Aucun de ces mécanismes ne se commande. L'idée qu'un enfant « pourrait faire un effort » est fausse, et c'est la plus coûteuse.
Ce n'est pas, en soi, un trouble psychologique. La plupart des enfants énurétiques n'en ont pas. Une minorité importante en présente un — de l'ordre de 20 à 30 % selon la synthèse de l'ICCS (von Gontard et coll., 2011) —, davantage en cas d'incontinence de jour. On le cherche ; on ne le présume pas.
Ce qui la fait durer : une constipation non traitée, et tout ce qui fait échouer le traitement — la honte et les sanctions (section 14), une alarme abandonnée avant les premiers signes de réponse (section 11).
Questions fréquentes
À partir de quel âge faut-il traiter ?
L'ICCS recommande un traitement actif à partir de six ans, et NICE demande de ne pas écarter un enfant plus jeune sur le seul critère de l'âge. Le vrai critère est la gêne de l'enfant et sa capacité à participer.
L'alarme ne réveille pas l'enfant.
C'est fréquent au début. Les parents entendent et le réveillent complètement pendant quelques semaines ; une sonnerie plus forte ou un vibreur peuvent aider. Un enfant qui éteint et se rendort n'est pas traité.
Peut-on garder une protection la nuit ?
Pas pendant l'alarme, qui doit détecter l'humidité tout de suite. En dehors, c'est une question de confort, et une protection ne doit jamais servir à faire honte.
Et pour une nuit chez un ami ou un séjour scolaire ?
Préparez avec l'enfant un plan concret : un adulte informé et discret, des affaires de rechange, un passage aux toilettes prévu. C'est aussi une indication classique de la desmopressine ponctuelle, si le médecin la juge utile.
L'enfant ne veut pas de l'alarme.
On ne l'impose pas : un traitement que l'enfant refuse échoue. On garde les mesures simples et les récompenses, on revoit la question plus tard, et l'on en parle au médecin.