Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une capacité à poser un diagnostic et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits : reportez-vous aux manuels originaux pour la lettre du texte.
1. Le programme en un coup d'œil
Indication. Usage d'écran devenu incontrôlable et invalidant chez l'adulte : jeu vidéo, réseaux sociaux, vidéo en continu, pornographie, actualités, ou usage mêlé du téléphone. Le programme convient au trouble du jeu vidéo tel que la CIM-11 le définit, et aux tableaux voisins qui ne sont pas des diagnostics.
Un avertissement qui n'est pas une précaution de style. La « dépendance aux écrans » n'existe pas comme diagnostic. Un seul tableau est reconnu — le trouble du jeu vidéo, à la CIM-11. Tout le reste est un problème clinique réel sans catégorie établie, avec des instruments contestés et des chiffres de prévalence largement gonflés. La section 2 en tire les conséquences pratiques, et la section 8 en tire la plus importante : chez une majorité de patients qui consultent pour cela, l'écran est le symptôme d'autre chose.
Modèle de référence. Une thérapie cognitive et comportementale structurée, dont la référence évaluée est le protocole allemand de Wölfling et ses collaborateurs (2019), seul essai contrôlé multicentrique de qualité dans ce champ. Elle est complétée par l'entretien motivationnel pour l'ambivalence, qui est ici la règle et non l'exception, par l'activation comportementale pour le temps libéré, et par le contrôle du stimulus, qui est le levier le plus puissant et le moins utilisé.
Format. Quatorze séances individuelles de 50 minutes, hebdomadaires, sur environ quatre mois, suivies de deux séances de rappel à un mois puis à trois mois. Le protocole évalué comportait quinze séances sur quatre mois ; ce format en reprend la dose.
Mécanisme visé. Non pas la réduction d'un nombre d'heures, qui est un mauvais objectif, mais quatre changements : ce que l'usage vient remplir, l'environnement qui le déclenche, ce que le patient fait du temps libéré, et sa capacité à supporter l'ennui et le vide.
| Séance |
Objet |
Livrable de séance |
| 1 |
Évaluation, différentiel, mesure réelle |
Relevé objectif installé |
| 2 |
Formulation : à quoi sert l'usage |
Schéma écrit avec le patient |
| 3 |
L'ambivalence, et les objectifs de vie |
Balance décisionnelle, trois objectifs |
| 4 |
Les déclencheurs, rendus visibles |
Carte des déclencheurs |
| 5 |
L'environnement |
Cinq modifications faites |
| 6 |
Les déclencheurs internes |
Trois états identifiés et testés |
| 7 |
Remplacer : le temps libéré |
Programme d'activités engagé |
| 8 |
Le sommeil, et le point de mi-parcours |
Règle de coucher, mesures |
| 9 |
L'attention et la tolérance à l'ennui |
Deux exercices tenus |
| 10 |
Les pensées qui autorisent |
Permissions listées et testées |
| 11 |
Les situations à haut risque |
Plan pour trois d'entre elles |
| 12 |
Ce que l'écran remplaçait |
Un contact réel repris |
| 13 |
Obligations numériques, travail, résidus |
Inventaire final |
| 14 |
Bilan, plan, prévention de la rechute |
Fiche de synthèse écrite par le patient |
Ce que le patient emporte. Sept fiches imprimables, listées à la section 32 et téléchargeables depuis cette page : mon usage réel, à quoi ça me sert, ma balance, mon environnement, ce que je fais à la place, ce que je me dis, mon plan.
Ce qui distingue ce programme d'une cure de désintoxication numérique. L'objectif n'est presque jamais l'abstinence, et jamais un quota d'heures. Un patient qui passe de six heures à trois heures en s'ennuyant devant sa fenêtre n'a rien réglé. Un patient qui a repris son sport, son sommeil et deux amitiés, et qui joue encore quatre heures le samedi, va bien. La différence commande tout le traitement.
2. Avant de commencer
À qui ce programme est destiné
Ce texte s'adresse à des psychologues, psychiatres, psychothérapeutes et infirmiers spécialisés en santé mentale, formés à la thérapie cognitive et comportementale. Il suppose que vous savez conduire un entretien diagnostique, repérer un trouble déficit de l'attention non traité, et reconnaître une dépression sous une conduite.
Il n'est pas destiné aux patients. Il comporte des critères de non-réponse, des indications sur ce qu'il ne faut pas dire, et une discussion diagnostique qu'un patient lirait comme un jugement sur son cas.
La question préalable : de quoi parle-t-on ?
C'est la décision la plus importante de ce manuel, et elle se prend en séance 1.
Un seul diagnostic existe. La CIM-11 reconnaît le trouble du jeu vidéo, et lui seul, plus une catégorie d'usage à risque. Le DSM-5-TR place le trouble du jeu sur internet dans sa section des affections à étudier : ce n'est pas un diagnostic utilisable.
Il n'y a pas de trouble de la dépendance aux réseaux sociaux, au téléphone, à la vidéo ou à l'information. Ces tableaux existent cliniquement, ils font souffrir, et ils n'ont ni critères consensuels ni instruments solides. Les échelles disponibles reprennent les critères de la dépendance aux substances par analogie, ce qui produit des taux de « dépendance » absurdes dans la population générale — jusqu'à un adulte sur trois selon certains questionnaires. Ne vous appuyez pas sur ces chiffres, et ne les citez pas au patient.
Ne dites pas à un patient qu'il est dépendant. Le mot fait deux dégâts : il lui donne une identité qu'il n'a pas demandée, et il installe une explication fataliste — « c'est plus fort que moi, c'est chimique » — qui décourage l'action. Décrivez la conduite, ses conséquences, et ce qu'elle remplace. Le mot « dépendance » figure dans le titre de ce manuel parce que c'est ainsi que les patients formulent leur demande ; il ne doit pas figurer dans votre formulation.
Traitez quand le fonctionnement est atteint : le travail ou les études, le sommeil, la santé, les relations, l'argent. Et traitez quand le patient a essayé de réduire et n'y est pas parvenu, plusieurs fois, de façon documentée.
Ne traitez pas un usage important sans conséquence. Un adulte qui joue vingt heures par semaine, qui dort, qui travaille et qui a des amis n'a pas de trouble, quelle que soit l'inquiétude de son entourage. C'est une consultation fréquente, et la bonne réponse est de le dire.
Ce que ce programme n'est pas
Ce n'est pas un traitement du trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, qui est le premier diagnostic à écarter et l'explication la plus fréquente d'un usage qui déborde.
Ce n'est pas un traitement de la dépression, de l'anxiété sociale ou de l'insomnie, qui sont les trois autres causes à chercher avant de traiter l'écran pour lui-même.
Ce n'est pas un traitement du trouble du comportement sexuel compulsif, que la CIM-11 reconnaît et qui relève d'un cadre propre quand la pornographie s'inscrit dans un tableau plus large.
Ce n'est pas un traitement du jeu d'argent, y compris en ligne : c'est une addiction comportementale reconnue de longue date, avec ses protocoles et ses enjeux financiers et juridiques. Ne les confondez pas parce que l'écran est le même.
Ce n'est pas une cure de sevrage numérique. Les formats de rupture totale de quelques jours ou semaines n'ont pratiquement aucune donnée en leur faveur, et ils échouent pour la raison la plus simple : ils ne remplacent rien.
Comment l'utiliser
Lisez l'ensemble avant la première séance. Les sections 3 à 13 posent le cadre ; les sections 14 à 27 se relisent la veille de chaque séance.
Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce que vous dites, les erreurs fréquentes, et le critère de passage. Ce dernier point commande le rythme : le programme progresse par acquisition, pas par calendrier.
Un avertissement propre à ce tableau. Vous serez tenté de faire la morale, et le patient s'y attend — il l'a déjà entendue de son conjoint, de ses parents, de son médecin. Une seule remarque désapprobatrice sur le contenu de ce qu'il regarde ou joue, et vous perdez la description honnête dont vous avez besoin. La neutralité n'est pas ici une posture, c'est un instrument de mesure.
3. Le tableau clinique
Ce que le patient décrit
Il vient rarement de lui-même, et rarement pour cela. Il vient pour une fatigue, une insomnie, une chute de résultats, une menace au travail, un conflit de couple. Ou il vient poussé par quelqu'un — c'est le cas le plus fréquent, et cela commande la séance 3.
Interrogé, il décrit un enchaînement qu'il connaît par cœur et qu'il ne parvient pas à interrompre. Il s'installe pour dix minutes et se relève trois heures plus tard. Il ne sait pas exactement combien de temps il passe, et il le sous-estime de moitié. Il a essayé de s'arrêter, plusieurs fois, avec des applications de blocage qu'il a désinstallées.
Trois phrases reviennent d'un patient à l'autre : « je ne sais pas où passe ma soirée », « ce n'est même pas que j'aime ça », et « je m'en veux tous les soirs ».
Ce qui compose le tableau
La perte de contrôle sur la durée, plus que sur le fait de commencer. La plupart de ces patients n'ont pas de mal à ne pas ouvrir l'application ; ils ont un mal considérable à la fermer. C'est une différence importante avec les substances, et elle oriente le traitement vers l'environnement plutôt que vers la volonté.
Le déplacement. L'écran ne s'ajoute pas à la vie, il la remplace. Cherchez ce qui a disparu : le sport, les repas partagés, la lecture, le sommeil, les amis, le sexe, les projets. Cette liste est l'inventaire du traitement.
L'usage nocturne. Presque constant, et c'est souvent par lui que tout se dégrade. Le coucher recule, le sommeil se raccourcit, la journée devient pénible, et la soirée devient le seul moment agréable.
Les tentatives d'arrêt échouées, avec leur cortège : les applications de blocage contournées, les comptes supprimés puis recréés, la console rangée dans un placard puis ressortie.
La honte. Elle est majeure et rarement dite. Ces patients se jugent avec une sévérité qu'ils n'appliqueraient à personne d'autre, et beaucoup mentent sur les durées — d'abord à leur entourage, ensuite à vous.
Ce qui entretient l'usage
La fonction. C'est le cœur de la formulation, et c'est la question à laquelle il faut répondre avant tout : à quoi cet usage sert-il ? Les réponses habituelles sont peu nombreuses. Ne plus rien ressentir. Ne pas être seul. Ne pas s'ennuyer. Ne pas penser à demain. Se sentir compétent quelque part. Être reconnu. S'endormir. Éviter une conversation.
Un usage sans fonction ne dure pas. Un usage dont la fonction n'a pas été identifiée ne se traite pas.
L'environnement. C'est le facteur le plus déterminant et le plus négligé. Le téléphone à portée de main, les notifications, la lecture automatique de la vidéo suivante, le défilement sans fin, l'application sur l'écran d'accueil, la console branchée devant le canapé, la connexion permanente. Ces dispositifs sont conçus pour prolonger l'usage, et ils y parviennent mieux que la volonté du patient ne parvient à l'interrompre.
Dites-le au patient, une fois, parce que cela réduit sa honte et augmente son engagement : ce n'est pas un défaut de caractère, c'est un rapport de forces inégal, et nous allons changer le terrain.
Le vide. Le temps libéré par la réduction ne se remplit pas tout seul. Un patient à qui l'on retire trois heures de soirée sans rien mettre à la place les reprendra en dix jours. La séance 7 existe pour cette raison.
L'intolérance à l'ennui. Elle se construit : plus les moments creux sont comblés, plus ils deviennent insupportables. Beaucoup de ces patients ne peuvent plus attendre un ascenseur, ni faire la queue, ni rester assis sans rien.
La rumination et l'auto-reproche du soir. Ils augmentent la détresse, et la détresse ramène à l'écran. C'est une boucle, et le patient la connaît.
Ce qu'il faut savoir des chiffres
La prévalence du trouble du jeu vidéo est estimée de façon très variable selon les études et les instruments, de moins de un à quelques pour cent des joueurs. Les estimations les plus élevées viennent des questionnaires les moins exigeants.
Pour tout le reste — réseaux, téléphone, vidéo — il n'existe pas de prévalence utilisable, parce qu'il n'existe pas de définition. Les travaux d'Orben et Przybylski sur de grandes cohortes ont montré que le lien entre temps d'écran et bien-être, à l'échelle de la population, est très faible. Cela ne dit rien de vos patients, qui sont des cas cliniques et non une moyenne — mais cela doit vous garder de deux erreurs : croire à une épidémie, et traiter un temps d'écran plutôt qu'une souffrance.
4. Les usages, et ce qu'ils changent
Le mot « écran » recouvre des conduites qui n'ont ni le même mécanisme ni le même traitement. Identifiez l'usage dominant en séance 1 ; il détermine la moitié du programme.
Le jeu vidéo
Le seul tableau qui corresponde à un diagnostic. Trois particularités.
Le jeu est structurellement conçu pour retenir : progression, récompenses différées, rendez-vous quotidiens, saisons, engagement d'équipe. Un patient qui joue en équipe n'a pas seulement une habitude, il a des obligations envers d'autres personnes.
Le jeu est souvent le seul lieu de compétence et de reconnaissance du patient. C'est déterminant : lui retirer cela sans rien construire ailleurs est une perte réelle, pas un progrès.
Le jeu comporte une vie sociale véritable. Ne la traitez pas comme une illusion. Beaucoup de ces patients ont leurs seules relations dans le jeu, et la question n'est pas de les supprimer mais d'en ajouter d'autres.
Les réseaux sociaux et le défilement
Le mécanisme est autre : ce n'est pas la compétence, c'est la comparaison et l'attente d'un signal social. Le défilement sans fin y ajoute une absence de point d'arrêt naturel — l'usage ne finit pas, il est interrompu.
Deux cibles propres : la comparaison sociale, qui alimente l'humeur et l'estime de soi, et l'usage comme régulateur d'émotion immédiat, à traiter en séance 6.
La vidéo en continu
Souvent sous-estimée parce qu'elle paraît inoffensive. Le mécanisme dominant est l'évitement de l'ennui et l'endormissement retardé. La lecture automatique de l'épisode suivant est l'un des dispositifs les plus efficaces qui existent contre le coucher, et sa désactivation est l'une des interventions les plus rentables de tout le programme.
La pornographie
Un cas à part, et le plus délicat. Trois points.
Le volume d'usage prédit mal la souffrance. Les travaux de Grubbs et ses collaborateurs ont montré que le sentiment d'être dépendant est fortement lié à l'incongruence morale — l'écart entre ce que la personne fait et ce qu'elle croit devoir faire — plus qu'à la quantité. Deux patients avec le même usage peuvent être, l'un indemne, l'autre effondré.
La conséquence pratique est importante : vous devez d'abord établir si vous traitez une conduite qui déborde, ou une souffrance née d'un conflit de valeurs. Les deux se traitent, et pas de la même façon.
Quand le tableau dépasse la pornographie — conduites sexuelles multiples, perte de contrôle générale, mise en danger —, la CIM-11 reconnaît un trouble du comportement sexuel compulsif, et le cadre change.
Les actualités et l'information
Sous-repéré. Le mécanisme est anxieux : la consultation compulsive cherche une certitude qu'elle ne trouve pas, exactement comme une vérification. Traitez-la comme telle, avec les outils de la recherche de certitude, et non comme un besoin d'information.
L'usage professionnel et la messagerie
Le patient dira que c'est le travail, et il aura parfois raison. Deux distinctions à faire : ce qui est exigé par l'employeur, ce que le patient s'impose lui-même, et ce qui sert à ne pas faire autre chose. La troisième catégorie est la plus grosse.
5. Le modèle qui guide ce programme
Pourquoi celui-là
Le champ est jeune et les données sont minces. Il faut le dire, et ne pas s'appuyer sur un modèle plus assuré qu'il ne l'est.
Le protocole évalué. Wölfling et ses collaborateurs (2019) ont conduit le seul essai contrôlé multicentrique de qualité : une thérapie cognitive et comportementale manualisée de quinze séances sur quatre mois, comparée à une liste d'attente, chez des hommes adultes présentant un trouble du jeu ou de l'usage d'internet. La rémission était nettement plus fréquente dans le bras actif. C'est la référence de dose et de structure de ce programme.
L'analyse fonctionnelle en est le cœur. La conduite est comprise comme un comportement entretenu par ses conséquences immédiates : un soulagement, une stimulation, une reconnaissance. On ne traite pas une durée, on traite une fonction.
Le contrôle du stimulus fournit le levier le plus puissant. C'est un principe ancien et solide en thérapie comportementale : quand une conduite est déclenchée par un environnement, il est bien plus efficace de modifier l'environnement que de renforcer la résistance. Appliqué ici, c'est la séance 5, et c'est souvent la séance qui produit le plus de changement en une semaine.
L'activation comportementale traite le vide. Elle est empruntée au traitement de la dépression, où elle est solidement établie, et son principe s'applique directement : on ne retire pas une activité, on en substitue une autre, et l'envie vient après l'action.
L'entretien motivationnel traite l'ambivalence, qui est ici la règle. Une majorité de ces patients viennent poussés par quelqu'un et ne souhaitent pas vraiment changer. Commencer un protocole comportemental avec un patient dans cet état est le meilleur moyen de le perdre en trois séances.
Les cinq leviers
La fonction. À quoi sert l'usage, pour ce patient-là.
L'environnement. Le terrain, modifié concrètement.
Le remplacement. Ce qui occupe le temps libéré, choisi et planifié.
La tolérance à l'ennui et au vide. Elle s'entraîne.
Les pensées qui autorisent. « J'ai bien mérité », « juste cinq minutes », « demain j'arrête ».
Ce que le modèle implique de ne pas faire
Ne pas viser un nombre d'heures. C'est le premier réflexe et la première erreur. Le temps d'écran est une mesure commode et un mauvais objectif : il ne dit rien de la fonction, il ignore ce que l'usage remplace, et il met le patient en échec sur un chiffre.
Ne pas commencer par la restriction. Un patient ambivalent auquel on impose une réduction en séance 2 ne revient pas en séance 4.
Ne pas expliquer la conduite par la dopamine. L'explication est populaire, très simplifiée, et cliniquement nuisible : elle donne au patient une raison de se croire impuissant. Si le patient l'apporte, ne l'humiliez pas, mais déplacez : « ce qui va nous servir, ce n'est pas ce qui se passe dans vos neurones, c'est ce que votre soirée contient. »
Ne pas juger le contenu. Ni le jeu, ni ce qu'il regarde, ni les réseaux qu'il fréquente.
Ne pas viser l'abstinence par défaut. Elle a des indications précises, exposées à la section 12, et elle n'est pas l'objectif habituel.
Questions fréquentes
Le patient demande s'il est vraiment dépendant. Que répondre ?
Répondez à la question sous-jacente, qui est presque toujours « suis-je normal, et est-ce que je peux m'en sortir ». Dites ce qui est vrai : un seul de ces tableaux est un diagnostic reconnu, le sien en relève ou non, et cela ne change rien à ce que nous allons faire. Puis déplacez sur le concret : « ce qui compte, ce n'est pas l'étiquette, c'est que vous ne dormez plus et que vous avez arrêté le sport. C'est là-dessus que nous allons travailler. » Évitez de confirmer le mot : il apporte une identité et n'apporte aucun levier.
Faut-il fixer un nombre d'heures maximum ?
Non. C'est le premier réflexe et la première erreur. Un quota ne dit rien de la fonction, ignore ce que l'usage remplace, et met le patient en échec chaque semaine sur un chiffre qu'il finira par contourner — en regardant sur un autre appareil, par exemple. Gardez le temps mesuré comme indicateur, jamais comme objectif. Les objectifs sont : dormir, avoir repris trois activités, pouvoir passer une soirée sans.
Le patient sous-estime énormément son usage. Faut-il le confronter ?
Non : montrez-lui le compteur et taisez-vous. La sous-estimation est massive et non intentionnelle — les travaux qui comparent le temps déclaré au temps enregistré trouvent des écarts considérables. Demandez son estimation avant d'ouvrir le relevé, regardez ensemble, puis une seule question : « qu'est-ce que vous en pensez ? » C'est l'un des moments les plus efficaces du programme, et il est gâché par tout commentaire.
Faut-il un sevrage complet pour commencer ?
Presque jamais. Les cures de rupture totale n'ont pratiquement pas de données en leur faveur, et elles échouent pour une raison simple : elles ne remplacent rien. L'abstinence a des indications précises et elle porte sur un objet — un jeu, une application, un site — jamais sur les écrans en général. Le critère qui tranche : le patient a-t-il déjà réussi un usage modéré de cet objet précis ? Si toutes ses tentatives ont échoué de la même façon, proposez l'abstinence de celui-là.
Le patient est venu poussé par sa femme et ne veut pas vraiment changer.
C'est le cas le plus fréquent, et ce n'est pas un obstacle : c'est le point de départ. Ne commencez aucune restriction. Passez la séance 3 entière sur l'ambivalence, prenez au sérieux ce qu'il perdrait, et cherchez un objectif qui lui appartienne. Si vous poussez, il défendra son usage — la résistance en thérapie est presque toujours fabriquée par le thérapeute. Et posez la question franchement dès la première séance : beaucoup sont soulagés de pouvoir dire qu'ils viennent pour quelqu'un d'autre.
Les applications de blocage, ça marche ?
Comme friction, oui ; comme rempart, non — le patient les contournera, et ce n'est pas grave. Deux conditions pour qu'elles servent : que le code ne soit pas entre ses seules mains, ou que le contournement prenne assez de temps pour laisser passer l'impulsion. Ce ne sont pas des traitements, ce sont des éléments d'environnement, au même titre que sortir le téléphone de la chambre — qui reste, de loin, l'intervention la plus rentable.
Que faire quand le jeu est la seule vie sociale du patient ?
Ne la dévaluez pas : ce sont de vraies relations, et un patient qui vous entend dire le contraire ne reviendra pas. Deux directions. Chercher ce que ces amitiés ne peuvent pas lui donner, et l'ajouter — sans rien retirer d'abord. Et proposer une piste souvent excellente et rarement envisagée : rencontrer réellement ceux avec qui il joue depuis des années. Vérifiez aussi l'anxiété sociale : si tout contact réel est évité, c'est elle qu'il faut traiter, et réduire le jeu avant l'aurait simplement isolé.
Un adulte de trente ans joue vingt heures par semaine et sa compagne veut qu'il consulte. Faut-il le traiter ?
Regardez le fonctionnement, pas la durée. S'il dort, travaille, voit du monde et n'a pas de conséquence, il n'a pas de trouble, et le dire est la bonne intervention. Le vrai sujet est alors souvent ailleurs : le temps que le couple ne passe plus ensemble, une attente déçue, une répartition des tâches. Cela se traite, et ce n'est pas un traitement de la conduite.
La pornographie : par où commencer ?
Par établir de quoi il s'agit. Deux tableaux différents se présentent identiquement : une conduite qui déborde réellement, et une souffrance née d'un conflit de valeurs chez quelqu'un dont l'usage est ordinaire. Le second ne se soulage pas en réduisant les durées — c'est le conflit qu'il faut travailler, sans que vous arbitriez ses valeurs. Dans les deux cas, ne prenez pas parti sur la pornographie elle-même : le patient détectera votre position et se taira.
Faut-il traiter le trouble de l'attention d'abord ?
Oui quand il est présent et non traité : c'est le premier diagnostic à écarter chez tout adulte de ce tableau, et l'usage cède souvent en partie dès qu'il est pris en charge. Orientez pour l'évaluation, et dites-le clairement au patient plutôt que de faire les deux à moitié. Si vous poursuivez en parallèle, deux adaptations : des tâches beaucoup plus courtes, et un environnement modifié plus radicalement — chez ce patient, la volonté n'est pas un levier fiable.
Y a-t-il un médicament ?
Non, pas pour la conduite. Quelques essais de bupropion ou de méthylphénidate chez des joueurs, souvent porteurs d'un trouble attentionnel, sont trop limités pour fonder une prescription. Ce qui se traite par médicament, c'est la comorbidité : dépression, anxiété, trouble attentionnel. Traiter la conduite avec un médicament revient à confirmer au patient que le problème lui échappe.
Les écrans abîment-ils vraiment le cerveau et l'attention ?
La question est ouverte, les données sont bien plus minces que le discours ambiant, et confirmer l'affirmation rend le patient fataliste. Ce qui est certain et suffisant : il a perdu l'habitude de l'attention soutenue et de l'ennui, et une habitude se reprend — c'est l'objet de la séance 9. Promettez un vécu, pas une restauration cognitive : pouvoir lire un chapitre, tenir une conversation, attendre sans rien.
Combien de temps avant de voir un changement ?
L'environnement et le sommeil produisent souvent un effet dès la deuxième ou troisième semaine, et c'est ce qui soutient l'engagement. Le reste est plus lent, parce qu'il demande de reconstruire des activités et des liens : comptez deux à trois mois. Prévenez le patient de ce calendrier en séance 1, sinon il se découragera au moment où les réglages faciles auront donné tout ce qu'ils avaient à donner.
Le patient a bien répondu, puis tout est revenu pendant ses vacances.
C'est le scénario de reprise le plus fréquent, avec l'arrêt de travail et le télétravail : la structure disparaît et l'usage reprend sa place. Ce n'est pas un échec du traitement. Trois à quatre séances ciblées suffisent en général, et l'essentiel est de vérifier les cinq réglages — appareil en main, vous-même, car le patient ne signalera pas ce qui a été défait. Prévenez-en à la séance 14 : un patient averti revient tôt.
Quatorze séances suffisent-elles ?
C'est la dose du seul protocole évalué correctement, et elle convient à une majorité. Si l'amélioration est partielle à la fin, prolongez de quatre à six séances ciblées en nommant ce qui reste, plutôt que de reconduire l'ensemble. Si vous ne disposez que de huit séances, gardez intactes les séances 1, 3, 5, 7, 8 et 14 : le tri, l'ambivalence, l'environnement, le remplacement, le sommeil et le plan. C'est le squelette du programme.