Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une expérience du travail avec les adolescents et les familles, et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits : reportez-vous aux manuels originaux pour la lettre du texte.
1. Le programme en un coup d'œil
Indication. Troubles anxieux de l'adolescent de 12 à 18 ans : anxiété sociale — la forme dominante à cet âge —, anxiété généralisée, trouble panique, phobies spécifiques, anxiété de séparation persistante, et les tableaux mêlés qui sont la règle.
Modèle de référence. La thérapie cognitive et comportementale, dont l'efficacité est établie chez l'adolescent comme chez l'enfant. La référence est l'essai multimodal de Walkup et ses collaborateurs (2008), qui incluait des adolescents. Pour l'anxiété sociale, qui domine à cet âge, la thérapie cognitive individuelle fondée sur le modèle de Clark et Wells adaptée à l'adolescent (Leigh et Clark, 2018) donne les indications les plus précises. Pour le trouble panique, le protocole de Pincus et ses collaborateurs a été évalué spécifiquement.
Format. Quatorze séances individuelles de 50 minutes avec l'adolescent, et quatre séances avec les parents. Environ quatre mois, plus deux séances de rappel. Moins de séances parentales que dans le manuel de l'enfant, et c'est délibéré : à cet âge le travail est d'abord individuel, et l'autonomie fait partie du traitement.
Un avertissement d'honnêteté. Les données suggèrent que la réponse est parfois un peu moindre à l'adolescence qu'à l'enfance. Les analyses sont mixtes et les explications probables sont connues : plus de comorbidité, plus de sévérité, des tableaux plus anciens, une dépression associée fréquente. Cela ne change pas l'indication ; cela impose de traiter les comorbidités, de ne pas escamoter l'exposition, et de ne pas promettre un résultat rapide.
Mécanisme visé. Non pas la disparition de l'anxiété, mais quatre changements : affronter ce qui est évité, abandonner les gestes de sécurité, sortir de l'attention centrée sur soi, et cesser de vivre en fonction de ce que les autres pourraient penser.
| Séance |
Objet |
Livrable de séance |
| 1 |
Accueil, alliance, confidentialité, évaluation |
Ce qu'il en dit, dans ses mots |
| 2 |
Le tableau, le risque, la formulation |
Schéma écrit avec lui |
| 3 |
Le modèle, les objectifs, l'échelle |
Trois objectifs, hiérarchie ouverte |
| 4 |
Les outils, et leur règle d'usage |
Trois outils testés |
| 5 |
Ce que je crois qu'ils pensent |
Deux prédictions écrites |
| 6 |
Le premier exercice, en séance |
Exposition faite, prédiction relevée |
| 7 |
Les gestes de sécurité |
Inventaire, un abandonné |
| 8 |
Être vu, parler : le social |
Deux exercices sociaux, mesures |
| 9 |
Les sensations et la panique |
Exposition aux sensations |
| 10 |
La performance et le perfectionnisme |
Une exigence abaissée délibérément |
| 11 |
Ce qui tourne : inquiétude et rumination |
Créneau installé |
| 12 |
L'école et les examens |
Plan écrit |
| 13 |
Sommeil, écrans, ce qui reste |
Inventaire final |
| 14 |
Bilan, plan, la suite |
Fiche de synthèse écrite par lui |
| Séance parents |
Placement |
Objet |
| P1 |
Avant la séance 1 |
Évaluation, information, cadre, confidentialité |
| P2 |
Après la séance 3 |
Accommodation, réassurance, ce qu'on leur demande |
| P3 |
Après la séance 8 |
École, exigences, leur propre anxiété |
| P4 |
Après la séance 13 |
Bilan, plan, autonomie |
Ce que l'adolescent emporte. Sept fiches imprimables, listées à la section 37 et téléchargeables depuis cette page : ce qui me coûte, mon échelle, mes exercices, ce que je crois qu'ils pensent, mes gestes de sécurité, ce qui tourne, mon plan.
Ce qui distingue ce programme d'un espace de parole. La composante active est l'exposition, et à cet âge elle prend une forme particulière : ce ne sont pas des expositions d'endurance, ce sont des expériences qui testent une prédiction précise sur ce que les autres vont faire et penser. Un adolescent qui parle très bien de son anxiété pendant quatorze séances et qui n'a jamais posé une question en classe n'a pas été traité.
2. Avant de commencer
À qui ce programme est destiné
Ce texte s'adresse à des psychologues, pédopsychiatres, psychothérapeutes et infirmiers spécialisés en santé mentale, formés à la thérapie cognitive et comportementale de l'adolescent. Il suppose que vous savez recevoir un adolescent seul, évaluer un risque suicidaire, repérer une automutilation, et travailler avec des parents qui n'ont plus prise.
Il n'est pas destiné aux familles. Il contient des critères de non-réponse, ce qu'il ne faut pas dire, et une discussion diagnostique que des parents liraient comme un jugement.
La question préalable
Trois décisions se prennent en séance 1 et 2.
Y a-t-il un risque ? Idées suicidaires, automutilation, restriction alimentaire, harcèlement, substances. Cela passe avant tout, et la section 10 dit comment le chercher.
Y a-t-il autre chose au premier plan ? Une dépression, un trouble de l'attention non diagnostiqué, un trouble des conduites alimentaires, un trouble du spectre de l'autisme, un harcèlement en cours. Voir la section 9.
Y a-t-il un trouble ? L'adolescence est un âge d'anxiété sociale normale : se sentir observé, redouter le regard des autres, être mal à l'aise en groupe, tout cela fait partie du développement. Ce qui fait le trouble est le retentissement — l'école, les amis, les activités, le sommeil.
Ce que ce programme n'est pas
Ce n'est pas un traitement de la dépression de l'adolescent, qui a son protocole. Elle est fréquemment associée, et l'ordre de traitement se discute : voir la section 11.
Ce n'est pas un traitement du trouble obsessionnel-compulsif ni du stress post-traumatique, qui ont chacun leur protocole.
Ce n'est pas un traitement des conduites alimentaires.
Ce n'est pas un traitement du refus scolaire installé depuis des mois, qui demande un dispositif plus large : voir la section 33.
Ce n'est pas un programme pour l'enfant de moins de douze ans. En dessous, le travail parental est central et le cadre de ce manuel ne convient pas — il existe un manuel distinct pour cette tranche d'âge.
Le cadre, à poser avant la première séance
Le consentement. Le traitement d'un mineur suppose l'accord des titulaires de l'autorité parentale. L'adhésion de l'adolescent est autre chose, et c'est elle qui décide du résultat.
Une différence utile avec les tableaux de conduite : les adolescents anxieux viennent souvent de leur plein gré, parce qu'ils souffrent et qu'ils veulent que cela cesse. C'est un atout considérable, et il ne faut pas le gâcher en les traitant comme des adolescents contraints.
La confidentialité. Énoncée devant l'adolescent et devant les parents, dans les mêmes termes, à la première rencontre : « ce que tu me dis reste entre nous. Je dirai à tes parents ce qu'on fait, pas ce que tu dis. Il y a deux exceptions : si tu es en danger, ou si quelqu'un te fait du mal — et dans ce cas je te dirai avant d'en parler. »
Tenez-la. À cet âge, ce qui compte est souvent précisément ce que les parents ne savent pas.
Comment l'utiliser
Lisez l'ensemble avant la séance P1, et en particulier les sections 10 et 32 : le dépistage du risque et la conduite de l'exposition.
Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce qu'il faut dire, les erreurs fréquentes, et le critère de passage.
Un avertissement propre à cet âge. L'adolescent anxieux est un excellent patient apparent : il parle bien, il est intelligent, il comprend tout, il rend ses fiches. Et la séance peut se passer très agréablement à analyser ses pensées pendant quatre mois sans qu'il ait jamais rien affronté. C'est la dérive centrale de ce traitement, et elle est confortable pour les deux.
3. Ce qui est normal à l'adolescence
Cette section sert à votre diagnostic et à ce que vous direz aux parents.
Ce qui est normal, et massif
La conscience de soi. L'adolescent se sent observé, évalué, comparé. C'est une transformation normale de cet âge, et elle est parfois pénible sans être pathologique.
La sensibilité au jugement des pairs. Elle atteint un sommet à l'adolescence, et elle a une fonction : c'est ainsi qu'on apprend à vivre en groupe.
L'inquiétude sur l'apparence.
Le trac avant un exposé, un examen, une compétition. Universel, et utile.
Le besoin de s'éloigner des parents, et le refus de leur raconter. C'est une tâche de cet âge, pas un symptôme.
Le décalage du sommeil. L'horloge interne se déplace réellement vers le tard à l'adolescence, et le besoin reste de huit à dix heures. Un adolescent qui ne s'endort pas avant minuit n'est pas nécessairement anxieux.
Ce qui doit inquiéter
Le retentissement, et lui seul :
l'école — absences, décrochage, refus d'y aller, participation nulle, examens manqués ;
les amis — invitations refusées, isolement, activités abandonnées ;
les activités arrêtées : sport, musique, association, travail d'été ;
le sommeil effondré ou l'inversion du rythme ;
les repas évités en public, ou une restriction alimentaire ;
des plaintes physiques quotidiennes ;
des attaques de panique, avec un évitement des lieux ;
un usage d'alcool ou de cannabis qui sert visiblement à tenir des situations sociales ;
l'automutilation ;
des idées de mort.
La différence entre la timidité et le trouble
Beaucoup de ces adolescents ont un tempérament réservé, repérable depuis l'enfance. Ce n'est pas une maladie et cela ne se guérit pas.
Ce qui se traite, c'est ce que ce tempérament devient quand l'évitement s'installe : un adolescent réservé qui a cessé d'essayer, et qui organise sa vie pour ne pas être vu. Dites-le en ces termes : « tu resteras probablement quelqu'un de discret, et il n'y a aucune raison de changer ça. Ce qu'on va changer, c'est que tu puisses faire ce que tu veux faire. »
4. Le tableau clinique
Ce que l'adolescent décrit
Mieux que l'enfant, et souvent avec une grande précision. Il décrit ce qu'il redoute, ce qu'il fait pour l'éviter, et ce que cela lui coûte. Il a souvent déjà une théorie de son propre fonctionnement, parfois lue quelque part.
Ce qu'il décrit moins bien, et qu'il faut chercher : les gestes de sécurité, dont il n'a pas conscience qu'ils entretiennent le problème ; l'attention centrée sur lui-même en situation ; et ce qu'il a arrêté progressivement sans le décider.
Les phrases qui reviennent : « je sais que c'est irrationnel », « tout le monde me regarde », « je vais me ridiculiser », « après j'y repense pendant des heures », et « je préfère ne pas y aller que de rater ».
Ce que les parents décrivent
Un adolescent qui refuse tout, qui reste dans sa chambre, qui ne veut plus aller au lycée, qui a arrêté le sport. Souvent un conflit sur les sorties et les obligations. Et fréquemment une inquiétude qu'ils formulent mal : ils ne savent plus quoi exiger, et ils oscillent entre pousser et protéger.
Ce qui entretient l'anxiété
L'évitement, et à cet âge il est souvent invisible : ne pas s'inscrire, ne pas répondre, ne pas se proposer, choisir la filière la moins exposée, ne pas postuler, ne pas prendre la parole. Ce n'est pas un refus spectaculaire, c'est une série de renoncements silencieux.
Les gestes de sécurité. Le facteur le plus important dans l'anxiété sociale, et le plus négligé. Parler bas, ne pas regarder, se cacher derrière ses cheveux, garder ses mains dans ses poches, préparer chaque phrase, ne parler que de sujets sûrs, arriver en retard pour éviter l'attente, rester près d'un ami, garder son téléphone en main. Chacun réduit l'anxiété sur le moment, empêche de découvrir que la situation se passe bien, et attire parfois l'attention qu'il cherche à éviter.
L'attention centrée sur soi. En situation, l'adolescent se surveille au lieu de regarder ce qui se passe. Il se voit de l'extérieur, comme une image, et il prend cette image pour la réalité. C'est un mécanisme central de l'anxiété sociale, et il est traitable directement.
L'anticipation et le ressassement. Des heures avant, à répéter la scène ; des heures après, à la rejouer en cherchant les erreurs. Ces deux temps consomment plus de vie que la situation elle-même.
La réassurance et la vérification. Aux parents, aux amis, et de plus en plus par messages.
Les écrans comme conduite de sécurité. Un point propre à cet âge : le téléphone permet d'être présent sans être exposé, de communiquer sans parler, de ne jamais être seul face à un groupe. C'est un évitement puissant et socialement invisible.
L'accommodation parentale, plus discrète qu'à l'enfance mais réelle : appeler à sa place, écrire ses courriels, l'excuser, faire les démarches, le dispenser.
Épidémiologie, en deux chiffres utiles
Les troubles anxieux sont les troubles psychiques les plus fréquents de l'adolescence, avec des estimations de l'ordre de 6 à 10 % selon les définitions.
L'anxiété sociale est la forme qui se déclare le plus souvent à cet âge, avec un pic d'incidence entre douze et seize ans — ce qui en fait le motif le plus fréquent de ce programme.
5. Les formes, et ce qu'elles changent
L'anxiété sociale
La forme dominante à l'adolescence, et celle qui structure ce manuel.
Les situations : parler en classe, être interrogé, faire un exposé, entrer dans un groupe, manger devant les autres, être en photo, téléphoner, s'adresser à un adulte, aller aux vestiaires, aller aux toilettes du lycée, poster quelque chose, être vu en train de rater.
Les cibles propres : les gestes de sécurité, l'attention centrée sur soi, l'image de soi vue de l'extérieur, l'anticipation et le ressassement. Le modèle de Clark et Wells, adapté à l'adolescent, indique précisément ces cibles, et il permet un travail plus efficace qu'une exposition graduée simple.
Trois outils sont particulièrement rentables à cet âge : les expériences de manipulation des gestes de sécurité, le retour vidéo, et les enquêtes auprès des pairs.
L'anxiété généralisée
L'adolescent s'inquiète de tout et depuis toujours : les notes, l'avenir, l'orientation, la santé, ses parents, le climat, la guerre, l'argent. Souvent décrit comme mature et consciencieux. Il demande de la réassurance, refait ses devoirs, veut être sûr avant de décider.
Les cibles : l'intolérance à l'incertitude, la recherche de certitude, le perfectionnisme, et un créneau d'inquiétude — séance 11.
Le trouble panique
Apparaît à l'adolescence, souvent après la puberté, et il est fréquemment méconnu : les crises sont prises pour des malaises, des problèmes cardiaques, de l'hypoglycémie, et l'adolescent passe par les urgences.
Les cibles sont celles du protocole adulte adapté : l'interprétation des sensations, l'exposition aux sensations elles-mêmes, l'arrêt des conduites de sécurité, et la reprise des lieux évités. Un protocole spécifique à l'adolescent a été évalué (Pincus et coll., 2010).
Les phobies spécifiques
Souvent anciennes et parfois très invalidantes : les piqûres — qui compromettent des soins —, le vomissement, les transports, l'avion, les hauteurs, les animaux. Une phobie isolée sans autre trouble se traite très vite : voir la section 33.
L'anxiété de séparation persistante
Moins fréquente à cet âge et plus lourde quand elle persiste : l'adolescent ne dort pas ailleurs, ne part pas en voyage scolaire, ne peut pas rester seul, appelle plusieurs fois par jour. Elle bloque des étapes d'autonomie qui comptent, et elle mérite d'être traitée pour elle-même.
L'anxiété de performance
Pas un diagnostic, mais un motif fréquent : examens, compétitions, concours, auditions. Souvent chez des adolescents qui réussissent, avec un perfectionnisme et une peur de l'échec qui coûtent cher. La séance 10 lui est consacrée.
Questions fréquentes
Comment distinguer une anxiété sociale normale de l'adolescence d'un trouble ?
Par le retentissement, pas par l'intensité du malaise. Se sentir observé, redouter le regard des autres, être mal à l'aise en groupe : c'est cet âge. Ce qui fait le trouble, c'est ce qui est perdu — la participation en classe, les amis, les activités, les inscriptions, le sommeil. Un adolescent réservé qui a des amis, va au lycée et fait du sport n'a pas besoin d'être traité, et le dire soulage souvent des parents inquiets.
Il parle très bien de son anxiété et il comprend tout. Est-ce bon signe ?
C'est un atout et un piège. Ces adolescents-là sont ceux avec qui l'on peut passer quatre mois à analyser des pensées dans une excellente atmosphère sans qu'ils aient rien affronté. Fixez-vous le critère comptable de la séance 8 : combien d'exercices réellement faits ? Et dites-lui franchement en séance 3 que comprendre son anxiété ne la change pas — il le sait, et il apprécie qu'on le dise.
Il fait les exercices mais rien ne change.
Cherchez d'abord les gestes de sécurité : il s'expose avec toutes ses protections, et il n'apprend donc rien. Faites l'expérience de manipulation de la séance 7 — la même situation avec et sans, comparées — et vous verrez souvent le blocage céder en une séance. Cherchez ensuite si ses prédictions étaient vérifiables : « ça va mal se passer » ne peut pas être démenti. Et vérifiez qu'il ne conclut pas systématiquement « j'ai eu de la chance ».
Le retour vidéo, est-ce vraiment nécessaire ?
C'est l'une des interventions les plus efficaces de l'anxiété sociale, et son évitement est souvent celui du thérapeute plutôt que de l'adolescent. Une condition la rend utile et son absence la rend inutile : faire écrire avant de filmer, précisément, à quel point il pense qu'on verra qu'il est rouge, qu'il tremble, qu'il est mal à l'aise. C'est l'écart entre cette prédiction et l'image qui produit l'effet. Sans elle, il regardera la vidéo avec son œil intérieur et n'y verra que ce qu'il craignait.
Que faire quand il boit avant les soirées ?
Traitez-le comme une conduite de sécurité, pas comme une faute morale — et dites-le ainsi : « ce n'est pas un reproche, le problème est que ça t'empêche de découvrir que tu peux le faire sans. » Puis faites-en un item de la hiérarchie, avec sa prédiction écrite. Même chose pour un anxiolytique pris avant une situation : c'est une protection, et elle doit être retirée avec l'accord du prescripteur.
Les parents veulent qu'il « fasse un effort » et qu'il sorte.
Ils ont à moitié raison, et la moitié qui manque est la méthode. Expliquez-leur la différence entre pousser et graduer, et donnez-leur la formule qui contient les deux : « je sais que c'est difficile, et je sais que tu peux le faire. » Puis obtenez le vrai enjeu de la séance P3 : deux ou trois obligations non négociables, et le reste laissé à sa décision. Le défaut le plus fréquent n'est pas l'excès d'exigence : c'est l'inverse, des parents qui n'exigent plus rien de peur de le faire craquer.
Faut-il forcer un adolescent à faire un exposé ?
Ne forcez jamais — à cet âge, cela met fin au traitement. Graduez : l'exposé devant vous, puis devant trois camarades, puis devant la moitié de la classe, puis devant tout le monde. Et obtenez la coopération d'un enseignant, qui est la demande la plus utile et la moins faite. Ce qu'il faut refuser en revanche, c'est la dispense d'oral : elle installe l'évitement pour toutes les années suivantes et elle est très difficile à défaire.
Il a des attaques de panique et il est passé aux urgences.
Traitez la panique pour elle-même, avec la séance 9 : les interprétations des sensations, puis l'exposition aux sensations elles-mêmes — hyperventiler, tourner sur une chaise, respirer dans une paille — jusqu'à ce qu'elles deviennent ennuyeuses. Retirez les conduites de sécurité : la bouteille d'eau, le médicament dans la poche, la place près de la sortie, la vérification du pouls. Et cherchez toujours l'agoraphobie : elle s'installe vite et elle restreint la vie plus que les attaques.
Il refuse d'aller au lycée depuis trois semaines.
Le retour devient l'objectif principal, et il doit être rapide et partiel : une heure par jour tout de suite vaut mieux que la classe complète dans deux mois. Un plan écrit avec des paliers datés, négocié avec l'établissement. Et réglez avant le premier jour le protocole des plaintes physiques — sinon le premier retour à la maison annule tout. Cherchez ce qui a rendu le lycée impossible : un oral, une matière, un harcèlement, une humiliation.
Comment savoir si c'est de l'anxiété sociale ou de l'autisme ?
La question qui oriente : les difficultés sociales sont-elles une peur du jugement, ou une difficulté à comprendre les codes et à soutenir l'interaction ? Un adolescent qui sait très bien comment on entre dans une conversation mais n'ose pas relève du premier cas ; un adolescent qui ne sait pas comment on fait relève du second, et cela ne se traite pas par exposition mais par apprentissage explicite. Les deux coexistent souvent, et l'autisme est diagnostiqué tard chez les filles.
Faut-il un médicament ?
Commencez par la thérapie dans les anxiétés légères à modérées. Discutez un avis pédopsychiatrique si l'anxiété est trop sévère pour qu'il entre dans le travail, s'il n'y a pas de réponse après huit à dix séances bien conduites, en cas de dépression associée modérée à sévère, en cas de déscolarisation prolongée, ou devant un trouble panique très invalidant. L'essai de référence a montré que l'association fait mieux que chaque traitement isolé : ce n'est donc jamais un aveu d'échec.
Il va mieux, mais il choisit une filière sans oraux.
Nommez-le, sans trancher à sa place : « je ne dis pas que ce choix est mauvais. Je dis qu'il faudrait pouvoir le faire une fois que tu es capable des deux. » C'est un point souvent négligé et lourd de conséquences : à cet âge, l'anxiété peut décider d'une orientation, donc d'un métier. Faites-en un objectif de traitement plutôt qu'un sujet de débat.
Combien de temps avant de voir un changement ?
Les premiers exercices produisent un effet visible vers la séance 8 ou 9, soit deux mois. Les six premières séances préparent — la formulation, les prédictions vérifiables, les outils —, et il est normal qu'il ne se passe pas grand-chose avant. Annoncez ce calendrier en séance 1 et en séance P1, faute de quoi la famille se découragera exactement au moment où le travail commence.
Quatorze séances suffisent-elles ?
Pour une majorité, avec les deux rappels. Si l'amélioration est partielle, prolongez de quatre à six séances ciblées en nommant ce qui reste, plutôt que de reconduire l'ensemble. Et sachez que la réponse est parfois un peu moindre à l'adolescence qu'à l'enfance : les données sont mixtes, et les explications probables sont la comorbidité et l'ancienneté des tableaux — ce qui plaide pour traiter les comorbidités et ne pas escamoter l'exposition, pas pour renoncer.
Il va bien et il part faire ses études dans une autre ville.
C'est le moment de risque le plus élevé, et il s'anticipe : le cadre disparaît, personne ne remarque les renoncements, et tout se joue dans les deux premières semaines. Prévoyez deux à trois séances d'anticipation avant le départ — une hiérarchie spécifique, une activité collective engagée dès la première semaine, les démarches faites par lui — et un rendez-vous fixé à un mois de la rentrée. C'est l'un des meilleurs usages possibles de ce traitement.