Ce programme est un manuel de traitement destiné à des professionnels de la santé mentale. Il suppose une formation clinique, une expérience en addictologie ou un accès à un avis spécialisé, et un cadre de supervision. Il ne remplace ni votre jugement clinique ni votre responsabilité déontologique. Les critères diagnostiques y sont reformulés dans nos propres mots, jamais reproduits : reportez-vous aux manuels originaux pour la lettre du texte. Il n'est destiné ni aux personnes concernées ni à leurs proches. Un avertissement particulier à cette indication : le risque suicidaire est élevé chez les personnes qui présentent un trouble lié aux jeux d'argent, en particulier au moment d'une perte importante ou de la découverte des dettes. Il se recherche explicitement dès la première séance, et la section 5 dit comment. Si une personne est en danger immédiat, contactez les services d'urgence de votre pays.
1. Le programme en un coup d'œil
Indication. Trouble lié aux jeux d'argent chez l'adulte, de léger à sévère, en ambulatoire, quelle que soit la forme de jeu : paris sportifs, jeux de casino en ligne ou en salle, machines, poker, loteries et jeux de grattage, paris hippiques. Le trading spéculatif entre dans le champ quand il en a le fonctionnement — section 4.
Modèle de référence. Une thérapie cognitive et comportementale des addictions adaptée au jeu : entretien motivationnel au début, analyse fonctionnelle des épisodes, contrôle des accès au jeu et à l'argent, travail cognitif sur les croyances erronées à propos du hasard et sur la poursuite des pertes, gestion de l'envie et des émotions, traitement des dettes et du secret, et prévention de la rechute.
Format. Douze séances de 50 minutes, une par semaine ; la première dure 75 minutes. Deux séances peuvent associer un proche choisi par la personne : la cinquième, sur l'argent, et la dixième, sur les dettes et le secret. Trois rappels, à un mois, trois mois et six mois.
Mécanisme visé. Rendre le jeu difficile d'accès pendant que la personne apprend à ne plus y répondre. Couper le lien entre une perte et la mise suivante. Et remplacer la conviction qu'on peut se refaire par la réalité d'un jeu construit pour que le joueur perde sur la durée.
| Séance |
Objet |
Livrable de séance |
| 1 |
Évaluer et sécuriser |
Risque suicidaire évalué, urgences repérées, une barrière posée |
| 2 |
Décider |
Balance écrite, objectif fixé et daté |
| 3 |
Analyser les épisodes |
Quatre épisodes décortiqués |
| 4 |
Fermer les accès |
Inventaire des accès, barrières programmées |
| 5 |
Protéger l'argent |
Plan écrit d'accès à l'argent |
| 6 |
Le hasard |
Croyances listées, une expérience faite |
| 7 |
Se refaire |
La poursuite des pertes calculée sur ses chiffres |
| 8 |
Les envies et les déclencheurs |
Une envie traversée, une carte écrite |
| 9 |
Les émotions et le temps libéré |
Une réponse par émotion, soirées programmées |
| 10 |
Les dettes et le secret |
Inventaire complet, premier contact daté |
| 11 |
Le faux pas et la reprise |
Conduite écrite avant qu'il n'arrive |
| 12 |
Bilan et prévention |
Plan de maintien, mesures refaites |
Ce que la personne emporte. Dix fiches imprimables, listées à la section 40 : mon relevé, ma balance, mes épisodes, mes barrières, mon argent, ce que je crois du hasard, mon envie, mes dettes, le coin des proches, mon plan pour la suite.
Ce qui distingue ce programme des autres manuels de ce site. Trois choses. Le risque suicidaire, placé avant tout le reste et recherché à chaque moment où l'argent bouge. L'ordre du travail : on ferme les accès et on protège l'argent avant de travailler les pensées. Et deux séances consacrées aux croyances sur le hasard, qui sont propres au jeu et n'ont pas d'équivalent dans les addictions aux substances.
2. Avant de commencer
À qui ce programme est destiné
Ce texte s'adresse à des psychologues, psychiatres, psychothérapeutes, médecins et infirmiers formés à la thérapie cognitive et comportementale, travaillant en lien avec un médecin et, quand c'est possible, avec un service social ou un conseiller en budget. Il suppose que vous puissiez parler d'argent précisément — montants, comptes, crédits, échéances — sans gêne et sans jugement. C'est moins évident qu'il n'y paraît : beaucoup de cliniciens parlent plus facilement de sexualité que d'argent.
Il n'est destiné ni aux personnes concernées ni à leurs proches.
Les quatre décisions préalables
Y a-t-il un risque suicidaire actuel ? C'est la première question, avant toute autre. Section 5. Elle se pose à la première séance, et de nouveau chaque fois qu'une perte, une découverte ou une échéance survient.
Y a-t-il une urgence financière ? Une échéance qui ne pourra pas être honorée dans les jours qui viennent, une menace d'expulsion, une saisie, de l'argent pris qui va être découvert. Ces situations passent avant le protocole, parce qu'elles sont à la fois des déclencheurs de jeu — la tentation de gagner vite pour couvrir — et des moments de risque suicidaire.
Le jeu est-il le problème principal ? Un épisode maniaque, un traitement par agoniste dopaminergique, un trouble neurocognitif, un trouble de l'usage de l'alcool sévère changent la conduite. Sections 9 et 10.
Et qui est dans la confidence ? Personne, un conjoint qui sait tout, un conjoint qui croit savoir. La réponse change la place de l'entourage et le calendrier de la séance 10.
Ce que ce programme ne traite pas
Il ne traite pas une crise suicidaire aiguë. Elle relève d'une conduite d'urgence, décrite à la section 5, et le protocole reprend ensuite.
Il ne règle pas les dettes. Il aide la personne à les regarder, à les dire et à s'adresser aux bonnes personnes. Le traitement du surendettement relève de professionnels du budget, d'associations ou de dispositifs publics qui varient selon les pays. Section 35.
Il ne traite pas le trouble du jeu vidéo. Les principes se transposent en partie, mais ce trouble a son propre tableau. Section 4.
Il ne traite pas seul un trouble de l'usage de l'alcool ou d'une autre substance sévère. L'association est fréquente ; quand l'alcool est massif, il se traite en parallèle, et le manuel Trouble de l'usage de l'alcool : manuel du thérapeute décrit ce travail, y compris la question du sevrage.
Et il ne se prononce pas sur les questions judiciaires. Quand le jeu a conduit à des détournements ou à des fraudes, la personne a besoin d'un avocat, et vous ne jouez pas ce rôle.
Comment l'utiliser
Lisez l'ensemble avant la première séance, en particulier les sections 5, 6, 32, 33 et 34 : le risque suicidaire, ce qui entretient le trouble, les barrières, l'argent, et les croyances sur le hasard. Ce sont les cinq endroits où le traitement se joue.
Chaque séance est décrite selon la même charpente : l'objectif, le déroulé en étapes, ce que vous dites, les erreurs fréquentes, et le critère de passage.
Trois avertissements propres à ce motif de consultation.
Le secret est la règle, pas l'exception. Le jeu ne se voit pas, ne se sent pas, ne laisse aucune trace sur le corps. Beaucoup de personnes ont mené une double vie financière pendant des années, et les montants dits à la première séance sont presque toujours inférieurs aux montants réels. Cela se corrige avec le temps et avec la manière de demander, pas avec la suspicion.
La consultation suit souvent une catastrophe. Un compte vidé découvert, une dette révélée, un conjoint qui menace de partir, une plainte. La personne arrive au moment où le risque suicidaire est le plus élevé et où la motivation est la plus forte : les deux se prennent en compte dans la même séance.
Et la question « est-ce que vous jouez encore ? » ne suffit pas. Il faut demander ce qui a été misé, où, par quel moyen de paiement, et d'où venait l'argent.
3. Quatre situations à ne pas confondre
1. Le jeu récréatif
Ce que vous observez. Des mises occasionnelles, décidées à l'avance, dans un budget que la personne peut perdre sans conséquence, sans poursuite des pertes et sans secret.
Ce qui oriente. L'argent perdu est vécu comme le prix d'un divertissement, pas comme une somme à récupérer.
Ce que cela implique. Rien, sinon une information si la personne la demande.
2. Le jeu à risque
Ce que vous observez. Des mises qui augmentent, des séances qui s'allongent, quelques épisodes de poursuite des pertes, un début de dissimulation, mais sans perte de contrôle installée ni conséquence majeure.
Ce qui oriente. La personne s'inquiète elle-même, ou quelqu'un s'inquiète pour elle, et elle parvient encore à s'arrêter quand elle le décide.
Ce que cela implique. Une intervention brève : mesurer, informer sur le fonctionnement du jeu, poser des limites chiffrées, revoir. Les formats brefs ont des données dans cette population — section 12.
3. Le trouble lié aux jeux d'argent
Ce que vous observez. Une perte de contrôle, une place croissante du jeu, la poursuite des pertes, le mensonge, les emprunts, et des conséquences financières, relationnelles ou professionnelles.
Ce qui oriente. La personne ne s'arrête plus sur une décision, mais quand il n'y a plus d'argent.
Ce que cela implique. Le programme décrit ici.
4. Le jeu secondaire à autre chose
Ce que vous observez. Un jeu qui ne survient qu'au cours d'un épisode d'humeur élevée. Un jeu apparu après l'introduction d'un traitement dopaminergique, chez une personne atteinte de la maladie de Parkinson ou d'un syndrome des jambes sans repos. Un jeu apparu avec un trouble neurocognitif, en particulier lorsqu'il touche les fonctions frontales.
Ce qui oriente. La chronologie. Un jeu qui commence brusquement à soixante ou soixante-dix ans, chez quelqu'un qui n'avait jamais joué, doit faire poser la question des médicaments et du cerveau avant toute autre.
Ce que cela implique. Un avis médical, et le traitement de la cause. Section 9.
Les trois questions du tri
« Quand vous perdez, qu'est-ce qui se passe ensuite ? » La question qui isole la poursuite des pertes, le mécanisme le plus caractéristique du trouble.
« Qui sait combien vous avez joué ? » Elle isole le secret.
« D'où vient l'argent que vous jouez aujourd'hui ? » Elle isole les emprunts, les crédits, les détournements, et elle mesure l'urgence.
4. Les formes du jeu aujourd'hui
Pourquoi la forme compte
Le trouble est le même, mais la vitesse n'est pas la même. Ce qui distingue le plus les formes de jeu du point de vue du risque, c'est la fréquence des évènements : le temps qui sépare la mise du résultat, et le résultat de la mise suivante. Plus ce temps est court, plus le jeu se prête à la perte de contrôle. Un tirage hebdomadaire et une machine qui rend un résultat toutes les quelques secondes n'ont pas le même potentiel.
L'autre grande différence est l'accès. Une salle de jeu ferme, elle est loin, on y est vu. Un téléphone ne ferme jamais.
Les paris sportifs
Ce qui a changé. Le pari en direct pendant le match, sur des évènements de plus en plus fins — le prochain but, le prochain point, le prochain corner — qui transforment un match en une suite de mises rapides. La possibilité d'encaisser avant la fin. Les offres de bienvenue et les paris gratuits. Et une présence publicitaire massive autour des compétitions.
Ce qui est propre à cette forme. La conviction, plus forte ici qu'ailleurs, que la connaissance du sport donne un avantage. Elle en donne un peu, jamais assez pour compenser durablement la marge de l'opérateur. C'est un point que la séance 6 travaille directement, sur les comptes de la personne.
Les jeux de casino en ligne
Machines à sous, roulette, jeux de cartes, accessibles jour et nuit depuis un téléphone, sans témoin, avec une vitesse que les salles ne permettent pas. C'est la forme qui a le plus modifié la clinique : on joue au lit, au travail, dans les transports, et un dépôt se fait en quelques gestes. La légalité varie selon les pays, et beaucoup de personnes jouent sur des sites non autorisés dans le leur, que ne couvre aucun dispositif d'autoexclusion.
Les casinos et les salles de jeu
Machines et tables, dans des lieux souvent conçus pour que le temps passe inaperçu. Les machines ont une particularité à connaître : elles annoncent par des sons et des lumières des « gains » inférieurs à la mise, qui sont en réalité des pertes. La personne a l'impression de gagner souvent, alors que son solde baisse.
Les loteries, le grattage et les paris hippiques
Le grattage est rapide et vendu partout, ce qui le rapproche des machines. Les loteries à tirage espacé sont, à dépense égale, moins propices à la perte de contrôle — sans en être exemptes, en particulier quand la personne multiplie les grilles pour « augmenter ses chances ». Les paris hippiques combinent la conviction d'expertise et des courses désormais quasi continues.
Le poker
Il comporte une part réelle de compétence, et une minorité de joueurs gagne sur la durée. Cela rend l'illusion de contrôle difficile à travailler : l'argument « c'est un jeu d'adresse » est en partie vrai. Ce qui compte n'est pas de trancher ce débat, c'est de regarder les comptes de la personne sur douze mois, et la manière dont ses séances se terminent.
Le trading spéculatif, à la frontière
Transactions très rapides, produits à effet de levier, cryptomonnaies, options à très court terme. Ce n'est pas un jeu d'argent au sens des classifications, et il ne s'agit pas de traiter comme un trouble tout investissement risqué. Mais une partie des personnes qui consultent décrivent un fonctionnement identique à celui du jeu : des positions prises pour l'excitation, la poursuite des pertes par des positions de plus en plus risquées, le secret, les emprunts, les nuits passées devant les courbes.
Ce que cela implique. Quand c'est le cas, le programme s'applique, avec la même analyse des épisodes et les mêmes barrières. La question utile n'est pas « est-ce du jeu ? » mais « est-ce que cela fonctionne comme du jeu chez vous ? ». Section 36.
Le jeu vidéo, et ce qui le rapproche du jeu d'argent
Le trouble du jeu vidéo est un autre trouble. Il porte sur le temps et l'engagement dans le jeu, pas sur l'argent. La CIM-11 en fait un diagnostic à part entière, construit sur le même modèle que le trouble lié aux jeux d'argent ; le DSM-5-TR le place parmi les affections qui demandent des études complémentaires. Ce manuel ne le traite pas.
Les achats aléatoires dans les jeux vidéo. Des coffres, des paquets de cartes, des tirages de personnages ou d'objets, payés en argent réel ou en monnaie virtuelle achetée, dont le contenu est déterminé au hasard. Leur structure est celle d'un jeu d'argent : une mise, un résultat aléatoire, des récompenses de valeur variable, des quasi-gains mis en scène. Leur parenté psychologique avec le jeu a été soulignée (Drummond et Sauer, 2018), et une grande enquête auprès de plus de sept mille joueurs de jeux vidéo a montré une association entre les dépenses qui leur sont consacrées et la sévérité des problèmes de jeu, plus nette que pour les autres achats faits dans le jeu (Zendle et Cairns, 2018).
Ce qui n'est pas établi. Le sens de la relation : ces achats conduisent-ils au jeu d'argent, ou les personnes vulnérables y sont-elles simplement attirées ? Les données disponibles ne permettent pas de trancher. Certains pays les ont assimilés à des jeux d'argent, d'autres non.
Ce que cela implique en pratique. Demander systématiquement, chez un joueur jeune, ce qu'il dépense dans les jeux vidéo et depuis quand. Quand une personne consulte pour des dépenses importantes en achats aléatoires, avec poursuite des pertes et secret, l'analyse des épisodes et les barrières de ce programme s'appliquent. Et les sites qui permettent de parier des objets virtuels, qui existent autour de certains jeux, relèvent du jeu d'argent sans ambiguïté.
5. Le risque suicidaire : ce qui passe avant tout
Pourquoi cette section est placée ici
Parce que le trouble lié aux jeux d'argent est associé à un risque suicidaire nettement plus élevé qu'en population générale. Une étude suédoise portant sur toutes les personnes ayant reçu ce diagnostic en soins spécialisés entre 2005 et 2016 a trouvé une mortalité par suicide environ quinze fois supérieure à celle de la population générale ; près d'une personne sur cinq y avait reçu, au cours de la période, un diagnostic de tentative de suicide, et une dépression associée prédisait le décès par suicide (Karlsson et Håkansson, 2018). Et parce que ce risque a une structure particulière : il ne suit pas seulement l'humeur, il suit l'argent. Il monte au moment d'une grosse perte, quand une dette devient impossible à cacher, quand le secret tombe, quand une procédure commence.
Les moments à risque
La perte importante, en particulier celle qui engage de l'argent qui n'appartenait pas à la personne.
La découverte, par le conjoint, la famille, l'employeur ou la banque.
L'aveu, y compris celui qui se fait en séance. Le soulagement de l'aveu est réel ; la honte qui le suit l'est aussi.
L'échéance impossible. Un loyer, un crédit, un remboursement promis, une somme prise qui doit être rendue.
La procédure. Une lettre d'huissier ou d'un organisme de recouvrement, une convocation, une plainte, un licenciement.
Et la séparation, ou sa menace, souvent concomitante.
Ce qui se demande, et quand
À la première séance, systématiquement, avec la même franchise que pour n'importe quel patient. « Est-ce qu'il vous arrive de penser que vous préféreriez ne plus être là ? » puis, si oui, « est-ce qu'il vous arrive de penser à vous donner la mort ? »
À chaque séance, tant que le risque n'est pas écarté, et de nouveau à chacun des moments ci-dessus — y compris quand ils surviennent entre deux séances et que vous l'apprenez après coup.
Une question propre au jeu. L'idée que sa mort réglerait la dette — par une assurance, par un héritage, ou simplement parce que « sans moi, ils n'auront plus à payer » — est une pensée que l'on rencontre chez des personnes très endettées, et elle ne se dit pas spontanément. Elle se demande : « Est-ce qu'il vous est arrivé de penser que votre disparition résoudrait le problème d'argent ? »
Ce qui s'explore quand la réponse est oui. La fréquence, l'intention, le plan, l'accès aux moyens, les actes préparatoires, les antécédents personnels et familiaux, le désespoir, et ce qui retient. Le manuel Conduites suicidaires de l'adulte : manuel du thérapeute détaille cette évaluation ; elle s'applique ici sans modification, et la conduite à tenir y est décrite en entier.
Ce qui aggrave, et qui se traite
La dette, et plus encore son caractère secret. La honte. L'alcool, fréquent dans cette population, qui lève l'inhibition. Une dépression associée. L'isolement, souvent produit par le jeu lui-même. Et l'insomnie des nuits passées à jouer ou à calculer.
Ce qui est propre au jeu et qui se traite vite. Une situation d'argent n'est presque jamais sans issue, même quand elle en a l'air. Savoir qu'il existe des professionnels du budget, qu'un créancier peut accepter un échéancier, et que la plupart des pays prévoient des procédures pour les personnes qui ne peuvent plus faire face à leurs dettes, fait baisser le désespoir plus vite que n'importe quel argument. C'est pourquoi la section 35 fait partie de la conduite à tenir face au risque suicidaire, et non d'un chapitre social à part.
Le plan de sécurité
Il s'écrit avec la personne, en séance, dès que le risque est présent. Ses rubriques habituelles : mes signaux d'alerte, ce que je peux faire seul, les personnes et les lieux qui me changent les idées, les personnes à qui je peux dire que ça ne va pas, les professionnels et les numéros d'urgence de mon pays, et ce qui rend mon environnement plus sûr.
On y ajoute ici une rubrique propre au jeu : ce que je fais le soir d'une grosse perte. Ne pas rester seul. Ne pas rejouer pour effacer. Appeler une personne nommée à l'avance. Ne rien décider d'important avant le lendemain. Cette rubrique figure aussi sur la fiche 10.
Un plan de sécurité n'est pas un contrat. On ne fait rien promettre : on organise.
La restriction de l'accès aux moyens
Elle s'applique ici comme ailleurs : ce qui est disponible au domicile, ce qui peut être confié à un tiers, par qui et quand. On ne se contente pas d'un accord de principe ; on vérifie à la séance suivante.
Quand on adresse ou qu'on hospitalise
Une intention active avec un plan, des moyens disponibles, l'impossibilité de s'engager dans un plan de sécurité, une intoxication associée, une agitation majeure, l'absence totale d'entourage au moment d'une crise. L'orientation s'organise dans la séance, pas après : on appelle devant la personne, on ne la laisse pas repartir seule quand elle ne le peut pas, et on écrit ce qu'on a fait.
Ce que vous devez avoir prêt
Les numéros d'urgence et la ligne de prévention du suicide de votre pays, les coordonnées d'un service d'aide aux joueurs s'il en existe un, celles d'un service social ou d'une association d'aide aux personnes endettées. Et une réponse à cette question : que faites-vous si une personne vous apprend, un vendredi soir, qu'elle a perdu l'argent du loyer et que son conjoint l'apprendra lundi ?
Questions fréquentes
Le patient dit qu'il arrêtera quand il se sera refait.
C'est le trouble qui parle, et c'est très fréquent. Ne l'argumentez pas à la première séance : notez la phrase, posez une première barrière, et gardez le calcul pour la séance 7, où la personne le fera elle-même sur ses chiffres.
L'autoexclusion, est-ce que ça marche vraiment ?
C'est une barrière utile contre le jeu impulsif, qui se contourne quand l'envie est forte et qui ne couvre pas les sites non autorisés. Les données sont surtout observationnelles. Proposez-la toujours, jamais seule. Section 32.
Faut-il exiger que le conjoint soit mis au courant ?
Non. On travaille la question du secret, on prépare ce qui se dit, et on aide la personne à décider. Quand l'argent du conjoint est engagé, il est difficile de protéger ses finances sans qu'il sache, et cela se dit franchement. Séance 10.
Un proche veut payer toutes les dettes.
C'est un geste d'amour et un moment de risque. Proposez que l'aide passe par un plan, avec un conseiller, en payant directement les créanciers, et en même temps que des barrières et une organisation de l'argent. Section 35.
Le patient joue au poker et dit que c'est un jeu d'adresse.
Il a en partie raison, et le nier fait perdre la discussion. Regardez ensemble ses comptes réels sur douze mois, et la manière dont ses séances se terminent. Section 34.
Le trading, est-ce du jeu ?
Pas au sens des classifications. Mais quand il fonctionne comme du jeu — excitation, poursuite des pertes, secret, emprunts —, le programme s'applique. Sections 4 et 36.
Un jeune adulte dépense beaucoup en achats aléatoires dans un jeu vidéo.
La structure de ces achats est celle d'un jeu d'argent, et l'analyse des épisodes et les barrières s'appliquent. Le lien avec le jeu d'argent ultérieur est documenté par des associations, pas établi comme une cause. Section 4.
Existe-t-il un médicament ?
Aucun n'a d'indication officielle spécifique dans la plupart des pays. Les antagonistes des opioïdes ont les données les plus favorables, avec des résultats hétérogènes, et leur prescription relève du médecin. Section 14.
Le jeu a commencé à soixante-cinq ans, chez un homme qui n'avait jamais joué.
Demandez ses traitements, en particulier dopaminergiques, et pensez à un trouble neurocognitif. Parlez-en au médecin avant tout protocole, et protégez l'argent en attendant. Section 9.
Il a pris de l'argent à son employeur.
Évaluez le risque suicidaire dans la séance, orientez vers un avocat, et sachez ce que couvre votre secret professionnel. Ne vous prononcez pas sur la conduite judiciaire. Section 35.
Il a rejoué et n'est pas venu depuis un mois.
Écrivez ou appelez, sans reproche, en proposant un rendez-vous, et demandez comment il va — y compris sur le plan du risque suicidaire. C'est la honte qui tient les gens à distance, pas le désintérêt.
Peut-on viser un jeu contrôlé ?
Chez certaines personnes, avec un trouble léger, sur des formes lentes, sans dettes importantes, et avec des chiffres. Les formes rapides restent fermées. Section 13.
Faut-il orienter vers les Gamblers Anonymes ?
Informez, proposez d'y aller une fois pour voir, travaillez les obstacles concrets, et demandez ce que cela a donné. Les données contrôlées sont limitées, et beaucoup de personnes y trouvent un appui. Section 12.
La personne boit en jouant.
Demandez systématiquement, traitez l'alcool comme un déclencheur dans l'analyse des épisodes, et, si la consommation est importante, appuyez-vous sur le manuel Trouble de l'usage de l'alcool : manuel du thérapeute. Section 10.
Combien de temps doit durer le suivi ?
Douze séances puis un espacement, avec des rappels jusqu'à six mois au moins, et une vigilance particulière aux échéances d'autoexclusion et aux rentrées d'argent.