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TDAHPour les praticiens105 min de lecture

Traiter le TDAH de l'adulte : manuel du thérapeute

Un protocole de quatorze séances, séance par séance, fondé sur les thérapies cognitives et comportementales évaluées dans le TDAH de l'adulte. Le tri diagnostique et le diagnostic rétrospectif d'abord, puis la restitution, l'explication du trouble, le système externe de capture et de planification, l'estimation du temps, le démarrage, la procrastination, la dysrégulation émotionnelle, l'impulsivité, le travail, les proches et la réparation d'une image de soi abîmée par vingt ans de reproches. Place du médicament dite clairement, conduite détaillée de l'organisation externe, fiches à remettre au patient et références complètes.

En bref

Ce manuel s'adresse aux professionnels de la santé mentale formés à la thérapie cognitive et comportementale de l'adulte. Il décrit une prise en charge complète du trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité chez l'adulte : ce qui relève d'une vie surchargée et ne se traite pas par ce protocole, les tableaux qu'il faut écarter — dépression, apnée du sommeil, bipolarité, substances, trouble de la personnalité —, la difficulté propre du diagnostic rétrospectif, les critères du DSM-5-TR et de la CIM-11, l'évaluation, la restitution, puis les quatorze séances une par une, avec leur déroulé en étapes, ce qu'il faut dire, ce qu'il ne faut jamais dire, et le critère de passage à la suivante. La place du médicament est dite clairement, sans militantisme dans un sens ni dans l'autre : c'est le traitement le mieux évalué de ce trouble, et il n'apprend rien à personne. Trois cibles que les programmes d'organisation oublient ont ici leur séance : la régulation émotionnelle, l'évitement appris, et l'image de soi. Sept fiches imprimables accompagnent le programme.

Thématique
TDAH · Attention & concentration
Pour qui
Pour les praticiens
Langues
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Le programme

Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une expérience du travail avec les adultes, et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits : reportez-vous aux manuels originaux pour la lettre du texte.

1. Le programme en un coup d'œil

Indication. Trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité chez l'adulte : inattention, désorganisation, impulsivité et agitation intérieure, présentes depuis l'enfance, dans au moins deux contextes, avec un retentissement professionnel, relationnel ou financier.

Modèle de référence. Les thérapies cognitives et comportementales évaluées dans ce trouble : le protocole d'entraînement aux compétences organisationnelles de Safren et coll., la thérapie métacognitive de groupe de Solanto et coll., et les travaux de Barkley et de Ramsay sur le déficit de mise en œuvre. L'ensemble repose sur le modèle exécutif, sur le modèle motivationnel de la sensibilité au délai, et sur l'analyse de l'évitement appris.

Format. Quatorze séances individuelles de 50 minutes : hebdomadaires jusqu'à la séance 8, puis toutes les deux semaines. Deux séances de rappel, à un mois puis à trois mois.

Mécanisme visé. Non pas de rendre le patient attentif, mais quatre changements : mettre l'organisation dans l'environnement plutôt que dans sa tête, rendre les conséquences immédiates, défaire l'évitement qui s'est installé sur vingt ans, et réparer une image de soi construite sur des reproches.

Séance Objet Livrable de séance
1 Restitution, mesures, relevé Relevé installé
2 Expliquer le trouble, relire sa vie Formulation écrite du cas
3 Le système externe : capturer Liste unique en place
4 Le calendrier et le temps Agenda unique, durées chiffrées
5 Démarrer Procédure de démarrage écrite
6 L'espace, les papiers, l'argent Trois automatismes installés
7 La procrastination Deux évitements traités
8 Les émotions Signal et protocole de descente
9 L'impulsivité Règles de délai écrites
10 Le travail Aménagements demandés
11 Les proches Une conversation préparée et tenue
12 Sommeil, écrans, substances Heure de coucher tenue
13 L'image de soi Liste des preuves contraires
14 Bilan, plan, et la suite Plan écrit de la main du patient

Ce que le patient emporte. Sept fiches imprimables, listées à la section 35 et téléchargeables depuis cette page : mon relevé, ma liste unique, mon agenda, ma procédure de démarrage, mes situations d'évitement, mon thermomètre, mon plan.

Ce qui distingue ce programme d'un coaching en organisation. Un coaching enseigne des méthodes. Ce programme fait trois choses de plus : il traite l'évitement, qui est la raison pour laquelle les méthodes connues ne sont pas appliquées ; il traite la régulation émotionnelle, qui décide d'une grande partie du retentissement relationnel ; et il travaille l'image de soi, sans quoi le patient abandonne au premier échec.

2. Avant de commencer

À qui ce programme est destiné

Ce texte s'adresse à des psychologues, psychiatres, neuropsychologues, psychothérapeutes et médecins formés à la thérapie cognitive et comportementale de l'adulte. Il suppose que vous savez conduire un entretien diagnostique structuré, que vous connaissez les tableaux qu'il faut écarter, et que vous savez travailler avec un prescripteur.

Il n'est pas destiné aux patients. Il contient les procédures, les seuils et les critères de non-réponse, et il évoque des questions — médicament, mésusage, pronostic, non-réponse — qui doivent être dites autrement quand on s'adresse à la personne concernée.

La question préalable : est-ce bien un TDAH ?

C'est la décision la plus importante de ce manuel, elle est plus difficile qu'en pédiatrie, et elle ne se prend pas en une séance.

Ce programme accompagne un TDAH établi chez l'adulte, c'est-à-dire un tableau d'inattention et de désorganisation, avec ou sans hyperactivité-impulsivité, présent depuis l'enfance, dans au moins deux contextes, avec un retentissement réel, et non expliqué par autre chose.

Il ne traite pas une vie surchargée. Un adulte qui gère trois enfants, un emploi exigeant et une charge mentale non partagée présente exactement le tableau : oublis, dispersion, irritabilité, sensation de ne jamais finir. Regardez ce qu'on lui demande avant de conclure sur ce qu'il n'arrive pas à faire.

Il ne traite pas un début récent. C'est la règle qui tranche le plus souvent, et elle est simple : le TDAH ne commence pas à trente-cinq ans. Un patient qui décrit une désorganisation apparue il y a deux ans a autre chose — une dépression, un épuisement, un trouble du sommeil, une consommation, un événement de vie. La section 10 donne la méthode pour établir le début.

Il ne traite pas les tableaux qu'il faut écarter d'abord : le manque de sommeil et l'apnée, la dépression, le trouble bipolaire, les troubles anxieux, les consommations, le trouble de la personnalité borderline, le trouble du spectre de l'autisme, les troubles des apprentissages, et certaines causes médicales. La section 7 leur est consacrée, et elle n'est pas facultative.

Il ne remplace pas un avis médical. Le diagnostic peut être posé par différents professionnels selon les pays, mais la question du médicament relève d'un médecin, et le bilan somatique aussi.

Une difficulté propre à cette période

Beaucoup de patients arrivent avec un diagnostic qu'ils ont posé eux-mêmes, souvent à partir de contenus en ligne. Cela demande une position précise, et elle n'est ni le mépris ni l'acquiescement.

Ce qui est vrai : le trouble a été massivement sous-diagnostiqué chez l'adulte, en particulier dans sa forme inattentive et chez les femmes, et beaucoup de ces patients ont raison. Une reconnaissance qui arrive par un contenu en ligne reste une reconnaissance.

Ce qui est vrai aussi : les descriptions qui circulent sont peu spécifiques, elles décrivent des expériences que presque tout le monde a, et un patient qui se reconnaît dans une liste ne remplit pas pour autant les critères — en particulier ceux du début précoce et du retentissement.

Ce que vous faites : vous ne discutez pas l'hypothèse, vous l'évaluez. Dites-le dans ces termes dès le premier entretien — « nous allons regarder sérieusement, et je vous dirai ce que je trouve, y compris si je trouve autre chose ». Un patient à qui l'on promet une évaluation honnête accepte très bien une conclusion négative ; un patient à qui l'on oppose un doute d'emblée ne revient pas.

Ce que ce programme n'est pas

Ce n'est pas une rééducation de l'attention. Voir la section 34.

Ce n'est pas un traitement médicamenteux, et il ne s'y substitue pas. La place du médicament est dite à la section 13, clairement et sans détour.

Ce n'est pas un coaching en productivité. L'objectif n'est pas le rendement, et un manuel qui viserait cela manquerait l'essentiel de ce que ce trouble coûte : les relations, l'argent, et l'estime de soi.

Ce n'est pas une thérapie des origines. Le passé est relu en séance 2, une fois, pour donner un sens à l'histoire — pas pour être exploré longuement.

Comment l'utiliser

Lisez l'ensemble avant la première séance, en particulier les sections 7, 10, 13 et 31 : le différentiel, le diagnostic rétrospectif, le médicament, et l'organisation externe. Ce sont les quatre endroits où l'on se trompe.

Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce que vous dites, les erreurs fréquentes, et le critère de passage.

Un avertissement propre à ce trouble. Votre patient oubliera des séances, arrivera en retard, et ne fera pas les tâches convenues. Ce n'est pas de la résistance et ce n'est pas un défaut d'alliance : c'est le motif de consultation qui se manifeste dans votre cabinet. La section 15 dit comment en tenir compte dans le cadre, et c'est ce qui décide de la fin prématurée ou non du suivi.

3. Le tableau clinique chez l'adulte

Ce que les patients décrivent

Ils décrivent rarement de l'inattention. Ils décrivent un écart : entre ce qu'ils valent et ce qu'ils produisent, entre ce qu'ils avaient l'intention de faire et ce qu'ils ont fait.

Les phrases qui reviennent : « je sais très bien ce qu'il faut faire, je n'y arrive pas », « je commence dix choses et je n'en finis aucune », « il me faut une urgence pour démarrer », « j'ai essayé tous les agendas », et « j'ai l'impression d'avoir gâché mes capacités ». Cette dernière est la plus importante.

Ils décrivent aussi quelque chose qui les fait douter d'eux-mêmes : sur ce qui les passionne, ils tiennent six heures sans lever la tête. Cette phrase est presque toujours prononcée, souvent sur un ton d'aveu, et c'est celle qu'il faut expliquer d'abord — voir la section 4.

Ce qui a changé depuis l'enfance

L'hyperactivité visible a disparu, et elle est devenue une agitation intérieure : une difficulté à rester assis sans occuper ses mains, un besoin de bouger, une sensation de moteur qui tourne, l'impossibilité de ne rien faire.

L'inattention et la désorganisation ont persisté, et elles coûtent plus cher qu'avant, parce que plus personne ne structure l'environnement à la place de l'adulte. L'école donnait un cadre ; l'âge adulte n'en donne aucun.

Les compensations se sont accumulées. Beaucoup de ces patients ont développé des stratégies coûteuses — travailler la nuit, tout faire dans l'urgence, choisir des métiers à forte stimulation, s'appuyer sur un conjoint très organisé. Elles tiennent tant qu'un équilibre tient, et elles lâchent à un changement : une promotion, une naissance, un divorce, un passage au télétravail.

C'est la raison la plus fréquente d'une première consultation à trente-cinq ou quarante ans, et il faut la dire au patient : ce n'est pas le trouble qui est apparu, c'est la compensation qui a cédé.

Les trois dimensions à l'âge adulte

L'inattention. Difficulté à soutenir l'attention sur ce qui n'est pas immédiatement intéressant, perte du fil dans une conversation ou une réunion, oublis, pertes d'objets, erreurs d'étourderie, incapacité à relire. C'est la dimension la plus stable avec l'âge et la plus liée au retentissement professionnel.

La désorganisation. À traiter comme une dimension à part entière chez l'adulte, parce que c'est elle qui produit le plus de dégâts concrets : papiers non traités, rendez-vous manqués, délais dépassés, retards de paiement, domicile encombré.

L'impulsivité. Interrompre, décider vite, acheter, démissionner, rompre, prendre des risques au volant. C'est la dimension la moins visible en consultation et la plus coûteuse en conséquences réelles.

L'hyperactivité motrice se note encore, mais elle informe peu chez l'adulte. Notez les trois autres séparément.

La dimension qui ne figure pas dans les critères

La dysrégulation émotionnelle. Elle n'est pas dans les critères diagnostiques, elle est présente chez une large majorité des adultes avec TDAH, et c'est très souvent le motif réel de consultation — même quand le motif annoncé est l'organisation.

Ce qu'elle donne : des réactions qui montent en quelques secondes, une intensité disproportionnée à l'événement, un retour à la normale rapide, une faible tolérance à la frustration, et une sensibilité marquée au rejet et à la critique.

Ce qu'elle coûte : les conflits de couple, les départs d'emploi sur un coup de tête, les amitiés abîmées, et une réputation de caractère difficile.

Elle a sa séance dans ce programme — séance 8 — et ce n'est pas un supplément : chez beaucoup de patients, c'est la partie qui change le plus de choses.

La couche que l'enfant n'a pas encore

L'évitement appris. Vingt ans d'échecs répétés sur les mêmes tâches produisent un évitement stable, et cet évitement devient un problème autonome, indépendant du déficit qui l'a créé.

Concrètement : le patient n'ouvre plus son courrier, ne consulte plus son compte en banque, repousse les appels administratifs, laisse passer les délais dont il connaît pourtant l'échéance. Ce n'est plus un problème d'attention, c'est un problème d'anxiété et d'évitement, et cela se traite comme tel.

Repérer cette couche est décisif : un programme d'organisation appliqué à un évitement non traité ne produit rien, parce que le patient connaît déjà les méthodes et ne les applique pas.

Ce que le TDAH de l'adulte n'est pas

Ce n'est pas un déficit d'attention au sens strict. Le patient peut se concentrer intensément sur ce qui l'intéresse. Le problème est la régulation : allouer l'attention selon l'importance et non selon l'intérêt.

Ce n'est pas un manque d'intelligence. Beaucoup de ces patients ont un niveau élevé, et c'est précisément ce qui a retardé le diagnostic : ils ont compensé jusqu'à ce que les exigences dépassent leurs capacités de compensation.

Ce n'est pas un manque de volonté. C'est la phrase la plus importante de la restitution, et il faut l'appuyer sur le modèle plutôt que sur une affirmation.

Ce n'est pas une excuse. Le dire aussi, et le dire tôt. Le diagnostic explique les difficultés, il ne dispense pas des conséquences, et un patient qui s'en sert pour ne rien changer n'ira pas mieux. Cette phrase se dit avec bienveillance et sans la retirer ensuite.

Ce qui aggrave le tableau

Le manque de sommeil, qui imite et aggrave le trouble. L'alcool et le cannabis, très fréquemment utilisés comme régulateurs du soir. Les environnements sans structure imposée — travail indépendant, télétravail intégral, périodes de chômage. Les charges administratives lourdes. Et l'accumulation d'échecs, qui produit de l'évitement puis de la démoralisation.

Épidémiologie, en trois chiffres utiles

La prévalence du TDAH chez l'adulte est estimée autour de deux et demi à trois pour cent, avec des chiffres qui varient selon la définition retenue de la persistance.

Une proportion importante des enfants diagnostiqués gardent un tableau significatif à l'âge adulte, souvent sous une forme différente — l'hyperactivité visible diminue, l'inattention et la désorganisation persistent.

Le diagnostic est nettement moins fréquent chez les femmes, et cet écart tient en grande partie à un sous-repérage de la forme inattentive et à des compensations sociales plus précoces. Chez une femme de quarante ans, l'absence de diagnostic dans l'enfance n'est pas un argument contre.

4. Le modèle qui guide ce programme

Trois niveaux, à expliquer au patient

C'est l'explication la plus rentable du programme, et elle prend vingt minutes en séance 2. Elle rend compréhensible ce qui déroute le patient depuis des années.

Le niveau exécutif. Ce qui est atteint, ce n'est pas la connaissance des règles, c'est la capacité à les appliquer au bon moment : inhiber une réponse, garder un but en tête pendant qu'on fait autre chose, se rappeler l'étape suivante, résister à une distraction, estimer le temps.

Une formule utile : ce n'est pas un trouble du savoir, c'est un trouble du faire. Le patient sait ce qu'il faut faire ; il ne le fait pas au moment où il faut. C'est pour cela que les conseils d'organisation, qu'il connaît tous, n'ont jamais rien changé.

Le niveau motivationnel. L'adulte avec TDAH est plus sensible que les autres au délai de la récompense. Une échéance dans trois semaines ne l'atteint pas ; la même échéance demain le met en mouvement. Cela explique le fonctionnement à l'urgence, qui n'est pas un trait de caractère mais la seule condition dans laquelle le système se met en marche.

Le niveau appris. Après vingt ans, une troisième couche s'est ajoutée : l'évitement des tâches sur lesquelles il a échoué, et un jeu de croyances qui l'accompagne — « je suis incapable », « ça ne sert à rien d'essayer », « je travaille mieux sous pression », « si je commence je vais rater ». Cette couche n'est pas dans le déficit, elle est dans l'histoire, et c'est la plus accessible au traitement.

Ce que ces trois niveaux impliquent

Ils donnent les quatre principes du programme, et il faut les écrire avec le patient.

On met l'organisation dehors. Pas dans sa tête : dans l'environnement, au point d'usage, sous une forme qu'il n'a pas besoin de se rappeler. Tout ce qui repose sur la mémoire échouera.

On rend les conséquences immédiates. Une échéance lointaine ne fonctionne pas ; une échéance fabriquée cette semaine fonctionne. C'est une contrainte de conception, pas un manque de sérieux.

On fractionne. Des unités courtes, des pauses prévues, des étapes visibles, et un premier pas assez petit pour être ridicule.

On traite l'évitement comme de l'évitement. Avec les outils qui marchent sur l'évitement : décomposition, exposition graduée, expériences comportementales — et non avec davantage de méthode.

Ce que le modèle explique au patient

Pourquoi il tient six heures sur ce qui le passionne. Retour immédiat, nouveauté constante, difficulté ajustée. Ce n'est pas la preuve qu'il pourrait s'il voulait, c'est une démonstration du modèle.

Pourquoi il ne démarre qu'à la dernière minute. L'urgence fournit l'immédiateté que le système ne fabrique pas tout seul. Le programme ne lui retire pas cette béquille : il lui apprend à produire de l'urgence plus tôt et à moindre coût.

Pourquoi il connaît toutes les méthodes et n'en applique aucune. Parce que le problème n'a jamais été le savoir, et parce que chaque tentative échouée a ajouté une couche d'évitement.

Pourquoi il oublie ce qui compte et retient ce qui ne compte pas. L'allocation ne se fait pas selon l'importance.

Pourquoi il fonctionne bien en crise et mal au calme. C'est le même mécanisme, vu de l'autre côté.

Ce que le modèle implique de ne pas faire

Ne pas viser la discipline. Elle a déjà été tentée, des centaines de fois, et c'est l'échec de ces tentatives qui a produit la démoralisation.

Ne pas empiler les outils. Un système à cinq applications est un système qui sera abandonné en trois semaines.

Ne pas retirer les supports parce que ça va mieux. Ça va mieux parce qu'ils sont là.

Ne pas confondre l'évitement avec de la paresse, y compris quand le patient l'appelle lui-même de la paresse.

5. Les critères du DSM-5-TR, reformulés

Les critères ci-dessous sont une reformulation dans nos propres mots, à usage de rappel. Ils ne remplacent pas le manuel : reportez-vous au DSM-5-TR (American Psychiatric Association, 2022) pour la lettre du texte et les notes d'application.

Le trouble suppose les éléments suivants.

Un ensemble de manifestations d'inattention et/ou d'hyperactivité-impulsivité, persistant, qui interfère avec le fonctionnement ou le développement.

Du côté de l'inattention : ne pas prêter attention aux détails ou faire des erreurs d'étourderie ; avoir du mal à soutenir son attention ; sembler ne pas écouter quand on lui parle ; ne pas suivre les consignes jusqu'au bout et ne pas terminer ; avoir du mal à organiser ses tâches ; éviter les tâches qui demandent un effort mental soutenu ; perdre les objets nécessaires ; se laisser distraire facilement ; oublier des activités quotidiennes.

Du côté de l'hyperactivité-impulsivité : remuer, se tortiller ; quitter sa place quand il faut rester assis ; se sentir agité dans des situations où cela n'est pas approprié ; ne pas pouvoir se tenir tranquille dans les loisirs ; être souvent en mouvement ; parler beaucoup ; répondre avant la fin des questions ; avoir du mal à attendre son tour ; interrompre ou imposer sa présence.

Au moins cinq manifestations dans l'un des deux registres à partir de dix-sept ans — six avant cet âge —, persistant depuis au moins six mois, à un degré qui ne correspond pas au niveau de développement.

Un début avant l'âge de douze ans, avec plusieurs manifestations présentes avant cet âge.

Une présence dans au moins deux contextes — domicile, travail, études, relations, autres activités.

Un retentissement clair sur le fonctionnement social, scolaire ou professionnel.

L'absence d'explication meilleure par un autre trouble mental, et l'absence de survenue exclusive au cours d'un trouble psychotique.

Les spécifications utiles

Le DSM-5-TR distingue trois présentations : combinée, à prédominance inattentive, à prédominance hyperactive-impulsive. Chez l'adulte, la présentation inattentive est de loin la plus fréquente, y compris chez des patients qui étaient hyperactifs enfants.

Il permet aussi de préciser la sévérité et l'état de rémission partielle. Cette dernière mention est utile à l'âge adulte : un patient traité et bien compensé reste porteur du trouble.

Les trois points qui posent problème chez l'adulte

Le seuil de cinq manifestations a été abaissé pour l'adulte, et il reste discuté : certaines données suggèrent qu'il demeure trop élevé chez des sujets à haut niveau de compensation, dont le retentissement est réel avec quatre manifestations cotées.

Le début avant douze ans est le critère le plus difficile à établir rétrospectivement et le plus souvent bâclé. La section 10 lui est entièrement consacrée.

Les exemples des critères sont écrits pour des enfants. « Quitter sa place en classe » ne se transpose pas tel quel. Cotez l'équivalent adulte, et dites explicitement au patient que vous le faites — sinon il répondra non à des questions auxquelles la réponse est oui.

Ce que ces critères ne disent pas et qu'il faut évaluer

Ils ne mentionnent pas la dysrégulation émotionnelle, qui est pourtant présente chez la majorité des adultes et souvent au premier plan.

Ils ne mesurent pas les fonctions exécutives, et un bilan neuropsychologique normal n'exclut pas le diagnostic — c'est une source d'erreur fréquente, et elle est plus fréquente encore chez l'adulte.

Ils ne disent rien du sommeil, qui doit être évalué systématiquement.

Ils ne disent rien des compensations en place, qui peuvent masquer le retentissement chez un patient très encadré par son conjoint ou par son poste.


Ce programme est réservé aux praticiens

Il s'adresse aux professionnels de la santé mentale et demande une vérification du titre, puis un abonnement professionnel.

Questions fréquentes

Le patient arrive avec un diagnostic qu'il a posé lui-même.

Ne discutez pas l'hypothèse : évaluez-la, et dites-le dans ces termes dès le premier entretien. Beaucoup de ces patients ont raison, parce que le trouble a été massivement sous-diagnostiqué chez l'adulte. Et beaucoup se reconnaissent dans des descriptions peu spécifiques. La méthode de la section 9 tranche, et un patient à qui l'on promet une évaluation honnête accepte très bien une conclusion négative.

Comment établir un début avant douze ans chez quelqu'un qui en a quarante ?

Voir la section 10. Dans l'ordre : les bulletins scolaires, un parent, une fratrie, puis des souvenirs structurés par des ancres concrètes. Et quand aucune source n'existe, on cherche la continuité plutôt que le début, et on écrit la limite dans la conclusion. Ce qui n'est pas acceptable, c'est de ne pas chercher.

Il a réussi ses études et il a un bon poste. Est-ce que cela exclut le diagnostic ?

Non. Cela oblige à documenter le retentissement autrement : heures travaillées en trop, vie personnelle sacrifiée, anxiété d'anticipation, épuisement, et ce qui se passe quand la compensation disparaît. Beaucoup de ces patients consultent précisément parce qu'une promotion ou une naissance a fait céder un équilibre qui tenait depuis vingt ans.

Faut-il un médicament ?

C'est le traitement le mieux évalué de ce trouble, et il n'apprend rien à personne — les deux phrases sont vraies et il faut dire les deux. La décision appartient au patient et au médecin. Votre rôle est d'informer, de transmettre des éléments utiles au prescripteur, et de mesurer l'effet. Voir la section 13.

Il oublie une séance sur trois. Faut-il arrêter le suivi ?

Non : c'est le motif de consultation qui se manifeste dans votre cabinet. Mettez en place ce que décrit la section 15 — rappel la veille, créneau fixe, politique d'oubli annoncée sans reproche — et dites-lui explicitement de rappeler après un oubli. Un patient qui a honte ne rappelle pas, et c'est ainsi que ces suivis s'arrêtent.

Il connaît toutes les méthodes d'organisation et n'en applique aucune.

C'est le signe le plus fiable d'un évitement installé, et cela ne se traite pas par une méthode de plus. Faites le tri de la séance 7 sur des tâches réelles, écrivez la prédiction avant, menez l'expérience, comparez. Si vous ajoutez un outil à ce tableau, vous ajoutez un échec.

Il change d'application tous les deux mois, avec enthousiasme.

Nommez-le : le changement d'outil donne la sensation d'avancer sans rien coûter, et c'est une forme d'évitement. La règle est celle de la section 31 — un seul support, le plus simple possible, et on n'en change pas pendant le programme.

Sa compagne est épuisée de tout gérer.

C'est la configuration la plus fréquente, et la solution n'est pas de demander à la compagne d'arrêter de rappeler en comptant sur la bonne volonté. On remplace le rappel humain par le système : le conjoint cesse quand quelque chose d'autre le fait, pas avant. Voir la séance 11, et proposez une séance de couple.

Il dit que c'est trop tard, qu'il a gâché sa vie.

Ne rassurez pas. Reconnaissez le deuil, qui est légitime — il y a bien des années perdues. Puis ramenez à ce qui est mesurable : ce qui a changé depuis la séance 1, daté. Chez ces patients, les preuves récentes valent mieux que tous les arguments, et c'est pour cela que la séance 13 arrive tard dans le protocole.

Est-ce qu'il faut lui dire que ce n'est pas une excuse ?

Oui, et le jour de la restitution — pas trois mois plus tard à l'occasion d'un reproche. Dite d'emblée, avec la phrase de la section 11, elle est reçue et elle protège le suivi. Dite après coup, elle est vécue comme un retrait de ce qu'on avait accordé.

Faut-il un bilan neuropsychologique ?

Pas pour poser le diagnostic : chez l'adulte à haut niveau, des tests normaux sont la règle et n'excluent rien. Il est utile pour autre chose — repérer un trouble des apprentissages, documenter un besoin d'aménagement, préciser un profil. Demandez-le quand il changera quelque chose à la prise en charge.

Faut-il qu'il en parle à son employeur ?

Ce n'est pas à vous d'en décider. Aidez-le à peser le bénéfice — des aménagements formalisés — et le risque, qui est réel et qui varie beaucoup selon le secteur. Et pensez aux options intermédiaires, trop peu utilisées : demander un aménagement sans nommer le diagnostic, ou passer par le médecin du travail, tenu au secret.

Quatorze séances, est-ce suffisant ?

Ce qui compte n'est pas le nombre de séances, c'est le nombre de supports réellement installés et utilisés. Un patient qui repart au bout de huit séances avec une liste unique tenue tous les jours, un rituel de démarrage et une règle de délai est mieux traité qu'un patient qui a tout entendu en quatorze. Et prévoyez les rappels : ce sont eux qui décident du maintien.

Les fiches à télécharger

Les exercices de ce programme, en PDF à imprimer. Réservés aux membres.

Voir les formulesLes fiches à imprimer sont incluses dans l'accès.
  1. 01Mon relevéTrois choses, comptées chaque soir. Des chiffres, pas des appréciations.
  2. 02Ma liste uniqueUn seul endroit. Ce qui n'y est pas n'existe pas.
  3. 03Mon agendaUne intention sans date n'est pas une intention.
  4. 04Ma procédure de démarrageÀ afficher là où vous travaillez. Pas à ranger dans un classeur.
  5. 05Mes situations d'évitementLa prédiction s'écrit avant. Sinon l'expérience n'apprend rien.
  6. 06Mon thermomètreRepérer à 6, pas à 9.
  7. 07Mon planÉcrit de votre main, à la dernière séance. C'est la page qui reste.

Toutes les fiches en un seul fichier, avec sommaire.

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